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Traité Taanit

22a

Étude de Taanit 22a

Étude de la Guémara 22a

Guémara
Au matin, les Sages roulèrent ces nattes et les emportèrent ; ils se levèrent et sortirent au marché avec elles. Et lorsque Abba les y trouva, les Sages lui dirent : que le Maître estime ces nattes, combien elles valent. Il leur dit : leur valeur est de tant et tant. Ils lui dirent : mais peut-être valent-elles davantage ? Il leur dit : c'est le prix que je les ai payées. Ils lui dirent : les nattes sont à toi, et nous te les avons prises.
לְצַפְרָא, כַּרְכִינְהוּ וְשַׁקְלִינְהוּ וְקָמוּ וּנְפַקוּ לְהוּ לְשׁוּקָא וְאַשְׁכְּחִינְהוּ. אֲמַרוּ לֵיהּ: לְשַׁיְּימֵיהּ מָר הֵיכִי שָׁווּ. אֲמַר לְהוּ: הָכִי וְהָכִי. אֲמַרוּ לֵיהּ: וְדִלְמָא שָׁווּ טְפֵי? אֲמַר לְהוּ: בְּהָכִי (שַׁקְלִינְהוּ) [שְׁקַלִי לְהוּ]. אֲמַרוּ לֵיהּ: דִּידָךְ נִיהוּ וְשַׁקְלִינְהוּ מִינָּךְ.
Après avoir expliqué la raison de leurs actes, les Sages lui dirent : de grâce, dis-nous, de quoi nous as-tu soupçonnés ? Tu savais que nous avions pris tes nattes, et pourtant tu n'as rien dit. Il leur dit : je me suis dit : assurément, une occasion inattendue de rachat de captifs (pidyon chevouyim) s'est présentée aux Sages, et ils ont eu besoin de fonds immédiats, mais ils ont eu honte de me le dire ou de me demander de l'argent ; ils ont donc pris les nattes. Les Sages lui dirent : maintenant que nous t'avons expliqué la situation, que le Maître reprenne les nattes. Il leur dit : dès l'instant où je me suis aperçu de leur disparition, je les ai écartées de mon esprit et les ai vouées à la charité. Pour moi, elles sont déjà destinées à cet usage, et je ne puis les reprendre.
אֲמַרוּ לֵיהּ: בְּמָטוּתָא מִינָּךְ בְּמַאי חֲשַׁדְתִּינַּן? אֲמַר לְהוּ: אָמֵינָא, פִּדְיוֹן שְׁבוּיִים אִיקְּלַע לְהוּ לְרַבָּנַן, וְאִכְּסִיפוּ לְמֵימַר לִי. אֲמַרוּ לֵיהּ: הַשְׁתָּא נִשְׁקְלִינְהוּ מָר! אֲמַר לְהוּ: מֵהָהוּא שַׁעְתָּא אַסַּחְתִּינְהוּ מִדַּעְתַּאי לִצְדָקָה.
Rava était affligé du fait qu'Abayé recevait des salutations du Ciel chaque veille de Chabbat, tandis que lui n'en recevait qu'une fois l'an, la veille de Yom Kippour (comme dit plus haut). On lui dit : contente-toi de ce que, par ton mérite, tu protèges ta ville tout entière.
הֲוָה קָא חָלְשָׁא דַּעְתֵּיהּ דְּרָבָא מִשּׁוּם דְּאַבָּיֵי, אֲמַרוּ לֵיהּ: מִסָּתְיָיךְ דְּקָא מַגְּנַיתְּ אַכּוּלֵּהּ כַּרְכָא.
§ La Guemara rapporte un autre récit sur la droiture des gens du commun. Rabbi Beroka 'Hoza'a fréquentait le marché de Bei Lefet, où Élie le prophète lui apparaissait souvent. Une fois, Rabbi Beroka dit à Élie : parmi tous ceux qui viennent ici, y a-t-il dans ce marché quelqu'un de digne du Monde à venir ? Il lui dit : non. Sur ces entrefaites, Rabbi Beroka vit un homme qui portait des chaussures noires (contrairement à l'usage juif) et qui ne mettait pas le fil bleu ciel (tékhélet) des franges rituelles à son vêtement. Élie dit à Rabbi Beroka : cet homme-là est digne du Monde à venir.
רַבִּי בְּרוֹקָא חוֹזָאָה הֲוָה שְׁכִיחַ בְּשׁוּקָא דְּבֵי לָפָט. הֲוָה שְׁכִיחַ אֵלִיָּהוּ גַּבֵּיהּ, אֲמַר לֵיהּ: אִיכָּא בְּהַאי שׁוּקָא בַּר עָלְמָא דְּאָתֵי? אֲמַר לֵיהּ: לָא. אַדְּהָכִי וְהָכִי חֲזָא לְהָהוּא גַּבְרָא דַּהֲוָה סָיֵים מְסָאנֵי אוּכָּמֵי וְלָא רְמֵי חוּטָא דִתְכֵלְתָּא בִּגְלִימֵיהּ. אֲמַר לֵיהּ: הַאי בַּר עָלְמָא דְּאָתֵי הוּא.
Rabbi Beroka courut après l'homme et lui dit : quelle est ton occupation ? L'homme lui dit : va-t'en maintenant, car je n'ai pas le temps ; mais reviens demain et nous parlerons. Le lendemain, Rabbi Beroka arriva et lui dit de nouveau : quelle est ton occupation ? L'homme lui dit : je suis geôlier [zandoukana], et j'emprisonne les hommes séparément et les femmes séparément, et je place mon lit entre eux afin qu'ils ne viennent pas à la transgression. Quand je vois une femme juive sur laquelle des non-Juifs ont jeté les yeux, je risque ma vie pour la sauver. Un jour, il y avait parmi nous une jeune fille fiancée sur laquelle les non-Juifs avaient jeté les yeux ; je pris de la lie [dourdaya] de vin rouge et la jetai sur le bas de sa robe, et je dis : elle est menstruée [dastana] — afin qu'ils la laissent en paix.
רְהַט בָּתְרֵיהּ, אֲמַר לֵיהּ: מַאי עוֹבָדָךְ? אֲמַר לֵיהּ: זִיל הָאִידָּנָא, וְתָא לִמְחַר. לִמְחַר אֲמַר לֵיהּ: מַאי עוֹבָדָךְ? אֲמַר לֵיהּ: זַנְדּוּקְנָא אֲנָא, וְאָסַרְנָא גַּבְרֵי לְחוֹד וְנָשֵׁי לְחוֹד, וְרָמֵינָא פּוּרְיַיאי בֵּין הָנֵי לְהָנֵי כִּי הֵיכִי דְּלָא לֵיתוֹ לִידֵי אִיסּוּרָא. כִּי חָזֵינָא בַּת יִשְׂרָאֵל דְּיָהֲבִי נׇכְרִים עֲלַהּ עֵינַיְיהוּ, מָסַרְנָא נַפְשַׁאי וּמַצֵּילְנָא לַהּ. יוֹמָא חַד הֲווֹת נַעֲרָה מְאוֹרָסָה גַּבַּן דִּיהַבוּ בָּהּ נׇכְרִים עֵינַיְיהוּ, שְׁקַלִי דּוּרְדְּיָיא דְּחַמְרָא וּשְׁדַאי לַהּ בְּשִׁיפּוּלַהּ, וַאֲמַרִי: דַּשְׁתָּנָא הִיא.
Rabbi Beroka lui dit : pour quelle raison n'as-tu pas de franges rituelles, et pourquoi portes-tu des chaussures noires ? L'homme lui dit : puisque je vais et viens parmi les non-Juifs, je m'habille ainsi afin qu'ils ne sachent pas que je suis juif. Lorsqu'ils édictent un décret, j'en informe les Sages, et ils prient pour la miséricorde et font abroger le décret. Rabbi Beroka s'enquit encore : et pour quelle raison, lorsque je t'ai demandé ton occupation, m'as-tu dit « va-t'en maintenant, mais reviens demain » ? L'homme lui dit : à ce moment-là, on venait d'édicter un décret, et je me suis dit : il faut d'abord que j'aille en informer les Sages, afin qu'ils prient pour la miséricorde à ce sujet.
אֲמַר לֵיהּ: מַאי טַעְמָא לֵית לָךְ חוּטֵי, וּרְמֵית מְסָאנֵי אוּכָּמֵי? אֲמַר לֵיהּ: עָיֵילְנָא וְנָפֵיקְנָא בֵּינֵי נׇכְרִים, כִּי הֵיכִי דְּלָא לִידְּעוּ דִּיהוּדָאָה אֲנָא. כִּי הָווּ גָּזְרִי גְּזֵירְתָּא, מוֹדַעְנָא לְהוּ לְרַבָּנַן וּבָעוּ רַחֲמֵי וּמְבַטְּלִי לִגְזֵירְתַּיְיהוּ. וּמַאי טַעְמָא כִּי אָמֵינָא לָךְ אֲנָא מַאי עוֹבָדָךְ, וַאֲמַרְתְּ לִי: זִיל הָאִידָּנָא וְתָא לִמְחַר? אֲמַר לֵיהּ: בְּהַהִיא שַׁעְתָּא גָּזְרִי גְּזֵירְתָּא, וְאָמֵינָא: בְּרֵישָׁא אֵיזִיל וְאֶשְׁמְעַ[הּ], וְאֶשְׁלַח לְהוּ לְרַבָּנַן דְּלִבְעוֹ רַחֲמֵי עֲלַהּ דְּמִילְּתָא.
Sur ces entrefaites, deux frères vinrent au marché. Élie dit à Rabbi Beroka : ces deux-là aussi ont une part au Monde à venir. Rabbi Beroka alla vers eux et leur dit : quelle est votre occupation ? Ils lui dirent : nous sommes des bouffons, et nous réjouissons les affligés. Ou bien, lorsque nous voyons deux personnes qui ont une querelle entre elles, nous nous efforçons de faire la paix. On dit que, pour une telle conduite, on jouit des fruits de ses actes en ce monde, sans que la récompense en soit diminuée dans le Monde à venir.
אַדְּהָכִי וְהָכִי אֲתוֹ הָנָךְ תְּרֵי אַחֵי. אֲמַר לֵיהּ: הָנָךְ נָמֵי בְּנֵי עָלְמָא דְּאָתֵי נִינְהוּ. אֲזַל לְגַבַּיְיהוּ, אֲמַר לְהוּ: מַאי עוֹבָדַיְיכוּ? אֲמַרוּ לֵיהּ: אִינָשֵׁי בָּדוֹחֵי אֲנַן, מְבַדְּחִינַן עֲצִיבֵי. אִי נָמֵי, כִּי חָזֵינַן בֵּי תְרֵי דְּאִית לְהוּ תִּיגְרָא בַּהֲדַיְיהוּ, טָרְחִינַן וְעָבְדִינַן לְהוּ שְׁלָמָא.
§ La Michna énonce : pour les calamités suivantes, on sonne l'alarme en tout lieu. Nos maîtres ont enseigné : pour les calamités suivantes, on sonne l'alarme en tout lieu : pour la nielle, la rouille, les sauterelles, les criquets, et les bêtes féroces. Rabbi Akiva dit : pour la nielle et la rouille, on sonne l'alarme pour n'importe quelle quantité ; pour les sauterelles et les criquets, même si une seule aile de l'un de ces insectes a été vue dans tout Erets Israël, on sonne l'alarme à leur sujet — car c'est le signe que d'autres sont en chemin.
עַל אֵלּוּ מַתְרִיעִין בְּכׇל מָקוֹם כּוּ׳. תָּנוּ רַבָּנַן, עַל אֵלּוּ מַתְרִיעִין בְּכׇל מָקוֹם: עַל הַשִּׁדָּפוֹן, וְעַל הַיֵּרָקוֹן, וְעַל אַרְבֶּה וְחָסִיל, וְעַל חַיָּה רָעָה. רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: עַל הַשִּׁדָּפוֹן וְעַל הַיֵּרָקוֹן בְּכׇל שֶׁהוּא. אַרְבֶּה וְחָסִיל, אֲפִילּוּ לֹא נִרְאָה בְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל אֶלָּא כָּנָף אֶחָד — מַתְרִיעִין עֲלֵיהֶן.
La Michna a enseigné qu'on sonne l'alarme pour les bêtes féroces qui ont envahi une ville. Nos maîtres ont enseigné : le terme « bêtes féroces » dont ils ont parlé vise une situation où il y a une irruption anormale d'animaux dans une zone habitée (cf. Vayikra 26, 22) ; en ce cas, on sonne l'alarme. Mais s'il ne s'agit pas d'une irruption, on ne sonne pas l'alarme. La Guemara développe : qu'est-ce qui est tenu pour une irruption et qu'est-ce qui ne l'est pas ? Si une bête féroce est vue dans la ville, c'est une irruption ; si elle est vue aux champs (où on la trouve d'ordinaire), ce n'est pas une irruption. Si elle est vue le jour, c'est une irruption ; si elle est vue la nuit, ce n'est pas une irruption.
וְעַל חַיָּה וְכוּ׳. תָּנוּ רַבָּנַן: חַיָּה רָעָה שֶׁאָמְרוּ, בִּזְמַן שֶׁהִיא מְשׁוּלַּחַת — מַתְרִיעִין עָלֶיהָ, אֵינָהּ מְשׁוּלַּחַת — אֵין מַתְרִיעִין עָלֶיהָ. אֵי זוֹ הִיא מְשׁוּלַּחַת וְאֵי זוֹ הִיא שֶׁאֵינָהּ מְשׁוּלַּחַת? נִרְאֵית בָּעִיר — מְשׁוּלַּחַת, בַּשָּׂדֶה — אֵינָהּ מְשׁוּלַּחַת. בַּיּוֹם — מְשׁוּלַּחַת, בַּלַּיְלָה — אֵינָהּ מְשׁוּלַּחַת.
La baraïta poursuit : si la bête vit deux personnes et courut après elles, c'est une irruption ; si elle se cacha d'elles, ce n'est pas une irruption. Si elle déchira deux personnes et en mangea une, c'est une irruption — car il est clair que l'animal n'a pas attaqué par simple faim. Si elle les mangea toutes deux, ce n'est pas une irruption — car l'animal était manifestement affamé et a agi selon sa nature. Si elle monta sur le toit et emporta un nourrisson de son berceau, c'est une irruption. Ainsi se conclut la citation de la baraïta.
רָאֲתָה שְׁנֵי בְּנֵי אָדָם וְרָצְתָה אַחֲרֵיהֶן — מְשׁוּלַּחַת. נֶחְבֵּאת מִפְּנֵיהֶן — אֵינָהּ מְשׁוּלַּחַת. טָרְפָה שְׁנֵי בְּנֵי אָדָם וְאָכְלָה אֶחָד מֵהֶן — מְשׁוּלַּחַת. אָכְלָה שְׁנֵיהֶן — אֵינָהּ מְשׁוּלַּחַת. עָלְתָה לַגַּג וְנָטְלָה תִּינוֹק מֵעֲרִיסָה — מְשׁוּלַּחַת.
La Guemara demande : cette baraïta est elle-même difficile. Au début, tu as dit que, si une bête féroce est vue dans la ville, c'est une irruption — ce qui indique qu'il n'y a pas de différence entre le jour et la nuit. Et ensuite, tu as dit : si l'animal est vu le jour, c'est une irruption ; s'il est vu la nuit, ce n'est pas une irruption.
הָא גּוּפַהּ קַשְׁיָא, אָמְרַתְּ: נִרְאֲתָה בָּעִיר — מְשׁוּלַּחַת; לָא שְׁנָא בַּיּוֹם וְלָא שְׁנָא בַּלַּיְלָה. וַהֲדַר אָמְרַתְּ: בַּיּוֹם — מְשׁוּלַּחַת, בַּלַּיְלָה — אֵינָהּ מְשׁוּלַּחַת!
La Guemara résout cette difficulté : ce n'est pas difficile, car voici ce que dit la baraïta : si elle est vue dans la ville le jour, c'est une irruption ; dans la ville la nuit, ce n'est pas une irruption. Ou bien, si elle est vue aux champs, même le jour, ce n'est pas une irruption ; et si elle est aperçue aux champs la nuit, ce n'est certainement pas une irruption.
לָא קַשְׁיָא, הָכִי קָאָמַר: נִרְאֲתָה בָּעִיר בַּיּוֹם — מְשׁוּלַּחַת. בָּעִיר בַּלַּיְלָה — אֵינָהּ מְשׁוּלַּחַת. אִי נָמֵי בַּשָּׂדֶה, אֲפִילּוּ בַּיּוֹם — אֵינָהּ מְשׁוּלַּחַת. (בַּשָּׂדֶה, בַּלַּיְלָה — אֵינָהּ מְשׁוּלַּחַת).
Taanit 22a
100%
תענית כ״ב אמַסֶּכֶת תַּעֲנִית