Guémara
Rabbi Yehochoua répondit : s'ils avaient été laids, ils auraient été plus savants encore. Autre explication : la Torah est comparée à l'eau, au vin et au lait parce que, de même que ces trois liquides ne se gâtent que par l'inattention [héssè'h hada'at], de même les paroles de Torah ne s'oublient que par l'inattention. Car si l'on garde l'eau, le vin et le lait, ils ne s'altéreront pas et nul objet souillé n'y tombera.
אִי הֲווֹ סְנוּ — טְפֵי הֲווֹ גְּמִירִי. דָּבָר אַחֵר: מָה שְׁלֹשָׁה מַשְׁקִין הַלָּלוּ אֵין נִפְסָלִין אֶלָּא בְּהֶיסַּח הַדַּעַת — אַף דִּבְרֵי תוֹרָה אֵין מִשְׁתַּכְחִין אֶלָּא בְּהֶיסַּח הַדַּעַת.
§ La Guemara revient à la question de la pluie. Rabbi 'Hama, fils de Rabbi 'Hanina, dit : le jour des pluies est aussi grand que le jour où les cieux et la terre furent créés, comme il est dit : « Cieux, distillez d'en haut, que les nues fassent ruisseler la justice ; que la terre s'ouvre, qu'ils produisent le salut, et qu'elle fasse germer la justice ensemble ; Moi, l'Éternel, Je l'ai créé » (Yéchayahou 45, 8). La Guemara explique que le verset ne dit pas « Je les ai créés », au pluriel, mais « Je l'ai créé », au singulier. Autrement dit, le verset parle de la pluie, et non des cieux et de la terre — ce qui indique que la pluie est aussi importante que la création du monde.
אָמַר רַבִּי חָמָא בְּרַבִּי חֲנִינָא: גָּדוֹל יוֹם הַגְּשָׁמִים כְּיוֹם שֶׁנִּבְרְאוּ שָׁמַיִם וָאָרֶץ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הַרְעִיפוּ שָׁמַיִם מִמַּעַל וּשְׁחָקִים יִזְּלוּ צֶדֶק תִּפְתַּח אֶרֶץ וְיִפְרוּ יֶשַׁע וּצְדָקָה תַצְמִיחַ יַחַד אֲנִי ה׳ בְּרָאתִיו״. ״בְּרָאתִים״ לֹא נֶאֱמַר, אֶלָּא ״בְּרָאתִיו״.
Rav Ochaya dit de même : le jour de la pluie est grand, car la pluie facilite même le salut (yéchoua), qui fructifie et se multiplie en ce jour — c'est un temps de faveur divine, où le salut est introduit dans le monde, comme il est dit : « Que la terre s'ouvre, qu'ils produisent le salut » (Yéchayahou 45, 8). Rabbi Tan'houm bar 'Hanilaï dit : la pluie ne tombe que si les fautes du peuple juif ont été pardonnées, comme il est dit : « Tu as été favorable, Éternel, à Ta terre ; Tu as ramené les captifs de Yaakov. Tu as pardonné la faute de Ton peuple, Tu as couvert tous leurs péchés. Sélah » (Téhilim 85, 2-3) — ce psaume poursuivant : « et la justice s'est penchée du ciel » (Téhilim 85, 12), sous forme de pluie.
אָמַר רַב אוֹשַׁעְיָא: גָּדוֹל יוֹם הַגְּשָׁמִים, שֶׁאֲפִילּוּ יְשׁוּעָה פָּרָה וְרָבָה בּוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״תִּפְתַּח אֶרֶץ וְיִפְרוּ יֶשַׁע״. אָמַר רַבִּי תַּנְחוּם בַּר חֲנִילַאי: אֵין הַגְּשָׁמִים יוֹרְדִים אֶלָּא אִם כֵּן נִמְחֲלוּ עֲוֹנוֹתֵיהֶן שֶׁל יִשְׂרָאֵל, שֶׁנֶּאֱמַר: ״רָצִיתָ ה׳ אַרְצֶךָ שַׁבְתָּ שְׁבִית יַעֲקֹב. נָשָׂאתָ עֲוֹן עַמֶּךָ כִּסִּיתָ כׇל חַטָּאתָם סֶלָה״.
Le Sage Zé'iri de la ville de Dihavat dit à Ravina : vous, vous l'apprenez d'ici, tandis que nous, nous l'apprenons d'un autre verset : « Lorsque le ciel sera fermé et qu'il n'y aura pas de pluie, parce qu'ils auront péché contre Toi, s'ils prient vers ce lieu, confessent Ton Nom et reviennent de leur péché, parce que Tu les auras affligés, alors Toi, écoute dans les cieux et pardonne le péché de Tes serviteurs et de Ton peuple Israël… et envoie la pluie sur Ta terre » (I Mélakhim 8, 35-36).
אֲמַר לֵיהּ זְעֵירִי מִדִּיהֲבַת לְרָבִינָא: אַתּוּן, מֵהָכָא מַתְנִיתוּ לַהּ. אֲנַן, מֵהָכָא מַתְנֵינַן לַהּ: ״וְאַתָּה תִּשְׁמַע הַשָּׁמַיִם וְסָלַחְתָּ לְחַטָּאת וְגוֹ׳״.
Rabbi Tan'houm, fils de Rabbi 'Hiya, du village d'Akko, dit : les pluies ne sont retenues que si les ennemis du peuple juif — euphémisme pour le peuple juif — ont été condamnés à l'anéantissement pour leurs fautes, comme il est dit : « La sécheresse et la chaleur dérobent les eaux de neige ; le Chéol [a saisi] ceux qui ont péché » (Iyov 24, 19). Zé'iri de Dihavat dit à Ravina : vous, vous l'apprenez d'ici ; nous, nous l'apprenons d'ici : « Et la colère de l'Éternel s'enflammera contre vous, et Il fermera les cieux, et il n'y aura pas de pluie, et la terre ne donnera pas son fruit, et vous périrez promptement » (Devarim 11, 17).
אָמַר רַבִּי תַּנְחוּם בְּרֵיהּ דְּרַבִּי חִיָּיא אִישׁ כְּפַר עַכּוֹ: אֵין הַגְּשָׁמִים נֶעֱצָרִין אֶלָּא אִם כֵּן נִתְחַיְּיבוּ שׂוֹנְאֵיהֶן שֶׁל יִשְׂרָאֵל כְּלָיָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״צִיָּה גַם חֹם יִגְזְלוּ מֵימֵי שֶׁלֶג שְׁאוֹל חָטָאוּ״. אֲמַר לֵיהּ זְעֵירִי מִדִּיהֲבַת לְרָבִינָא: אַתּוּן, מֵהָכָא מַתְנִיתוּ לַהּ. אֲנַן, מֵהָכָא מַתְנֵינַן לַהּ: ״וְעָצַר אֶת הַשָּׁמַיִם וַאֲבַדְתֶּם מְהֵרָה״.
Rav 'Hisda dit : les pluies ne sont retenues qu'à cause de l'annulation des prélèvements (téroumot) et des dîmes (maasrot), comme il est dit : « La sécheresse et la chaleur dérobent les eaux de neige » (Iyov 24, 19). La Guemara demande : d'où, dans le verset, peut-on inférer cette idée ? L'école de Rabbi Yichmaël enseigna : à cause des choses que Je vous ai ordonné de faire à la saison chaude — par exemple prélever téroumot et dîmes sur la récolte d'été — et que vous n'avez pas faites, les eaux de neige vous seront dérobées à la saison des pluies.
אָמַר רַב חִסְדָּא: אֵין הַגְּשָׁמִים נֶעֱצָרִין אֶלָּא בִּשְׁבִיל בִּיטּוּל תְּרוּמוֹת וּמַעַשְׂרוֹת, שֶׁנֶּאֱמַר: ״צִיָּה גַם חֹם יִגְזְלוּ מֵימֵי שֶׁלֶג״. מַאי מַשְׁמַע? תָּנָא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל: בִּשְׁבִיל דְּבָרִים שֶׁצִּוִּיתִי אֶתְכֶם בִּימוֹת הַחַמָּה וְלֹא עֲשִׂיתֶם — יִגָּזְלוּ מִכֶּם מֵימֵי שֶׁלֶג בִּימוֹת הַגְּשָׁמִים.
Rabbi Chimon ben Pazi dit : les pluies ne sont retenues qu'à cause de ceux qui profèrent de la médisance (lachon hara), comme il est dit : « Le vent du nord enfante la pluie, et une langue qui calomnie, un visage courroucé » (Michlé 25, 23). Ce verset indique que si la face des cieux est courroucée — sans nuages ni pluie —, c'est à cause de la parole calomnieuse.
אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן פַּזִּי: אֵין הַגְּשָׁמִים נֶעֱצָרִין אֶלָּא בִּשְׁבִיל מְסַפְּרֵי לָשׁוֹן הָרָע, שֶׁנֶּאֱמַר: ״רוּחַ צָפוֹן תְּחוֹלֵל גָּשֶׁם וּפָנִים נִזְעָמִים לְשׁוֹן סָתֶר״.
Rav Salla dit au nom de Rav Hamnouna : les pluies ne sont retenues qu'à cause des effrontés (azei panim), comme il est dit : « Les ondées ont été retenues, et la pluie tardive n'est pas venue ; et tu avais le front d'une femme prostituée, tu as refusé d'avoir honte » (Yirmeyahou 3, 3). Et Rav Salla dit au nom de Rav Hamnouna, au sujet du même verset : tout homme qui a de l'effronterie finira par trébucher dans la transgression de la débauche, comme il est dit : « et tu avais le front d'une prostituée ». Rav Na'hman dit : le verset ne signifie pas qu'il commettra une faute sexuelle à l'avenir ; il est plutôt notoire qu'il a déjà trébuché dans cette transgression, car il est dit « tu avais » — au passé —, et non « tu auras ».
אָמַר רַב סַלָּא אָמַר רַב הַמְנוּנָא: אֵין הַגְּשָׁמִים נֶעֱצָרִין אֶלָּא בִּשְׁבִיל עַזֵּי פָנִים, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיִּמָּנְעוּ רְבִבִים וּמַלְקוֹשׁ לוֹא הָיָה וּמֵצַח אִשָּׁה זוֹנָה הָיָה לָךְ וְגוֹ׳״. וְאָמַר רַב סַלָּא אָמַר רַב הַמְנוּנָא: כׇּל אָדָם שֶׁיֵּשׁ לוֹ עַזּוּת פָּנִים — סוֹף נִכְשָׁל בַּעֲבֵירָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וּמֵצַח אִשָּׁה זוֹנָה הָיָה לָךְ״. רַב נַחְמָן אָמַר: בְּיָדוּעַ שֶׁנִּכְשַׁל בַּעֲבֵירָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הָיָה לָךְ״, וְלֹא נֶאֱמַר ״יִהְיֶה לָּךְ״.
Rabba bar Rav Houna dit : tout homme qui a de l'effronterie, il est permis de l'appeler « méchant » en face, comme il est dit : « Le méchant rend son visage effronté » (Michlé 21, 29). Rav Na'hman bar Yits'hak dit : il est permis de le haïr, comme il est dit : « et l'effronterie de son visage est changée [yéchounné] » (Kohélet 8, 1). Ne lis pas « est changée [yéchounné] », mais « est haïe [yissané] » — les deux mots s'écrivant de la même façon en hébreu, avec une vocalisation et une prononciation différentes.
אָמַר רַבָּה בַּר רַב הוּנָא: כׇּל אָדָם שֶׁיֵּשׁ לוֹ עַזּוּת פָּנִים — מוּתָּר לִקְרוֹתוֹ רָשָׁע, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הֵעֵז אִישׁ רָשָׁע בְּפָנָיו״. רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק אָמַר: מוּתָּר לִשְׂנאוֹתוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְעֹז פָּנָיו יְשֻׁנֶּא״. אַל תִּקְרֵי ״יְשֻׁנֶּא״, אֶלָּא ״יִשָּׂנֵא״.
Rav Ketina dit : les pluies ne sont retenues qu'à cause de la négligence de l'étude de la Torah (bitoul Torah), comme il est dit : « Par la paresse, la charpente s'affaisse [yimakh], et par le relâchement des mains, la maison a des gouttières » (Kohélet 10, 18) — à cause de la paresse qui régnait en Israël, lorsqu'ils ne s'adonnaient pas à la Torah, « l'ennemi du Saint, béni soit-Il » — euphémisme pour Dieu Lui-même — s'est appauvri [makh]. Et makh ne signifie rien d'autre que « pauvre », comme il est dit : « et s'il est trop pauvre [makh] pour ton estimation » (Vayikra 27, 8). Et mékaré (« charpente ») ne désigne rien d'autre que le Saint, béni soit-Il, comme il est dit : « Qui charpente [hamékaré] de poutres Ses chambres hautes sur les eaux » (Téhilim 104, 3).
אָמַר רַב קַטִּינָא: אֵין הַגְּשָׁמִים נֶעֱצָרִין אֶלָּא בִּשְׁבִיל בִּיטּוּל תּוֹרָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״בַּעֲצַלְתַּיִם יִמַּךְ הַמְּקָרֶה״ — בִּשְׁבִיל עַצְלוּת שֶׁהָיָה בְּיִשְׂרָאֵל שֶׁלֹּא עָסְקוּ בַּתּוֹרָה — נַעֲשֶׂה שׂוֹנְאוֹ שֶׁל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מָךְ. וְאֵין ״מָךְ״ אֶלָּא עָנִי, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְאִם מָךְ הוּא מֵעֶרְכֶּךָ״. וְאֵין ״מְקָרֶה״ אֶלָּא הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הַמְקָרֶה בַמַּיִם עֲלִיּוֹתָיו״.
Rav Yossef dit qu'on le déduit d'ici : « Et maintenant, on ne voit plus la lumière ; elle est brillante dans les nues, mais un vent passe et les purifie » (Iyov 37, 21). Et « lumière » ne désigne rien d'autre que la Torah, comme il est dit : « Car la mitsva est une lampe, et la Torah une lumière » (Michlé 6, 23). Selon cette interprétation, le verset signifie : lorsque « on ne voit plus la lumière » — c'est-à-dire qu'on ne s'adonne pas à la Torah —, « elle est brillante dans les nues », car il n'y a pas de nuages de pluie. Au sujet de ce verset, l'école de Rabbi Yichmaël enseigna : même à l'heure où le firmament se couvre de nuées éclatantes destinées à faire descendre rosée et pluie, nulle pluie ne tombera, car « un vent passe et les purifie ».
רַב יוֹסֵף אָמַר, מֵהָכָא: ״וְעַתָּה לֹא רָאוּ אוֹר בָּהִיר הוּא בַּשְּׁחָקִים וְרוּחַ עָבְרָה וַתְּטַהֲרֵם״, וְאֵין ״אוֹר״ אֶלָּא תּוֹרָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כִּי נֵר מִצְוָה וְתוֹרָה אוֹר״ — ״בָּהִיר הוּא בַּשְּׁחָקִים״. תָּנָא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל: אֲפִילּוּ בְּשָׁעָה שֶׁרָקִיעַ נַעֲשֶׂה בְּהוֹרִין בְּהוֹרִין לְהוֹרִיד טַל וּמָטָר — ״רוּחַ עָבְרָה וַתְּטַהֲרֵם״.
Rabbi Ami dit : les pluies ne sont retenues qu'à cause de la faute du vol (gazel), comme il est dit : « Il couvre Ses mains [kapayim] de lumière » (Iyov 36, 32) — c'est-à-dire qu'à cause de la faute des mains qui dérobent, Dieu a couvert la lumière et nulle pluie ne tombera. Et Rabbi Ami ajoute que le terme « mains [kapayim] » ne désigne rien d'autre qu'une faute de violence, comme il est dit : « et de la violence ['hamas] qui est dans leurs mains [kapeihem] » (Yona 3, 8) ; et « lumière » ne désigne rien d'autre que la pluie, comme il est dit : « Il répand la nuée de Sa lumière » (Iyov 37, 11).
אָמַר רַבִּי אַמֵּי: אֵין הַגְּשָׁמִים נֶעֱצָרִין אֶלָּא בַּעֲוֹן גָּזֵל, שֶׁנֶּאֱמַר: ״עַל כַּפַּיִם כִּסָּה אוֹר״. בַּעֲוֹן כַּפַּיִם — כִּסָּה אוֹר. וְאֵין ״כַּפַּיִם״ אֶלָּא חָמָס, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וּמִן הֶחָמָס אֲשֶׁר בְּכַפֵּיהֶם״, וְאֵין ״אוֹר״ אֶלָּא מָטָר, שֶׁנֶּאֱמַר: ״יָפִיץ עֲנַן אוֹרוֹ״.