Guémara
…que pour interdire l'éloge funèbre la veille. Ici aussi, il n'est nécessaire de mentionner Pessa'h que pour interdire l'éloge le lendemain. La Guemara demande : selon quelle opinion va cette règle ? Selon l'opinion de Rabbi Yossi, qui a dit que l'éloge funèbre est interdit tant la veille de la date consignée dans la Méguilat Taanit que le lendemain. La Guemara demande : s'il en est ainsi, au sujet du vingt-neuf d'Adar aussi, pourquoi dire spécifiquement que l'éloge y est interdit parce que c'est la veille du jour où l'offrande quotidienne fut établie ? Qu'on déduise cette interdiction du fait que c'est le lendemain du vingt-huit d'Adar !
אֶלָּא לֶאֱסוֹר יוֹם שֶׁלְּפָנָיו, הָכָא נָמֵי — לָא נִצְרְכָה אֶלָּא לֶאֱסוֹר יוֹם שֶׁלְּאַחֲרָיו. כְּמַאן, כְּרַבִּי יוֹסֵי דְּאָמַר: בֵּין לְפָנָיו וּבֵין לְאַחֲרָיו אָסוּר. אִי הָכִי בְּעֶשְׂרִים וְתִשְׁעָה נָמֵי — מַאי אִירְיָא דְּהָוֵי יוֹמָא דְּמִקַּמֵּי יוֹמָא דְּמִיתּוֹקַם תְּמִידָא? תִּיפּוֹק לֵיהּ דְּהָוֵה לֵיהּ יוֹמָא דְּבָתַר עֶשְׂרִין וּתְמָנְיָא בֵּיהּ!
Comme il est enseigné dans la Méguilat Taanit : le vingt-huit d'Adar, une bonne nouvelle parvint aux Juifs — qu'ils ne seraient pas empêchés d'étudier la Torah —, et l'on déclara cette date jour commémoratif. La baraïta décrit les événements de ce jour : une fois, l'empire impie (Rome) édicta un décret d'apostasie contre les Juifs, leur interdisant de s'adonner à l'étude de la Torah, de circoncire leurs fils, et leur ordonnant de profaner le Chabbat. Que firent Yehouda ben Chamoua et ses collègues ? Ils allèrent prendre conseil d'une certaine matrone romaine [matronita] dont la compagnie était recherchée par tous les notables de Rome.
דְּתַנְיָא: בְּעֶשְׂרִים וּתְמָנְיָא בֵּיהּ, אֲתָת בְּשׂוֹרְתָּא טָבְתָּא לִיהוּדָאֵי דְּלָא יְעִידוֹן מִן אוֹרָיְיתָא. שֶׁפַּעַם אַחַת גָּזְרָה מַלְכוּת הָרְשָׁעָה שְׁמָד עַל יִשְׂרָאֵל שֶׁלֹּא יַעַסְקוּ בַּתּוֹרָה, וְשֶׁלֹּא יָמוּלוּ אֶת בְּנֵיהֶם, וְשֶׁיְּחַלְּלוּ שַׁבָּתוֹת. מָה עָשָׂה יְהוּדָה בֶּן שַׁמּוּעַ וַחֲבֵרָיו? הָלְכוּ וְנָטְלוּ עֵצָה מִמַּטְרוֹנִיתָא אַחַת שֶׁכׇּל גְּדוֹלֵי רוֹמִי מְצוּיִין אֶצְלָהּ.
Elle leur dit : levez-vous et manifestez [hafguinou] de nuit. Ils allèrent manifester de nuit, disant : ô Cieux ! Ne sommes-nous pas des frères ? Ne sommes-nous pas les enfants d'un seul père ? Ne sommes-nous pas les enfants d'une seule mère ? En quoi différons-nous de toute autre nation et de toute autre langue, pour que vous nous distinguiez et édictiez contre nous des décrets mauvais ? Leurs cris furent efficaces, et les autorités annulèrent les décrets, et l'on fit de ce jour un jour de fête commémoratif.
אָמְרָה לָהֶם: עִמְדוּ וְהַפְגִּינוּ בַּלַּיְלָה. הָלְכוּ וְהִפְגִּינוּ בַּלַּיְלָה, אָמְרוּ: אֵי שָׁמַיִם! לֹא אַחִים אֲנַחְנוּ, לֹא בְּנֵי אָב אֶחָד אֲנַחְנוּ, לֹא בְּנֵי אֵם אַחַת אֲנַחְנוּ? מָה נִשְׁתַּנֵּינוּ מִכׇּל אוּמָּה וְלָשׁוֹן שֶׁאַתֶּם גּוֹזְרִין עָלֵינוּ גְּזֵירוֹת רָעוֹת! וּבִטְּלוּם, וְאוֹתוֹ יוֹם עֲשָׂאוּהוּ יוֹם טוֹב.
§ Puisque le vingt-huit d'Adar est aussi un jour commémoratif (selon l'opinion de Rabbi Yossi), il est de même interdit de jeûner le lendemain. La question demeure donc : pourquoi fut-il nécessaire d'énumérer la néoménie de Nissan, alors que la veille était déjà interdite ? Abayé dit : il n'est nécessaire d'inclure la néoménie de Nissan que dans le cas d'un mois plein, de trente jours. Si le mois d'Adar compte trente jours, jeûner le trentième jour ne serait interdit que parce que c'est la veille de la néoménie, et non parce que c'est le lendemain du vingt-huit d'Adar.
אָמַר אַבָּיֵי: לֹא נִצְרְכָה אֶלָּא לְחֹדֶשׁ מְעוּבָּר.
Rav Achi dit : même si tu dis que nous traitons d'un mois défectueux, de vingt-neuf jours, l'inclusion de la néoménie de Nissan s'explique encore. La raison en est que, pour tous les jours qui suivent les dates énumérées dans la Méguilat Taanit, jeûner est interdit mais l'éloge funèbre permis. Mais en ce cas, comme le vingt-neuf d'Adar se trouve entre deux jours commémoratifs (le vingt-huit d'Adar et la néoménie de Nissan), les Sages en firent comme un jour commémoratif à part entière ; il est donc interdit même d'y faire un éloge.
רַב אָשֵׁי אָמַר: אֲפִילּוּ תֵּימָא לְחוֹדֶשׁ חָסֵר, כׇּל שֶׁלְּאַחֲרָיו — בְּתַעֲנִית אָסוּר, בְּהֶסְפֵּד מוּתָּר. וְזֶה, הוֹאִיל וּמוּטָל בֵּין שְׁנֵי יָמִים טוֹבִים — עֲשָׂאוּהוּ כְּיוֹם טוֹב עַצְמוֹ, וַאֲפִילּוּ בְּהֶסְפֵּד נָמֵי אָסוּר.
§ Le Maître a dit plus haut, dans la Méguilat Taanit : du huit de Nissan jusqu'à la fin de la fête de Pessa'h, la fête de Chavouot fut rétablie, et il fut décrété de ne pas faire d'éloge durant cette période. La Guemara demande : pourquoi ai-je besoin qu'on dise « du huit de Nissan » ? Que le tanna dise « du neuf de Nissan », et le huit lui-même restera interdit parce que, comme dit plus haut, c'est le jour où l'offrande quotidienne fut établie.
אָמַר מָר: מִתְּמָנְיָא בֵּיהּ וְעַד סוֹף מוֹעֲדָא אִיתּוֹתַב חַגָּא דְשָׁבוּעַיָּא, דְּלָא לְמִיסְפַּד. לְמָה לִי לְמֵימַר מִתְּמָנְיָא בֵּיהּ? לֵימָא מִתִּשְׁעָה בֵּיהּ, וּתְמָנְיָא גּוּפֵיהּ אָסוּר, דְּהָוֵה לֵיהּ יוֹמָא דְּאִיתּוֹקַם בֵּיהּ תְּמִידָא!
La Guemara répond : puisque, si un événement calamiteux survenait et qu'on annulât les sept jours commémorant l'établissement de l'offrande quotidienne, le huitième jour lui-même resterait interdit, étant le premier jour où la fête de Chavouot fut rétablie. Comme cette date n'est pas seulement la dernière de la série du tamid, mais commémore aussi le rétablissement de Chavouot, elle n'est pas affectée par l'annulation des sept jours précédents.
כֵּיוָן דְּאִילּוּ מִקְּלַע לֵיהּ מִילְּתָא וּבַטְּלִינֵּיהּ לְשִׁבְעָה — תְּמָנְיָא גּוּפֵיהּ אָסוּר, דְּהָוֵה לֵיהּ יוֹמָא קַמָּא דְּאִיתּוֹתַב בֵּיהּ חַגָּא דְשָׁבוּעַיָּא.
La Guemara remarque : maintenant que tu es parvenu à cette conclusion, la même logique s'applique au vingt-neuf d'Adar : puisque, si un événement calamiteux survenait et qu'on annulât la commémoration du vingt-huit d'Adar, le vingt-neuvième jour lui-même resterait néanmoins interdit, étant le premier jour où l'offrande quotidienne fut établie.
הַשְׁתָּא דְּאָתֵית לְהָכִי, עֶשְׂרִים וְתִשְׁעָה נָמֵי: כֵּיוָן דְּאִילּוּ מִיקְּלַע מִילְּתָא וּבַטְּלִינֵּיהּ לְעֶשְׂרִים וּתְמָנְיָא — עֶשְׂרִין וְתִשְׁעָה גּוּפֵיהּ אָסוּר, דְּהָוֵה לֵיהּ יוֹמָא דְּמִקַּמֵּי יוֹמָא דְּאִיתּוֹקַם תְּמִידָא.
Il fut énoncé qu'il y a une divergence entre Amoraïm : Rav 'Hiya bar Assi dit que Rav dit : la halakha est conforme à l'opinion de Rabbi Yossi — pour tous les jours mentionnés dans la Méguilat Taanit où l'éloge funèbre est interdit, il est de même interdit d'en faire la veille et le lendemain. Et Chmouel dit : la halakha est conforme à l'opinion de Rabbi Meïr, le tanna de la Michna anonyme, qui a dit que, bien qu'il soit interdit de faire un éloge la veille, c'est permis le lendemain.
אִיתְּמַר, רַב חִיָּיא בַּר אַסִּי אָמַר רַב: הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹסֵי, וּשְׁמוּאֵל אָמַר: הֲלָכָה כְּרַבִּי מֵאִיר.
La Guemara demande : et Chmouel a-t-il vraiment dit cela ? Mais n'est-il pas enseigné dans une baraïta que Rabban Chimon ben Gamliel dit : que signifie le fait que la Méguilat Taanit énonce « sur eux, sur eux » deux fois — dans les formules « ne pas faire d'éloge sur eux » et « ne pas jeûner sur eux » ? Cette répétition vient te dire que jeûner et faire un éloge ces jours-là eux-mêmes est interdit, mais que la veille et le lendemain c'est permis. Et Chmouel a dit : la halakha est conforme à l'opinion de Rabban Chimon ben Gamliel. Comment, dès lors, peut-on dire que Chmouel a statué comme Rabbi Meïr ?
וּמִי אָמַר שְׁמוּאֵל הָכִי? וְהָתַנְיָא, רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: וּמָה תַּלְמוּד לוֹמַר ״בְּהוֹן״ ״בְּהוֹן״ שְׁתֵּי פְעָמִים — לוֹמַר לָךְ שֶׁהֵן אֲסוּרִין, לִפְנֵיהֶן וּלְאַחֲרֵיהֶן מוּתָּרִין. וְאָמַר שְׁמוּאֵל: הֲלָכָה כְּרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל.
La Guemara répond : au début, Chmouel tenait que, puisqu'il n'y a pas de tanna aussi indulgent que Rabbi Meïr, la halakha est conforme à l'opinion de Rabbi Meïr. Lorsqu'il entendit que l'opinion de Rabban Chimon ben Gamliel était plus indulgente, il dit que la halakha est conforme à l'opinion de Rabban Chimon ben Gamliel. Chmouel statua constamment de la manière la plus indulgente possible sur cette question.
מֵעִיקָּרָא סָבַר: כֵּיוָן דְּלֵיכָּא תַּנָּא דְּמֵיקֵל כְּרַבִּי מֵאִיר, אָמַר הֲלָכָה כְּרַבִּי מֵאִיר. כֵּיוָן דְּשַׁמְעֵיהּ לְרַבָּן שִׁמְעוֹן דְּמֵיקֵל טְפֵי, אָמַר: הֲלָכָה כְּרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל.
Et de même, le Sage Bali dit que Rabbi 'Hiya bar Abba dit que Rabbi Yo'hanan dit : la halakha est conforme à l'opinion de Rabbi Yossi. La Guemara rapporte que Rabbi 'Hiya bar Abba dit à Bali : je vais t'expliquer cette décision. Lorsque Rabbi Yo'hanan dit que la halakha est conforme à Rabbi Yossi, il ne visait pas toutes les matières ; il parlait spécifiquement de la veille des dates au sujet desquelles la Méguilat Taanit a dit « jeûner est interdit ». Mais au sujet des jours où il est interdit de faire un éloge, il ne statua pas comme Rabbi Yossi — car Rabbi Yo'hanan tient que l'éloge le lendemain est permis.
וְכֵן אָמַר בָּאלִי אָמַר רַבִּי חִיָּיא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹסֵי. אֲמַר לֵיהּ רַבִּי חִיָּיא לְבָאלִי: אַסְבְּרַהּ לָךְ, כִּי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן הֲלָכָה כְּרַבִּי יוֹסֵי — אַדְּלָא לְהִתְעַנָּאָה.