Guémara
et de cette manière les quarante se'a sont rituellement purs. La raison en est que l'eau puisée est purifiée par une majorité d'eau apte déjà présente dans le mikvé et par l'écoulement de l'eau puisée dans le mikvé. Tel est le sens de l'enseignement de la michna selon lequel l'eau puisée invalide le mikvé seulement « selon le calcul » : on calcule la quantité d'eau puisée qui est entrée dans le mikvé, car le mikvé n'est invalide que si la majorité des quarante se'a provient de cette eau puisée.
וְהֵן טְהוֹרִין, שֶׁהַשְּׁאִיבָה מְטַהֶרֶת בִּרְבִיָּיה וּבְהַמְשָׁכָה.
La Guemara demande : si tel est l'avis de Rabbi Eliezer ben Ya'akov seul, on doit conclure par inférence que les Sages maintiennent que le mikvé n'est pas valide même par une majorité d'eau apte et par l'écoulement de l'eau puisée. Mais si tel est le cas, considérons ce que Ravin a dit en venant d'Eretz Israël en Babylonie : Rabbi Yo'anan a dit qu'un mikvé constitué entièrement d'eau puisée qu'on a fait couler dedans est pur. Selon l'avis de qui cela ? Ce n'est ni selon les Sages — qui maintiennent que l'eau puisée invalide le mikvé même si elle y a coulé — ni selon Rabbi Eliezer ben Ya'akov — qui maintient que l'eau puisée invalide le mikvé si elle constitue la majorité des quarante se'a.
מִכְּלָל דְּרַבָּנַן סָבְרִי דְּבִרְבִיָּיה וּבְהַמְשָׁכָה לָא? אֶלָּא דְּכִי אֲתָא רָבִין אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: שְׁאוּבָה שֶׁהִמְשִׁיכוּהָ כּוּלָּהּ — טְהוֹרָה. מַנִּי? לָא רַבָּנַן וְלָא רַבִּי אֱלִיעֶזֶר!
Plutôt, Rabba dit : la règle de la michna selon laquelle l'eau puisée invalide le mikvé seulement « selon le calcul » ne vise pas l'eau puisée qui a coulé. Elle signifie selon le calcul du nombre de récipients dans lesquels l'eau puisée a été versée directement dans le mikvé — et c'est selon l'avis de Yossef ben Honi.
אֶלָּא אָמַר רַבָּה: לְפִי חֶשְׁבּוֹן כֵּלִים, וְיוֹסֵף בֶּן חוֹנִי הִיא.
Comme il est enseigné dans une baraïta : si trois log d'eau puisée sont tombés dans l'eau d'un mikvé qui n'avait pas encore la mesure requise, provenant de deux ou trois récipients — chacun contenant au moins un log d'eau puisée — ou même de quatre ou cinq récipients, où aucun log entier n'est tombé d'un seul coup, cela invalide le mikvé. Yossef ben Honi dit : ce n'est que si l'eau puisée était dans deux ou trois récipients que l'eau invalide le mikvé ; mais si l'eau puisée était dans quatre ou cinq récipients, l'eau n'invalide pas le mikvé. C'est ce qu'enseigne la michna.
דְּתַנְיָא: שְׁלֹשֶׁת לוּגִּין מַיִם שְׁאוּבִין שֶׁנָּפְלוּ לַמַּיִם, בִּשְׁנַיִם וּשְׁלֹשָׁה כֵּלִים, וַאֲפִילּוּ בְּאַרְבָּעָה וַחֲמִשָּׁה כֵּלִים — פּוֹסְלִים אֶת הַמִּקְוֶה. יוֹסֵף בֶּן חוֹנִי אוֹמֵר: בִּשְׁנַיִם וּשְׁלֹשָׁה כֵּלִים (פוסל) [פּוֹסְלִין] אֶת הַמִּקְוֶה, בְּאַרְבָּעָה וַחֲמִשָּׁה — אֵין פּוֹסְלִין אֶת הַמִּקְוֶה.
§ La michna enseigne : et l'eau de purification de la vache rousse ne devient eau de purification que par la mise des cendres dans l'eau — et non par la mise de l'eau sur les cendres. La Guemara demande : quel est le tanna dont l'avis se reflète dans cette règle ? Rabbi Hiyya bar Abba a dit que Rabbi Yo'anan a dit : ce n'est pas selon l'avis de Rabbi Shimon.
וְאֵין מֵי חַטָּאת (נַעֲשֶׂה) [נַעֲשִׂין] מֵי חַטָּאת כּוּ׳. מַאן תַּנָּא? אָמַר רַבִּי חִיָּיא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: דְּלָא כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן.
Comme il est enseigné dans une baraïta : une sota — femme soupçonnée d'infidélité par son mari — doit boire des eaux amères préparées au Temple. Le verset dit : « Le Cohen prendra de l'eau sainte dans un récipient d'argile ; et il prendra de la poussière qui est sur le sol du Tabernacle et la mettra dans l'eau » (Bamidbar 5, 17). Ce verset enseigne que l'eau doit être mise dans le récipient en premier, et la poussière est placée par-dessus. Si l'on met la poussière dans le récipient avant l'eau, le mélange est impropre ; mais Rabbi Shimon le déclare valide.
דְּתַנְיָא: הִקְדִּים עָפָר לַמַּיִם — פָּסוּל, וְרַבִּי שִׁמְעוֹן מַכְשִׁיר.
La Guemara explique : quel est le raisonnement de Rabbi Shimon ? Comme il est écrit au sujet de la vache rousse : « On prendra pour l'impur de la poussière de l'incinération de la purification du péché, et l'on mettra dessus de l'eau vive dans un récipient » (Bamidbar 19, 17). Et il est enseigné dans une baraïta que Rabbi Shimon a dit : mais est-ce bien de la poussière [afar] qu'on prend ? N'est-ce pas plutôt des cendres [efer] ?
מַאי טַעְמָא דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן? דִּכְתִיב ״וְלָקְחוּ לַטָּמֵא מֵעֲפַר שְׂרֵפַת הַחַטָּאת וְנָתַן עָלָיו מַיִם חַיִּים״, וְתַנְיָא: רַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר: וְכִי עָפָר הוּא? וַהֲלֹא אֵפֶר הוּא!
Manifestement, le verset a modifié son usage habituel et a appelé des cendres de la « poussière » afin d'en déduire une analogie verbale : « poussière » est dit ici, et « poussière » est dit là, au sujet de la sota. Comme là, dans le cas de la sota, le verset enseigne que la poussière doit être placée sur l'eau, de même ici, pour la vache rousse, la poussière — c'est-à-dire les cendres — doit être placée sur l'eau. Et de même, comme ici, pour la vache rousse, si l'on met la poussière dans le récipient avant l'eau, c'est valide a posteriori, de même là, pour la sota, si l'on met la poussière dans le récipient avant l'eau, c'est valide a posteriori.
שִׁינָּה הַכָּתוּב מִמַּשְׁמָעוֹ, לָדוּן הֵימֶנּוּ גְּזֵירָה שָׁוָה: נֶאֱמַר כָּאן ״עָפָר״, וְנֶאֱמַר לְהַלָּן ״עָפָר״. מָה לְהַלָּן — עָפָר עַל גַּבֵּי הַמַּיִם, אַף כָּאן — עָפָר עַל גַּבֵּי הַמַּיִם. וּמָה כָּאן הִקְדִּים עָפָר לַמַּיִם — כָּשֵׁר, אַף כָּאן הִקְדִּים עָפָר לַמַּיִם — כָּשֵׁר.
La Guemara demande : et ici, pour la vache rousse, d'où déduisons-nous que le mélange est valide même si la poussière est placée en premier ? Deux expressions sont écrites. D'abord : « On prendra de la poussière de l'incinération de la purification du péché et l'on mettra dessus » — manifestement, les cendres doivent être placées dans le récipient en premier et l'eau ensuite. Puis il est écrit : « de l'eau vive dans un récipient », indiquant que l'eau doit être mise dans le récipient en premier, alors qu'il est encore vide. Comment concilier ces textes ? On conclut que s'il le souhaite, il peut placer la poussière — c'est-à-dire les cendres de la vache rousse — en dessous et mettre l'eau par-dessus ; et s'il le souhaite, il peut placer l'eau en premier puis la poussière au-dessus de l'eau.
וְהָכָא מְנָלַן? תְּרֵי קְרָאֵי כְּתִיבִי: ״וְנָתַן עָלָיו״, אַלְמָא אֵפֶר בְּרֵישָׁא, וַהֲדַר כְּתִיב ״מַיִם חַיִּים אֶל כֶּלִי״. הָא כֵּיצַד? רָצָה עָפָר לְמַטָּה, רָצָה עָפָר לְמַעְלָה.
Et le tanna de notre michna, qui déclare le mélange impropre si les cendres sont placées en premier, quel est son raisonnement ? Il pourrait te répondre que la dernière clause du verset — « de l'eau vive dans un récipient » — est spécifique : l'eau doit être placée en premier. Et lorsque le verset dit auparavant : « On prendra de la poussière de l'incinération de la purification du péché et l'on mettra dessus », cela n'enseigne que qu'après avoir placé les cendres sur l'eau, il faut mélanger les cendres avec l'eau — de sorte que l'eau recouvre les cendres.
וְתַנָּא דִּידַן, מַאי טַעְמָא? אָמַר לָךְ: סֵיפֵיהּ דִּקְרָא דַּוְקָא, ״וְנָתַן עָלָיו״ — לְעָרְבָן.
La Guemara objecte : mais on pourrait tout aussi bien dire le contraire. Qu'as-tu vu qui t'a conduit à dire que la dernière clause du verset est spécifique ? Peut-être la première clause du verset est-elle spécifique. La Guemara répond : tu ne peux pas dire cela, car tout comme nous trouvons en tout cas que l'élément facilitateur se place au-dessus — par exemple pour la sota, la poussière, qui rend l'eau utilisable, se place sur l'eau — de même ici, pour la vache rousse, l'élément facilitateur doit se placer au-dessus : l'eau doit être placée en premier, puis seulement les cendres.
מַאי חָזֵית דְּאָמְרַתְּ סֵיפֵיהּ דִּקְרָא דַּוְקָא, דִּלְמָא רֵישָׁא דַּוְקָא? לָא מָצֵית אָמְרַתְּ, מָה מָצִינוּ בְּכׇל מָקוֹם מַכְשִׁיר לְמַעְלָה, אַף כָּאן מַכְשִׁיר לְמַעְלָה.
§ La michna enseigne encore : un beit haperas n'en crée pas un autre. La Guemara commente : la michna n'est pas selon l'avis de Rabbi Eliezer, car nous avons appris dans une michna (Oholot 17, 2) que Rabbi Eliezer dit : un beit haperas en crée un autre. Si l'on a labouré depuis un beit haperas vers un autre champ, ce champ est aussi rituellement impur.
וְאֵין בֵּית הַפְּרָס עוֹשֶׂה בֵּית הַפְּרָס כּוּ׳. מַתְנִיתִין דְּלָא כְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר, דִּתְנַן: רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: בֵּית הַפְּרָס עוֹשֶׂה בֵּית הַפְּרָס.