Guémara
« Mais si la tache blanche lépreuse demeure à sa place [taḥteha] » (Vayikra 13, 23). Dans ce verset, le mot « taḥteha » indique que la tache blanche lépreuse demeure à sa place. Cet emploi du mot convient à la substitution [temoura], car lorsque la sainteté est transférée par substitution d'un animal consacré vers un animal profane, la sainteté de l'animal consacré demeure à sa place, bien que l'animal profane soit lui aussi consacré.
״וְאִם תַּחְתֶּיהָ תַּעֲמוֹד הַבַּהֶרֶת״.
Pourtant « taḥat » est aussi un terme qui indique la désacralisation, comme il est écrit : « À la place du [taḥat] cuivre j'apporterai de l'or, et à la place du fer j'apporterai de l'argent, et à la place du bois du cuivre, et à la place des pierres du fer » (Yeshayahu 60, 17). Dans ce verset, taḥat signifie remplacement, ce qui se produit lors de la désacralisation, où un objet est remplacé par un autre. Le terme doit donc être compris selon le contexte : à propos des animaux consacrés pour le sacrifice sur l'autel, qui rendent profane l'animal profane contre lequel ils sont échangés en le faisant devenir une temoura, taḥat est un terme qui indique l'association d'une sainteté à une autre. À propos des animaux consacrés pour l'entretien du Temple, qui ne rendent pas profane l'animal profane contre lequel ils sont échangés en temoura, taḥat est un terme qui indique la désacralisation.
דְּאַחוֹלֵי, דִּכְתִיב: ״תַּחַת הַנְּחוֹשֶׁת אָבִיא זָהָב״, וְהִלְכָּךְ, גַּבֵּי קׇדְשֵׁי מִזְבֵּחַ דְּעָבְדִין תְּמוּרָה — לִישָּׁנָא דְּאַתְפּוֹסֵי הוּא, גַּבֵּי קׇדְשֵׁי בֶּדֶק הַבַּיִת דְּלָא עָבְדִין תְּמוּרָה — לִישָּׁנָא דְּאַחוֹלֵי הוּא.
Rava dit : même à propos des animaux consacrés pour le sacrifice sur l'autel, qui rendent profane l'animal profane contre lequel ils sont échangés en temoura, on peut trouver que taḥat est un terme qui indique la désacralisation. Par exemple, dans un cas où un animal consacré était défectueux et pouvait être désacralisé parce qu'il n'était pas apte au sacrifice, et que l'on plaça cet animal consacré à côté d'un animal profane et dit : cet animal est à la place de [taḥat] cet animal. Bien que l'animal sacré défectueux puisse rendre profane l'animal profane contre lequel il est échangé en le consacrant comme temoura, dans ce contexte le terme taḥat signifie désacralisation.
אָמַר רָבָא: אֲפִילּוּ בְּקׇדְשֵׁי מִזְבֵּחַ מַשְׁכַּחַתְּ לַהּ לִישָּׁנָא דְּאַחוֹלֵי הוּא, כְּגוֹן שֶׁהָיָה הֶקְדֵּשׁ בַּעַל מוּם.
Rabbi Ashi dit : même dans le cas d'un animal défectueux, mentionné par Rava, on trouve parfois que taḥat est un terme qui indique la désacralisation, et parfois qu'il indique l'association d'une sainteté à une autre. Si la main du propriétaire repose sur l'animal consacré et qu'il dit : cet animal est à la place de [taḥat] cet animal — c'est un terme de désacralisation, car le placement de sa main indique que son intention est de désacraliser l'animal consacré, en transférant sa sainteté vers cet animal profane. Si la main du propriétaire repose sur l'animal profane lorsqu'il dit : cet animal est à la place de cet animal — alors taḥat est un terme de substitution, car le placement de sa main indique que son intention est que l'animal profane soit consacré avec la même sainteté que l'animal consacré.
אָמַר רַבִּי אָשֵׁי: אֲפִילּוּ בְּבַעַל מוּם נָמֵי מַשְׁכַּחַתְּ לַהּ לִישָּׁנָא דְּאַחוֹלֵי, וּמַשְׁכַּחַת לִישָּׁנָא דְּאַתְפּוֹסֵי. יָדוֹ אַקּוֹדֶשׁ — חוֹל הָוֵי, יָדוֹ אַחוֹל — קוֹדֶשׁ הָוֵי.
Abaye soulève une question : s'il y avait devant lui deux animaux sacrificiels défectueux et deux animaux profanes sans défaut, et que, sans poser ses mains sur aucun animal, il dit : ces animaux sont par la présente à la place de [taḥat] ceux-là — quelle est la halakha ?
בָּעֵי אַבָּיֵי: הָיוּ לְפָנָיו שְׁתֵּי בְּהֵמוֹת שֶׁל קֹדֶשׁ בַּעֲלוֹת מוּם, וּשְׁתֵּי בְּהֵמוֹת שֶׁל חוּלִּין תְּמִימוֹת, וְאָמַר ״הֲרֵי אֵלּוּ תַּחַת אֵלּוּ״, מַהוּ?
La Guemara expose le dilemme : a-t-il voulu dire taḥat comme association, c'est-à-dire pour consacrer les deux animaux profanes comme temoura, et reçoit-il donc deux séries de coups de fouet pour les deux violations de l'interdiction de consacrer un animal comme temoura ? Ou peut-être dit-on que partout où il existe à la fois une manière permise et une manière interdite d'agir, une personne n'abandonne pas la manière permise pour accomplir l'interdit ? Si tel est le cas, ici aussi son intention était de désacraliser les deux animaux défectueux, et il n'est donc pas flagellé.
מִי אָמַר לְאַתְפּוֹסֵי וְלָקֵי, אוֹ דִלְמָא: כֹּל הֵיכָא דְּאִיכָּא הֶיתֵּרָא — לָא שָׁבֵיק אִינִישׁ הֶיתֵּרָא וְעָבֵיד אִיסּוּרָא?
Et si tu dis que partout où il existe une manière permise, une personne n'abandonne pas la manière permise pour accomplir l'interdit — dans un cas où il y avait devant lui deux animaux sacrificiels, dont l'un était défectueux et l'autre sans défaut, et deux animaux profanes, dont l'un était défectueux et l'autre sans défaut, et qu'il dit : ces animaux sont par la présente à la place de ceux-là — quelle est la halakha ? Bien qu'il ait certainement l'intention de transférer la sainteté de l'animal sacrificiel sans défaut vers un animal profane par substitution, il n'est pas clair lequel des deux animaux profanes il entend consacrer comme temoura.
וְאִם תִּמְצֵי לוֹמַר, כֹּל הֵיכָא דְּאִיכָּא הֶיתֵּרָא לָא שָׁבֵיק אִינִישׁ וְעָבֵיד אִיסּוּרָא, הָיוּ לְפָנָיו שְׁתֵּי בְּהֵמוֹת שֶׁל קוֹדֶשׁ, וְאַחַת מֵהֶן בַּעֲלַת מוּם, וּשְׁתֵּי בְּהֵמוֹת שֶׁל חוּלִּין, וְאַחַת מֵהֶן בַּעֲלַת מוּם, וְאָמַר ״הֲרֵי אֵלּוּ תַּחַת אֵלּוּ״, מַהוּ?
De nouveau, la Guemara expose le dilemme : a-t-il voulu dire que l'animal profane sans défaut doit être consacré comme temoura à la place de l'animal consacré sans défaut — et pour cet appariement il entendait associer la sainteté par substitution —, tandis que l'animal profane défectueux doit être consacré à la place de l'animal consacré défectueux — et pour cet appariement il entendait désacraliser l'animal consacré ? Si tel est le cas, il n'est flagellé que pour le premier appariement et pas pour le second.
מִי אָמַר: תְּמִימָה תַּחַת תְּמִימָה — לְאַתְפּוֹסֵי, בַּעֲלַת מוּם תַּחַת בַּעֲלַת מוּם — לְאַחוֹלֵי.
Ou peut-être a-t-il voulu dire que l'animal profane sans défaut doit être consacré comme temoura à la place de l'animal consacré défectueux, et l'animal profane défectueux à la place de l'animal consacré sans défaut — et comme il a eu l'intention d'accomplir une substitution dans les deux cas, il est flagellé pour les deux appariements ?
אוֹ דִלְמָא, תְּמִימָה דְּחוּלִּין תַּחַת בַּעֲלַת מוּם דְּהֶקְדֵּשׁ, בַּעֲלַת מוּם דְּחוּלִּין תַּחַת תְּמִימָה דְּהֶקְדֵּשׁ, וְתַרְוַיְיהוּ לָקֵי?
Et si tu dis que partout où il existe une manière permise et une manière interdite, on n'accomplit pas l'interdit — ce qui résoudrait le dilemme précédent, car son intention devait être de désacraliser l'animal consacré défectueux, et il n'est donc pas flagellé deux fois — on peut soulever le dilemme suivant : dans un cas où il y avait devant lui trois animaux sacrificiels, dont l'un était défectueux tandis que les deux autres étaient sans défaut, et trois animaux profanes, tous sans défaut, et qu'il dit : ces animaux sont par la présente à la place de ceux-là — quelle est la halakha ?
וְאִם תִּמְצֵי לוֹמַר, כֹּל הֵיכָא דְּאִיכָּא הֶיתֵּירָא — לָא עָבֵיד אִיסּוּרָא, וּלְאַחוֹלֵי הוּא, וְלָא לָקֵי. הָיוּ לְפָנָיו שָׁלֹשׁ בְּהֵמוֹת שֶׁל קֹדֶשׁ, וְאַחַת מֵהֶן בַּעֲלַת מוּם, וְשָׁלֹשׁ בְּהֵמוֹת שֶׁל חוּלִּין תְּמִימוֹת, וְאָמַר: ״הֲרֵי אֵלּוּ תַּחַת אֵלּוּ״.
La Guemara expose le dilemme : dit-on que puisqu'il a voulu que les animaux profanes sans défaut soient consacrés comme temoura à la place des animaux consacrés sans défaut — c'est-à-dire pour associer leur sainteté —, il a aussi voulu consacrer l'animal profane sans défaut restant comme temoura à la place de l'animal consacré défectueux — c'est-à-dire pour associer sa sainteté —, et il est donc flagellé trois fois ? Ou peut-être applique-t-on ici aussi le principe selon lequel partout où il existe une manière permise et une manière interdite, une personne n'accomplit pas l'interdit. Si tel est le cas, son intention à l'égard de ce dernier animal consacré défectueux était de le désacraliser, et il n'est donc pas flagellé pour avoir transféré sa sainteté à une temoura.
מִי אָמְרִינַן, מִדִּתְמִימוֹת תַּחַת תְּמִימוֹת לְאַתְפּוֹסֵי, תְּמִימוֹת נָמֵי תַּחַת בַּעֲלַת מוּם לְאַתְפּוֹסֵי? אוֹ דִלְמָא, הָכָא נָמֵי, כֹּל הֵיכָא דְּאִיכָּא הֶיתֵּירָא לָא עָבֵיד אִיסּוּרָא, וְהַהִיא בָּתְרָיְיתָא לְאַחוֹלֵי הָוֵי.
Et si tu dis qu'ici aussi, puisque cet homme ne s'est pas encore établi comme transgresseur habituel d'une interdiction — jusqu'à ce qu'il l'ait fait trois fois —, on suppose qu'il n'abandonne pas la manière permise pour accomplir l'interdit, Rav Ashi soulève donc le dilemme suivant : s'il y avait devant lui quatre animaux sacrificiels, dont l'un était défectueux et les trois autres sans défaut, et quatre animaux profanes, tous sans défaut, et qu'il dit : ces animaux sont par la présente à la place de ceux-là — quelle est la halakha ?
וְאִם תִּימְצֵי לוֹמַר, הָכָא נָמֵי, כֵּיוָן דְּאַכַּתִּי גַּבְרָא לָא אִיתַּחְזַק בְּאִיסּוּרֵי, לָא שָׁבֵיק הֶתֵּירָא וְעָבֵיד אִיסּוּרָא. בָּעֵי רַב אָשֵׁי: הָיוּ לְפָנָיו אַרְבַּע בְּהֵמוֹת שֶׁל קֹדֶשׁ וְאַחַת מֵהֶן בַּעֲלַת מוּם, וְאַרְבַּע בְּהֵמוֹת שֶׁל חוּלִּין, וְאָמַר ״הֲרֵי אֵלּוּ תַּחַת אֵלּוּ״, מַהוּ?