Mishna 1
MICHNA : Celui qui établit sa souka sous un arbre, c'est comme s'il l'avait dressée à l'intérieur de la maison [et elle est passoul, invalide]. Une souka [dressée] au-dessus d'une autre souka : la souka du haut est kachère et celle du bas est passoul. Rabbi Yehouda dit : s'il n'y a pas d'habitants dans la souka du haut, celle du bas est kachère.
מַתְנִי׳ הָעוֹשֶׂה סוּכָּתוֹ תַּחַת הָאִילָן — כְּאִילּוּ עֲשָׂאָהּ בְּתוֹךְ הַבַּיִת. סוּכָּה עַל גַּבֵּי סוּכָּה — הָעֶלְיוֹנָה כְּשֵׁרָה וְהַתַּחְתּוֹנָה פְּסוּלָה. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: אִם אֵין דָּיוֹרִין בָּעֶלְיוֹנָה — הַתַּחְתּוֹנָה כְּשֵׁרָה.(משנה)
Guémara
GUEMARA : Rava dit : on n'a enseigné cette halakha [qu'une souka sous un arbre est passoul] qu'à propos d'un arbre dont l'ombre est plus grande que l'ensoleillement — car alors l'ombre dans la souka provient de l'arbre et non du s'khakh. Mais si l'ensoleillement de l'arbre est plus grand que son ombre, la souka est kachère, puisque dans ce cas c'est le s'khakh qui procure l'ombre.
גְּמָ׳ אָמַר רָבָא: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא בְּאִילָן שֶׁצִּלָּתוֹ מְרוּבָּה מֵחֲמָתוֹ, אֲבָל חֲמָתוֹ מְרוּבָּה מִצִּלָּתוֹ — כְּשֵׁרָה.
La Guemara demande : d'où Rava tire-t-il cette conclusion ? Elle répond : il l'apprend de ce que la Michna enseigne « c'est comme s'il l'avait dressée à l'intérieur de la maison ». Pourquoi en effet la Michna doit-elle enseigner « c'est comme s'il l'avait dressée à l'intérieur de la maison » ? Qu'elle dise simplement « elle est passoul » ! C'est donc qu'elle nous apprend ceci : dans le cadre de cette halakha, l'arbre est comparable à une maison — de même que la maison a son ombre plus grande que son ensoleillement, de même l'arbre n'invalide la souka que si son ombre est plus grande que son ensoleillement.
מִמַּאי — מִדְּקָתָנֵי: ״כְּאִילּוּ עֲשָׂאָהּ בְּתוֹךְ הַבַּיִת״: לְמָה לִי לְמִיתְנֵי ״כְּאִילּוּ עֲשָׂאָהּ בְּתוֹךְ הַבַּיִת״? לִיתְנֵי ״פְּסוּלָה״! אֶלָּא, הָא קָא מַשְׁמַע לַן דְּאִילָן דּוּמְיָא דְּבַיִת: מָה בַּיִת צִלָּתוֹ מְרוּבָּה מֵחֲמָתוֹ — אַף אִילָן צִלָּתוֹ מְרוּבָּה מֵחֲמָתוֹ.
La Guemara demande : et même si l'ensoleillement de l'arbre l'emporte sur son ombre, qu'en est-il ? [Pourquoi Rava déclare-t-il la souka kachère ?] N'y a-t-il pas du s'khakh passoul — les branches non coupées de l'arbre — qui se joint au s'khakh kachère de la souka, rendant passoul même le s'khakh kachère ? Rav Papa dit : il s'agit d'un cas où l'on a rabattu les branches non coupées et où on les a mêlées au s'khakh kachère, de sorte que les branches encore attachées à l'arbre soient indistinctes. Puisque la majorité du s'khakh est kachère, l'ensemble du s'khakh est kachère.
וְכִי חֲמָתוֹ מְרוּבָּה מִצִּלָּתוֹ, מַאי הָוֵי? הָא קָא מִצְטָרֵף סְכָךְ פָּסוּל בַּהֲדֵי סְכָךְ כָּשֵׁר! אָמַר רַב פָּפָּא: בְּשֶׁחֲבָטָן.
La Guemara demande : si c'est un cas où il les a rabattues, qu'y a-t-il à énoncer ? N'est-ce pas évident ? La Guemara répond : c'est nécessaire, de peur que tu ne dises : décrétons que le s'khakh est passoul dans le cas où on les a rabattues, par mesure préventive [« gzéra »] à cause du cas où on ne les a pas rabattues. Rava nous apprend donc qu'on ne prononce pas un tel décret.
אִי בְּשֶׁחֲבָטָן מַאי לְמֵימְרָא! מַהוּ דְּתֵימָא: נִיגְזוֹר הֵיכָא דַּחֲבָטָן אַטּוּ הֵיכָא דְּלֹא חֲבָטָן, קָא מַשְׁמַע לַן דְּלָא גָּזְרִינַן.
La Guemara objecte : cela aussi, nous l'avons déjà appris dans une [autre] michna : si l'on a fait grimper en treille la vigne, la courge ou le lierre — des plantes grimpantes — au-dessus d'une souka alors qu'elles sont encore attachées au sol, puis qu'on a ajouté du s'khakh par-dessus, la souka est passoul, car un s'khakh attaché au sol est passoul. Mais si la quantité de s'khakh kachère était plus grande que celle des plantes [attachées au sol], ou si l'on a coupé les plantes grimpantes de sorte qu'elles ne soient plus attachées au sol, la souka est kachère.
הָא נָמֵי תְּנֵינָא: הִדְלָה עָלֶיהָ: אֶת הַגֶּפֶן וְאֶת הַדְּלַעַת וְאֶת הַקִּיסוֹס, וְסִיכֵּךְ עַל גַּבָּן — פְּסוּלָה, וְאִם הָיָה סִיכּוּךְ הַרְבֵּה מֵהֶן אוֹ שֶׁקְּצָצָן — כְּשֵׁרָה.
La Guemara précise les détails de cette michna : quel en est le cas de figure ? Si l'on dit qu'il s'agit d'un cas où l'on n'a pas rabattu les plantes grimpantes pour les mêler au s'khakh kachère — le s'khakh passoul ne se joint-il pas au s'khakh kachère de la souka, rendant passoul même le s'khakh kachère ? Il faut donc dire que la michna parle d'un cas où on les a rabattues ; conclus-en qu'on ne prononce pas de décret [interdisant] le cas où l'on a rabattu les branches à cause du cas où l'on ne les a pas rabattues. L'enseignement de Rava serait alors superflu. La Guemara répond : de peur que tu ne dises que cela ne vaut qu'a posteriori [bediavad] — c'est-à-dire que si l'on a déjà rabattu les branches ou les plantes ce n'est pas passoul, mais qu'on n'a pas le droit de procéder ainsi a priori [lekhathila] — Rava nous apprend qu'on peut disposer le s'khakh de cette manière même a priori.
הֵיכִי דָמֵי? אִילֵּימָא בְּשֶׁלֹּא חֲבָטָן, הָא קָא מִצְטָרֵף סְכָךְ פָּסוּל עִם סְכָךְ כָּשֵׁר! אֶלָּא לָאו, כְּשֶׁחֲבָטָן, וּשְׁמַע מִינַּהּ דְּלָא גָּזְרִינַן! מַהוּ דְּתֵימָא: הָנֵי מִילֵּי בְּדִיעֲבַד — אֲבָל לְכַתְּחִילָּה לָא, קָא מַשְׁמַע לַן.
La Michna poursuit : une souka [dressée] au-dessus d'une autre souka — celle du haut est kachère et celle du bas est passoul. Nos maîtres ont enseigné dans une baraïta : le verset dit « Dans des soukot vous résiderez » (Vayikra 23, 42) — et non dans une souka qui est sous une autre souka, ni dans une souka qui est sous un arbre, ni dans une souka qui est à l'intérieur d'une maison.
סוּכָּה עַל גַּבֵּי סוּכָּה וְכוּ׳. תָּנוּ רַבָּנַן: ״(בַּסּוּכּוֹת) תֵּשְׁבוּ״, וְלֹא בְּסוּכָּה שֶׁתַּחַת הַסּוּכָּה, וְלֹא בְּסוּכָּה שֶׁתַּחַת הָאִילָן, וְלֹא בְּסוּכָּה שֶׁבְּתוֹךְ הַבַּיִת.
La Guemara conteste cette dérivation : au contraire ! le terme « bassoukot », écrit au pluriel, suggère deux [soukot] — on devrait en conclure que celui qui s'assoit dans une souka sous une autre souka accomplit bien la mitsva. Rav Nahman bar Yits'haq dit : bien que le mot se lise au pluriel, « bassoukot » est écrit sans le vav [« bassoukot » en graphie défective], ce qui indique une seule souka.
אַדְּרַבָּה: ״בַּסּוּכּוֹת״ תַּרְתֵּי מַשְׁמַע! אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: ״בַּסֻכֹּת״ כְּתִיב.
Rabbi Yirmeya dit : il y a des cas où les deux [soukot superposées] sont kachères ; des cas où les deux sont passoul ; des cas où celle du bas est kachère et celle du haut passoul ; et des cas où celle du bas est passoul et celle du haut kachère.
אָמַר רַבִּי יִרְמְיָה: פְּעָמִים שֶׁשְּׁתֵּיהֶן כְּשֵׁירוֹת, פְּעָמִים שֶׁשְּׁתֵּיהֶן פְּסוּלוֹת, פְּעָמִים שֶׁתַּחְתּוֹנָה כְּשֵׁרָה וְהָעֶלְיוֹנָה פְּסוּלָה, פְּעָמִים שֶׁתַּחְתּוֹנָה פְּסוּלָה וְהָעֶלְיוֹנָה כְּשֵׁרָה.
La Guemara développe : les cas où les deux soukot superposées sont kachères, quel en est le cas de figure ? C'est lorsque, dans la souka du bas, l'ensoleillement l'emporte sur l'ombre [ce qui, à elle seule, la rendrait passoul], tandis que dans la souka du haut l'ombre l'emporte sur l'ensoleillement [ce qui la rend kachère], et que le s'khakh de la souka du haut se tient à moins de vingt amot du sol. Dans ce cas, le s'khakh de la souka du haut est efficace à la fois pour celle du haut et pour celle du bas.
פְּעָמִים שֶׁשְּׁתֵּיהֶן כְּשֵׁירוֹת הֵיכִי דָּמֵי? כְּגוֹן שֶׁתַּחְתּוֹנָה חֲמָתָהּ מְרוּבָּה מִצִּלָּתָהּ, וְהָעֶלְיוֹנָה צִלָּתָהּ מְרוּבָּה מֵחַמָּתָהּ, וְקָיְימָא עֶלְיוֹנָה בְּתוֹךְ עֶשְׂרִים.
Les cas où les deux soukot sont passoul, quel en est le cas de figure ? C'est lorsque, dans les deux soukot, l'ombre l'emporte sur l'ensoleillement, mais que celle du haut se tient à plus de vingt amot au-dessus du s'khakh de la souka du bas. Comme le s'khakh de la souka du haut est passoul [à cause de la hauteur] et qu'il projette son ombre sur la souka du bas, celle du bas est passoul elle aussi.
פְּעָמִים שֶׁשְּׁתֵּיהֶן פְּסוּלוֹת הֵיכִי דָּמֵי? כְּגוֹן דְּתַרְוַיְיהוּ צִלָּתָן מְרוּבָּה מֵחֲמָתָן, וְקָיְימָא עֶלְיוֹנָה לְמַעְלָה מֵעֶשְׂרִים אַמָּה.