Guémara
…en raison du fait qu'il y a beaucoup de soldats dans la ville de Ma'hoza, et que, si je les laissais tous manger, ils prendraient toute la nourriture que je possède.
מִשּׁוּם דִּנְפִישִׁי בְּנֵי חֵילָא דְּמָחוֹזָא.
§ La Guemara rapporte un autre récit mettant en scène un mur instable. Ilfa et Rabbi Yo'hanan étudiaient la Torah ensemble, et, de ce fait, ils étaient devenus très à court d'argent. Ils dirent : levons-nous, allons nous adonner au commerce, et nous accomplirons à notre sujet le verset : « Toutefois il n'y aura pas d'indigent parmi vous » (Devarim 15, 4), car nous ne serons plus des pauvres complets. Ils allèrent s'asseoir sous un mur délabré et mangeaient du pain, lorsque deux anges serviteurs arrivèrent.
אִילְפָא וְרַבִּי יוֹחָנָן הֲווֹ גָּרְסִי בְּאוֹרָיְיתָא, דְּחִיקָא לְהוּ מִילְּתָא טוּבָא, אָמְרִי: נֵיקוּם וְנֵיזִיל וְנֶיעְבַּד עִיסְקָא וּנְקַיֵּים בְּנַפְשִׁין ״אֶפֶס כִּי לֹא יִהְיֶה בְּךָ אֶבְיוֹן״. אֲזַלוּ, אוֹתִיבוּ תּוּתֵי גּוּדָּא רְעִיעָא, הֲווֹ קָא כָּרְכִי רִיפְתָּא, אֲתוֹ תְּרֵי מַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת.
Rabbi Yo'hanan entendit l'un des anges dire à l'autre : abattons ce mur sur eux et tuons-les, car ils abandonnent la vie éternelle de l'étude de la Torah pour s'adonner à la vie temporelle, pour leur subsistance. L'autre ange lui dit : laisse-les, car il en est un dont l'heure de réalisation se tient devant lui — c'est-à-dire que son temps n'est pas encore venu. Rabbi Yo'hanan entendit tout cela, mais Ilfa n'entendit pas la conversation des anges. Rabbi Yo'hanan dit à Ilfa : le Maître a-t-il entendu quelque chose ? Ilfa lui dit : non. Rabbi Yo'hanan se dit en lui-même : puisque j'ai entendu les anges et qu'Ilfa n'a pas entendu, j'en apprends que c'est moi dont l'heure de réalisation se tient devant moi.
שַׁמְעֵיהּ רַבִּי יוֹחָנָן דְּאָמַר חַד לְחַבְרֵיהּ: נִישְׁדֵּי עֲלַיְיהוּ הַאי גּוּדָּא וְנִקְטְלִינְהוּ, שֶׁמַּנִּיחִין חַיֵּי עוֹלָם הַבָּא וְעוֹסְקִין בְּחַיֵּי שָׁעָה! אֲמַר לֵיהּ אִידַּךְ: שַׁבְקִינְהוּ, דְּאִיכָּא בְּהוּ חַד דְּקָיְימָא לֵיהּ שַׁעְתָּא. רַבִּי יוֹחָנָן שְׁמַע, אִילְפָא לָא שְׁמַע. אֲמַר לֵיהּ רַבִּי יוֹחָנָן לְאִילְפָא: שָׁמַע מָר מִידֵּי? אֲמַר לֵיהּ: לָא. אֲמַר מִדִּשְׁמַעִי אֲנָא וְאִילְפָא לָא שְׁמַע, שְׁמַע מִינַּהּ לְדִידִי קָיְימָא לִי שַׁעְתָּא.
Rabbi Yo'hanan dit à Ilfa : je vais rentrer chez moi et accomplir à mon sujet le verset contraire : « Car l'indigent ne cessera pas du milieu du pays » (Devarim 15, 11). Rabbi Yo'hanan retourna à la maison d'étude, et Ilfa ne retourna pas, mais s'en alla plutôt s'adonner au commerce. Le temps qu'Ilfa revînt de ses voyages d'affaires, Rabbi Yo'hanan avait été nommé chef de l'académie, et sa situation financière s'était améliorée.
אֲמַר לֵיהּ רַבִּי יוֹחָנָן: אֶיהֱדַר, וְאוֹקֵי בְּנַפְשַׁאי ״כִּי לֹא יֶחְדַּל אֶבְיוֹן מִקֶּרֶב הָאָרֶץ״. רַבִּי יוֹחָנָן הֲדַר, אִילְפָא לָא הֲדַר. עַד דַּאֲתָא אִילְפָא, מָלֵיךְ רַבִּי יוֹחָנָן.
Ses collègues dirent à Ilfa : si le Maître s'était assis et avait étudié, au lieu de partir à ses entreprises commerciales, le Maître n'aurait-il pas été nommé chef de l'académie ? Ilfa alla se suspendre au mât [askariya] d'un navire, disant : s'il est quelqu'un qui peut me poser une question sur une baraïta de Rabbi 'Hiya et de Rabbi Ochaya, et que je ne résolve pas son problème à partir d'une Michna, je tomberai du mât de ce navire et je me noierai. Ilfa cherchait à démontrer que, malgré le temps passé dans le commerce, il avait gardé son vaste savoir de Torah.
אָמְרוּ לוֹ: אִי אִתִּיב מָר וְגָרֵיס, לָא הֲוָה מָלֵיךְ מָר. אֲזַל תְּלָא נַפְשֵׁיהּ בְּאַסְקַרְיָא דִסְפִינְתָּא, אֲמַר: אִי אִיכָּא דְּשָׁאֵיל לִי בְּמַתְנִיתָא דְּרַבִּי חִיָּיא וְרַבִּי אוֹשַׁעְיָא וְלָא פָּשֵׁיטְנָא לֵיהּ מִמַּתְנִיתִין, נָפֵילְנָא מֵאַסְקַרְיָא דִסְפִינְתָּא וְטָבַעְנָא.
Un certain vieillard vint et lui enseigna une baraïta : si un homme, sur son lit de mort, dit dans son testament : « donnez un chékel à mes fils chaque semaine », mais qu'il s'agit d'une situation où, selon leurs besoins, ils sont dignes que le tribunal leur donne un séla (le double), on leur donne un séla. Car, en mentionnant un chékel, il voulait sans doute qu'on leur donnât une somme conforme à leurs besoins réels, et non précisément ce montant. Mais s'il a dit « donnez-leur seulement un chékel », le tribunal ne leur donne qu'un chékel, et pas davantage.
אֲתָא הָהוּא סָבָא, תְּנָא לֵיהּ: הָאוֹמֵר תְּנוּ שֶׁקֶל לְבָנַיי בְּשַׁבָּת, וְהֵן רְאוּיִין לָתֵת לָהֶם סֶלַע — נוֹתְנִין לָהֶם סֶלַע. וְאִם אָמַר: אַל תִּתְּנוּ לָהֶם אֶלָּא שֶׁקֶל — אֵין נוֹתְנִין לָהֶם אֶלָּא שֶׁקֶל.
La baraïta énonce en outre : si quelqu'un a dit « si mes fils meurent, d'autres hériteront de leur part à leur place » — qu'il ait dit « donnez-leur » ou « donnez-leur seulement » —, alors le tribunal ne donne à ses fils qu'un chékel par semaine, car leur père a clairement déclaré qu'il ne veut leur donner qu'une allocation déterminée, entendant léguer le gros de ses biens à d'autres. Ilfa dit au vieillard : selon quelle opinion va cette règle ? Selon l'opinion de Rabbi Meïr, qui a dit : c'est une mitsva d'accomplir la parole du défunt. (Ilfa résolut ainsi la baraïta à partir d'un principe de MISHNA : il faut, autant que possible, exécuter les volontés du défunt.)
אִם אָמַר: אִם מֵתוּ יִרְשׁוּ אֲחֵרִים תַּחְתֵּיהֶם — בֵּין שֶׁאָמַר ״תְּנוּ״ בֵּין שֶׁאָמַר ״אַל תִּתְּנוּ״ — אֵין נוֹתְנִין לָהֶם אֶלָּא שֶׁקֶל. אֲמַר לֵיהּ: הָא מַנִּי — רַבִּי מֵאִיר הִיא, דְּאָמַר: מִצְוָה לְקַיֵּים דִּבְרֵי הַמֵּת.
§ La Guemara rapporte un autre récit touchant un bâtiment délabré. On a dit au sujet de Na'houm Ich Gam Zou qu'il était aveugle des deux yeux, amputé des deux bras, amputé des deux jambes, et que tout son corps était couvert d'ulcères. Et il était couché dans une maison délabrée, les pieds de son lit posés dans des seaux d'eau, afin que les fourmis ne grimpassent pas sur lui, car il ne pouvait les écarter d'aucune autre manière. Une fois, ses élèves voulurent sortir son lit de la maison, puis en sortir ses autres affaires. Il leur dit : mes fils, sortez d'abord les affaires, et ensuite sortez mon lit, car je puis vous garantir que, tant que je suis dans la maison, la maison ne tombera pas. Ils sortirent en effet les affaires, puis sortirent son lit, et aussitôt la maison s'effondra.
אָמְרוּ עָלָיו עַל נַחוּם אִישׁ גַּם זוֹ שֶׁהָיָה סוֹמֵא מִשְׁתֵּי עֵינָיו, גִּדֵּם מִשְׁתֵּי יָדָיו, קִיטֵּעַ מִשְׁתֵּי רַגְלָיו, וְכׇל גּוּפוֹ מָלֵא שְׁחִין. וְהָיָה מוּטָּל בְּבַיִת רָעוּעַ, וְרַגְלֵי מִטָּתוֹ מוּנָּחִין בִּסְפָלִין שֶׁל מַיִם כְּדֵי שֶׁלֹּא יַעֲלוּ עָלָיו נְמָלִים. פַּעַם אַחַת בִּקְּשׁוּ תַּלְמִידָיו לְפַנּוֹת מִטָּתוֹ, וְאַחַר כָּךְ לְפַנּוֹת אֶת הַכֵּלִים. אָמַר לָהֶם: בָּנַיי, פַּנּוּ אֶת הַכֵּלִים, וְאַחַר כָּךְ פַּנּוּ אֶת מִטָּתִי, שֶׁמּוּבְטָח לָכֶם שֶׁכׇּל זְמַן שֶׁאֲנִי בַּבַּיִת אֵין הַבַּיִת נוֹפֵל. פִּינּוּ אֶת הַכֵּלִים וְאַחַר כָּךְ פִּינּוּ אֶת מִטָּתוֹ, וְנָפַל הַבַּיִת.
Ses élèves lui dirent : Rabbi, puisque tu es manifestement un juste parfait — comme nous venons de le voir, ta maison ne tombant pas tant que tu y étais —, pourquoi cette souffrance s'est-elle abattue sur toi ? Il leur dit : mes fils, je l'ai attirée sur moi-même. Na'houm Ich Gam Zou leur raconta ceci : une fois, comme je voyageais sur la route vers la maison de mon beau-père, j'avais avec moi une charge répartie sur trois ânes — l'un de nourriture, l'un de boisson, l'un de mets délicats. Un pauvre vint se tenir devant moi sur la route, disant : mon maître, sustente-moi. Je lui dis : attends que j'aie déchargé l'âne, après quoi je te donnerai de quoi manger. Mais je n'eus pas le temps de décharger l'âne que son âme quitta son corps.
אָמְרוּ לוֹ תַּלְמִידָיו: רַבִּי, וְכִי מֵאַחַר שֶׁצַּדִּיק גָּמוּר אַתָּה, לָמָה עָלְתָה לְךָ כָּךְ? אָמַר לָהֶם: בָּנַיי, אֲנִי גָּרַמְתִּי לְעַצְמִי. שֶׁפַּעַם אַחַת הָיִיתִי מְהַלֵּךְ בַּדֶּרֶךְ לְבֵית חָמִי, וְהָיָה עִמִּי מַשּׂוֹי שְׁלֹשָׁה חֲמוֹרִים, אֶחָד שֶׁל מַאֲכָל, וְאֶחָד שֶׁל מִשְׁתֶּה, וְאֶחָד שֶׁל מִינֵי מְגָדִים. בָּא עָנִי אֶחָד וְעָמַד לִי בַּדֶּרֶךְ, וְאָמַר לִי: רַבִּי, פַּרְנְסֵנִי. אָמַרְתִּי לוֹ: הַמְתֵּן עַד שֶׁאֶפְרוֹק מִן הַחֲמוֹר. לֹא הִסְפַּקְתִּי לִפְרוֹק מִן הַחֲמוֹר עַד שֶׁיָּצְתָה נִשְׁמָתוֹ.
J'allai me jeter sur sa face et dis : que mes yeux, qui n'ont pas eu de compassion pour tes yeux, soient aveuglés ; que mes mains, qui n'ont pas eu de compassion pour tes mains, soient amputées ; que mes jambes, qui n'ont pas eu de compassion pour tes jambes, soient amputées. Et mon esprit ne trouva pas de repos jusqu'à ce que je dise : que tout mon corps soit couvert d'ulcères. (Na'houm Ich Gam Zou pria pour que sa souffrance expiât sa défaillance.) Ses élèves lui dirent : malgré tout, malheur à nous de t'avoir vu en cet état. Il leur dit : malheur à moi si vous ne m'aviez pas vu en cet état — car cette souffrance m'est une expiation.
הָלַכְתִּי וְנָפַלְתִּי עַל פָּנָיו, וְאָמַרְתִּי: עֵינַי שֶׁלֹּא חָסוּ עַל עֵינֶיךָ — יִסּוֹמוּ, יָדַיי שֶׁלֹּא חָסוּ עַל יָדֶיךָ — יִתְגַּדְּמוּ, רַגְלַי שֶׁלֹּא חָסוּ עַל רַגְלֶיךָ — יִתְקַטְּעוּ. וְלֹא נִתְקָרְרָה דַּעְתִּי עַד שֶׁאָמַרְתִּי: כׇּל גּוּפִי יְהֵא מָלֵא שְׁחִין. אָמְרוּ לוֹ: אוֹי לָנוּ שֶׁרְאִינוּךָ בְּכָךְ! אָמַר לָהֶם: אוֹי לִי אִם לֹא רְאִיתוּנִי בְּכָךְ.
La Guemara s'enquiert : et pourquoi l'appelait-on Na'houm Ich Gam Zou ? Parce que, à propos de toute chose qui lui arrivait, il disait : ceci aussi est pour le bien [gam zou létova]. Une fois, les Juifs voulurent envoyer un présent [doron] à la maison de l'empereur. Ils dirent : qui ira présenter ce présent ? Que Na'houm Ich Gam Zou y aille, car il est coutumier des miracles. Ils envoyèrent avec lui un coffret [siftei] plein de pierres précieuses et de perles, et il alla passer la nuit dans une certaine auberge. Durant la nuit, ces habitants de l'auberge se levèrent et prirent toutes les pierres précieuses et les perles du coffret, et le remplirent de terre. Le lendemain, voyant ce qui était arrivé, Na'houm Ich Gam Zou dit : ceci aussi est pour le bien.
וְאַמַּאי קָרוּ לֵיהּ נַחוּם אִישׁ גַּם זוֹ — דְּכׇל מִילְּתָא דַּהֲוָה סָלְקָא לֵיהּ, אֲמַר: גַּם זוֹ לְטוֹבָה. זִימְנָא חֲדָא בְּעוֹ לְשַׁדּוֹרֵי יִשְׂרָאֵל דּוֹרוֹן לְבֵי קֵיסָר, אָמְרוּ: מַאן יֵיזִיל — יֵיזִיל נַחוּם אִישׁ גַּם זוֹ, דִּמְלוּמָּד בְּנִיסִּין הוּא. שַׁדַּרוּ בִּידֵיהּ מְלֵא סִיפְטָא דַּאֲבָנִים טוֹבוֹת וּמַרְגָּלִיּוֹת. אֲזַל, בָּת בְּהָהוּא דִּירָא. בְּלֵילְיָא קָמוּ הָנָךְ דָּיוֹרָאֵי וְשַׁקְלִינְהוּ לְסִיפְטֵיהּ וּמְלוֹנְהוּ עַפְרָא.
Lorsqu'il arriva là-bas, au palais du souverain, on ouvrit le coffret et l'on vit qu'il était rempli de terre. Le roi voulut mettre à mort tous les émissaires juifs, disant : les Juifs se moquent de moi. Na'houm Ich Gam Zou dit : ceci aussi est pour le bien. Élie le prophète vint et apparut devant le souverain comme l'un de ses ministres. Il dit au souverain : peut-être cette terre est-elle de la terre de leur père Abraham — car, lorsqu'il jetait de la terre, elle se changeait en épées, et lorsqu'il jetait de la paille, elle se changeait en flèches, comme il est écrit dans une prophétie que les Sages ont rapportée à Abraham : « Son épée les rend comme la poussière, son arc comme la paille chassée par le vent » (Yéchayahou 41, 2).
כִּי מְטָא הָתָם, שְׁרִינְהוּ לְסִיפְטֵי, חֲזָנְהוּ דִּמְלוּ עַפְרָא. בְּעָא מַלְכָּא לְמִקְטְלִינְהוּ לְכוּלְּהוּ, אֲמַר: קָא מְחַיְּיכוּ בִּי יְהוּדָאֵי. אֲמַר: גַּם זוֹ לְטוֹבָה. אֲתָא אֵלִיָּהוּ אִדְּמִי לֵיהּ כְּחַד מִינַּיְיהוּ, אֲמַר לֵיהּ: דִּלְמָא הָא עַפְרָא מֵעַפְרָא דְּאַבְרָהָם אֲבוּהוֹן הוּא, דְּכִי הֲוָה שָׁדֵי עַפְרָא — הָווּ סַיְיפֵי, גִּילֵי — הָווּ גִּירֵי, דִּכְתִיב: ״יִתֵּן כֶּעָפָר חַרְבּוֹ כְּקַשׁ נִדָּף קַשְׁתּוֹ״.