On est endormi sans l'être pleinement, éveillé sans l'être pleinement. Cela signifie que, si on l'appelle, il répondra, mais qu'il ne peut donner une raison cohérente ; et lorsqu'on lui rappelle une chose qui vient d'arriver, il s'en souvient.
נִים וְלָא נִים, תִּיר וְלָא תִּיר. דְּקָרוּ לֵיהּ וְעָנֵי, וְלָא יָדַע אַהְדּוֹרֵי סְבָרָא, וְכִי מַדְכְּרִי לֵיהּ מִדְּכַר.
Rav Kahana dit au nom de Rav : un individu qui a pris sur lui un jeûne est interdit de porter des chaussures le jour de son jeûne. La raison en est qu'on craint qu'il n'ait peut-être pris sur lui un jeûne public — or le port de chaussures est interdit les jours de jeûne public. La Guemara demande : comment doit-on agir pour éviter ce problème ? Rabba bar Rav Chila dit : qu'il récite cette formule : « demain, je serai devant Toi dans l'observance d'un jeûne individuel ».
אָמַר רַב כָּהֲנָא אָמַר רַב: יָחִיד שֶׁקִּיבֵּל עָלָיו תַּעֲנִית — אָסוּר בִּנְעִילַת הַסַּנְדָּל. חָיְישִׁינַן שֶׁמָּא תַּעֲנִית צִבּוּר קִיבֵּל עָלָיו. הֵיכִי לֶיעְבַּד? אָמַר רַבָּה בַּר רַב שֵׁילָא, לֵימָא הָכִי: לְמָחָר אֱהֵא לְפָנֶיךָ בְּתַעֲנִית יָחִיד.
La Guemara rapporte : les Sages dirent à Rav Chéchet, qui était aveugle : nous voyons des Sages qui portent leurs chaussures et vont à la maison d'étude un jour de jeûne public — ce qui montre qu'il n'y a pas lieu de s'inquiéter de cette interdiction. Rav Chéchet se mit en colère et leur dit : peut-être ont-ils même mangé, si vous les avez vus traiter le jeûne à la légère !
אֲמַרוּ לֵיהּ רַבָּנַן לְרַב שֵׁשֶׁת: הָא קָא חָזֵינַן רַבָּנַן דִּמְסַיְּימִי מְסָנַיְיהוּ וְאָתוּ לְבֵי תַעֲנִיתָא! אִיקְּפַד וַאֲמַר לְהוּ: דִּלְמָא מֵיכַל נָמֵי אֲכוּל.
La Guemara rapporte encore : Abayé et Rava entraient dans la synagogue en portant leurs chaussures à l'envers, sur le cuir [apanta] — c'est-à-dire renversées. Marémar et Mar Zoutra intervertissaient la chaussure droite et la gauche. En revanche, les Sages de l'école de Rav Achi sortaient en portant leurs chaussures de la manière habituelle : ils tiennent comme ce qu'a dit Chmouel — le seul jeûne public pleinement rigoureux en Babylonie est le Neuf Av seul. Il n'y a donc pas lieu, en Babylonie, de craindre qu'on ait pris sur soi un jeûne public.
אַבָּיֵי וְרָבָא (מְעַיְּילִי כִּי מְ)סָיְימִי אֲפַנְתָּא. מָרִימָר וּמַר זוּטְרָא מְחַלְּפִי דְּיַמִּינָא לִשְׂמָאלָא וְדִשְׂמָאלָא לְיַמִּינָא. רַבָּנַן דְּבֵי רַב אָשֵׁי נָפְקִי כִּי אוֹרְחַיְיהוּ, סָבְרִי כִּי הָא דְּאָמַר שְׁמוּאֵל: אֵין תַּעֲנִית צִבּוּר בְּבָבֶל אֶלָּא תִּשְׁעָה בְּאָב בִּלְבַד.
La Guemara discute d'un autre sujet lié aux jeûnes. Rav Yehouda dit au nom de Rav : une personne peut emprunter son jeûne et le rembourser — c'est-à-dire que, si l'on ne peut jeûner le jour précis où l'on avait l'intention de le faire, on peut annuler son jeûne ce jour-là et jeûner un autre jour à la place. Rav Yehouda rapporta : quand j'ai énoncé cette halakha devant Chmouel, il me dit : a-t-il fait un vœu, qui rendrait impossible de ne pas le rembourser ? Il a pris sur lui de se causer une gêne ce jour-là : s'il le peut, il doit se gêner ; s'il ne le peut, il n'a pas à se gêner — auquel cas il n'a pas à rembourser le jeûne.
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: לֹוֶה אָדָם תַּעֲנִיתוֹ וּפוֹרֵעַ. כִּי אַמְרִיתַהּ קַמֵּיהּ דִּשְׁמוּאֵל, אָמַר לִי: וְכִי נֶדֶר קַבֵּל עֲלֵיהּ, דְּלָא סַגִּי דְּלָא מְשַׁלֵּם? לְצַעוֹרֵי נַפְשֵׁיהּ קַבֵּיל עֲלֵיהּ. אִי מָצֵי — מְצַעַר נַפְשֵׁיהּ, אִי לָא מָצֵי — לָא מְצַעַר נַפְשֵׁיהּ.
D'aucuns rapportent une version différente de cette discussion. Rav Yehouda dit au nom de Rav : une personne peut emprunter son jeûne et le rembourser. Quand j'ai énoncé cette halakha devant Chmouel, il me dit : c'est évident ! Que ce ne soit considéré que comme un vœu — même ainsi, n'est-il pas tenu de rembourser un vœu le lendemain ou un autre jour ? Puisqu'un engagement à jeûner est une sorte de vœu, il est obligé de le rembourser à un moment ou à un autre.
אִיכָּא דְּאָמְרִי, אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: לֹוֶה אָדָם תַּעֲנִיתוֹ וּפוֹרֵעַ. כִּי אַמְרִיתַהּ קַמֵּיהּ דִּשְׁמוּאֵל, אָמַר לִי: פְּשִׁיטָא! לֹא יְהֵא אֶלָּא נֶדֶר. נֶדֶר — מִי לָא מָצֵי בָּעֵי לְשַׁלּוֹמֵי וּמֵיזַל לִמְחַר וּלְיוֹמָא אַחֲרִינָא.
La Guemara rapporte : Rav Yehochoua, fils de Rav Idi, vint un jour à la maison de Rav Assi. On lui prépara un veau de troisième portée, dont la viande est de haute qualité. On lui dit : que le Maître goûte quelque chose. Il leur dit : je suis en jeûne et ne puis manger. Ils lui dirent : que le Maître emprunte et rembourse le jeûne ! Le Maître ne tient-il pas comme cette halakha qu'a dite Rav Yehouda au nom de Rav : une personne peut emprunter son jeûne et le rembourser ? Rav Yehochoua, fils de Rav Idi, leur dit : c'est un jeûne pour un rêve (taanit ’halom) — il jeûnait pour effacer les effets fâcheux d'un mauvais rêve qu'il avait eu la nuit précédente.
רַב יְהוֹשֻׁעַ בְּרֵיהּ דְּרַב אִידֵּי אִיקְּלַע לְבֵי רַב אַסִּי. עֲבַדוּ לֵיהּ עִגְלָא תִּילְתָּא, אֲמַרוּ לֵיהּ: לִיטְעוֹם מָר מִידֵּי. אֲמַר לְהוּ: בְּתַעֲנִיתָא יָתֵיבְנָא. אֲמַרוּ לֵיהּ: וְלוֹזֵיף מָר וְלִיפְרַע, לָא סָבַר מָר לְהָא דְּאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: לֹוֶה אָדָם תַּעֲנִיתוֹ וּפוֹרֵעַ? אֲמַר לְהוּ: תַּעֲנִית חֲלוֹם הוּא.
La Guemara explique la pertinence de cette dernière remarque. Et Rabba bar Me'hassia dit que Rav 'Hama bar Gourya dit que Rav dit : un jeûne est aussi efficace contre un mauvais rêve que le feu pour brûler la paille. Rav 'Hisda dit : le jeûne n'est efficace que ce jour-là précisément, celui où l'on a rêvé. Et Rav Yossef dit : et celui qu'afflige un mauvais rêve est permis de jeûner même le Chabbat. La Guemara demande : quel est le remède pour celui qui a déprécié le Chabbat en jeûnant ? Qu'il s'assoie pour observer un autre jeûne, un autre jour, afin d'expier son jeûne du Chabbat.
וְאָמַר רַבָּה בַּר מַחְסֵיָא אָמַר רַב חָמָא בַּר גּוּרְיָא אָמַר רַב: יָפָה תַּעֲנִית לַחֲלוֹם כְּאֵשׁ לִנְעוֹרֶת. אָמַר רַב חִסְדָּא: וּבוֹ בַּיּוֹם. וְאָמַר רַב יוֹסֵף: וַאֲפִילּוּ בְּשַׁבָּת. מַאי תַּקַּנְתֵּיהּ? לִיתֵּיב תַּעֲנִיתָא לְתַעֲנִיתָא.
Mishna 1
MICHNA : si ces trois jeûnes ordinaires sont passés sans qu'on ait été exaucé par la pluie, le tribunal décrète trois autres jeûnes sur la communauté. Ce sont des jeûnes rigoureux, où l'on ne peut manger et boire que tant qu'il fait encore jour, avant le début de la nuit du jeûne ; et le jour du jeûne lui-même, il est interdit de s'adonner au travail, de se laver, de s'oindre d'huile, de porter des chaussures et d'avoir des relations conjugales ; et l'on verrouille les bains, afin que nul ne vienne s'y laver ce jour-là.
מַתְנִי׳ עָבְרוּ אֵלּוּ וְלֹא נַעֲנוּ — בֵּית דִּין גּוֹזְרִין שָׁלֹשׁ תַּעֲנִיּוֹת אֲחֵרוֹת עַל הַצִּבּוּר. אוֹכְלִין וְשׁוֹתִין מִבְּעוֹד יוֹם, וַאֲסוּרִין בִּמְלָאכָה וּבִרְחִיצָה וּבְסִיכָה וּבִנְעִילַת הַסַּנְדָּל וּבְתַשְׁמִישׁ הַמִּטָּה, וְנוֹעֲלִין אֶת הַמֶּרְחֲצָאוֹת.(משנה)
Si ces trois jeûnes sont passés sans qu'on ait encore été exaucé, le tribunal décrète sur eux sept autres jeûnes — soit un total de treize jeûnes — sur la communauté, sans compter les trois premiers observés par les individus. Ces sept jours de jeûne sont plus rigoureux que les premiers : outre toutes les rigueurs antérieures, on y sonne l'alarme (comme l'expliquera la Guemara) et l'on verrouille les boutiques. Bien que les boutiques doivent rester fermées la plupart du temps ces jours-là, le lundi on les ouvre un peu à la tombée de la nuit pour permettre aux gens d'acheter de quoi rompre leur jeûne ; et le jeudi, il est permis de les ouvrir toute la journée par égard pour le Chabbat, afin que les gens puissent acheter de quoi honorer le jour saint.
עָבְרוּ אֵלּוּ וְלֹא נַעֲנוּ, בֵּית דִּין גּוֹזְרִין עֲלֵיהֶן עוֹד שֶׁבַע שֶׁהֵן שְׁלוֹשׁ עֶשְׂרֵה תַּעֲנִיּוֹת עַל הַצִּבּוּר. הֲרֵי אֵלּוּ יְתֵרוֹת עַל הָרִאשׁוֹנוֹת, שֶׁבְּאֵלּוּ מַתְרִיעִין, וְנוֹעֲלִין אֶת הַחֲנוּיוֹת. בַּשֵּׁנִי מַטִּין עִם חֲשֵׁיכָה, וּבַחֲמִישִׁי מוּתָּרִין מִפְּנֵי כְּבוֹד הַשַּׁבָּת.
Si ces jeûnes sont passés sans qu'on ait été exaucé, le tribunal ne décrète pas de jeûnes supplémentaires, mais la communauté tout entière observe les usages du deuil : on réduit son activité dans le négoce, dans la construction et la plantation, dans les fiançailles et les mariages, et dans les salutations entre chacun et son prochain — comme des gens réprimandés par Dieu. Les individus (les érudits de la Torah) reprennent le jeûne chaque lundi et jeudi jusqu'à la fin du mois de Nissan. Après cette date, ils ne prient plus pour la pluie, car si Nissan s'est achevé et que des pluies tombent ensuite, elles sont un signe de malédiction, comme il est dit : « N'est-ce pas aujourd'hui la moisson du blé ? J'invoquerai l'Éternel pour qu'Il envoie tonnerre et pluie, et vous saurez et verrez que grande est votre méchanceté » (I Chmouel 12, 17) — la moisson du blé survenant aux environs de Chavouot, bien après Nissan.
עָבְרוּ אֵלּוּ וְלֹא נַעֲנוּ, מְמַעֲטִין בְּמַשָּׂא וּמַתָּן, בְּבִנְיָן וּבִנְטִיעָה, בְּאֵירוּסִין וּבְנִישּׂוּאִין, וּבִשְׁאֵילַת שָׁלוֹם בֵּין אָדָם לַחֲבֵירוֹ — כִּבְנֵי אָדָם הַנְּזוּפִין לַמָּקוֹם. הַיְּחִידִים חוֹזְרִין וּמִתְעַנִּין עַד שֶׁיֵּצֵא נִיסָן. יָצָא נִיסָן וְיָרְדוּ גְּשָׁמִים — סִימַן קְלָלָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הֲלוֹא קְצִיר חִטִּים הַיּוֹם וְגוֹ׳״.
Guémara
GUEMARA : la Guemara discute des activités interdites un jour de jeûne public : soit, tous les autres actes sont interdits parce qu'ils procurent du plaisir — à savoir se laver, s'oindre et les relations conjugales. Mais le travail est une cause de peine : pourquoi a-t-on décrété qu'on doive s'en abstenir ? Rav 'Hisda dit au nom de Rav Yirmeya bar Abba : c'est que le verset dit : « Sanctifiez un jeûne, convoquez une assemblée solennelle (atséret), rassemblez les anciens » (Yoël 1, 14) — ce qui indique qu'un jour de jeûne est comme un jour d'assemblée : de même qu'un jour d'assemblée (une fête) il est interdit de travailler, de même un jour de jeûne il est interdit de travailler.
גְּמָ׳ בִּשְׁלָמָא כּוּלְּהוּ, אִית בְּהוּ תַּעֲנוּג: רְחִיצָה וְסִיכָה וְתַשְׁמִישׁ הַמִּטָּה, אֲבָל מְלָאכָה — צַעַר הוּא! אָמַר רַב חִסְדָּא אָמַר רַב יִרְמְיָה בַּר אַבָּא, אָמַר קְרָא: ״קַדְּשׁוּ צוֹם קִרְאוּ עֲצָרָה אִסְפוּ זְקֵנִים״, כַּעֲצֶרֶת, מָה עֲצֶרֶת אָסוּר בַּעֲשִׂיַּית מְלָאכָה — אַף תַּעֲנִית אָסוּר בַּעֲשִׂיַּית מְלָאכָה.