Guémara
Un verset fut lu à Rav Papa dans un songe : « Et Je retranchai les trois bergers en un seul mois » (Zekharia 11, 8). Le lendemain, lorsqu'ils prirent congé de lui, Rav Papa leur dit : que les maîtres aillent en paix — sous-entendant que ce serait leur dernière séparation. Rav Papa pensait en effet que les trois Sages mourraient en châtiment de leur attitude, et qu'il ne les reverrait jamais.
אַקְרְיוּהּ בְּחֶלְמֵיהּ: ״וָאַכְחִד אֶת שְׁלֹשֶׁת הָרֹעִים״. לִמְחַר, כִּי הֲווֹ מִיפַּטְרִי מִינֵּיהּ, אֲמַר לְהוּ: לֵיזְלוּ רַבָּנַן בִּשְׁלָמָא.
La Guemara rapporte un incident semblable : Rav Chimi bar Achi se trouvait souvent devant Rav Papa et soulevait de nombreuses objections contre ses opinions. Un jour, Rav Chimi bar Achi le vit tomber sur sa face après la prière, et l'entendit dire : que le Miséricordieux me sauve de la honte que me cause Chimi. À la suite de quoi Rav Chimi bar Achi résolut de se taire et de ne plus soulever d'objections contre Rav Papa, voyant combien elles peinaient son maître.
רַב שִׁימִי בַּר אָשֵׁי הֲוָה שְׁכִיחַ קַמֵּיהּ דְּרַב פָּפָּא, הֲוָה מַקְשֵׁי לֵיהּ טוּבָא. יוֹמָא חַד חַזְיֵיהּ דִּנְפַל עַל אַפֵּיהּ, שַׁמְעֵיהּ דְּאָמַר: רַחֲמָנָא לִיצְּלַן מִכִּיסּוּפָא דְשִׁימִי. קַבֵּיל עֲלֵיהּ שְׁתִיקוּתָא, וְתוּ לָא אַקְשִׁי לֵיהּ.
§ La Guemara revient à la question de la pluie. Et Rech Lakich aussi tient que la pluie peut tomber pour un individu, car Rech Lakich a dit : d'où déduit-on que la pluie tombe même pour un individu ? Comme il est écrit : « Demandez à l'Éternel la pluie au temps de la pluie tardive ; l'Éternel qui fait les nuées d'orage [‘hazizim], et Il leur donnera des averses de pluie, à chacun [léich] de l'herbe dans le champ » (Zekharia 10, 1).
וְאַף רֵישׁ לָקִישׁ סָבַר מָטָר בִּשְׁבִיל יָחִיד, דְּאָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: מִנַּיִן לַמָּטָר בִּשְׁבִיל יָחִיד, דִּכְתִיב: ״שַׁאֲלוּ מֵה׳ מָטָר בְּעֵת מַלְקוֹשׁ ה׳ עֹשֶׂה חֲזִיזִים וּמְטַר גֶּשֶׁם יִתֵּן לָהֶם לְאִישׁ עֵשֶׂב בַּשָּׂדֶה״.
On aurait pu penser que la pluie tombe pour le bien de tout le peuple juif : le verset énonce donc « à chacun [léich] » — c'est-à-dire pour le besoin d'un individu. Et il fut enseigné dans une baraïta : si c'est « à chacun », on aurait pu penser que la pluie est pour tous ses champs : le verset énonce donc « champ » — ce qui indique qu'il pleut parfois sur un seul champ. Si c'est sur un seul champ, on aurait pu penser que la pluie est pour tout le champ : le verset énonce donc « herbe » — la pluie pouvant tomber pour le bien d'une seule plante du champ.
יָכוֹל לַכֹּל — תַּלְמוּד לוֹמַר ״לְאִישׁ״. וְתַנְיָא: אִי לְאִישׁ, יָכוֹל לְכׇל שְׂדוֹתָיו — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״שָׂדֶה״. אִי שָׂדֶה, יָכוֹל לְכׇל הַשָּׂדֶה — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״עֵשֶׂב״.
Tel cet usage de Rav Daniel bar Ketina, qui possédait un certain jardin. Chaque jour il allait l'inspecter, pour voir ce dont il avait besoin. Il disait : ce carré-ci réclame de l'eau, et ce carré-là n'en réclame pas. Et la pluie venait et arrosait partout où il fallait de l'eau, mais nulle part ailleurs.
כִּי הָא דְּרַב דָּנִיאֵל בַּר קַטִּינָא הֲוָה לֵיהּ הָהִיא גִּינְּתָא. כׇּל יוֹמָא הֲוָה אָזֵיל וְסָיַיר לַהּ. אָמַר: הָא מֵישְׁרָא בָּעֲיָא מַיָּא, וְהָא מֵישְׁרָא לָא בָּעֲיָא מַיָּא. וַאֲתָא מִיטְרָא וְקָמַשְׁקֵי כׇּל הֵיכָא דְּמִיבְּעֵי לֵיהּ מַיָּא.
Au sujet du verset précité, la Guemara demande : que signifie l'expression « l'Éternel qui fait les nuées d'orage [‘hazizim] » ? Rabbi Yossef, fils de Rabbi 'Hanina, dit : cela enseigne que, pour chaque juste, le Saint, béni soit-Il, prépare une nuée d'orage à part. La Guemara demande : que signifie précisément « ‘hazizim » ? Rav Yehouda dit : des nuées volantes [por’hot]. Rabbi Yo'hanan dit : un signe de pluie prochaine, ce sont les nuées volantes. La Guemara demande : que sont les nuées volantes ? Rav Papa dit : c'est une nuée mince sous une nuée épaisse.
מַאי ״ה׳ עֹשֶׂה חֲזִיזִים״? אָמַר רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי חֲנִינָא: מְלַמֵּד שֶׁכׇּל צַדִּיק הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא עוֹשֶׂה לוֹ חֲזִיז בִּפְנֵי עַצְמוֹ. מַאי ״חֲזִיזִים״? אָמַר רַב יְהוּדָה: פּוֹרְחוֹת. אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: סִימָן לַמָּטָר — פּוֹרְחוֹת. מַאי פּוֹרְחוֹת? אָמַר רַב פָּפָּא: עֵיבָא קְלִישָׁא תּוּתֵי עֵיבָא סְמִיכְתָּא.
Rav Yehouda dit qu'il y a un autre signe de pluie imminente : la bruine [néhila] avant la pluie annonce que la pluie vient ; mais la bruine qui tombe après la pluie est signe que la pluie cesse. Rav Yehouda en donne une analogie : la bruine avant la pluie annonce que la pluie vient — et ton signe mnémotechnique est le tamis [maholta] : de même que de petites quantités de farine tombent du tamis avant même qu'on ne commence à le secouer, de même la bruine tombe avant la pluie. À l'inverse, la bruine qui tombe après la pluie signifie que la pluie cesse — et ton signe mnémotechnique est la crotte de chèvre : les premières crottes de la chèvre sont grosses, tandis que les dernières sont petites.
אָמַר רַב יְהוּדָה: נְהִילָא מִקַּמֵּי מִיטְרָא — אָתֵי מִיטְרָא. בָּתַר מִיטְרָא — פָּסֵיק מִיטְרָא. מִקַּמֵּי מִיטְרָא — אָתֵי מִיטְרָא. וְסִימָנָיךְ: מַהוֹלְתָּא. דְּבָתַר מִיטְרָא — פָּסֵיק מִיטְרָא. וְסִימָנָיךְ: חַרְיָא דְעִיזֵּי.
La Guemara rapporte que, lorsque Oulla vint un jour en Babylonie, il vit des nuées volantes. Il dit aux habitants : rentrez vos récipients, car la pluie vient maintenant. Finalement, malgré la présence de nuées volantes, la pluie ne tomba pas. Il dit : de même que les Babyloniens sont menteurs, de même leurs pluies sont menteuses — car les nuées volantes sont un signe fiable de pluie en Erets Israël, mais non en Babylonie.
עוּלָּא אִיקְּלַע לְבָבֶל, חֲזָא פּוֹרְחוֹת, אֲמַר לְהוּ: פַּנּוּ מָאנֵי, דְּהַשְׁתָּא אָתֵי מִיטְרָא. לְסוֹף לָא אָתֵי מִיטְרָא. אָמַר: כִּי הֵיכִי דִּמְשַׁקְּרִי בַּבְלָאֵי, הָכִי מְשַׁקְּרִי מִיטְרַיְיהוּ.
La Guemara rapporte un autre incident survenu lorsque Oulla vint en Babylonie. Il vit une corbeille pleine de dattes en vente pour un zouz, et dit : on peut acheter une corbeille pleine de dattes douces comme le miel pour un zouz, et pourtant ces Babyloniens ne s'adonnent pas à la Torah ? En un lieu où une si excellente nourriture est si bon marché, et où l'on n'a pas besoin de peiner durement pour ses besoins matériels, les habitants devraient pouvoir s'adonner à la Torah. Oulla lui-même mangea beaucoup de dattes ; mais durant la nuit, elles lui causèrent douleurs et dérangement. Il dit alors : une corbeille pleine de couteaux pour un zouz, et pourtant ces Babyloniens parviennent à s'adonner à la Torah — malgré le tourment que leur causent ces dattes !
עוּלָּא אִיקְּלַע לְבָבֶל, חָזֵי מְלָא צַנָּא דְתַמְרֵי בְּזוּזָא. אֲמַר: מְלָא צַנָּא דְּדוּבְשָׁא בְּזוּזָא, וּבַבְלָאֵי לָא עָסְקִי בְּאוֹרָיְיתָא? בְּלֵילְיָא צַעֲרוּהוּ, אָמַר: מְלָא צַנָּא דְסַכִּינֵי בְּזוּזָא, וּבַבְלָאֵי עָסְקִי בְּאוֹרָיְיתָא!
§ La Guemara traite de la source de la pluie. Il est enseigné dans une baraïta que Rabbi Eliézer dit : le monde entier s'abreuve des eaux de l'océan [okéanos] — c'est-à-dire que l'eau de mer évaporée est la source de la pluie —, comme il est dit : « Et une vapeur montait de la terre et abreuvait toute la face du sol » (Béréchit 2, 6). Rabbi Yehochoua lui dit : mais les eaux de l'océan sont salées, tandis que l'eau de pluie est douce ! Rabbi Eliézer lui dit : elles sont adoucies dans les nuages, avant de retomber sur la terre.
תַּנְיָא, רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: כׇּל הָעוֹלָם כּוּלּוֹ מִמֵּימֵי אוֹקְיָינוֹס הוּא שׁוֹתֶה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְאֵד יַעֲלֶה מִן הָאָרֶץ וְהִשְׁקָה אֶת כׇּל פְּנֵי הָאֲדָמָה״. אָמַר לוֹ רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ: וַהֲלֹא מֵימֵי אוֹקְיָינוֹס מְלוּחִין הֵן! אָמַר לוֹ: מִתְמַתְּקִין בֶּעָבִים.
En revanche, Rabbi Yehochoua dit : le monde entier s'abreuve des eaux supérieures (mayim haelyonim), comme il est dit : « Elle boit l'eau de la pluie des cieux » (Devarim 11, 11). Mais alors, comment maintenir le verset « et une vapeur montait de la terre » ? Rabbi Yehochoua répondrait que ce verset enseigne que les nuages se renforcent, montent au firmament, ouvrent leur bouche comme une outre et reçoivent d'en haut les eaux de pluie, comme il est dit : « Car Il attire les gouttes d'eau, qui distillent en pluie de Sa vapeur » (Iyov 36, 27).
רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אוֹמֵר: כׇּל הָעוֹלָם כּוּלּוֹ מִמַּיִם הָעֶלְיוֹנִים הוּא שׁוֹתֶה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״לִמְטַר הַשָּׁמַיִם תִּשְׁתֶּה מָּיִם״, אֶלָּא מָה אֲנִי מְקַיֵּים ״וְאֵד יַעֲלֶה מִן הָאָרֶץ״? מְלַמֵּד שֶׁהָעֲנָנִים מִתְגַּבְּרִים וְעוֹלִים לָרָקִיעַ, וּפוֹתְחִין פִּיהֶן כְּנוֹד, וּמְקַבְּלִין מֵי מָטָר, שֶׁנֶּאֱמַר: ״יָזֹקּוּ מָטָר לְאֵדוֹ״.
Et ils sont perforés comme un crible, et viennent asperger d'eau la surface du sol, comme il est dit : « Amas d'eaux, nuées épaisses des cieux » (II Chmouel 22, 12). Et entre chaque goutte il n'y a que l'épaisseur d'un cheveu, et pourtant chaque goutte émerge individuellement — ce qui vient t'enseigner que le jour des pluies est aussi grand que le jour où furent créés les cieux et la terre, la pluie étant aussi miraculeuse que la création.
וּמְנוּקָּבוֹת הֵן כִּכְבָרָה, וּבָאוֹת וּמְחַשְּׁרוֹת מַיִם עַל גַּבֵּי קַרְקַע, שֶׁנֶּאֱמַר: ״חַשְׁרַת מַיִם עָבֵי שְׁחָקִים״. וְאֵין בֵּין טִיפָּה לְטִיפָּה אֶלָּא כִּמְלֹא נִימָא, לְלַמֶּדְךָ שֶׁגָּדוֹל יוֹם הַגְּשָׁמִים כְּיוֹם שֶׁנִּבְרְאוּ בּוֹ שָׁמַיִם וָאָרֶץ.