Guémara
La Guemara pose une question sur l'explication de Rabbi Yehouda : celui qui a des enfants à charge sans avoir de quoi les entretenir est apparemment le même que celui dont la maison est vide — pourquoi Rabbi Yehouda énumère-t-il les deux descriptions ? Rav 'Hisda dit : cette expression signifie que sa maison est vide de transgression. Et Rabbi Yehouda a dit en outre que l'officiant doit être de ceux dont la jeunesse fut convenable. En explication de cette expression, Abayé dit : c'est celui qui n'eut pas de mauvaise réputation à aucun moment de sa jeunesse.
הַיְינוּ ״מְטוּפָּל וְאֵין לוֹ״, הַיְינוּ ״בֵּיתוֹ רֵיקָם״? אָמַר רַב חִסְדָּא: זֶהוּ שֶׁבֵּיתוֹ רֵיקָם מִן הָעֲבֵירָה. ״וּפִרְקוֹ נָאֶה״, אָמַר אַבָּיֵי: זֶה שֶׁלֹּא יָצָא עָלָיו שֵׁם רַע בְּיַלְדוּתוֹ.
La Guemara cite un verset au sujet de l'officiant : « Mon héritage est devenu pour Moi comme un lion dans la forêt ; il a élevé contre Moi sa voix, c'est pourquoi Je l'ai haï » (Yirmeyahou 12, 8). Que signifie « il a élevé contre Moi sa voix » ? Mar Zoutra bar Toviya dit que Rav dit — et d'aucuns disent que Rabbi 'Hama dit que Rabbi Eléazar dit : c'est un officiant indigne qui descend devant l'arche. Lorsqu'un tel homme crie vers Dieu, Il pense, pour ainsi dire : Je hais le son de sa prière.
״הָיְתָה לִּי נַחֲלָתִי כְּאַרְיֵה בַיָּעַר נָתְנָה עָלַי בְּקוֹלָהּ עַל כֵּן שְׂנֵאתִיהָ״, מַאי ״נָתְנָה עָלַי בְּקוֹלָהּ״? אָמַר מָר זוּטְרָא בַּר טוֹבִיָּה אָמַר רַב, וְאָמְרִי לַהּ אָמַר רַבִּי חָמָא אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: זֶה שְׁלִיחַ צִבּוּר שֶׁאֵינוֹ הָגוּן הַיּוֹרֵד לִפְנֵי הַתֵּיבָה.
§ La Michna enseigne : et l'officiant récite devant eux vingt-quatre bénédictions — les dix-huit bénédictions de l'Amida quotidienne, auxquelles il ajoute six autres. La Guemara demande : sont-ce six bénédictions ? En fait, elles sont sept, comme nous l'avons appris dans une MISHNA : pour la septième, il dit « Béni sois-Tu, Éternel, qui as pitié de la Terre ». Rav Na'hman bar Yits'hak dit : que signifie la « septième » bénédiction ? Il s'agit de la septième par sa longueur : il y avait en réalité six bénédictions nouvelles, mais comme l'officiant allonge la sixième bénédiction de semaine, elle est tenue pour une bénédiction supplémentaire.
וְאוֹמֵר לִפְנֵיהֶם עֶשְׂרִים וְאַרְבַּע בְּרָכוֹת, שְׁמוֹנֶה עֶשְׂרֵה שֶׁבְּכָל יוֹם וּמוֹסִיף עֲלֵיהֶן עוֹד שֵׁשׁ. הָנֵי שֵׁשׁ, שֶׁבַע הָוְויָין! כְּדִתְנַן: עַל הַשְּׁבִיעִית הוּא אוֹמֵר ״בָּרוּךְ מְרַחֵם עַל הָאָרֶץ״! אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: מַאי ״שְׁבִיעִית״ — שְׁבִיעִית לָאֲרוּכָּה.
Comme il est enseigné dans une baraïta : dans la bénédiction « Rédempteur d'Israël », l'officiant allonge la bénédiction, et pour sa conclusion il dit : Celui qui a répondu à Abraham sur le mont Moriah, Il vous répondra et entendra la voix de votre cri en ce jour. Béni sois-Tu, Éternel, Rédempteur d'Israël. Et l'assemblée répond « amen » après lui. Et le bedeau leur dit : sonnez un son long et continu (tékia), fils d'Aaron, sonnez.
כִּדְתַנְיָא: בְּ״גוֹאֵל יִשְׂרָאֵל״ מַאֲרִיךְ, וּבְחוֹתָמָהּ הוּא אוֹמֵר: ״מִי שֶׁעָנָה אֶת אַבְרָהָם בְּהַר הַמּוֹרִיָּה, הוּא יַעֲנֶה אֶתְכֶם וְיִשְׁמַע בְּקוֹל צַעֲקַתְכֶם הַיּוֹם הַזֶּה. בָּרוּךְ גּוֹאֵל יִשְׂרָאֵל״, וְהֵן עוֹנִין אַחֲרָיו ״אָמֵן״, וְחַזַּן הַכְּנֶסֶת אוֹמֵר לָהֶם: ״תִּקְעוּ בְּנֵי אַהֲרֹן תִּקְעוּ״.
Et l'officiant reprend et récite la deuxième bénédiction, concluant : Celui qui a répondu à nos pères à la mer Rouge, Il vous répondra et entendra la voix de votre cri en ce jour. Béni sois-Tu, Éternel, qui Te souviens de ce qui est oublié. Et l'assemblée répond « amen » après lui. Et le bedeau leur dit : faites retentir un son tremblé (téroua), fils d'Aaron, faites retentir. Et de même, telle est la procédure pour chacune des bénédictions supplémentaires : après l'une il dit « sonnez un son long », et après la suivante « faites retentir un son tremblé ».
וְחוֹזֵר וְאוֹמֵר: ״מִי שֶׁעָנָה אֶת אֲבוֹתֵינוּ עַל יַם סוּף, הוּא יַעֲנֶה אֶתְכֶם וְיִשְׁמַע בְּקוֹל צַעֲקַתְכֶם הַיּוֹם הַזֶּה, בָּרוּךְ זוֹכֵר הַנִּשְׁכָּחוֹת״, וְהֵן עוֹנִין אַחֲרָיו ״אָמֵן״, וְחַזַּן הַכְּנֶסֶת אוֹמֵר לָהֶם: ״הָרִיעוּ בְּנֵי אַהֲרֹן הָרִיעוּ״. וְכֵן בְּכׇל בְּרָכָה וּבְרָכָה, בְּאַחַת אוֹמֵר: ״תִּקְעוּ״, וּבְאַחַת אוֹמֵר: ״הָרִיעוּ״.
La Guemara demande : dans quel cas cet énoncé est-il dit ? Cette méthode s'applique dans les régions périphériques (gvoulin), c'est-à-dire partout sauf au Temple. Mais au Temple lui-même, ce n'est pas la procédure correcte, car on ne répond pas « amen » au Temple : on y répond plutôt par une bénédiction longue. La Guemara s'enquiert : et d'où déduit-on qu'on ne répond pas « amen » au Temple ?
בַּמֶּה דְּבָרִים אֲמוּרִים — בִּגְבוּלִין, אֲבָל בַּמִּקְדָּשׁ אֵינוֹ כֵּן, לְפִי שֶׁאֵין עוֹנִין ״אָמֵן״ בַּמִּקְדָּשׁ. וּמִנַּיִן שֶׁאֵין עוֹנִין ״אָמֵן״ בַּמִּקְדָּשׁ —
La Guemara répond : comme il est dit : « Levez-vous, bénissez l'Éternel votre Dieu d'éternité en éternité ; et qu'on dise : Béni soit le Nom de Ta gloire, qui est élevé au-dessus de toute bénédiction et louange » (Né'hémia 9, 5). On aurait pu penser que, pour toutes les bénédictions, il n'y a qu'une seule louange (c'est-à-dire qu'on répond « amen » à toutes). C'est pourquoi le verset dit « au-dessus de toute [al kol] bénédiction et louange » — indiquant que, pour chaque [al kol] bénédiction, tu dois lui donner sa propre louange.
שֶׁנֶּאֱמַר: ״קוּמוּ בָּרְכוּ אֶת ה׳ אֱלֹהֵיכֶם מִן הָעוֹלָם עַד הָעוֹלָם וִיבָרְכוּ שֵׁם כְּבֹדֶךָ וּמְרוֹמַם עַל כׇּל בְּרָכָה וּתְהִלָּה״. יָכוֹל עַל כׇּל בְּרָכוֹת כּוּלָּן לֹא תְּהֵא אֶלָּא תְּהִלָּה אַחַת — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וּמְרוֹמַם עַל כׇּל בְּרָכָה וּתְהִלָּה״ — עַל כׇּל בְּרָכָה תֵּן לוֹ תְּהִלָּה.
Mais alors, au Temple, que récitait l'officiant ? Il concluait la bénédiction : Béni soit l'Éternel, Dieu d'Israël, d'éternité en éternité. Béni sois-Tu, Éternel, Rédempteur d'Israël. Et au lieu d'« amen », ils répondaient après lui : Béni soit le Nom de la gloire de Son règne à jamais et pour l'éternité (Baroukh chem kevod malkhouto leolam vaèd). Et le bedeau leur dit : sonnez, prêtres, fils d'Aaron, sonnez.
וְאֶלָּא בַּמִּקְדָּשׁ מַהוּ אוֹמֵר? ״בָּרוּךְ ה׳ אֱלֹהֵי יִשְׂרָאֵל מִן הָעוֹלָם וְעַד הָעוֹלָם. בָּרוּךְ גּוֹאֵל יִשְׂרָאֵל״. וְהֵן עוֹנִין אַחֲרָיו: ״בָּרוּךְ שֵׁם כְּבוֹד מַלְכוּתוֹ לְעוֹלָם וָעֶד״. וְחַזַּן הַכְּנֶסֶת אוֹמֵר לָהֶם: ״תִּקְעוּ הַכֹּהֲנִים בְּנֵי אַהֲרוֹן תִּקְעוּ״,
Et l'officiant reprend et récite la deuxième bénédiction, concluant : Celui qui a répondu à Abraham sur le mont Moriah, Il vous répondra et entendra la voix de votre cri en ce jour. Béni soit l'Éternel, Dieu d'Israël, qui Te souviens de ce qui est oublié. Et l'assemblée répond après lui : Béni soit le Nom de la gloire de Son règne à jamais et pour l'éternité. Et le bedeau leur dit : faites retentir, prêtres, fils d'Aaron, faites retentir, etc. Et de même, telle est la procédure pour chacune des bénédictions supplémentaires : après l'une il dit « sonnez un son long », et après la suivante « faites retentir un son tremblé », jusqu'à ce qu'il achève toutes les bénédictions.
וְחוֹזֵר וְאוֹמֵר: ״מִי שֶׁעָנָה אֶת אַבְרָהָם בְּהַר הַמּוֹרִיָּה, הוּא יַעֲנֶה אֶתְכֶם וְיִשְׁמַע בְּקוֹל צַעֲקַתְכֶם הַיּוֹם הַזֶּה. בָּרוּךְ ה׳ אֱלֹהֵי יִשְׂרָאֵל זוֹכֵר הַנִּשְׁכָּחוֹת״, וְהֵם עוֹנִים אַחֲרָיו: ״בָּרוּךְ שֵׁם כְּבוֹד מַלְכוּתוֹ לְעוֹלָם וָעֶד״, וְחַזַּן הַכְּנֶסֶת אוֹמֵר לָהֶם: ״הָרִיעוּ, הַכֹּהֲנִים בְּנֵי אַהֲרֹן, הָרִיעוּ וְכוּ׳״, וְכֵן בְּכׇל בְּרָכָה וּבְרָכָה, בְּאַחַת אוֹמֵר ״תִּקְעוּ״ וּבְאַחַת אוֹמֵר ״הָרִיעוּ״, עַד שֶׁגּוֹמֵר אֶת כּוּלָּן.
§ La Guemara rapporte : et tel fut l'usage que Rabbi 'Halafta institua dans la ville de Tsippori, et Rabbi 'Hanania ben Téradion dans la ville de Sikhni. Et lorsque cette affaire vint devant les Sages, ils dirent : on n'agissait selon cet usage qu'à la Porte orientale du Temple et sur le mont du Temple, mais non hors du Temple.
וְכָךְ הִנְהִיג רַבִּי חֲלַפְתָּא בְּצִפּוֹרִי, וְרַבִּי חֲנַנְיָה בֶּן תְּרַדְיוֹן בְּסִיכְנִי, וּכְשֶׁבָּא דָּבָר לִפְנֵי חֲכָמִים, אָמְרוּ: לֹא הָיוּ נוֹהֲגִין כֵּן אֶלָּא בְּשַׁעֲרֵי מִזְרָח וּבְהַר הַבַּיִת.
Et d'aucuns disent qu'ils agissaient comme il est enseigné dans une baraïta : et il récite devant eux vingt-quatre bénédictions — les dix-huit de l'Amida quotidienne, auxquelles il ajoute six autres. Et ces six supplémentaires, où les récite-t-il ? Entre les bénédictions « Rédempteur d'Israël » et « Qui guérit les malades ». Et il allonge la prière de délivrance antérieure, et l'assemblée répond « amen » après lui, pour chacune des bénédictions. Et tel était l'usage dans les régions périphériques, hors du Temple.
וְאִית דְּאָמְרִי, כִּדְתַנְיָא: אוֹמֵר לִפְנֵיהֶן עֶשְׂרִים וְאַרְבַּע בְּרָכוֹת, שְׁמוֹנֶה עֶשְׂרֵה שֶׁבְּכָל יוֹם, וּמוֹסִיף עֲלֵיהֶן עוֹד שֵׁשׁ. וְאוֹתָן שֵׁשׁ הֵיכָן אוֹמְרָן? בֵּין ״גּוֹאֵל״ לְ״רוֹפֵא חוֹלֵי״, וּמַאֲרִיךְ בַּגְּאוּלָּה, וְהֵן עוֹנִין אַחֲרָיו ״אָמֵן״ עַל כׇּל בְּרָכָה וּבְרָכָה. וְכָךְ הָיוּ נוֹהֲגִין בִּגְבוּלִין.
Mais au Temple, ils récitaient : Béni soit l'Éternel, Dieu d'Israël, d'éternité en éternité. Béni sois-Tu, Éternel, Rédempteur d'Israël — et ils ne répondaient pas « amen » après lui. Et pourquoi cette différence d'usage ? Parce qu'on ne répond pas « amen » au Temple. Et d'où déduit-on qu'on ne répond pas « amen » au Temple ? Comme il est dit : « Levez-vous, bénissez l'Éternel votre Dieu d'éternité en éternité ; et qu'on dise : Béni soit le Nom de Ta gloire, qui est élevé au-dessus de toute bénédiction et louange » (Né'hémia 9, 5). Comme on l'a dit, ce verset indique que, pour chaque bénédiction, tu dois lui donner sa propre louange.
אֲבָל בַּמִּקְדָּשׁ, הָיוּ אוֹמְרִים: ״בָּרוּךְ ה׳ אֱלֹהֵי יִשְׂרָאֵל מִן הָעוֹלָם וָעֶד הָעוֹלָם. בָּרוּךְ גּוֹאֵל יִשְׂרָאֵל.״ וְלֹא הָיוּ עוֹנִין אַחֲרָיו ״אָמֵן״. וְכׇל כָּךְ לָמָּה? לְפִי שֶׁאֵין עוֹנִין ״אָמֵן״ בַּמִּקְדָּשׁ, וּמִנַּיִן שֶׁאֵין עוֹנִין ״אָמֵן״ בַּמִּקְדָּשׁ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״קוּמוּ בָּרְכוּ אֶת ה׳ אֱלֹהֵיכֶם מִן הָעוֹלָם עַד הָעוֹלָם וִיבָרְכוּ שֵׁם כְּבוֹדֶךָ וּמְרוֹמַם עַל כׇּל בְּרָכָה וּתְהִלָּה״ — עַל כׇּל בְּרָכָה וּבְרָכָה תֵּן לוֹ תְּהִלָּה.