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Traité Taanit

9a

Étude de Taanit 9a

Étude de la Guémara 9a

Guémara
« Tu prélèveras la dîme [asser téasser] » (Devarim 14, 22) ? Cette expression peut s'interpréter par homilétique : prélève la dîme [asser] afin que tu t'enrichisses [titacher], au mérite de la mitsva.
״עַשֵּׂר תְּעַשֵּׂר״ — עַשֵּׂר בִּשְׁבִיל שֶׁתִּתְעַשֵּׁר.
Rabbi Yo'hanan rencontra le jeune fils de Rech Lakich. Il lui dit : récite-moi ton verset — celui que tu as étudié aujourd'hui à l'école. L'enfant lui dit : « Tu prélèveras la dîme. » Et l'enfant ajouta : mais que signifie cette expression, « tu prélèveras la dîme » ? Rabbi Yo'hanan lui dit : le verset signifie : prélève la dîme afin que tu t'enrichisses. L'enfant lui dit : d'où le tiens-tu ? Rabbi Yo'hanan lui dit : va, et fais-en l'épreuve.
אַשְׁכְּחֵיהּ רַבִּי יוֹחָנָן לְיָנוֹקָא דְּרֵישׁ לָקִישׁ, אֲמַר לֵיהּ: אִימָּא לִי פְּסוּקָיךְ! אֲמַר לֵיהּ: ״עַשֵּׂר תְּעַשֵּׂר״. אֲמַר לֵיהּ: וּמַאי ״עַשֵּׂר תְּעַשֵּׂר״? אֲמַר לֵיהּ: עַשֵּׂר בִּשְׁבִיל שֶׁתִּתְעַשֵּׁר, אֲמַר לֵיהּ: מְנָא לָךְ? אֲמַר לֵיהּ: זִיל נַסִּי.
L'enfant lui dit : mais est-il permis d'éprouver le Saint, béni soit-Il ? N'est-il pas écrit : « Vous n'éprouverez pas l'Éternel votre Dieu » (Devarim 6, 16) ? Rabbi Yo'hanan dit à l'enfant que Rabbi Hochaya a dit ainsi : il est interdit d'éprouver Dieu de quelque manière que ce soit, sauf en ce cas de la dîme, comme il est dit : « Apportez toute la dîme à la maison du trésor, qu'il y ait de la nourriture dans Ma maison, et éprouvez-Moi donc par cela, dit l'Éternel des armées : Je vous ouvrirai certainement les écluses des cieux et déverserai sur vous la bénédiction au-delà de toute suffisance » (Malakhi 3, 10).
אֲמַר לֵיהּ: וּמִי שְׁרֵי לְנַסּוֹיֵיהּ לְהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא? וְהָכְתִיב: ״לֹא תְנַסּוּ אֶת ה׳״! אֲמַר לֵיהּ, הָכִי אָמַר רַבִּי הוֹשַׁעְיָא: חוּץ מִזּוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הָבִיאוּ אֶת כׇּל הַמַּעֲשֵׂר אֶל בֵּית הָאוֹצָר וִיהִי טֶרֶף בְּבֵיתִי וּבְחָנוּנִי נָא בָּזֹאת אָמַר ה׳ צְבָאוֹת אִם לֹא אֶפְתַּח לָכֶם אֵת אֲרֻבּוֹת הַשָּׁמַיִם וַהֲרִיקֹתִי לָכֶם בְּרָכָה עַד בְּלִי דָי״.
Au sujet du verset ci-dessus, la Guemara demande : que signifie l'expression « au-delà de toute suffisance [ad bli daï] » ? Rami bar 'Hama dit au nom de Rav : cela signifie que l'abondance sera si grande que vos lèvres s'useront [yivlou] — apparenté au mot bli — à force de dire « assez [daï] ». Revenant à l'incident ci-dessus, la Guemara ajoute que l'enfant dit à Rabbi Yo'hanan : ta thèse figure explicitement dans un verset ! Si j'étais parvenu là, à ce verset, je n'aurais eu besoin ni de toi ni de Hochaya ton maître — car j'aurais pu le comprendre par moi-même.
מַאי ״עַד בְּלִי דָי״? אָמַר רָמֵי בַּר חָמָא אָמַר רַב: עַד שֶׁיִּבְלוּ שִׂפְתוֹתֵיכֶם מִלּוֹמַר ״דַּי״. אֲמַר לֵיהּ: אִי הֲוָת מָטֵי הָתָם לְהַאי פְּסוּקָא, לָא הֲוֵית צְרִיכְנָא לָךְ וּלְהוֹשַׁעְיָא רַבָּךְ.
La Guemara rapporte une autre anecdote sur la précocité de cet enfant. Et en outre, en une autre occasion, Rabbi Yo'hanan rencontra le jeune fils de Rech Lakich tandis qu'il était assis à étudier et récitait le verset : « La folie de l'homme pervertit sa voie, et son cœur s'irrite contre l'Éternel » (Michlé 19, 3) — ce verset signifiant que, lorsqu'un homme pèche et qu'ensuite toutes sortes de malheurs s'abattent sur lui, il se plaint et s'étonne de ce qui lui arrive.
וְתוּ אַשְׁכְּחֵיהּ רַבִּי יוֹחָנָן לְיָנוֹקֵיהּ דְּרֵישׁ לָקִישׁ דְּיָתֵיב וְאָמַר: ״אִוֶּלֶת אָדָם תְּסַלֵּף דַּרְכּוֹ וְעַל ה׳ יִזְעַף לִבּוֹ״.
Rabbi Yo'hanan s'assit et s'étonna à voix haute de ce verset, disant : y a-t-il quelque chose qui soit écrit dans les Écrits (Ketouvim) sans être déjà annoncé dans la Torah ? Je ne vois nul indice de cette idée dans la Torah elle-même. L'enfant lui dit : est-ce à dire que cette idée n'est vraiment pas annoncée dans la Torah ? N'est-il pas écrit, au sujet des frères de Yossef : « Et le cœur leur manqua, et ils se tournèrent en tremblant l'un vers l'autre, disant : Qu'est-ce que Dieu nous a fait là ? » (Béréchit 42, 28) — verset qui illustre l'idée que, lorsqu'on pèche et qu'on rencontre des malheurs, on s'étonne de ce qui arrive.
יְתֵיב רַבִּי יוֹחָנָן וְקָא מַתְמַהּ. אָמַר: מִי אִיכָּא מִידֵּי דִּכְתִיבִי בִּכְתוּבֵי דְּלָא רְמִיזִי בְּאוֹרָיְיתָא? אָמַר לֵיהּ: אַטּוּ הָא מִי לָא רְמִיזִי, וְהָכְתִיב: ״וַיֵּצֵא לִבָּם וַיֶּחֶרְדוּ אִישׁ אֶל אָחִיו לֵאמֹר מַה זֹּאת עָשָׂה אֱלֹהִים לָנוּ״.
Impressionné par la sagesse de l'enfant, Rabbi Yo'hanan leva les yeux et le fixa du regard. À ce moment, la mère de l'enfant vint et l'emmena, lui disant : viens, éloigne-toi de Rabbi Yo'hanan, qu'il ne te fasse pas ce qu'il a fait à ton père. Rech Lakich, le père de l'enfant, était mort lors d'une vive controverse avec Rabbi Yo'hanan sur une question de Torah : la dispute s'était achevée par un regard offensé de Rabbi Yo'hanan, qui avait causé la mort de Rech Lakich, et la mère de l'enfant craignait que son fils ne subît le même sort.
דַּל עֵינֵיהּ וַחֲזָא בֵּיהּ, אָתְיָא אִימֵּיהּ אַפֵּיקְתֵּיהּ, אֲמַרָה לֵיהּ: תָּא מִקַּמֵּיהּ, דְּלָא לֶיעְבַּד לָךְ כְּדַעֲבַד לַאֲבוּךְ.
§ Après cette brève digression, la Guemara en vient au cinquième de la série d'énoncés de Rabbi Yo'hanan touchant la pluie. Rabbi Yo'hanan dit : la pluie tombe même pour un individu — en réponse à la requête d'une seule personne qui a besoin de pluie —, tandis que la bénédiction de la subsistance (parnassa) ne vient que pour le bien d'un grand nombre. La pluie tombe même pour un individu, comme il est écrit : « L'Éternel t'ouvrira Son bon trésor, les cieux, pour donner la pluie de ta terre » (Devarim 28, 12) — le fait que ce verset soit au singulier montre que la pluie peut tomber même pour un individu. Et la subsistance vient pour un grand nombre, comme il est écrit : « Voici, Je vais faire pleuvoir pour vous du pain des cieux » (Chemot 16, 4) — Dieu s'adressant ici au peuple au pluriel.
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מָטָר בִּשְׁבִיל יָחִיד, פַּרְנָסָה בִּשְׁבִיל רַבִּים. מָטָר בִּשְׁבִיל יָחִיד, דִּכְתִיב: ״יִפְתַּח ה׳ לְךָ אֶת אוֹצָרוֹ הַטּוֹב לָתֵת מְטַר אַרְצְךָ״. פַּרְנָסָה בִּשְׁבִיל רַבִּים, דִּכְתִיב: ״הִנְנִי מַמְטִיר לָכֶם לֶחֶם״.
La Guemara soulève une objection à partir d'une baraïta : Rabbi Yossef, fils de Rabbi Yehouda, dit : trois bons pourvoyeurs (parnassim) se levèrent pour le peuple juif lors de la sortie d'Égypte, et ce sont : Moïse, Aaron et Myriam. Et trois bons dons furent accordés du Ciel par leur entremise, et ce sont : le puits, la colonne de nuée et la manne. Il développe : le puits fut donné à Israël au mérite de Myriam ; la colonne de nuée, au mérite d'Aaron ; et la manne, au mérite de Moïse. Quand Myriam mourut, le puits disparut, comme il est dit : « Et Myriam mourut là » (Bamidbar 20, 1), et il est écrit ensuite, au verset suivant : « Et il n'y eut pas d'eau pour la communauté » (Bamidbar 20, 2) ; mais le puits revint au mérite des deux autres, Moïse et Aaron.
מֵיתִיבִי, רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: שְׁלֹשָׁה פַּרְנָסִים טוֹבִים עָמְדוּ לְיִשְׂרָאֵל, אֵלּוּ הֵן: מֹשֶׁה וְאַהֲרֹן וּמִרְיָם. וְשָׁלֹשׁ מַתָּנוֹת טוֹבוֹת נִיתְּנוּ עַל יָדָם, וְאֵלּוּ הֵן: בְּאֵר, וְעָנָן, וּמָן. בְּאֵר — בִּזְכוּת מִרְיָם, עַמּוּד עָנָן — בִּזְכוּת אַהֲרֹן, מָן — בִּזְכוּת מֹשֶׁה. מֵתָה מִרְיָם — נִסְתַּלֵּק הַבְּאֵר, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַתָּמׇת שָׁם מִרְיָם״, וּכְתִיב בָּתְרֵיהּ: ״וְלֹא הָיָה מַיִם לָעֵדָה״, וְחָזְרָה בִּזְכוּת שְׁנֵיהֶן.
Quand Aaron mourut, les nuées de gloire disparurent, comme il est dit : « Et le Cananéen, roi d'Arad, entendit » (Bamidbar 33, 40). Quelle nouvelle entendit-il ? Il entendit qu'Aaron était mort et que les nuées de gloire avaient disparu, et il pensa que le peuple juif n'était plus protégé par le Ciel, et que par conséquent l'autorisation lui était donnée de combattre Israël. Et telle est la signification de ce qui est écrit : « Et toute la communauté vit que [ki] Aaron avait expiré » (Bamidbar 20, 29).
מֵת אַהֲרֹן — נִסְתַּלְּקוּ עַנְנֵי כָּבוֹד, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיִּשְׁמַע הַכְּנַעֲנִי מֶלֶךְ עֲרָד״, מָה שְׁמוּעָה שָׁמַע? שָׁמַע שֶׁמֵּת אַהֲרֹן וְנִסְתַּלְּקוּ עַנְנֵי כָּבוֹד, וּכְסָבוּר נִיתְּנָה לוֹ רְשׁוּת לְהִלָּחֵם בְּיִשְׂרָאֵל. וְהַיְינוּ דִּכְתִיב: ״וַיִּרְאוּ כׇּל הָעֵדָה כִּי גָוַע אַהֲרֹן״.
Rabbi Abbahou dit : ne lis pas le verset « et ils virent [vayirou] », mais « et ils furent vus [vayéraou] » — les nuées qui avaient dissimulé le peuple juif ayant été momentanément retirées. C'est conforme à l'exégèse de Rech Lakich, qui dit : le terme ki sert à quatre acceptions : « si » [i], « peut-être » [dilma], « mais » [ela], « parce que / que » [déha]. Selon cette interprétation, le verset se rend : et toute la communauté fut vue, parce que [ki] Aaron était mort.
אָמַר רַבִּי אֲבָהוּ: אַל תִּקְרֵי ״וַיִּרְאוּ״, אֶלָּא ״וַיִּירָאוּ״. כִּדְדָרֵישׁ רֵישׁ לָקִישׁ, דְּאָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: ״כִּי״ מְשַׁמֵּשׁ בְּאַרְבַּע לְשׁוֹנוֹת: אִי, דִּלְמָא, אֶלָּא, דְּהָא.
La baraïta poursuit : le puits comme les nuées de gloire revinrent au mérite de Moïse ; mais quand Moïse mourut, tous disparurent, comme il est dit : « Et Je retranchai les trois bergers en un seul mois » (Zekharia 11, 8). Or les trois bergers moururent-ils vraiment en un seul mois ? Myriam ne mourut-elle pas à Nissan, Aaron à Av et Moïse à Adar ? Plutôt, ce verset nous enseigne qu'à la mort de Moïse, les trois bons dons accordés par leur entremise furent annulés, et qu'ils disparurent tous en un seul mois — ce qui donna l'impression que les trois dirigeants étaient morts en même temps.
חָזְרוּ שְׁנֵיהֶם בִּזְכוּת מֹשֶׁה, מֵת מֹשֶׁה נִסְתַּלְּקוּ כּוּלָּן, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וָאַכְחִד אֶת שְׁלֹשֶׁת הָרֹעִים בְּיֶרַח אֶחָד״, וְכִי בְּיֶרַח אֶחָד מֵתוּ? וַהֲלֹא מִרְיָם מֵתָה בְּנִיסָן, וְאַהֲרֹן בְּאָב, וּמֹשֶׁה בַּאֲדָר! אֶלָּא, מְלַמֵּד שֶׁנִּתְבַּטְּלוּ שָׁלֹשׁ מַתָּנוֹת טוֹבוֹת שֶׁנִּתְּנוּ עַל יָדָן, וְנִסְתַּלְּקוּ כּוּלָּן בְּיֶרַח אֶחָד.
Taanit 9a
100%
תענית ט׳ אמַסֶּכֶת תַּעֲנִית