Guémara
Rabbi Yehouda Nessia décréta treize jeûnes, mais il ne fut pas exaucé. Il songea à décréter davantage de jeûnes, jusqu'à ce qu'on fût exaucé. Rabbi Ami lui dit qu'on a enseigné : on ne surcharge pas la communauté à l'excès ; tu ne dois donc pas imposer plus de treize jeûnes.
גְּזַר תְּלָת עַשְׂרֵה תַּעֲנִיּוֹת וְלָא אִיעֲנִי. סְבַר לְמִיגְזַר טְפֵי. אֲמַר לֵיהּ רַבִּי אַמֵּי: הֲרֵי אָמְרוּ אֵין מַטְרִיחִין אֶת הַצִּבּוּר יוֹתֵר מִדַּאי.
Rabbi Abba, fils de Rabbi 'Hiya bar Abba, dit : lorsque Rabbi Ami agit et émit cette décision, il le fit de sa propre autorité, car elle allait contre l'opinion majoritaire. Plutôt, Rabbi 'Hiya bar Abba dit que Rabbi Yo'hanan dit ainsi : on n'a enseigné que la communauté observe un maximum de treize jeûnes que lorsqu'elle prie pour la pluie ; mais au sujet des autres types de calamités, on continue de jeûner jusqu'à être exaucé du Ciel. La Guemara remarque : cette halakha est aussi enseignée dans une baraïta : quand les Sages ont dit « trois » et quand ils ont dit « sept », ils ne parlaient qu'au sujet des jeûnes pour la pluie ; mais au sujet des autres types de calamités, on continue de jeûner jusqu'à être exaucé.
אָמַר רַבִּי אַבָּא בְּרֵיהּ דְּרַבִּי חִיָּיא בַּר אַבָּא: רַבִּי אַמֵּי דַּעֲבַד — לְגַרְמֵיהּ הוּא דַּעֲבַד. אֶלָּא הָכִי אָמַר רַבִּי חִיָּיא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא לִגְשָׁמִים, אֲבָל לִשְׁאָר מִינֵי פוּרְעָנוּיוֹת — מִתְעַנִּין וְהוֹלְכִין עַד שֶׁיֵּעָנוּ מִן הַשָּׁמַיִם. תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: כְּשֶׁאָמְרוּ שָׁלֹשׁ וּכְשֶׁאָמְרוּ שֶׁבַע — לֹא אָמְרוּ אֶלָּא לִגְשָׁמִים, אֲבָל לִשְׁאָר מִינֵי פוּרְעָנוּיוֹת — מִתְעַנִּין וְהוֹלְכִין עַד שֶׁיֵּעָנוּ.
La Guemara suggère : disons que cette baraïta est une réfutation concluante de l'opinion de Rabbi Ami ! La Guemara répond : Rabbi Ami pourrait te dire que c'est une divergence entre tannaïm, comme il est enseigné dans une baraïta : on ne décrète pas plus de treize jeûnes sur la communauté, car on ne surcharge pas la communauté à l'excès — paroles de Rabbi Yehouda HaNassi. Rabban Chimon ben Gamliel dit : cette halakha n'est pas pour cette raison ; elle tient plutôt au fait qu'après treize jeûnes le temps de la pluie est déjà passé, et qu'il n'y a plus de raison de jeûner pour la pluie une fois la saison des pluies achevée.
לֵימָא תֶּיהְוֵי תְּיוּבְתֵּיהּ דְּרַבִּי אַמֵּי! אָמַר לָךְ רַבִּי אַמֵּי: תַּנָּאֵי הִיא, דְּתַנְיָא: אֵין גּוֹזְרִין יוֹתֵר מִשְּׁלֹשׁ עֶשְׂרֵה תַּעֲנִיּוֹת עַל הַצִּבּוּר, לְפִי שֶׁאֵין מַטְרִיחִין אֶת הַצִּבּוּר יוֹתֵר מִדַּאי, דִּבְרֵי רַבִּי. רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: לֹא מִן הַשֵּׁם הוּא זֶה, אֶלָּא מִפְּנֵי שֶׁיָּצָא זְמַנָּהּ שֶׁל רְבִיעָה.
La Guemara rapporte une histoire sur un thème semblable : les habitants de Ninive envoyèrent une question à Rabbi Yehouda HaNassi : des gens comme nous, qui avons besoin de pluie même durant la saison de Tammouz, et qui vivons en des régions où il pleut toute l'année — que devons-nous faire en cas de sécheresse durant l'été ? Sommes-nous assimilés à des individus ou à une communauté ? La Guemara explique la différence pratique : sommes-nous assimilés à des individus, et prions-nous donc pour la pluie dans la bénédiction « Qui écoute la prière » ? Ou sommes-nous assimilés à une communauté, et prions-nous pour la pluie dans la neuvième bénédiction, la bénédiction des années ? Il leur envoya sa réponse : vous êtes assimilés à des individus, et vous priez donc pour la pluie dans la bénédiction « Qui écoute la prière ».
שְׁלַחוּ לֵיהּ בְּנֵי נִינְוֵה לְרַבִּי: כְּגוֹן אֲנַן, דַּאֲפִילּוּ בִּתְקוּפַת תַּמּוּז בָּעֵינַן מִטְרָא, הֵיכִי נַעֲבֵיד? כִּיחִידִים דָּמֵינַן אוֹ כְּרַבִּים דָּמֵינַן? כִּיחִידִים דָּמֵינַן וּבְ״שׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה״, אוֹ כְּרַבִּים דָּמֵינַן וּבְבִרְכַּת הַשָּׁנִים? שְׁלַח לְהוּ: כִּיחִידִים דָּמֵיתוּ וּבְ״שׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה״.
La Guemara soulève une objection à partir d'une baraïta : Rabbi Yehouda dit : quand les halakhot touchant les temps où l'on récite la demande de pluie s'appliquent-elles ? Lorsque les années — c'est-à-dire le climat — sont comme elles doivent être, et que le peuple juif vit sur sa terre. Mais de nos jours, où le peuple juif est dispersé de par le monde et où le climat n'est pas toujours comme il devrait être, tout est selon l'année (le climat local), tout est selon le lieu en question, et tout est selon le moment particulier ; on prie donc pour la pluie dans la bénédiction des années, selon ce que requiert le climat local. On lui dit : tu soulèves une contradiction d'une baraïta contre Rabbi Yehouda HaNassi ? Rabbi Yehouda HaNassi est lui-même un tanna, et a par conséquent l'autorité de contester l'opinion de Rabbi Yehouda.
מֵיתִיבִי, אָמַר רַבִּי יְהוּדָה: אֵימָתַי — בִּזְמַן שֶׁהַשָּׁנִים כְּתִיקְנָן וְיִשְׂרָאֵל שְׁרוּיִן עַל אַדְמָתָן. אֲבָל בִּזְמַן הַזֶּה — הַכֹּל לְפִי הַשָּׁנִים, הַכֹּל לְפִי הַמְּקוֹמוֹת, הַכֹּל לְפִי הַזְּמַן! אֲמַר לֵיהּ: מַתְנִיתָא רָמֵית עֲלֵיהּ דְּרַבִּי?! רַבִּי תַּנָּא הוּא וּפָלֵיג.
La Guemara demande : quelle conclusion halakhique fut atteinte à ce sujet ? Rav Na'hman dit : on prie pour la pluie dans la bénédiction des années, conformément à l'opinion de Rabbi Yehouda. Rav Chéchet dit : on prie dans la bénédiction « Qui écoute la prière », comme l'énonce Rabbi Yehouda HaNassi. La Guemara conclut : et la halakha est que, si l'on a besoin de pluie hors de la saison des pluies en Erets Israël, on prie pour la pluie dans la bénédiction « Qui écoute la prière ».
מַאי הָוֵי עֲלַהּ? רַב נַחְמָן אָמַר: בְּבִרְכַּת הַשָּׁנִים. רַב שֵׁשֶׁת אָמַר: בְּ״שׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה״. וְהִלְכְתָא: בְּ״שׁוֹמֵעַ תְּפִלָּה״.
§ La Michna a enseigné : le lundi on ouvre un peu les boutiques à la tombée de la nuit, et le jeudi il est permis de les ouvrir toute la journée, par égard pour le Chabbat. Un dilemme fut soulevé devant les Sages : comment cela s'enseigne-t-il — quel est le sens de cette règle ? Signifie-t-elle que le lundi les commerçants ouvrent leurs portes un peu à la tombée de la nuit, et que le jeudi ils ouvrent de même un peu, mais toute la journée, par égard pour le Chabbat ? Ou peut-être la Michna signifie-t-elle que le lundi ils ouvrent un peu, mais toute la journée, et que le jeudi ils ouvrent grand toute la journée ?
בַּשֵּׁנִי מַטִּין עִם חֲשֵׁיכָה וּבַחֲמִישִׁי כׇּל הַיּוֹם מִפְּנֵי כְּבוֹד הַשַּׁבָּת. אִיבַּעְיָא לְהוּ, הֵיכִי קָתָנֵי: בַּשֵּׁנִי מַטִּין עִם חֲשֵׁיכָה, וּבַחֲמִישִׁי כׇּל הַיּוֹם — מִפְּנֵי כְּבוֹד הַשַּׁבָּת, אוֹ דִילְמָא: בַּשֵּׁנִי מַטִּין, וּבַחֲמִישִׁי פּוֹתְחִין כׇּל הַיּוֹם כּוּלּוֹ?
La Guemara répond : viens et entends une résolution de ce dilemme, comme il est enseigné dans une baraïta : le lundi on ouvre un peu jusqu'au soir, et le jeudi on ouvre toute la journée, par égard pour le Chabbat. Si la boutique avait deux entrées, on en ouvre une et on en verrouille une — montrant ainsi que la boutique n'est pas ouverte de la manière habituelle. Si l'on avait une estrade face à l'entrée, qui dissimule la porte de la boutique, on peut ouvrir de la manière habituelle sans crainte — car il est interdit d'ouvrir sa boutique non pas à cause du travail, mais seulement afin qu'il ne paraisse pas que les gens mangent et boivent ce jour-là.
תָּא שְׁמַע, דְּתַנְיָא: בַּשֵּׁנִי מַטִּין עַד הָעֶרֶב, וּבַחֲמִישִׁי פּוֹתְחִין כׇּל הַיּוֹם כּוּלּוֹ מִפְּנֵי כְּבוֹד הַשַּׁבָּת. הָיוּ לוֹ שְׁנֵי פְתָחִים — פּוֹתֵחַ אֶחָד וְנוֹעֵל אֶחָד. הָיָה לוֹ אִצְטְבָא כְּנֶגֶד פִּתְחוֹ — פּוֹתֵחַ כְּדַרְכּוֹ וְאֵינוֹ חוֹשֵׁשׁ.
§ La Michna a enseigné : si ces jeûnes sont passés sans qu'on ait été exaucé, on réduit son activité dans le négoce, dans la construction et la plantation. Il fut enseigné dans la Tossefta : « construction » signifie construction de joie, et non la construction en général ; de même, « plantation » signifie plantation de joie, et non toute plantation. La Tossefta développe : qu'est-ce qu'une construction de joie ? C'est celle de qui bâtit une chambre nuptiale pour son fils — il était d'usage, au mariage d'un fils, de lui bâtir une petite maison où se tenait le festin de noces et où le jeune couple vivait quelque temps. Qu'est-ce qu'une plantation de joie ? C'est celle de qui plante un jardin splendide, royal, qui ne sert pas à des fins pratiques mais seulement à l'ornement.
עָבְרוּ אֵלּוּ וְלֹא נַעֲנוּ — מְמַעֲטִין בְּמַשָּׂא וּמַתָּן, בְּבִנְיָן וּבִנְטִיעָה. תָּנָא: בְּבִנְיָן — בִּנְיָן שֶׁל שִׂמְחָה. נְטִיעָה — נְטִיעָה שֶׁל שִׂמְחָה. אֵי זֶהוּ בִּנְיָן שֶׁל שִׂמְחָה — זֶה הַבּוֹנֶה בֵּית חַתְנוּת לִבְנוֹ. אִי זוֹ הִיא נְטִיעָה שֶׁל שִׂמְחָה — זֶה הַנּוֹטֵעַ אַבְּווֹרַנְקֵי שֶׁל מְלָכִים.
§ Et la Michna a enseigné en outre qu'on réduit les salutations entre les uns et les autres. Nos maîtres ont enseigné : les 'havérim — membres d'un groupe voué à l'observance précise des mitsvot — n'échangent pas du tout de salutations entre eux. Les amei haarets — les gens du commun, sans instruction — qui adressent des salutations aux 'havérim le font sans savoir que c'est déplacé ; les 'havérim leur répondent à voix basse et d'un air grave. Et les 'havérim s'enveloppent et siègent comme des endeuillés et des bannis, tels des gens réprimandés par Dieu, jusqu'à ce que la miséricorde leur soit accordée du Ciel.
וּבִשְׁאֵילַת שָׁלוֹם. תָּנוּ רַבָּנַן: חֲבֵרִים, אֵין שְׁאֵילַת שָׁלוֹם בֵּינֵיהֶן. עַמֵּי הָאָרֶץ שֶׁשּׁוֹאֲלִין — מַחְזִירִין לָהֶם בְּשָׂפָה רָפָה, וּבְכוֹבֶד רֹאשׁ. וְהֵן מִתְעַטְּפִין וְיוֹשְׁבִין כַּאֲבֵלִים וְכִמְנוּדִּין, כִּבְנֵי אָדָם הַנְּזוּפִין לַמָּקוֹם, עַד שֶׁיְּרַחֲמוּ עֲלֵיהֶם מִן הַשָּׁמַיִם.
Rabbi Eléazar dit : un homme important n'est autorisé à tomber sur sa face et à s'humilier devant la communauté que s'il est certain d'être exaucé comme Yehochoua, fils de Noun, comme il est dit : « Et l'Éternel dit à Yehochoua : Lève-toi ! Pourquoi es-tu tombé sur ta face ? » (Yehochoua 7, 10). Celui qui n'est pas absolument certain d'être exaucé ne doit pas tomber sur sa face en public — car, s'il n'est pas exaucé, il deviendra un objet de dérision.
אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: אֵין אָדָם חָשׁוּב רַשַּׁאי לִיפּוֹל עַל פָּנָיו, אֶלָּא אִם כֵּן נַעֲנֶה כִּיהוֹשֻׁעַ בִּן נוּן, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיֹּאמֶר ה׳ אֶל יְהוֹשֻׁעַ קֻם לָךְ לָמָּה זֶּה אַתָּה נֹפֵל עַל פָּנֶיךָ״.
Et Rabbi Eléazar dit : un homme important n'est autorisé à se ceindre d'un sac (signe de deuil) et à prier pour la miséricorde que s'il est certain d'être exaucé comme Yehoram, fils d'A'hav, comme il est dit : « Et lorsque le roi entendit les paroles de la femme, il déchira ses vêtements ; or il passait sur la muraille, et le peuple regarda, et voici, il avait un sac sur sa chair, en dessous » (II Mélakhim 6, 30). Bien que méchant, Yehoram fut ensuite exaucé, et la souffrance des Juifs fut allégée.
וְאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: אֵין אָדָם חָשׁוּב רַשַּׁאי לַחֲגוֹר שַׂק אֶלָּא אִם כֵּן נַעֲנֶה כִּיהוֹרָם בֶּן אַחְאָב, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיְהִי כִשְׁמֹעַ הַמֶּלֶךְ אֶת דִּבְרֵי הָאִשָּׁה וַיִּקְרַע אֶת בְּגָדָיו וְהוּא עֹבֵר עַל הַחֹמָה וַיַּרְא הָעָם וְהִנֵּה הַשַּׂק עַל בְּשָׂרוֹ וְגוֹ׳״.