…le verset traite de la création du monde, lorsque toute l'eau était contenue dans l'abîme. (Telle est la réponse de Rabbi Yehochoua : « Il met dans des réservoirs les abîmes » se rapporte à la création initiale, et non à la source continue de la pluie.)
בִּבְרִיָּיתוֹ שֶׁל עוֹלָם.
Nos maîtres ont enseigné dans une baraïta : Erets Israël fut créée la première, et tout le reste du monde fut créé ensuite, comme il est dit : « alors qu'Il n'avait pas encore fait la terre [erets] ni les champs [‘houtsot] » (Michlé 8, 26). Ici, et dans les énoncés qui suivent, le terme « terre » est compris comme une référence à la Terre d'Israël, tandis que « les champs » désignent tous les champs des autres pays. De plus, Erets Israël est abreuvée par le Saint, béni soit-Il, Lui-même, et tout le reste du monde est abreuvé par un intermédiaire, comme il est dit : « Qui donne la pluie sur la terre [erets], et envoie l'eau sur les champs [‘houtsot] » (Iyov 5, 10).
תָּנוּ רַבָּנַן: אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל נִבְרֵאת תְּחִילָּה וְכׇל הָעוֹלָם כּוּלּוֹ נִבְרָא לְבַסּוֹף, שֶׁנֶּאֱמַר: ״עַד לֹא עָשָׂה אֶרֶץ וְחוּצוֹת״. אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל מַשְׁקֶה אוֹתָהּ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא בְּעַצְמוֹ, וְכׇל הָעוֹלָם כּוּלּוֹ עַל יְדֵי שָׁלִיחַ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הַנֹּתֵן מָטָר עַל פְּנֵי אָרֶץ וְשֹׁלֵחַ מַיִם עַל פְּנֵי חוּצוֹת״.
De plus, Erets Israël boit l'eau de pluie, et tout le reste du monde boit du résidu (tamtsit) d'eau de pluie laissé dans les nuages, comme il est dit que Dieu est Celui « qui donne la pluie sur la terre » et seulement ensuite prend ce qui reste et « envoie l'eau sur les champs ». Erets Israël boit la première, et le reste du monde ensuite. Une parabole l'illustre : celui qui pétrit son fromage après qu'il a caillé prend la nourriture et laisse le rebut.
אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל שׁוֹתָה מֵי גְשָׁמִים, וְכׇל הָעוֹלָם כּוּלּוֹ מִתַּמְצִית, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הַנֹּתֵן מָטָר עַל פְּנֵי אָרֶץ וְגוֹ׳״. אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל שׁוֹתָה תְּחִילָּה, וְכׇל הָעוֹלָם כּוּלּוֹ לְבַסּוֹף, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הַנֹּתֵן מָטָר עַל פְּנֵי אָרֶץ וְגוֹ׳״ — מָשָׁל לְאָדָם שֶׁמְּגַבֵּל אֶת הַגְּבִינָה, נוֹטֵל אֶת הָאוֹכֵל וּמַנִּיחַ אֶת הַפְּסוֹלֶת.
Le Maître a dit plus haut : les eaux de l'océan sont adoucies dans les nuages. La Guemara demande : d'où Rabbi Eliézer le déduit-il ? La Guemara répond que Rav Yits'hak bar Yossef a dit que Rabbi Yo'hanan a dit qu'il est écrit : « Ténèbres [‘hechkhat] d'eaux, nuées épaisses des cieux » (Téhilim 18, 12), et il est écrit, dans un verset semblable : « Amas d'[‘hachrat] eaux, nuées épaisses des cieux » (II Chmouel 22, 12).
אָמַר מָר: מִמַּתְּקִין הֵן בְּעָבִים. מְנָלֵיהּ? דְּאָמַר רַב יִצְחָק בַּר יוֹסֵף אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן, כְּתִיב: ״חֶשְׁכַת מַיִם עָבֵי שְׁחָקִים״, וּכְתִיב: ״חַשְׁרַת מַיִם עָבֵי שְׁחָקִים״.
La Guemara explique la portée de cette infime variation. Ces deux expressions ne diffèrent que par un seul mot, lui-même différent par une seule lettre — un kaf contre un rech. Si tu joins les deux versions, prenant la lettre kaf de la première et la plaçant dans la seconde (qui a un rech), tu peux lire dans le verset un mot nouveau signifiant « rendre apte » [‘hakhcharat]. Ainsi, le verset peut s'interpréter : le fait de rendre l'eau apte (à être bue) s'accomplit dans les nuées du ciel.
שְׁקוֹל כָּף וּשְׁדִי אַרֵישׁ וּקְרִי בֵּיהּ ״חַכְשָׁרַת״.
La Guemara demande : et Rabbi Yehochoua, au sujet de ces versets, qu'en déduit-il ? La Guemara répond que Rabbi Yehochoua tient comme ce Sage, Rav Dimi. Car lorsque Rav Dimi vint d'Erets Israël en Babylonie, il dit qu'on dit en Occident (Erets Israël) : quand les nuages sont clairs, ils ont peu d'eau ; quand ils sont sombres, ils ont beaucoup d'eau. Ainsi Rabbi Yehochoua explique : lorsqu'il y a « ténèbres d'eaux » dans les nuages, il y a aussi « amas d'eaux », car la pluie en tombera.
וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ, בְּהָנֵי קְרָאֵי מַאי דָּרֵישׁ בְּהוּ? סָבַר לַהּ כִּי הָא דְּכִי אֲתָא רַב דִּימִי אֲמַר, אָמְרִי בְּמַעְרְבָא: נְהוּר עֲנָנֵי — זְעֵירִין מוֹהִי. חֲשׁוּךְ עֲנָנֵי — סַגִּיִּין מוֹהִי.
La Guemara demande : selon quelle opinion va ce qui est enseigné dans une baraïta : les eaux supérieures ne se tiennent en aucun lieu défini ; elles sont plutôt suspendues par la parole de Dieu, et leur fruit est l'eau de pluie, comme il est dit : « Qui abreuve les montagnes depuis Ses chambres hautes ; la terre est rassasiée du fruit de Tes œuvres » (Téhilim 104, 13) ? Selon l'opinion de Rabbi Yehochoua. Et Rabbi Eliézer, comment explique-t-il ce verset ? Rabbi Eliézer pourrait dire : ce verset des Téhilim est écrit au sujet de l'œuvre du Saint, béni soit-Il, et non des eaux supérieures.
כְּמַאן אָזְלָא הָא דְּתַנְיָא: מַיִם הָעֶלְיוֹנִים בְּמַאֲמָר הֵם תְּלוּיִם, וּפֵירוֹתֵיהֶן מֵי גְשָׁמִים, שֶׁנֶּאֱמַר: ״מִפְּרִי מַעֲשֶׂיךָ תִּשְׂבַּע הָאָרֶץ״, כְּמַאן — כְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ. וְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר: הָהוּא, בְּמַעֲשֵׂה יָדָיו שֶׁל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא הוּא דִּכְתִיב.
Rabbi Yehochoua ben Lévi dit : le monde entier s'abreuve du ruissellement (tamtsit) du jardin d'Éden, comme il est dit : « Et un fleuve sortait d'Éden pour arroser le jardin » (Béréchit 2, 10). Il fut enseigné dans une baraïta : du ruissellement d'un beit kor (un champ où l'on peut semer un kor de graine, soit environ 75 000 coudées carrées), on peut arroser un champ où l'on sème un tarkav (un demi-séa, soit un soixantième d'un beit kor). Si le ruissellement d'un beit kor suffit à un champ d'un soixantième de sa taille, on peut en inférer que le reste du monde est un soixantième de la taille du jardin d'Éden.
אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: כׇּל הָעוֹלָם כּוּלּוֹ מִתַּמְצִית גַּן עֵדֶן הוּא שׁוֹתֶה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְנָהָר יֹצֵא מֵעֵדֶן וְגוֹ׳״, תָּנָא: מִתַּמְצִית בֵּית כּוֹר שׁוֹתֶה תַּרְקַב.
Nos maîtres ont enseigné dans une baraïta : la superficie du pays d'Égypte est de quatre cents parsa sur quatre cents parsa. Et c'est un soixantième de Kouch, et Kouch lui-même est un soixantième du reste du monde. Et le monde est un soixantième du jardin d'Éden, et le jardin d'Éden un soixantième d'Éden lui-même, et Éden un soixantième de la Géhenne. Tu trouves donc que le monde entier est comme un couvercle de marmite pour la Géhenne — car Éden, bien plus vaste que le reste du monde, n'est qu'un soixantième de la Géhenne. Et d'aucuns disent : la Géhenne n'a pas de mesure. Et d'aucuns disent qu'Éden n'a pas de mesure.
תָּנוּ רַבָּנַן: אֶרֶץ מִצְרַיִם הָוְיָא אַרְבַּע מֵאוֹת פַּרְסָה עַל אַרְבַּע מֵאוֹת פַּרְסָה, וְהוּא אֶחָד מִשִּׁשִּׁים בְּכוּשׁ, וְכוּשׁ — אֶחָד מִשִּׁשִּׁים בָּעוֹלָם, וְעוֹלָם — אֶחָד מִשִּׁשִּׁים בַּגָּן, וְגַן — אֶחָד מִשִּׁשִּׁים לְעֵדֶן, וְעֵדֶן — אֶחָד מִשִּׁשִּׁים לְגֵיהִנָּם, נִמְצָא כׇּל הָעוֹלָם כּוּלּוֹ כְּכִיסּוּי קְדֵרָה לְגֵיהִנָּם. וְיֵשׁ אוֹמְרִים: גֵּיהִנָּם אֵין לָהּ שִׁיעוּר, וְיֵשׁ אוֹמְרִים: עֵדֶן אֵין לָהּ שִׁיעוּר.
Rabbi Ochaya dit : que signifie ce qui est écrit au sujet de la Babylonie : « Toi qui demeures sur de grandes eaux, abondante en trésors » (Yirmeyahou 51, 13) ? Qu'est-ce qui valut à la Babylonie d'avoir des greniers pleins de grain ? Tu dois dire que c'est dû au fait qu'elle réside sur de grandes eaux — le Tigre et l'Euphrate —, qui rendent sa terre facile à irriguer. De même, Rav dit : la Babylonie est riche parce qu'elle peut faire pousser des récoltes même sans pluie. Abayé dit : nous tenons qu'il vaut mieux pour une terre d'être marécageuse comme la Babylonie, et non sèche, car en Babylonie les récoltes poussent toute l'année.
אָמַר רַבִּי אוֹשַׁעְיָא, מַאי דִּכְתִיב: ״שֹׁכַנְתְּ עַל מַיִם רַבִּים רַבַּת אוֹצָרֹת״, מִי גָּרַם לְבָבֶל שֶׁיְּהוּ אוֹצְרוֹתֶיהָ מְלֵאוֹת בָּר, הֱוֵי אוֹמֵר: מִפְּנֵי שֶׁשּׁוֹכֶנֶת עַל מַיִם רַבִּים. אָמַר רַב: עַתִּירָה בָּבֶל דְּחָצְדָא בְּלָא מִיטְרָא. אָמַר אַבָּיֵי: נְקִיטִינַן, טוֹבְעָנִי וְלֹא יוֹבְשָׁנִי.
Mishna 1
MICHNA : le trois du mois de Mar’hechvan, on commence à demander la pluie en insérant la formule « et donne rosée et pluie » (vetén tal oumatar) dans la bénédiction des années, neuvième bénédiction de l'Amida. Rabban Gamliel dit : on commence à demander la pluie le sept de Mar’hechvan, soit quinze jours après la fête de Souccot. Rabban Gamliel explique qu'on attend ces quatre jours supplémentaires afin que le dernier pèlerin du peuple juif, qui s'était rendu à pied à Jérusalem pour la fête, puisse atteindre le fleuve Euphrate sans être incommodé par la pluie sur le chemin du retour.
מַתְנִי׳ בִּשְׁלֹשָׁה בִּמְרַחְשְׁוָן שׁוֹאֲלִין אֶת הַגְּשָׁמִים. רַבָּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: בְּשִׁבְעָה בּוֹ, חֲמִשָּׁה עָשָׂר יוֹם אַחַר הֶחָג. כְּדֵי שֶׁיַּגִּיעַ אַחֲרוֹן שֶׁבְּיִשְׂרָאֵל לִנְהַר פְּרָת.(משנה)
Guémara
GUEMARA : Rabbi Eléazar dit : la halakha est conforme à l'opinion de Rabban Gamliel — on ne commence à demander la pluie que le sept de Mar’hechvan. Il est enseigné dans une baraïta que 'Hanania dit : et en diaspora (Babylonie), on ne commence à demander la pluie que soixante jours après le début de la saison, c'est-à-dire soixante jours après l'équinoxe d'automne (tékoufat Tichri). Rav Houna bar 'Hiya dit au nom de Chmouel : la halakha est conforme à l'opinion de 'Hanania.
גְּמָ׳ אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: הֲלָכָה כְּרַבָּן גַּמְלִיאֵל. תַּנְיָא, חֲנַנְיָה אוֹמֵר: וּבַגּוֹלָה, עַד שִׁשִּׁים בַּתְּקוּפָה. אָמַר רַב הוּנָא בַּר חִיָּיא אָמַר שְׁמוּאֵל: הֲלָכָה כַּחֲנַנְיָה.