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Traité Sukkah

56a

Étude de Sukkah 56a

Étude de la Mishna & Guémara 56a

Le verset dit : « Ils auront des parts égales à manger » (Devarim 18, 8) — de même que toutes les gardes [sacerdotales] reçoivent une part égale du service, de même toutes les gardes reçoivent une part égale dans la consommation. La Guemara demande : de quelle « consommation » ce verset parle-t-il ? Si l'on dit qu'il s'agit de la consommation des offrandes, le verset est superflu, car cela se déduit déjà d'ailleurs : « Toute oblation… reviendra au Cohen qui l'offre » (Vayikra 7, 9) — verset qui, bien qu'écrit à propos des oblations [de farine], s'applique à toutes les offrandes, et enseigne que le Cohen qui participe au sacrifice d'une offrande prend part à sa consommation. Il faut donc dire plutôt que le verset parle du lehem hapanim [les pains de proposition], qui ne relevait pas du service de ce Chabbat-ci, puisqu'il avait été cuit le Chabbat précédent.
תַּלְמוּד לוֹמַר: ״חֵלֶק כְּחֵלֶק יֹאכֵלוּ״, כְּחֵלֶק עֲבוֹדָה כָּךְ חֵלֶק אֲכִילָה. וּמַאי אֲכִילָה? אִילֵּימָא קׇרְבָּנוֹת, מֵהָתָם נָפְקָא: ״לַכֹּהֵן הַמַּקְרִיב אוֹתָהּ לוֹ תִהְיֶה״! אֶלָּא: לֶחֶם הַפָּנִים.
On aurait pu penser que toutes les gardes sont égales même quant aux obligations qui ne découlent pas de la fête mais sont néanmoins apportées pendant la fête — car bien des offrandes votives (nedarim) et volontaires (nedavot) étaient apportées au Temple sans relever du rite de la fête, les gens profitant simplement de leur présence à Jérusalem pour s'acquitter de leurs obligations en suspens. C'est pourquoi le verset précise : « outre les transactions des maisons de leurs pères » (Devarim 18, 8). Qu'ont donc « vendu » entre eux les ancêtres de chaque garde ? Ils se sont accordés au sujet du service des gardes [se le répartissant comme une vente] : moi, je servirai durant ma semaine, et toi, durant la tienne. Chaque garde a le droit d'assurer le service du Temple durant ses semaines assignées et de recevoir tous les dons sacerdotaux offerts pendant ces semaines.
יָכוֹל אַף בְּחוֹבוֹת הַבָּאוֹת שֶׁלֹּא מֵחֲמַת הָרֶגֶל בָּרֶגֶל, תַּלְמוּד לוֹמַר: ״לְבַד מִמְכָּרָיו עַל הָאָבוֹת״ — מָה מָכְרוּ הָאָבוֹת זֶה לָזֶה, אֲנִי בְּשַׁבַּתִּי וְאַתָּה בְּשַׁבַּתֶּךָ.
La Michna poursuit : à Chavouot qui coïncide avec Chabbat, le Cohen chargé de la distribution dit à chaque Cohen : « Voici pour toi de la matsa [issue du lehem hapanim], et voici pour toi du pain levé [issu des deux pains, chteï halehem]. » Il a été énoncé qu'il y a là une controverse entre les Amoraïm : Rav dit qu'en entrant dans la souka, on récite d'abord la bénédiction de la souka — « …qui nous a sanctifiés par Ses commandements et nous a ordonné de résider dans la souka » — puis la bénédiction du temps (zeman) : « …qui nous a fait vivre, nous a maintenus en vie et nous a fait parvenir à ce moment » [chéhéhéyanou]. Rabba bar bar Hana dit : on récite d'abord la bénédiction du temps, puis celle de la souka.
בָּעֲצֶרֶת אוֹמֵר לוֹ הֵילָךְ וְכוּ׳. אִיתְּמַר, רַב אָמַר: סוּכָּה, וְאַחַר כָּךְ זְמַן. רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר: זְמַן, וְאַחַר כָּךְ סוּכָּה.
La Guemara développe : Rav dit qu'on récite la bénédiction de la souka puis celle du temps, car l'obligation propre du jour a la priorité. Rabba bar bar Hana dit qu'on récite la bénédiction du temps puis celle de la souka, car lorsqu'une pratique fréquente et une pratique moins fréquente se rencontrent, la pratique fréquente passe en premier — or la bénédiction du temps revient plus fréquemment [puisqu'on la dit à chaque fête, tandis que la bénédiction de la souka est propre à Souccot].
רַב אָמַר: סוּכָּה וְאַחַר כָּךְ זְמַן — חִיּוּבָא דְיוֹמָא עֲדִיף. רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר: זְמַן וְאַחַר כָּךְ סוּכָּה — תָּדִיר וְשֶׁאֵינוֹ תָּדִיר תָּדִיר קוֹדֵם.
La Guemara propose : disons que Rav et Rabba bar bar Hana divergent selon la controverse de Beth Chammaï et Beth Hillel ; car nos Maîtres ont enseigné dans une baraïta : voici les points sur lesquels Beth Chammaï et Beth Hillel divergent au sujet des lois du repas. Beth Chammaï disent : lorsqu'on récite le kiddouch sur le vin, on récite d'abord la bénédiction sur la sainteté du jour, puis la bénédiction sur le vin. Et Beth Hillel disent : on récite d'abord la bénédiction sur le vin, puis la bénédiction sur le jour.
לֵימָא רַב וְרַבָּה בַּר בַּר חָנָה בִּפְלוּגְתָּא דְּבֵית שַׁמַּאי וּבֵית הִלֵּל קָמִיפַּלְגִי, דְּתָנוּ רַבָּנַן: דְּבָרִים שֶׁבֵּין בֵּית שַׁמַּאי וּבֵית הִלֵּל בַּסְּעוּדָה. בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: מְבָרֵךְ עַל הַיּוֹם וְאַחַר כָּךְ מְבָרֵךְ עַל הַיַּיִן, וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: מְבָרֵךְ עַל הַיַּיִן וְאַחַר כָּךְ מְבָרֵךְ עַל הַיּוֹם.
La Guemara développe : Beth Chammaï disent qu'on récite la bénédiction sur la sainteté du jour puis la bénédiction sur le vin, car c'est le jour qui fait venir le vin avant le repas [donc le jour, qui en est la cause, passe en premier]. Et Beth Chammaï avancent une raison supplémentaire : le jour a déjà été sanctifié [dès la tombée de la nuit] alors que le vin n'est pas encore venu ; puisque le Chabbat a été sanctifié en premier, il convient de le mentionner en premier. Et Beth Hillel disent qu'on récite la bénédiction sur le vin puis celle sur le jour, car c'est le vin qui rend possible la récitation du kiddouch : s'il n'y avait pas de vin, on ne réciterait pas le kiddouch [le vin en est donc la cause]. Autre explication de Beth Hillel : la bénédiction sur le vin est fréquente, tandis que la bénédiction sur le jour ne l'est pas ; or lorsqu'une pratique fréquente et une pratique moins fréquente se rencontrent, la pratique fréquente passe en premier.
בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: מְבָרֵךְ עַל הַיּוֹם וְאַחַר כָּךְ מְבָרֵךְ עַל הַיַּיִן — שֶׁהַיּוֹם גּוֹרֵם לַיַּיִן שֶׁיָּבֹא, וּכְבָר קִידֵּשׁ הַיּוֹם וַעֲדַיִין יַיִן לֹא בָּא. וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: מְבָרֵךְ עַל הַיַּיִן וְאַחַר כָּךְ מְבָרֵךְ עַל הַיּוֹם — שֶׁהַיַּיִן גּוֹרֵם לְקִידּוּשָׁא שֶׁתֵּאָמֵר. דָּבָר אַחֵר: בִּרְכַּת הַיַּיִן תְּדִירָה, וּבִרְכַּת הַיּוֹם אֵינָהּ תְּדִירָה. תָּדִיר וְשֶׁאֵינוֹ תָּדִיר — תָּדִיר קוֹדֵם.
La Guemara propose : disons donc que c'est Rav qui a tranché selon Beth Chammaï — pour qui la bénédiction sur la sainteté du jour passe avant celle sur le vin [comme Rav fait passer l'obligation du jour, la souka, avant le temps] — et que c'est Rabba bar bar Hana qui a tranché selon Beth Hillel, c'est-à-dire que la bénédiction fréquente passe en premier.
לֵימָא רַב דְּאָמַר כְּבֵית שַׁמַּאי, וְרַבָּה בַּר בַּר חָנָה דְּאָמַר כְּבֵית הִלֵּל!
La Guemara rejette cette mise en parallèle. Rav pourrait te répondre : moi, ce que j'ai dit vaut même selon Beth Hillel. Car Beth Hillel n'ont dit ce qu'ils ont dit là-bas, dans le cas du kiddouch, qu'en raison de la considération supplémentaire selon laquelle c'est le vin qui rend possible la récitation du kiddouch [un lien de cause à effet qui fait passer le vin en premier]. Mais ici, il n'existe pas de lien semblable entre les deux bénédictions : car s'il n'y avait pas de bénédiction du temps, ne réciterait-on pas malgré tout la bénédiction de la souka ? Assurément — puisque la bénédiction de la souka se dit tout au long de la semaine de la fête, où l'on ne récite plus la bénédiction du temps.
אָמַר לְךָ רַב: אֲנָא דַּאֲמַרִי אֲפִילּוּ לְבֵית הִלֵּל. עַד כָּאן לָא קָאָמְרִי בֵּית הִלֵּל הָתָם, אֶלָּא שֶׁהַיַּיִן גּוֹרֵם לְקִידּוּשָׁא שֶׁתֵּאָמֵר; אֲבָל הָכָא — אִי לָאו זְמַן, מִי לָא אָמְרִינַן סוּכָּה!
Et Rabba bar bar Hana pourrait te répondre : moi, ce que j'ai dit vaut même selon Beth Chammaï. Car Beth Chammaï n'ont dit ce qu'ils ont dit là-bas, dans le cas du kiddouch, qu'en raison de la considération supplémentaire selon laquelle c'est le jour qui fait venir le vin avant le repas. Mais ici, s'il n'y avait pas de bénédiction de la souka, ne réciterait-on pas malgré tout la bénédiction du temps — même sans s'asseoir dans la souka, du seul fait de l'arrivée de la fête ?
וְרַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר לָךְ: אֲנָא דַּאֲמַרִי אֲפִילּוּ לְבֵית שַׁמַּאי. עַד כָּאן לָא אָמְרִי בֵּית שַׁמַּאי הָתָם, אֶלָּא שֶׁהַיּוֹם גּוֹרֵם לַיַּיִן שֶׁיָּבֹא; אֲבָל הָכָא — אִי לָאו סוּכָּה, מִי לָא אָמְרִינַן זְמַן!
Nous avons appris dans la MISHNA : à Chavouot, le Cohen [chargé de la distribution des pains de proposition et des deux pains] dit à chaque Cohen : « Voici pour toi de la matsa, voici pour toi du pain levé. » Or, dans ce cas-ci, le pain levé est l'élément principal et la matsa lui est subordonnée — car à la fête de Chavouot, ce sont les deux pains levés (chteï halehem) qui constituent l'offrande propre du jour — et pourtant la Michna enseigne : « Voici pour toi de la matsa, et voici pour toi du pain levé », accordant ainsi la priorité au lehem hapanim, qui est fréquent, sur l'obligation du jour [le pain levé]. C'est là une réfutation décisive de l'opinion de Rav !
תְּנַן, בָּעֲצֶרֶת אוֹמֵר לוֹ: הֵילָךְ מַצָּה, הֵילָךְ חָמֵץ. וְהָא הָכָא, דְּחָמֵץ עִיקָּר וּמַצָּה טָפֵל, וְקָתָנֵי: הֵילָךְ מַצָּה וְהֵילָךְ חָמֵץ, תְּיוּבְתָּא דְּרַב!
La Guemara répond que Rav pourrait te dire : ceci est l'objet d'une controverse entre les Tanaïm. Car il est enseigné dans une baraïta que le Cohen chargé de la distribution dit : « Voici pour toi de la matsa, voici pour toi du pain levé. » Abba Chaoul dit qu'il dirait au contraire : « Voici pour toi du pain levé, voici pour toi de la matsa. »
אָמַר לְךָ רַב: תַּנָּאֵי הִיא. דְּתַנְיָא: הֵילָךְ מַצָּה, הֵילָךְ חָמֵץ. אַבָּא שָׁאוּל אוֹמֵר: הֵילָךְ חָמֵץ, הֵילָךְ מַצָּה.
Quant à la décision finale : Rav Nahman bar Rav Hisda enseigna : la halakha n'est pas conforme à l'opinion de Rav, qui disait « la bénédiction de la souka puis celle du temps » ; au contraire, on récite la bénédiction du temps puis celle de la souka. Mais Rav Chéchet, fils de Rav Idi, dit : on récite la bénédiction de la souka puis celle du temps, conformément à l'opinion de Rav. Et la Guemara conclut que la halakha est : la bénédiction de la souka, puis celle du temps.
דָּרַשׁ רַב נַחְמָן בַּר רַב חִסְדָּא: לֹא כְּדִבְרֵי רַב, דְּאָמַר: סוּכָּה, וְאַחַר כָּךְ זְמַן — אֶלָּא: זְמַן, וְאַחַר כָּךְ סוּכָּה. וְרַב שֵׁשֶׁת בְּרֵיהּ דְּרַב אִידִי אָמַר: סוּכָּה, וְאַחַר כָּךְ זְמַן. וְהִלְכְתָא: סוּכָּה, וְאַחַר כָּךְ זְמַן.
Sukkah 56a
100%
סוכה נ״ו אמַסֶּכֶת סֻכָּה