Guémara
Rabbi Zeira répondit que voici ce qu'enseigne la michna : on consacre certains membres d'un animal, et la sainteté s'étend à l'animal entier ; on peut donc substituer ces animaux bien qu'il n'ait consacré initialement que les membres. Mais on ne substitue pas les membres seuls d'animaux profanes à des animaux consacrés ou à leurs membres, car la sainteté ne peut pas être transférée à un membre par substitution. Et quant aux fœtus qui ont été consacrés dans le ventre de leur mère par la consécration de la mère, on ne substitue pas à leur place tant qu'ils sont dans le ventre de leur mère. Autrement dit, la clause de cette michna qui parle de consécration ne vise pas du tout les fœtus.
הָכִי קָאָמַר: מַקְדִּישִׁין אֵיבָרִין וּמְמִירִין בָּהֶן, אֲבָל לֹא מְמִירִין בָּהֶן, וְעוּבָּרִים שֶׁקָּדְשׁוּ בִּמְעֵי אִמָּן אֵין מְמִירִין בָּהֶן.
Rabbi Yirmeya objecta : si la michna vise la progéniture d'animaux sacrificiels, et qu'elle enseigne que c'est seulement lorsqu'ils sont dans le ventre de leur mère que l'on ne peut pas effectuer de substitution avec eux, on peut déduire qu'une fois « à l'extérieur » du ventre de leur mère, on peut effectuer une substitution avec eux. Or n'avons-nous pas appris dans la michna suivante que la progéniture née d'un animal consacré ne rend pas profane l'animal échangé contre elle en substitution ? Rabbi Zeira répondit : selon l'avis de qui cette michna ? Selon l'avis de Rabbi Yehouda, qui conteste cette règle et maintient que l'on peut substituer pour la progéniture.
בְּוַלְדֵי קָדָשִׁים, בִּמְעֵי אִמָּן — הוּא דְּלָא עָבְדִין תְּמוּרָה, הָא אַבָּרַאי — עָבְדִי. וְהָא תְּנַן: אֵין הַוְּולָדוֹת עוֹשִׂין תְּמוּרָה! הָא מַנִּי? רַבִּי יְהוּדָה הִיא.
Rabbi Yirmeya objecta : si la michna est selon l'avis de Rabbi Yehouda, une difficulté se pose. Selon Rabbi Yehouda, les membres sont-ils consacrés de cette manière — la sainteté s'étendant à l'animal entier ? Or Rabbi Yehouda n'accepte pas que si l'on dit : « La patte arrière de cet animal est un holocauste », l'animal entier devienne un holocauste.
אִי רַבִּי יְהוּדָה, אֵבָרִין מִי קָדְשִׁי? הָא לְרַבִּי יְהוּדָה לֵית לֵיהּ הָאוֹמֵר ״רַגְלָהּ שֶׁל זוֹ עוֹלָה״ — כּוּלָּהּ עוֹלָה!
Rabbi Zeira lui répondit : de quoi traitons-nous ici ? D'un organe dont l'ablation rendrait l'animal tréfa [mortel en l'espace de douze mois]. La règle de Rabbi Yehouda selon laquelle la consécration d'un membre ne s'étend pas à l'animal entier ne vaut que pour les membres dont l'ablation ne rendrait pas l'animal tréfa. Il concède que la consécration de membres qui rendraient l'animal tréfa s'ils étaient enlevés s'étend à l'animal entier. En somme, l'avis de Bar Padda selon lequel les fœtus ne peuvent pas être consacrés n'a pas été réfuté.
אֲמַר לֵיהּ: הָכָא בְּמַאי עָסְקִינַן — בְּדָבָר הָעוֹשֶׂה אוֹתָהּ טְרֵפָה.
§ La Guemara propose : disons que le débat entre Bar Padda et Rabbi Yo'anan est parallèle à une dispute entre tannaim, comme nous l'avons appris : si l'on a abattu un animal gravide consacré comme offrande pour le péché, et que l'on a trouvé à l'intérieur un fœtus femelle de quatre mois — encore vivant, bien que la mère porte habituellement ses petits cinq mois — une baraïta enseigne : cet animal est traité comme une offrande pour le péché ; il n'est donc mangé que par les hommes de la famille sacerdotale, uniquement à l'intérieur des tentures [du parvis du Temple], et uniquement pendant un jour et une nuit.
לֵימָא כְּתַנָּאֵי: הַשּׁוֹחֵט אֶת הַחַטָּאת, וּמָצָא בָּהּ בֶּן אַרְבַּע חַי, קָתָנֵי חֲדָא: אֵינָהּ נֶאֱכֶלֶת אֶלָּא לְזִכְרֵי כְהוּנָּה, וְאֵינָהּ נֶאֱכֶלֶת אֶלָּא לִפְנִים מִן הַקְּלָעִים, וְאֵינָהּ נֶאֱכֶלֶת אֶלָּא לְיוֹם אֶחָד.
Et il est enseigné dans une autre baraïta qu'il est traité comme un animal profane — ce qui signifie qu'il peut être mangé par toute personne, partout en dehors du parvis du Temple, mais qu'il ne peut pas être mangé dans le parvis. N'est-ce pas le cas que le débat entre Bar Padda et Rabbi Yo'anan est un débat entre tannaim — le tanna de la première baraïta suivant Rabbi Yo'anan (les fœtus reçoivent la sainteté), et le tanna de la seconde baraïta suivant Bar Padda (les fœtus ne la reçoivent pas) ?
וְתַנְיָא אִידַּךְ: נֶאֱכֶלֶת לְכׇל אָדָם, וְנֶאֱכָלִין בְּכׇל מָקוֹם, וְאֵינָן נֶאֱכָלִין בַּעֲזָרָה. מַאי לָאו תַּנָּאֵי הִיא? דְּמָר סָבַר: קְדוּשָּׁה חָלָה עַל עוּבָּרִין, וּמַר סָבַר: אֵין קְדוּשָּׁה חָלָה עַל עוּבָּרִין.
La Guemara répond : Non. Les tannaim des deux baraïtot sont d'accord que la sainteté peut s'appliquer aux fœtus si l'animal a été consacré pendant la grossesse. Les baraïtot traitent plutôt d'un animal consacré puis devenu enceinte ensuite, et ces tannaim divergent là-dessus : selon le tanna de la seconde baraïta, la progéniture d'animaux sacrificiels n'est sanctifiée qu'au moment de sa naissance ; comme ce fœtus n'est jamais né, il n'est pas sacré. Selon le tanna de la première baraïta, la progéniture d'animaux sacrificiels est déjà sanctifiée dans le ventre de sa mère — toutes les halakhot d'une offrande pour le péché s'appliquent donc immédiatement au fœtus.
לָא, הָנֵי תַּנָּאֵי בְּהָא קָא מִיפַּלְגִי, דְּמָר סָבַר: וַלְדוֹת קָדָשִׁים בַּהֲוָיָיתָן הֵן קְדוֹשִׁים, וּמָר סָבַר: וַלְדֵי קָדָשִׁים בִּמְעֵי אִמָּן הֵן קְדוֹשִׁים.
Et si tu le souhaites, dis plutôt qu'il n'y a aucune contradiction entre ces deux baraïtot, et qu'un seul tanna les a enseignées toutes deux — selon l'avis de Rabbi Yo'anan que les fœtus reçoivent la sainteté. La seconde baraïta vise le cas où l'on consacre un animal comme offrande pour le péché et qu'il ne devient enceinte qu'ensuite ; comme le fœtus n'existait pas au moment de la consécration, il n'est pas sacré. La première baraïta vise le cas où il a consacré l'animal alors qu'il était déjà enceinte — son fœtus reçoit donc sa sainteté.
וְאִיבָּעֵית אֵימָא, חַד תַּנָּא הוּא, חֲדָא מֵהָלֵין מַתְנְיָיתָא — בְּמַקְדִּישׁ בְּהֵמָה וְאַחַר כָּךְ נִתְעַבְּרָה, וַחֲדָא מִנְּהוֹן — שֶׁהִקְדִּישָׁהּ מְעוּבֶּרֶת.
§ Il est enseigné dans une baraïta que Rabbi Eliezer dit : un animal issu du croisement d'espèces différentes, un tréfa, un animal né par césarienne, un tumtoum [dont les organes sexuels sont indéterminés] et un androgyne ne sont ni sacrés ni ne sanctifient un autre animal. Et Chmouel explique la baraïta : ces animaux ne deviennent pas sacrés en tant que substitution — si l'un d'eux était profane, il ne peut pas être consacré comme substitution d'un animal sacré ; et ils ne sanctifient pas un autre animal pour en faire une substitution — c'est-à-dire que si l'un de ces animaux était sacré, aucun animal profane ne peut être consacré comme substitution à sa place.
תַּנְיָא, רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: כִּלְאַיִם, וּטְרֵפָה, וְיוֹצֵא דּוֹפֶן, טוּמְטוּם, וְאַנְדְּרוֹגִינוֹס — לֹא קְדוֹשִׁין וְלֹא מַקְדִּישִׁין. וְאָמַר שְׁמוּאֵל: לֹא קְדוֹשִׁין בִּתְמוּרָה, וְלֹא מַקְדִּישִׁין לַעֲשׂוֹת תְּמוּרָה.
Et il est enseigné dans une autre baraïta que Rabbi Meir dit : pourquoi Rabbi Eliezer a-t-il besoin de dire que l'on ne peut pas substituer pour ces animaux ? Après tout, puisqu'il a déjà dit qu'ils ne sont pas sanctifiés, comment pourraient-ils sanctifier un autre animal échangé contre eux ? Rabbi Meir répond lui-même : on trouve que ces animaux peuvent être sacrés, mais seulement dans des situations précises — par exemple lorsque l'on a consacré un animal et qu'il est ensuite devenu tréfa, ou lorsque l'on a consacré la progéniture d'un animal et qu'elle est ensuite née par césarienne. On peut déduire de la déclaration de Rabbi Meir que manifestement une progéniture peut être sanctifiée dans le ventre — contrairement à l'avis de Bar Padda.
וְתַנְיָא, אָמַר רַבִּי מֵאִיר: מֵאַחַר שֶׁאֵינָן קְדוֹשִׁין, הֵיאַךְ מַקְדִּישִׁין? אִי אַתָּה מוֹצֵא אֶלָּא בְּמַקְדִּישׁ בְּהֵמָה וְאַחַר כָּךְ נִטְרְפָה, בְּמַקְדִּישׁ וָלָד וְיָצָא [דֶּרֶךְ] דּוֹפֶן. אַלְמָא קָדֵישׁ וָלָד!
Les Sages répondent : dans le cas d'un animal sans défaut dans le ventre d'une mère sans défaut, même Bar Padda concède qu'il peut être consacré. Bar Padda et Rabbi Yo'anan ne divergent que pour un animal sans défaut dans le ventre d'une mère présentant un défaut. Bar Padda maintient : puisque sa mère ne peut pas être consacrée avec une sainteté inhérente, sa progéniture non plus n'est pas consacrée. Rabbi Yo'anan maintient : ce sont deux animaux distincts ; c'est la mère seule qui n'est pas consacrée, mais le fœtus lui-même est sacré.
אָמְרִי: בְּתָם בִּמְעֵי תְמִימָה, אֲפִילּוּ בַּר פְּדָא נָמֵי מוֹדֵי דְּקָדֵישׁ. לֹא נֶחְלְקוּ אֶלָּא בְּתָם בִּמְעֵי בַּעֲלַת מוּם. בַּר פְּדָא סָבַר: כֵּיוָן דְּאִימֵּיהּ לָא מִקַּדְּשָׁא קְדוּשַּׁת הַגּוּף, הוּא נָמֵי לָא קָדֵישׁ. וְרַבִּי יוֹחָנָן סָבַר: הָנֵי כִּשְׁתֵּי בְהֵמוֹת נִינְהוּ, אִימֵּיהּ הִיא דְּלָא מִיקַּדְּשָׁא, אֲבָל הוּא קָדוֹשׁ.
La Guemara cite une autre version de la discussion ci-dessus, qui cite la suite de la déclaration de Rabbi Meir : mais pour un animal issu du croisement d'espèces, un tumtoum et un androgyne, on trouve qu'ils peuvent être consacrés seulement lorsqu'ils sont la progéniture d'animaux sacrificiels — c'est-à-dire qu'un animal consacré s'est accouplé avec un animal d'une autre espèce, ou que son fœtus était un tumtoum ou un androgyne.
לִישָּׁנָא אַחֲרִינָא, אֲבָל כִּלְאַיִם וְטוּמְטוּם וְאַנְדְּרוֹגִינוֹס, אִי אַתָּה מוֹצֵא אֶלָּא בְּוַלְדֵי קֳדָשִׁים.