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Traité Taanit

20b

Étude de Taanit 20b

Étude de la Guémara 20b

Guémara
Il croisa un homme d'une laideur extrême, qui lui dit : la paix sur toi, mon maître ! Mais Rabbi Eléazar ne lui rendit pas son salut. Au lieu de cela, Rabbi Eléazar lui dit : homme vide [réka], comme cet homme est laid ! Tous les gens de ta ville sont-ils aussi laids que toi ? L'homme lui dit : je ne sais pas, mais va dire à l'Artisan qui m'a fait : comme le vase que Tu as fait est laid. Lorsque Rabbi Eléazar comprit qu'il avait fauté et insulté cet homme à cause de son seul aspect, il descendit de son âne, se prosterna devant lui, et lui dit : j'ai fauté envers toi, pardonne-moi. L'homme lui dit : je ne te pardonnerai pas tant que tu n'iras pas dire à l'Artisan qui m'a fait : comme le vase que Tu as fait est laid.
נִזְדַּמֵּן לוֹ אָדָם אֶחָד שֶׁהָיָה מְכוֹעָר בְּיוֹתֵר. אָמַר לוֹ: שָׁלוֹם עָלֶיךָ רַבִּי! וְלֹא הֶחְזִיר לוֹ. אָמַר לוֹ: רֵיקָה, כַּמָּה מְכוֹעָר אוֹתוֹ הָאִישׁ! שֶׁמָּא כׇּל בְּנֵי עִירֶךָ מְכוֹעָרִין כְּמוֹתְךָ? אָמַר לוֹ: אֵינִי יוֹדֵעַ, אֶלָּא לֵךְ וֶאֱמוֹר לָאוּמָּן שֶׁעֲשָׂאַנִי: ״כַּמָּה מְכוֹעָר כְּלִי זֶה שֶׁעָשִׂיתָ״. כֵּיוָן שֶׁיָּדַע בְּעַצְמוֹ שֶׁחָטָא, יָרַד מִן הַחֲמוֹר וְנִשְׁתַּטַּח לְפָנָיו, וְאָמַר לוֹ: נַעֲנֵיתִי לְךָ, מְחוֹל לִי! אָמַר לוֹ: אֵינִי מוֹחֵל לְךָ עַד שֶׁתֵּלֵךְ לָאוּמָּן שֶׁעֲשָׂאַנִי וֶאֱמוֹר לוֹ: כַּמָּה מְכוֹעָר כְּלִי זֶה שֶׁעָשִׂיתָ.
Il marcha derrière l'homme, cherchant à l'apaiser, jusqu'à ce qu'ils atteignissent la ville de Rabbi Eléazar. Les gens de sa ville sortirent à sa rencontre, lui disant : la paix sur toi, mon maître, mon maître, mon seigneur, mon seigneur. L'homme leur dit : qui appelez-vous « mon maître, mon maître » ? Ils lui dirent : cet homme qui marche derrière toi. Il leur dit : si cet homme est un maître, qu'il n'y en ait pas beaucoup comme lui en Israël ! Ils lui demandèrent : pour quelle raison dis-tu cela ? Il leur dit : il m'a fait telle et telle chose. Ils lui dirent : malgré tout, pardonne-lui, car c'est un grand érudit de la Torah.
הָיָה מְטַיֵּיל אַחֲרָיו עַד שֶׁהִגִּיעַ לְעִירוֹ. יָצְאוּ בְּנֵי עִירוֹ לִקְרָאתוֹ, וְהָיוּ אוֹמְרִים לוֹ: שָׁלוֹם עָלֶיךָ רַבִּי רַבִּי, מוֹרִי מוֹרִי! אָמַר לָהֶם: לְמִי אַתֶּם קוֹרִין רַבִּי רַבִּי? אָמְרוּ לוֹ: לְזֶה שֶׁמְּטַיֵּיל אַחֲרֶיךָ. אָמַר לָהֶם: אִם זֶה רַבִּי — אַל יִרְבּוּ כְּמוֹתוֹ בְּיִשְׂרָאֵל. אָמְרוּ לוֹ: מִפְּנֵי מָה? אָמַר לָהֶם: כָּךְ וְכָךְ עָשָׂה לִי. אָמְרוּ לוֹ: אַף עַל פִּי כֵּן, מְחוֹל לוֹ, שֶׁאָדָם גָּדוֹל בְּתוֹרָה הוּא.
Il leur dit : pour votre bien, je lui pardonne, pourvu qu'il prenne sur lui de ne pas s'accoutumer à se conduire ainsi. Aussitôt, Rabbi Eléazar, fils de Rabbi Chimon, entra à la maison d'étude et enseigna : qu'une personne soit toujours souple comme un roseau, et qu'elle ne soit pas dure comme un cèdre — car celui qui est orgueilleux comme un cèdre est susceptible de fauter. Et c'est pourquoi, en raison de ses qualités de douceur, le roseau mérita qu'on en tire un calame pour écrire un rouleau de la Torah, des téfilines et des mézouzot.
אָמַר לָהֶם: בִּשְׁבִילְכֶם הֲרֵינִי מוֹחֵל לוֹ, וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יְהֵא רָגִיל לַעֲשׂוֹת כֵּן. מִיָּד נִכְנַס רַבִּי אֶלְעָזָר בְּרַבִּי שִׁמְעוֹן, וְדָרַשׁ: לְעוֹלָם יְהֵא אָדָם רַךְ כְּקָנֶה וְאַל יְהֵא קָשֶׁה כְּאֶרֶז. וּלְפִיכָךְ זָכָה קָנֶה לִיטּוֹל הֵימֶנּוּ קוּלְמוֹס לִכְתּוֹב בּוֹ סֵפֶר תּוֹרָה תְּפִילִּין וּמְזוּזוֹת.
§ La Michna a enseigné : et de même, si une ville est frappée par la peste ou par l'effondrement de ses bâtiments, cette ville-là jeûne et sonne l'alarme, et tous ses environs jeûnent mais ne sonnent pas l'alarme. Rabbi Akiva dit : ils sonnent l'alarme mais ne jeûnent pas. Nos maîtres ont enseigné : ces bâtiments qui s'effondrent dont les Sages ont parlé sont ceux de murs solides et non délabrés ; ce sont des murs qui ne sont pas prêts à tomber, et non ceux qui sont prêts à tomber.
וְכֵן עִיר שֶׁיֵּשׁ בָּהּ דֶּבֶר אוֹ מַפּוֹלֶת כּוּ׳. תָּנוּ רַבָּנַן: מַפּוֹלֶת שֶׁאָמְרוּ, בְּרִיאוֹת וְלֹא רְעוּעוֹת. שֶׁאֵינָן רְאוּיוֹת לִיפּוֹל, וְלֹא הָרְאוּיוֹת לִיפּוֹל.
La Guemara s'étonne de la formulation de la baraïta : quels sont les murs « solides », quels sont ceux qui « ne sont pas prêts à tomber » ; quels sont les murs « délabrés », quels sont ceux qui « sont prêts à tomber » ? Les éléments de chaque paire semblent identiques, et la baraïta est répétitive. La Guemara répond : non, il est nécessaire de préciser le cas de murs qui tombèrent à cause de leur hauteur — c'est-à-dire qu'ils sont solides, mais aussi prêts à tomber du fait de leur hauteur excessive. Ou bien la baraïta vise un cas où les murs étaient placés sur une berge de fleuve, car ils sont susceptibles de tomber bien qu'ils ne soient pas délabrés, la berge elle-même étant instable.
הֵי נִיהוּ בְּרִיאוֹת, הֵי נִיהוּ שֶׁאֵינָן רְאוּיוֹת לִיפּוֹל. הֵי נִיהוּ רְעוּעוֹת, הֵי נִיהוּ רְאוּיוֹת לִיפּוֹל! לָא צְרִיכָא, דִּנְפַלוּ מֵחֲמַת גּוּבְהַיְיהוּ. אִי נָמֵי, דְּקָיְימָן אַגּוּדָּא דְנַהֲרָא.
La Guemara rapporte : tel ce mur délabré qui était à Néhardéa, sous lequel Rav et Chmouel ne passaient pas, bien qu'il fût resté en place treize ans. Un jour, Rav Adda bar Ahava se trouva venir là et marcha avec eux. Comme ils passaient près du mur, Chmouel dit à Rav : viens, Maître, contournons ce mur, afin que nous ne nous tenions pas en dessous. Rav lui dit : il n'est pas nécessaire de le faire aujourd'hui, car Rav Adda bar Ahava est avec nous, dont le mérite est grand, et je ne crains donc pas son effondrement.
כִּי הַהִיא אֲשִׁיתָא רְעִיעֲתָא דַּהֲוַאי בִּנְהַרְדְּעָא דְּלָא הֲוָה חָלֵיף רַב וּשְׁמוּאֵל תּוּתַהּ, אַף עַל גַּב דְּקַיְימָא בְּאַתְרַהּ תְּלֵיסַר שְׁנִין. יוֹמָא חַד אִיקְּלַע רַב אַדָּא בַּר אַהֲבָה לְהָתָם, אֲמַר לֵיהּ שְׁמוּאֵל לְרַב: נֵיתֵי מָר נַקֵּיף! אֲמַר לֵיהּ: לָא צְרִיכְנָא הָאִידָּנָא, דְּאִיכָּא רַב אַדָּא בַּר אַהֲבָה בַּהֲדַן דִּנְפִישָׁ[א] זְכוּתֵיהּ, וְלָא מִסְתְּפֵינָא.
La Guemara rapporte un autre incident. Rav Houna avait une certaine quantité de vin dans une maison délabrée, et il voulait la déplacer, mais il craignait que le bâtiment ne s'effondrât à son entrée. Il amena Rav Adda bar Ahava jusque-là, à la maison branlante, et engagea avec lui une discussion sur une question de halakha, qu'il fit traîner jusqu'à ce qu'ils eussent retiré tout le vin. Dès qu'ils sortirent, le bâtiment s'effondra. Rav Adda bar Ahava comprit ce qui s'était passé et se mit en colère.
רַב הוּנָא הֲוָה לֵיהּ הָהוּא חַמְרָא בְּהָהוּא בֵּיתָא רְעִיעָא, וּבְעָא לְפַנּוֹיֵיהּ. עַיְּילֵיהּ לְרַב אַדָּא בַּר אַהֲבָה לְהָתָם, מַשְׁכֵיהּ בִּשְׁמַעְתָּא עַד דְּפַנְּיֵיהּ. בָּתַר דִּנְפַק נְפַל בֵּיתָא. אַרְגֵּישׁ רַב אַדָּא בַּר אַהֲבָה, אִיקְּפַד.
La Guemara explique : Rav Adda bar Ahava tient conformément à cet énoncé, car Rabbi Yannaï dit : qu'une personne ne se tienne jamais en un lieu de danger en disant « un miracle sera accompli pour moi, et j'en réchapperai indemne » — de peur qu'un miracle ne soit pas accompli pour elle ; et si tu dis qu'un miracle sera accompli pour elle, on le déduira de ses mérites. Rav 'Hanan dit : quel est le verset qui fait allusion à cette idée ? Comme il est écrit : « Je suis devenu petit par toutes les grâces et toute la vérité que Tu as témoignées à Ton serviteur » (Béréchit 32, 11) — c'est-à-dire que, plus on reçoit de bienfaits de Dieu, plus son mérite se réduit.
סָבַר לַהּ כִּי הָא דְּאָמַר רַבִּי יַנַּאי: לְעוֹלָם אַל יַעֲמוֹד אָדָם בְּמָקוֹם סַכָּנָה וְיֹאמַר: עוֹשִׂין לִי נֵס, שֶׁמָּא אֵין עוֹשִׂין לוֹ נֵס. וְאִם תִּימְצֵי לוֹמַר עוֹשִׂין לוֹ נֵס — מְנַכִּין לוֹ מִזְּכִיּוֹתָיו. אָמַר רַב חָנָן: מַאי קְרָא — דִּכְתִיב: ״קָטֹנְתִּי מִכֹּל הַחֲסָדִים וּמִכׇּל הָאֱמֶת״.
Après avoir rapporté des récits qui reflètent le grand mérite de Rav Adda bar Ahava, la Guemara demande : quelles furent les actions remarquables de Rav Adda bar Ahava ? La Guemara rapporte qu'elles sont comme il est énoncé : les élèves de Rabbi Zéra l'interrogèrent — et d'aucuns disent que les élèves de Rav Adda bar Ahava l'interrogèrent : à quoi attribues-tu ta longévité ? Il leur dit : de tous mes jours, je ne me suis jamais mis en colère contre les gens de ma maison, et je n'ai jamais marché devant quelqu'un de plus grand que moi ; je lui ai toujours donné l'honneur de marcher devant moi.
מַאי הֲוָה עוֹבָדֵיהּ דְּרַב אַדָּא בַּר אַהֲבָה? כִּי הָא דְּאִתְּמַר, שָׁאֲלוּ תַּלְמִידָיו לְרַב אַדָּא בַּר אַהֲבָה: בַּמָּה הֶאֱרַכְתָּ יָמִים? אָמַר לָהֶם: מִיָּמַי לֹא הִקְפַּדְתִּי בְּתוֹךְ בֵּיתִי, וְלֹא צָעַדְתִּי בִּפְנֵי מִי שֶׁגָּדוֹל מִמֶּנִּי,
Rav Adda bar Ahava poursuivit : et je n'ai pas pensé à des matières de Torah dans des ruelles malpropres ; et je n'ai pas marché quatre coudées sans m'adonner à la Torah et sans porter les téfilines ; et je ne me suis pas endormi à la maison d'étude, ni d'un sommeil profond ni d'un bref assoupissement ; et je ne me suis pas réjoui du malheur de mon compagnon ; et je n'ai pas appelé mon compagnon par son sobriquet. Et d'aucuns disent qu'il dit : je n'ai pas appelé mon compagnon par le nom péjoratif de sa famille.
וְלֹא הִרְהַרְתִּי בִּמְבוֹאוֹת הַמְטוּנָּפוֹת, וְלֹא הָלַכְתִּי אַרְבַּע אַמּוֹת בְּלֹא תּוֹרָה וּבְלֹא תְּפִילִּין, וְלֹא יָשַׁנְתִּי בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ לֹא שֵׁינַת קֶבַע וְלֹא שֵׁינַת עֲרַאי, וְלֹא שַׂשְׂתִּי בְּתַקָּלַת חֲבֵרַי, וְלֹא קָרָאתִי לַחֲבֵירִי בַּהֲכִינָתוֹ, וְאָמְרִי לַהּ בַּחֲנִיכָתוֹ.
§ La Guemara rapporte un autre récit sur les actions justes des Sages, touchant un mur délabré. Rava dit à Rafram bar Papa : que le Maître nous dise quelques-unes de ces belles actions qu'accomplissait Rav Houna. Il lui dit : je ne me souviens pas de ce qu'il faisait dans sa jeunesse, mais les actions de sa vieillesse, je m'en souviens. Car, chaque jour nuageux, on le sortait dans un carrosse d'or [gouharka], et il parcourait toute la ville. Et il ordonnait qu'on abattît tout mur instable, de peur qu'il ne tombât sous la pluie et ne blessât quelqu'un. Si le propriétaire pouvait en bâtir un autre, Rav Houna lui ordonnait de le rebâtir ; et s'il ne le pouvait pas, Rav Houna le bâtissait lui-même, de son propre argent.
אֲמַר לֵיהּ רָבָא לְרַפְרָם בַּר פָּפָּא: לֵימָא לַן מָר מֵהָנֵי מִילֵּי מְעַלְּיָיתָא דַּהֲוָה עָבֵיד רַב הוּנָא! אֲמַר לֵיהּ: בְּיַנְקוּתֵיהּ לָא דְּכִירְנָא, בְּסֵיבוּתֵיהּ דְּכִירְנָא. דְּכֹל יוֹמָא דְעֵיבָא הֲווֹ מַפְּקִין לֵיהּ בְּגוּהַרְקָא דְּדַהֲבָא, וְסָיַיר לַהּ לְכוּלַּהּ מָתָא. וְכֹל אֲשִׁיתָא דַּהֲווֹת רְעִיעֲתָא, הֲוָה סָתַר לַהּ. אִי אֶפְשָׁר לְמָרַהּ — בָּנֵי לַהּ, וְאִי לָא אֶפְשָׁר — בָּנֵי לַהּ אִיהוּ מִדִּידֵיהּ.
Rafram bar Papa rapporte encore : et chaque veille de Chabbat, l'après-midi, Rav Houna envoyait un messager au marché, et il achetait tous les légumes qui restaient aux maraîchers, et les jetait dans le fleuve. La Guemara demande : mais pourquoi jetait-il les légumes ? Qu'il les donne aux pauvres ! La Guemara répond : s'il faisait cela, les pauvres compteraient parfois sur le fait que Rav Houna distribue des légumes, et ne viendraient pas en acheter — ce qui ruinerait le gagne-pain des maraîchers. La Guemara demande encore : et qu'il les jette aux bêtes ! La Guemara répond : il tient que la nourriture des hommes ne doit pas être donnée aux bêtes, car c'est un mépris de la nourriture.
וְכֹל פַּנְיָא דְּמַעֲלֵי שַׁבְּתָא הֲוָה מְשַׁדַּר שְׁלוּחָא לְשׁוּקָא, וְכֹל יַרְקָא דַּהֲוָה פָּיֵישׁ לְהוּ לְגִינָּאֵי, זַבֵּין לֵיהּ וְשָׁדֵי לֵיהּ לְנַהֲרָא. וְלִיתְּבֵיהּ לַעֲנִיִּים! זִמְנִין דְּסָמְכָא דַּעְתַּיְיהוּ וְלָא אָתוּ לְמִיזְבַּן. וְלִשְׁדְּיֵיהּ לִבְהֵמָה! קָסָבַר: מַאֲכַל אָדָם אֵין מַאֲכִילִין לִבְהֵמָה.
Taanit 20b
100%
תענית כ׳ במַסֶּכֶת תַּעֲנִית