§ Rabbi Ḥiyya enseigne une baraïta à l'appui de l'avis de Rabbi Yehoshoua ben Levi, selon lequel tous s'accordent que la progéniture de la progéniture d'une offrande de paix n'est pas sacrifiée : le verset dit : « S'il sacrifie un agneau pour son offrande, il le présentera devant l'Éternel » (Vayikra 3, 7). Deux limitations sont dérivées de ce verset : le mot « agneau » indique que la première progéniture — celle de l'offrande de paix — est sacrifiée, mais la seconde progéniture — celle de la progéniture — ne l'est pas.
תָּנֵי רַבִּי חִיָּיא לְסַיּוֹעֵי לְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: ״אִם כֶּשֶׂב הוּא מַקְרִיב״ — וָלָד רִאשׁוֹן קָרֵב, וָלָד שֵׁנִי אֵינוֹ קָרֵב.
De plus, le mot « il [hu] » est interprété comme se rapportant à la progéniture de l'offrande de paix plutôt qu'au propriétaire — car il est évident du contexte que le propriétaire sacrifie l'animal, et le mot serait superflu s'il ne visait que cela. Il enseigne donc que la progéniture d'une offrande de paix est sacrifiée, mais que la progéniture de toutes les autres offrandes ne l'est pas. Cela indique que même les Sages qui règlent que la progéniture d'une offrande de paix est sacrifiée s'accordent que la progéniture de la progéniture ne l'est pas.
הוּא — קָרֵב, וְאֵין וְלַד כׇּל הַקֳּדָשִׁים קָרֵב.
La Guemara précise la seconde limitation, selon laquelle la progéniture des autres offrandes n'est pas sacrifiée : de quel type d'offrande la progéniture est-elle visée ici ? S'il s'agit de celle d'un holocauste ou d'une offrande de culpabilité — ce sont des mâles et donc incapables de donner naissance. Et s'il s'agit de la progéniture d'une offrande pour le péché — le verset est superflu, car les Sages ont appris cette halakha comme tradition selon laquelle elle est laissée pour mourir et ne peut pas être offerte.
וָלָד דְּמַאי? אִי דְּעוֹלָה וְאָשָׁם — זְכָרִים הֵם, וְלָא בְּנֵי וָלָד הֵם. אִי דְּחַטָּאת — הִילְכְתָא גְּמִירִי לַהּ דִּלְמִיתָה אָזְלָא.
Ravina dit : le verset sert à inclure, dans la limitation selon laquelle la progéniture des autres offrandes n'est pas sacrifiée, la progéniture d'un animal qui avait été consacré comme dîme animale [ma'asser behema] puis a mis bas. La Guemara demande : pourquoi ai-je besoin d'un verset pour inclure la progéniture de la dîme animale ? C'est dérivé par analogie verbale entre le mot « passage » [avara] mentionné à propos de la dîme animale et le mot « passage » [avara] mentionné à propos d'un premier-né — qui est mâle et ne peut donner naissance. Pour la dîme animale, le verset dit : « Et toute dîme du troupeau ou du menu bétail, tout ce qui passera [ya'avor] sous la baguette, le dixième sera saint pour l'Éternel » (Vayikra 27, 32) ; et pour le premier-né : « Et tu feras passer [veha'avarta] à l'Éternel tout premier-né » (Shemot 13, 12).
אָמַר רָבִינָא: לְאֵיתוֹיֵי וְלַד הַמְעוּשֶּׂרֶת, וְלַד הַמְעוּשֶּׂרֶת לְמָה לִי קְרָא? ״עֲבָרָה״ ״עֲבָרָה״ מִבְּכוֹר קָא גָמַר לַהּ!
La Guemara répond : ce verset est nécessaire, car il pourrait venir à l'esprit de dire qu'on ne déduit pas le possible de l'impossible — comme ici, où l'on cherche à déduire par analogie la halakha de la progéniture de la dîme animale de celle d'un premier-né, qui est mâle et ne peut donner naissance. C'est pourquoi le verset nous enseigne que la progéniture de la dîme animale n'est pas sacrifiée sur l'autel comme offrande.
אִצְטְרִיךְ, סָלְקָא דַעְתָּךְ אֲמִינָא: אֵין דָּנִין אֶפְשָׁר מִשֶּׁאִי אֶפְשָׁר, קָא מַשְׁמַע לַן.
§ La michna enseigne : Rabbi Shimon et Rabbi Pappeyas ont témoigné au sujet de la progéniture d'une offrande de paix qu'elle est sacrifiée comme offrande de paix. Rabbi Pappeyas ajouta le témoignage qu'il avait une vache qui fut mangée comme offrande de paix à Pessah, et sa progéniture fut mangée comme offrande de paix à une autre fête [beḥag].
הֵעִיד רַבִּי שִׁמְעוֹן וְרַבִּי פַּפְּיָיס כּוּ׳.
Puisque le terme ḥag désigne généralement Soukkot, la Guemara demande : et selon l'avis de Rava, qui dit qu'à l'égard des animaux sacrifiés, une fois qu'une fête de pèlerinage est passée depuis leur consécration sans qu'ils aient été amenés au Temple, chaque jour le propriétaire transgresse à leur sujet l'interdiction de : « Tu ne tarderas pas », dérivée du verset : « Lorsque tu feras un vœu à l'Éternel ton D.ieu, tu ne tarderas pas à l'acquitter » (Devarim 23, 22) — dès Chaavouot, il devrait manger la progéniture de l'offrande de paix sacrifiée à Pessah. Pourquoi ont-ils attendu jusqu'à Soukkot ? Rav Zevid dit au nom de Rava : il s'agit d'un cas où le propriétaire n'a pas pu sacrifier la progéniture à Chaavouot pour des circonstances indépendantes de sa volonté — par exemple si l'animal était malade à Chaavouot [ba'Atzeret].
וּלְרָבָא דְּאָמַר: קָדָשִׁים, כֵּיוָן שֶׁעָבַר עֲלֵיהֶם רֶגֶל אֶחָד, כָּל יוֹם וָיוֹם עוֹבֵר עֲלֵיהֶם בְּ״בַל תְּאַחֵר״, מֵעֲצֶרֶת בָּעֵי מֵיכְלֵיהּ! אָמַר רַב זְבִיד מִשְּׁמֵיהּ דְּרָבָא: כְּגוֹן שֶׁהָיָה חוֹלֶה בַּעֲצֶרֶת.
Rav Ashi propose une autre explication : que signifie le mot ḥag enseigné dans la michna dans le témoignage de Rabbi Pappeyas ? Il désigne la fête de Chaavouot, et non Soukkot. La Guemara demande : et l'autre amora, Rav Zevid, pourquoi n'a-t-il pas expliqué la michna de cette manière ? La Guemara répond : partout où le tanna enseigne le mot Pessah dans une michna et souhaite aussi enseigner quelque chose sur Chaavouot, il emploie le terme atzeret plutôt que le mot ḥag.
רַב אָשֵׁי אָמַר: מַאי ״חַג״ נָמֵי דְּקָתָנֵי? — חַג שָׁבוּעוֹת. וְאִידַּךְ, כֹּל הֵיכִי דְּקָתָנֵי ״פֶּסַח״ תָּנֵי ״עֲצֶרֶת״.
La Guemara demande : si tel est le cas — que la progéniture de l'offrande de paix n'a pas été sacrifiée à Chaavouot à cause d'une maladie, comme le suggère Rava, ou qu'elle l'a bien été à Chaavouot, comme le propose Rav Ashi — quel est le but du témoignage de Rabbi Pappeyas ? Il ne peut certes pas exclure l'avis partagé par Rava, comme une lecture directe de la michna aurait pu le laisser penser. La Guemara répond : son témoignage sert à exclure l'avis de Rabbi Élazar, qui dit que la progéniture d'une offrande de paix n'est pas sacrifiée comme offrande de paix. Rabbi Pappeyas témoigne donc que la progéniture d'une offrande de paix est sacrifiée comme telle, et que c'était la pratique effective au Temple.
אִי הָכִי, מַאי אַסְהָדוּתֵיהּ? לְאַפּוֹקֵי מִדְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר, דְּאָמַר ״וְלַד שְׁלָמִים לֹא יִקְרַב שְׁלָמִים״, קָמַסְהֵיד הוּא דְּקָרֵב.
Mishna 1
MICHNA : La progéniture d'une offrande de reconnaissance et le substitut d'une offrande de reconnaissance, la progéniture de leur progéniture et son substitut, et la progéniture de leur progéniture jusqu'à la fin de tous les temps — tous ont le statut d'une offrande de reconnaissance, la seule différence étant qu'ils ne requièrent pas les pains d'accompagnement, contrairement à l'offrande de reconnaissance elle-même.
מַתְנִי׳ וְלַד תּוֹדָה וּתְמוּרָתָהּ, וְלָדָן וְלַד וְלָדָן עַד סוֹף כׇּל הַדּוֹרוֹת — הֲרֵי אֵלּוּ כְּתוֹדָה, וּבִלְבַד שֶׁאֵין טְעוּנִין לֶחֶם.(משנה)
Guémara
GUEMARA : La Guemara demande : d'où cette règle est-elle dérivée, selon laquelle la progéniture et le substitut d'une offrande de reconnaissance ne requièrent pas les pains d'accompagnement ? La Guemara répond : comme les Sages l'ont enseigné dans une baraïta, au sujet du verset : « S'il l'offre pour une action de grâces, il offrira avec le sacrifice d'action de grâces des gâteaux azymes pétris à l'huile, et des galettes azymes ointes d'huile » (Vayikra 7, 12). Que sert à dire le terme « il l'offrira [yakrivenu] » ?
גְּמָ׳ מְנָא הָנֵי מִילֵּי? דְּתָנוּ רַבָּנַן: מַהוּ אוֹמֵר ״יַקְרִיבֶנּוּ״?
La baraïta explique : le terme se rapporte à celui qui désigne une offrande de reconnaissance et qu'elle fut perdue ; il en sépare une autre à sa place, puis le premier animal fut retrouvé — et maintenant tous deux se tiennent devant lui, disponibles pour le sacrifice. D'où dérive-t-on qu'il peut sacrifier celui qu'il veut et apporter les pains d'accompagnement avec lui ? Le verset dit : « Il offre une offrande de reconnaissance », indiquant qu'il peut offrir l'un ou l'autre.
מַפְרִישׁ תּוֹדָה, וְאָבְדָה, וְהִפְרִישׁ אַחֶרֶת תַּחְתֶּיהָ, וְנִמְצֵאת הָרִאשׁוֹנָה, וַהֲרֵי שְׁתֵּיהֶן עוֹמְדוֹת. מִנַּיִן שֶׁאֵיזוֹ שֶׁיִּרְצֶה יַקְרִיב וְלַחְמָהּ עִמָּהּ? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״תּוֹדָה יַקְרִיב״.