Guémara
Rav Yossef répond : la baraïta ne parle pas d'un défaut dû à un péché ; elle enseigne le défaut de la première dispute sur la halakha de la pose des mains sur la tête d'un animal apporté comme offrande de paix de fête, comme enseigné dans le traité Hagiga (16a).
אָמַר רַב יוֹסֵף: דּוֹפִי שֶׁל סְמִיכָה קָתָנֵי.
La Guemara soulève une difficulté : mais Yossef ben Yoézer lui-même disputa la halakha de la pose des mains ! Les premiers Sages à contester ce point furent Yossef ben Yoézer et Yossef ben Yohanan. La Guemara répond : lorsqu'ils la contestèrent, c'était à la fin des années de vie de Yossef ben Yoézer, quand la compréhension de son cœur était limitée, à cause de la vieillesse. La dispute est donc considérée comme survenue après sa mort.
וְהָא יוֹסֵף בֶּן יוֹעֶזֶר גּוּפֵיהּ מִיפְלָיג פְּלִיג בִּסְמִיכָה! כִּי אִיפְּלִיג בַּהּ בְּסוֹף שְׁנֵיהּ, דִּבְצַר לִיבָּא.
Retour au sujet lui-même. Rav Yehouda dit au nom de Shmouel : trois mille halakhot furent oubliées pendant les jours de deuil de Moïse. Le peuple juif dit à Josué : demande une guidance du Ciel pour retrouver les halakhot oubliées. Josué leur dit : « Elle n'est pas dans le ciel » (Devarim 30, 12). Une fois la Torah donnée au Sinaï, les Sages de chaque génération doivent déterminer la halakha ; aucune halakha nouvelle ne peut être ajoutée ou retranchée par instruction céleste ou par prophétie.
גּוּפָא, אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: שְׁלֹשֶׁת אֲלָפִים הֲלָכוֹת נִשְׁתַּכְּחוּ בִּימֵי אֶבְלוֹ שֶׁל מֹשֶׁה. אָמְרוּ לוֹ לִיהוֹשֻׁעַ: שְׁאַל! אָמַר לָהֶם: ״לֹא בַשָּׁמַיִם הִיא״.
Des années plus tard, le peuple juif dit de nouveau à Samuel : demande une guidance halakhique du Ciel. Il leur dit que ce n'est pas possible, car la Torah dit : « Ce sont les commandements que l'Éternel ordonna à Moïse de dire aux enfants d'Israël sur le mont Sinaï » (Vayikra 27, 34). Le mot « ce sont » indique qu'à partir de maintenant un prophète n'est pas autorisé à introduire un élément nouveau relatif à la Torah et à ses mitsvot par la prophétie. Au sujet du chapitre, Rabbi Yitsḥaq Nappaḥa dit : la halakha d'une offrande pour le péché dont le propriétaire est mort fut aussi l'une de celles oubliées pendant les jours de deuil de Moïse.
אָמְרוּ לוֹ לִשְׁמוּאֵל: שְׁאַל! אָמַר לָהֶם: ״אֵלֶּה הַמִּצְוֹת״ — שֶׁאֵין הַנָּבִיא רַשַּׁאי לְחַדֵּשׁ דָּבָר מֵעַתָּה. אָמַר רַבִּי יִצְחָק נַפָּחָא: אַף חַטָּאת שֶׁמֵּתוּ בְּעָלֶיהָ נִשְׁתַּכְּחָה בִּימֵי אֶבְלוֹ שֶׁל מֹשֶׁה.
À la mort de Moïse, on dit à Pineḥas : demande une guidance halakhique du Ciel pour retrouver les halakhot oubliées. Pineḥas leur dit : « Elle n'est pas dans le ciel » (Devarim 30, 12). On dit à Élazar : demande une guidance à D.ieu. Il leur dit que le verset dit : « Ce sont les commandements », pour enseigner qu'un prophète n'est pas autorisé à introduire un élément nouveau à partir de maintenant.
אָמְרוּ לְפִנְחָס: שְׁאַל! אָמַר לָהֶם: ״לֹא בַשָּׁמַיִם הִיא״. אָמְרוּ לוֹ לְאֶלְעָזָר: שְׁאַל! אָמַר לָהֶם: ״אֵלֶּה הַמִּצְוֹת״, שֶׁאֵין נָבִיא רַשַּׁאי לְחַדֵּשׁ דָּבָר מֵעַתָּה.
§ Rav Yehouda dit au nom de Rav : au moment où Moïse notre maître quitta ce monde pour le jardin d'Éden, il dit à Josué : demande-moi tous les cas d'incertitude en matière de halakha que tu as, afin que je les clarifie pour toi. Josué lui dit : Mon maître, t'étais-je jamais quitté ne serait-ce qu'un instant pour aller ailleurs ? N'as-tu pas écrit ceci de moi dans la Torah : « Mais son serviteur Josué, fils de Noun, un jeune homme, ne sortait pas de l'intérieur de la tente » (Shemot 33, 11) ? Si j'avais eu un cas d'incertitude, je te l'aurais demandé plus tôt. Aussitôt après ces paroles, la force de Josué faiblit : trois cents halakhot lui furent oubliées, sept cents cas d'incertitude se présentèrent devant lui, et tout le peuple juif se leva pour le tuer, car il ne pouvait plus leur enseigner les halakhot oubliées.
אָמַר רַב יְהוּדָה, אָמַר רַב: בְּשָׁעָה שֶׁנִּפְטַר מֹשֶׁה רַבֵּינוּ לְגַן עֵדֶן, אָמַר לוֹ לִיהוֹשֻׁעַ: שְׁאַל מִמֶּנִּי כָּל סְפֵיקוֹת שֶׁיֵּשׁ לָךְ. אָמַר לוֹ: רַבִּי, כְּלוּם הִנַּחְתִּיךָ שָׁעָה אַחַת וְהָלַכְתִּי לְמָקוֹם אַחֵר? לֹא כָּךְ כָּתַבְתָּ בִּי ״וּמְשָׁרְתוֹ יְהוֹשֻׁעַ בִּן נוּן נַעַר לֹא יָמִישׁ מִתּוֹךְ הָאֹהֶל״? מִיָּד תָּשַׁשׁ כֹּחוֹ שֶׁל יְהוֹשֻׁעַ, וְנִשְׁתַּכְּחוּ מִמֶּנּוּ שְׁלֹשׁ מֵאוֹת הֲלָכוֹת, וְנוֹלְדוּ לוֹ שְׁבַע מֵאוֹת סְפֵיקוֹת, וְעָמְדוּ כׇּל יִשְׂרָאֵל לְהׇרְגוֹ.
Le Saint, béni soit-Il, dit à Josué : il est impossible de te révéler ces halakhot, car la Torah n'est pas au ciel. Mais pour te sauver du peuple juif qui veut te tuer, va et épuise-les par la guerre, afin qu'ils te laissent tranquille. Comme il est dit : « Il arriva, après la mort de Moïse, serviteur de l'Éternel, que l'Éternel parla à Josué, fils de Noun, serviteur de Moïse, en disant : Moïse mon serviteur est mort ; maintenant donc, lève-toi, passe ce Jourdain » (Yehoshoua 1, 1-2). Cela montre qu'immédiatement après la mort de Moïse, D.ieu ordonna à Josué de conduire la nation au combat.
אָמַר לוֹ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: לוֹמַר לָךְ אִי אֶפְשָׁר, לֵךְ וְטוֹרְדֵן בְּמִלְחָמָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיְהִי אַחֲרֵי מוֹת מֹשֶׁה עֶבֶד ה׳ וַיֹּאמֶר ה׳ וְגוֹ׳״.
§ Il est enseigné dans une baraïta : mille sept cents inférences a fortiori, analogies verbales et minuties des scribes furent oubliées pendant les jours de deuil de Moïse.
בְּמַתְנִיתִין תָּנָא: אֶלֶף וּשְׁבַע מֵאוֹת קַלִּין וַחֲמוּרִין, וּגְזֵירוֹת שָׁווֹת, וְדִקְִדּוּקֵי סוֹפְרִים נִשְׁתַּכְּחוּ בִּימֵי אֶבְלוֹ שֶׁל מֹשֶׁה.
Rabbi Abbahou dit : malgré tout, Othniel, fils de Kenaz, les restaura par son esprit vif [pilpulo], comme il est dit : « Caleb dit : à celui qui frappera Qiryath Séfer et la prendra, je donnerai pour femme Akhsa ma fille. Et Othniel, fils de Kenaz, frère de Caleb, la prit ; et il lui donna Akhsa sa fille pour femme » (Yehoshoua 15, 16-17). « Qiryath Séfer », littéralement le village du livre, est interprété homilétiquement comme les parties de la Torah oubliées ; « la prit » désigne l'acuité d'Othniel. La baraïta ajoute : pourquoi s'appelle-t-elle Akhsa ? Parce que quiconque la voyait s'irritait [ko'es] contre sa propre femme, moins belle qu'Akhsa.
אָמַר רַבִּי אֲבָהוּ: אַף עַל פִּי כֵן הֶחְזִירָן עׇתְנִיאֵל בֶּן קְנַז מִתּוֹךְ פִּלְפּוּלוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיִּלְכְּדָהּ עׇתְנִיאֵל בֶּן קְנַז אֲחִי כָלֵב וַיִּתֶּן לוֹ אֶת עַכְסָה בִתּוֹ לְאִשָּׁה״. וְלָמָּה נִקְרָא שְׁמָהּ ״עַכְסָה״? שֶׁכׇּל הָרוֹאֶה אוֹתָהּ כּוֹעֵס עַל אִשְׁתּוֹ.
La Guemara relate un autre incident impliquant Akhsa. Le verset dit : « Il arriva, quand elle vint à lui, qu'elle le persuada de demander à son père un champ ; et elle descendit de son âne ; et Caleb dit : Que veux-tu ? » (Yehoshoua 15, 18). La Guemara demande : que signifie « et elle descendit [vatitsnaḥ] », qu'on peut aussi comprendre comme « elle cria » ? Rava dit au nom de Rabbi Yitsḥaq : Akhsa dit à Caleb : de même que cet âne, quand il n'a pas de nourriture dans sa mangeoire, crie aussitôt, de même une femme, quand elle n'a pas de produits dans sa maison, crie aussitôt.
וַיְהִי בְּבוֹאָה וַתְּסִיתֵהוּ לִשְׁאֹל מֵאֵת אָבִיהָ שָׂדֶה וַתִּצְנַח מֵעַל הַחֲמוֹר, מַאי ״וַתִּצְנַח״? אָמַר רָבָא אָמַר רַבִּי יִצְחָק: אָמְרָה לוֹ, מָה חֲמוֹר זֶה, כֵּיוָן שֶׁאֵין לוֹ מַאֲכָל בַּאֲבוּסוֹ — מִיָּד צוֹעֵק, כָּךְ אִשָּׁה, כֵּיוָן שֶׁאֵין לָהּ תְּבוּאָה בְּתוֹךְ בֵּיתָהּ — מִיָּד צוֹעֶקֶת.
La Guemara cite encore un verset impliquant Akhsa : « Et elle dit : Donne-moi une bénédiction ; car tu m'as placée dans le pays du Néguev, et tu m'as donné des sources d'eau. Et il lui donna les sources supérieures et les sources inférieures » (Yehoshoua 15, 19). Elle dit à son père : tu m'as donné une demeure desséchée [menugav] de tout bien. « Et tu m'as donné des sources d'eau » — cela désigne un homme qui n'a rien d'autre que la Torah, métaphoriquement appelée eau. Mais comme il ne peut me nourrir, comment vivre ? « Et il lui donna les sources supérieures et les sources inférieures. » Caleb lui dit : celui qui est versé dans la Torah, qui habite les mondes supérieurs et inférieurs, aurait-il besoin qu'on demande pour lui sa subsistance ? Certainement non — D.ieu pourvoira à ses besoins en mérite de ses études.
וַתֹּאמֶר תְּנָה לִּי בְרָכָה כִּי אֶרֶץ הַנֶּגֶב נְתַתָּנִי, בַּיִת שֶׁמְּנוּגָּב מִכׇּל טוֹבָה, ״וְנָתַתָּה לִי גּוּלּוֹת מָיִם״ — אָדָם שֶׁאֵין בּוֹ אֶלָּא תּוֹרָה בִּלְבַד. ״וַיִּתֶּן לָהּ כָּלֵב אֵת גּוּלּוֹת עִלִּיּוֹת וְאֵת גּוּלּוֹת תַּחְתִּיּוֹת״ — אָמַר לָהּ: מִי שֶׁדָּר עֶלְיוֹנִים וְתַחְתּוֹנִים יְבַקֵּשׁ מִמֶּנּוּ מְזוֹנוֹת?!
La Guemara demande : et Caleb, était-il fils de Kenaz ? N'était-il pas Caleb, fils de Yephouné (Yehoshoua 15, 13) ? La Guemara explique : Yephouné n'était pas le nom de son père, mais une description de Caleb. Que signifie Yephouné ? Qu'il se détourna [sheppana] du conseil des explorateurs et ne se joignit pas à leur rapport négatif sur Eretz Yisrael.
וְכָלֵב בֶּן קְנַז הוּא? וַהֲלֹא ״כָּלֵב בֶּן יְפוּנֶּה״ הוּא! מַאי ״יְפוּנֶּה״? שֶׁפָּנָה מֵעֲצַת מְרַגְּלִים.