Guémara
…et les divisèrent et les établirent à vingt-quatre gardes. Ils y parvinrent en écrivant les noms de ces nouvelles vingt-quatre gardes sur des morceaux de papier, en les mélangeant et en les mettant dans une urne [kalpi] d'où l'on tirait au sort. Un représentant de la famille de Yedaya vint et tira sa part, ainsi que le sort de cinq autres gardes — soit six au total. 'Harim vint et tira de même sa part et le sort de cinq autres gardes, six au total. Et de même Pach'hour, et de même Immer.
וְחִלְּקוּם וְהֶעֱמִידוּם עַל עֶשְׂרִים וְאַרְבָּעָה, בְּלָלוּם וּנְתָנוּם בְּקַלְפִּי. בָּא יְדַעְיָה וְנָטַל חֶלְקוֹ וְחֵלֶק חֲבֵרָיו שֵׁשׁ, בָּא חָרִים וְנָטַל חֶלְקוֹ וְחֵלֶק חֲבֵרָיו שֵׁשׁ, וְכֵן פַּשְׁחוּר, וְכֵן אִימֵּר.
Et de même, les prophètes qui se trouvaient parmi eux stipulèrent que, même si les descendants de Yehoyariv — qui présidaient à l'origine aux gardes sacerdotales — montaient (en Erets Israël), Yedaya ne serait pas rétrogradé de sa place comme première des gardes. Plutôt, la garde de Yedaya conserverait la préséance, et Yehoyariv lui serait subordonné.
וְכֵן הִתְנוּ נְבִיאִים שֶׁבֵּינֵיהֶם: שֶׁאֲפִילּוּ יְהוֹיָרִיב רֹאשׁ מִשְׁמֶרֶת עוֹלֶה — לֹא יִדָּחֶה יְדַעְיָה מִמְּקוֹמוֹ. אֶלָּא יְדַעְיָה עִיקָּר, וִיהוֹיָרִיב טָפֵל לוֹ.
§ La Michna a enseigné : et les Israélites de cette garde se rassemblaient dans leurs villes et lisaient le récit de la Création. La Guemara demande : d'où cette chose — qu'ils doivent lire précisément cette portion — est-elle déduite ? Rabbi Yaakov bar A'ha dit que Rav Assi dit : n'étaient les gardes non sacerdotales (maamadot) et le service du Temple, les cieux et la terre ne continueraient pas d'exister, comme il est dit : « Et il dit : Seigneur Dieu, à quoi connaîtrai-je que j'en hériterai ? » (Béréchit 15, 8).
וְיִשְׂרָאֵל שֶׁבְּאוֹתוֹ מִשְׁמָר מִתְכַּנְּסִין בְּעָרֵיהֶן וְקוֹרִין בְּמַעֲשֵׂה בְרֵאשִׁית. מְנָהָנֵי מִילֵּי? אָמַר רַבִּי יַעֲקֹב בַּר אַחָא אָמַר רַב אַסִּי: אִלְמָלֵא מַעֲמָדוֹת לֹא נִתְקַיְּימוּ שָׁמַיִם וָאָרֶץ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיֹּאמֶר ה׳ אֱלֹהִים בַּמָּה אֵדַע כִּי אִירָשֶׁנָּה״,
La Guemara explique ce verset. Abraham dit : Maître du monde, peut-être les Juifs pécheront-ils devant Toi. Les traiteras-Tu comme Tu as traité la génération du déluge et la génération de la dispersion, et les détruiras-Tu ? Dieu lui dit : non. Abraham dit devant Dieu : Maître du monde, dis-moi, par quoi en hériterai-je ? Comment ma descendance pourra-t-elle s'assurer que Tu maintiendras le monde ? Dieu dit à Abraham : « Prends pour Moi une génisse de trois ans, une chèvre de trois ans, un bélier de trois ans, une tourterelle et un jeune pigeon » (Béréchit 15, 9) — faisant allusion aux offrandes, au mérite desquelles le peuple juif, et à travers lui le monde entier, sera épargné du châtiment divin.
אָמַר אַבְרָהָם: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם! שֶׁמָּא יִשְׂרָאֵל חוֹטְאִין לְפָנֶיךָ, אַתָּה עוֹשֶׂה לָהֶם כְּדוֹר הַמַּבּוּל וּכְדוֹר הַפְּלַגָּה? אֲמַר לֵיהּ: לָאו. אָמַר לְפָנָיו: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם! הוֹדִיעֵנִי בַּמֶּה אִירָשֶׁנָּה? אֲמַר לֵיהּ: ״קְחָה לִי עֶגְלָה מְשֻׁלֶּשֶׁת וְעֵז מְשֻׁלֶּשֶׁת וְגוֹ׳״.
Abraham dit devant Dieu : Maître du monde, cela vaut bien lorsque le Temple est debout ; mais lorsque le Temple n'est pas debout, qu'adviendra-t-il d'eux ? Dieu lui dit : J'ai déjà institué pour eux l'ordre des offrandes (séder korbanot). Lorsqu'ils les liront devant Moi, Je le leur compterai comme s'ils les avaient sacrifiées devant Moi, et Je leur pardonnerai toutes leurs transgressions. Puisque les offrandes assurent la subsistance continue du peuple juif et du reste du monde, on lit en leur honneur le récit de la Création.
אָמַר לְפָנָיו: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם! תִּינַח בִּזְמַן שֶׁבֵּית הַמִּקְדָּשׁ קַיָּים. בִּזְמַן שֶׁאֵין בֵּית הַמִּקְדָּשׁ קַיָּים מָה תְּהֵא עֲלֵיהֶם? אָמַר לוֹ: כְּבָר תִּקַּנְתִּי לָהֶם סֵדֶר קׇרְבָּנוֹת, בִּזְמַן שֶׁקּוֹרְאִין בָּהֶן לְפָנַי — מַעֲלֶה אֲנִי עֲלֵיהֶם כְּאִילּוּ הִקְרִיבוּם לְפָנַי וַאֲנִי מוֹחֵל לָהֶם עַל כׇּל עֲוֹנוֹתֵיהֶם.
§ Nos maîtres ont enseigné : les membres de la garde sacerdotale priaient pour les offrandes de leurs frères (l'offrande quotidienne), afin qu'elle fût agréée avec faveur. Et pendant ce temps, les membres de la garde non sacerdotale demeuraient dans leurs villes, se rassemblaient à la synagogue et observaient quatre jeûnes : le lundi de cette semaine, le mardi, le mercredi et le jeudi. Le lundi, ils jeûnaient pour les navigateurs, qu'ils fussent sauvés du danger — car la mer fut créée le lundi (deuxième jour). Le mardi, ils jeûnaient pour ceux qui marchent dans le désert — car la terre ferme fut créée le mardi (troisième jour).
תָּנוּ רַבָּנַן: אַנְשֵׁי מִשְׁמָר הָיוּ מִתְפַּלְּלִין עַל קׇרְבַּן אֲחֵיהֶם שֶׁיִּתְקַבֵּל בְּרָצוֹן. וְאַנְשֵׁי מַעֲמָד מִתְכַּנְּסִין לְבֵית הַכְּנֶסֶת, וְיוֹשְׁבִין אַרְבַּע תַּעֲנִיּוֹת: בַּשֵּׁנִי בַּשַּׁבָּת, בַּשְּׁלִישִׁי, בָּרְבִיעִי, וּבַחֲמִישִׁי. בַּשֵּׁנִי — עַל יוֹרְדֵי הַיָּם. בַּשְּׁלִישִׁי — עַל הוֹלְכֵי מִדְבָּרוֹת.
Le mercredi, ils jeûnaient contre le croup (askara), qu'il ne s'abattît pas sur les enfants — car le quatrième jour furent créés les luminaires [méorot], allusion textuelle aux malédictions [méérot]. Le jeudi, ils jeûnaient pour les femmes enceintes et celles qui allaitent — car les êtres vivants furent créés ce jour-là : pour les femmes enceintes, qu'elles n'avortent pas ; pour celles qui allaitent, qu'elles puissent nourrir convenablement leurs enfants. Et la veille de Chabbat, ils ne jeûnaient pas, par égard pour le Chabbat ; et à plus forte raison ne jeûnaient-ils pas le Chabbat lui-même.
בָּרְבִיעִי — עַל אַסְכָּרָא שֶׁלֹּא תִּיפּוֹל עַל הַתִּינוֹקוֹת. בַּחֲמִישִׁי — עַל עוּבָּרוֹת וּמֵינִיקוֹת. עוּבָּרוֹת — שֶׁלֹּא יַפִּילוּ, מֵינִיקוֹת — שֶׁיָּנִיקוּ אֶת בְּנֵיהֶם. וּבָעֶרֶב שַׁבָּת לֹא הָיוּ מִתְעַנִּין מִפְּנֵי כְּבוֹד הַשַּׁבָּת, קַל וָחוֹמֶר בַּשַּׁבָּת עַצְמָהּ.
La Guemara demande : quelle est la raison pour laquelle ils ne jeûnaient pas le dimanche ? Rabbi Yo'hanan dit : à cause des Chrétiens (notsrim), car le dimanche est leur jour de repos, et ils prétendraient que même les Juifs accordent de l'importance à leur jour particulier. Rabbi Chmouel bar Na'hmani dit : parce que c'est le troisième jour après la création de l'homme (créé le vendredi), et que le troisième jour de guérison d'une blessure ou d'une maladie — ici, la création même — est tenu pour le plus douloureux.
בְּאֶחָד בְּשַׁבָּת מַאי טַעְמָא לָא? אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מִפְּנֵי הַנּוֹצְרִים. רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי אָמַר: מִפְּנֵי שֶׁהוּא שְׁלִישִׁי לַיְצִירָה.
Rech Lakich dit : ils ne jeûnaient pas le dimanche à cause de l'âme surnuméraire (néchama yetéra), car Rech Lakich dit : une âme surnuméraire est donnée à l'homme la veille de Chabbat, et, à l'issue du Chabbat, on la lui retire, comme il est dit : « Il cessa de l'œuvre et se reposa [vayinafach] » (Chemot 31, 17) — qu'il expose ainsi : puisqu'on s'est reposé et que le Chabbat est passé, malheur pour l'âme [vaï néfech] qui est perdue, l'âme surnuméraire que chacun restitue. Par conséquent, on est encore affaibli de cette perte le dimanche.
רֵישׁ לָקִישׁ אָמַר: מִפְּנֵי נְשָׁמָה יְתֵירָה, דְּאָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: נְשָׁמָה יְתֵירָה נִיתְּנָה בּוֹ בָּאָדָם בְּעֶרֶב שַׁבָּת, בְּמוֹצָאֵי שַׁבָּת נוֹטְלִין אוֹתָהּ מִמֶּנּוּ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״שָׁבַת וַיִּנָּפַשׁ״. כֵּיוָן שֶׁשָּׁבַת — וַי אָבְדָה נָפֶשׁ.
La Michna a enseigné que, le dimanche, ils lisaient les sections commençant par « Au commencement » (Béréchit 1, 1-5) et « Qu'il y ait un firmament » (1, 6-8). Il est enseigné dans une baraïta : la section « Au commencement » est lue par deux personnes, tandis que « Qu'il y ait un firmament » est lue par une seule. La Guemara demande : soit, « Qu'il y ait un firmament » est lue par une seule, car elle compte trois versets, et celui qui est appelé à la Torah lit au moins trois versets. Mais quelle est la raison pour laquelle « Au commencement » est lue par deux personnes ? Elle compte cinq versets, et il est enseigné dans une Michna (Méguila 22a) : celui qui lit dans la Torah ne peut lire moins de trois versets. Comment, dès lors, cinq versets sont-ils lus par deux personnes ?
בַּיּוֹם הָרִאשׁוֹן ״בְּרֵאשִׁית״ וִ״יהִי רָקִיעַ״. תָּנָא: ״בְּרֵאשִׁית״ בִּשְׁנַיִם, ״יְהִי רָקִיעַ״ בְּאֶחָד. בִּשְׁלָמָא ״יְהִי רָקִיעַ״ בְּאֶחָד — תְּלָתָא פְּסוּקֵי הָווּ. אֶלָּא ״בְּרֵאשִׁית״ בִּשְׁנַיִם, מַאי טַעְמָא? חַמְשָׁה פְּסוּקֵי הָוַיִין, וְתַנְיָא: הַקּוֹרֵא בַּתּוֹרָה — אַל יִפְחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה פְּסוּקִים!
La Guemara cite deux réponses. Rav dit : le premier lecteur lit les trois premiers versets, et le second répète le dernier verset lu par le premier, puis continue avec les deux derniers versets (« doleg », il chevauche). Et Chmouel dit : ils partagent le verset du milieu en deux, de sorte que chacun des deux en lise la moitié (« posek », il scinde). La Guemara demande : et selon Rav, qui dit qu'on répète, quelle est la raison pour laquelle il ne dit pas qu'on scinde un verset ? La Guemara répond : Rav tient que tout verset que Moïse n'a pas divisé, nous ne le divisons pas.
רַב אָמַר: דּוֹלֵג. וּשְׁמוּאֵל אָמַר: פּוֹסֵק. וְרַב דְּאָמַר דּוֹלֵג, מַאי טַעְמָא לָא אָמַר פּוֹסֵק? קָסָבַר: כׇּל פְּסוּקָא דְּלָא פַּסְקֵיהּ מֹשֶׁה — אֲנַן לָא פָּסְקִינַן לֵיהּ.
Et Chmouel dit qu'on scinde le verset du milieu en deux. La Guemara demande : et peut-on scinder un seul verset ? Mais Rabbi 'Hanina Kara — le spécialiste de la Bible, qui enseignait l'Écriture aux écoliers — n'a-t-il pas dit : j'ai eu grand-peine avec Rabbi 'Hanina le Grand lorsque je lui ai posé cette question, et il ne m'a permis de scinder de longs versets en deux que pour le bénéfice des écoliers (parce que c'est fait pour les aider à apprendre) ? Et Chmouel peut répondre : quelle est la raison là-bas, dans le cas des écoliers, pour laquelle c'est permis ? Parce qu'il n'est pas possible de procéder autrement. Ici aussi, il n'est pas possible à deux personnes de lire cinq versets autrement qu'en en scindant un en deux.
וּשְׁמוּאֵל אָמַר פּוֹסֵק, וּמִי פָּסְקִינַן? וְהָאָמַר רַבִּי חֲנִינָא קָרָא: צַעַר גָּדוֹל הָיָה לִי אֵצֶל רַבִּי חֲנִינָא הַגָּדוֹל וְלֹא הִתִּיר לִי לִפְסוֹק אֶלָּא לְתִינוֹקוֹת שֶׁל בֵּית רַבָּן, הוֹאִיל וּלְהִתְלַמֵּד עֲשׂוּיִן. וּשְׁמוּאֵל — הָתָם טַעְמָא מַאי? מִשּׁוּם דְּלָא אֶפְשָׁר. הָכָא נָמֵי לָא אֶפְשָׁר.