Guémara
La Guemara écarte cette réponse. Si l'on veut expliquer [l'omission] par le cas de la veille de Pessah, ce n'en est pas une omission, car quel est le Tana de notre Michna ? C'est Rabbi Yehouda, qui a dit : bien qu'il y eût trois tournées [de fidèles] pour l'abattage de l'agneau pascal, jamais, en aucun jour, la troisième tournée n'atteignit le point où l'on récite [dans le Hallel] « J'aime [le Seigneur], car le Seigneur entend ma voix » (Tehilim 116, 1) — deuxième paragraphe du Hallel — parce que les gens qui participaient à la troisième tournée étaient peu nombreux. Aussi, lorsqu'ils en arrivaient à ce passage du Hallel, ils avaient déjà achevé l'abattage de toutes les offrandes ; en conséquence une seule série de sonneries était sonnée durant cette tournée, ce qui porte le total [du jour] à quarante-deux.
אִי מִשּׁוּם עֶרֶב הַפֶּסַח — לָאו שִׁיּוּרָא הוּא, דְּהָא מַנִּי רַבִּי יְהוּדָה הִיא, דְּאָמַר: מִימֵיהֶם שֶׁל כַּת שְׁלִישִׁית לֹא הִגִּיעָה לוֹמַר ״אָהַבְתִּי כִּי יִשְׁמַע ה׳״, מִפְּנֵי שֶׁהָיוּ עַמָּהּ מוּעָטִין.
La Guemara s'en étonne : mais n'avons-nous pas établi que notre Michna n'est pas conforme à l'opinion de Rabbi Yehouda ? La Guemara répond : il se peut que ce Tana de la Michna tienne comme lui sur un point — à savoir la troisième tournée de la veille de Pessah — et diverge de lui sur un autre — à savoir le décompte des sonneries.
(הָא אוֹקֵימְנָא) דְּלָא כְּרַבִּי יְהוּדָה! וְדִלְמָא הַאי תַּנָּא סָבַר לַהּ כְּווֹתֵיהּ בַּחֲדָא, וּפְלִיג עֲלֵיהּ בַּחֲדָא.
Mais la question demeure : quel autre cas [le Tana] a-t-il omis, pour qu'il ait omis aussi celui-ci [Roch Hachana] ? La Guemara répond : il a omis le cas de la veille de Pessah qui tombe la veille de Chabbat — auquel cas on retranche les six sonneries [de la troisième tournée] et on ajoute les six sonneries que l'on sonne chaque veille de Chabbat. Le total est alors de quarante-huit sonneries.
אֶלָּא: מַאי שַׁיַּיר דְּהַאי שַׁיַּיר? שַׁיַּיר עֶרֶב הַפֶּסַח שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּעֶרֶב שַׁבָּת, אַפֵּיק שֵׁית וְעַיֵּיל שֵׁית.
La Michna poursuit : et l'on ne sonne pas plus de quarante-huit sonneries [en un jour donné]. La Guemara s'en étonne : et n'y en aurait-il jamais plus de quarante-huit en un jour ? Mais n'y a-t-il pas la veille de Pessah qui tombe un Chabbat ? Selon Rabbi Yehouda il y aurait alors cinquante et une sonneries — soit vingt et une sonneries quotidiennes, neuf pour l'offrande supplémentaire (moussaf) du Chabbat, neuf pour le Hallel de chacune des deux premières tournées de l'abattage de l'agneau pascal, et trois pour la troisième tournée. Et selon les Sages, qui tiennent que neuf sonneries étaient sonnées aussi pour la troisième tournée, il y en aurait cinquante-sept. Dans les deux opinions, cela fait plus de quarante-huit !
וְאֵין מוֹסִיפִין עַל אַרְבָּעִים וּשְׁמֹנֶה. וְלָא? וְהָא אִיכָּא עֶרֶב הַפֶּסַח שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּשַׁבָּת, דְּאִי לְרַבִּי יְהוּדָה — חַמְשִׁין וַחֲדָא, אִי לְרַבָּנַן — חַמְשִׁין וּשְׁבַע!
La Guemara répond : lorsque le Tana enseigne [le décompte de la Michna], il enseigne des cas qui se produisent chaque année ; le cas de la veille de Pessah qui tombe un Chabbat, qui ne se produit pas chaque année, il ne l'enseigne pas. La Guemara objecte : faut-il en déduire que la veille de Chabbat pendant la fête [de Souccot], elle, se produit chaque année ? Il arrive qu'on ne trouve aucun vendredi parmi les jours intermédiaires de Souccot ! Et dans quel cas ? Lorsque le premier jour de fête tombe une veille de Chabbat [un vendredi] — car alors le vendredi suivant est Chemini Atséret.
כִּי קָתָנֵי, מִידֵּי דְּאִיתֵיהּ בְּכׇל שָׁנָה. עֶרֶב הַפֶּסַח שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּשַׁבָּת, דְּלֵיתֵיהּ בְּכׇל שָׁנָה וְשָׁנָה, לָא קָתָנֵי. אַטּוּ עֶרֶב שַׁבָּת שֶׁבְּתוֹךְ הַחַג מִי אִיתֵיהּ בְּכׇל שָׁנָה? זִימְנִין דְּלָא מַשְׁכַּחַתְּ לֵיהּ. וְהֵיכִי דָּמֵי, כְּגוֹן שֶׁחָל יוֹם טוֹב רִאשׁוֹן בְּעֶרֶב שַׁבָּת.
La Guemara répond : cela ne peut se produire, car lorsque le premier jour de fête de Souccot devrait tomber une veille de Chabbat, on le repousse — en ajoutant un jour au mois d'Eloul, de sorte que Roch Hachana, et donc le premier jour de Souccot, tombent un Chabbat. Quelle en est la raison ? La voici : si le premier jour de fête tombait une veille de Chabbat, quand serait Yom Kippour cette année-là ? Un dimanche. Aussi, pour éviter deux jours consécutifs — Chabbat puis Yom Kippour — où pèse une interdiction sévère d'accomplir un travail, on repousse Roch Hachana. Le premier jour de fête ne coïncide donc jamais avec un vendredi.
כִּי מִקְּלַע יוֹם טוֹב רִאשׁוֹן בְּעֶרֶב שַׁבָּת — מִדְחֵי דָּחֵינַן לֵיהּ. מַאי טַעְמָא, כֵּיוָן דְּאִיקְּלַע יוֹם טוֹב הָרִאשׁוֹן שֶׁל חַג לִהְיוֹת בְּעֶרֶב שַׁבָּת, יוֹם הַכִּפּוּרִים אֵימַת הָוֵי — בְּחַד בְּשַׁבָּת, הִלְכָּךְ דָּחֵינַן לֵיהּ.
La Guemara demande : et repousse-t-on vraiment [Roch Hachana] pour empêcher Yom Kippour de tomber un dimanche ? Mais n'avons-nous pas appris dans une MISHNA : les graisses des offrandes abattues et sacrifiées un Chabbat, qui n'avaient pas encore été consumées sur l'autel, peuvent être consumées le Yom Kippour qui commence à l'issue de ce Chabbat ? [Yom Kippour peut donc tomber un dimanche, ce qui contredit le principe précédent.]
וּמִי דָּחֵינַן לֵיהּ? וְהָא תְּנַן: חֶלְבֵי שַׁבָּת קְרֵיבִין בְּיוֹם הַכִּפּוּרִים,
Et Rabbi Zéira a dit : lorsque nous étudiions à l'académie de Rav, en Babylonie, on disait à propos de ce qui est enseigné dans la baraïta — « le Yom Kippour qui tombe une veille de Chabbat, on ne sonnait pas les trompettes [pour faire cesser le peuple de tout travail et marquer l'entrée du Chabbat], et s'il tombait à l'issue du Chabbat on ne récitait pas la Havdala » — que cela fait l'unanimité, tous les Sages s'accordant sur cette loi. Mais lorsque je suis monté là-bas, en Terre d'Israël, j'ai trouvé Rabbi Yehouda, fils de Rabbi Chimon ben Pazi, assis et déclarant que c'est l'opinion de Rabbi Akiva [et que les autres Sages divergent]. De ces deux sources il ressort que Yom Kippour peut tomber aussi bien avant qu'après le Chabbat. La question demeure : pourquoi le Tana a-t-il cité un cas qui ne se produit pas chaque année ?
וְאָמַר רַבִּי זֵירָא: כִּי הֲוֵינַן בֵּי רַב בְּבָבֶל, הֲוָה אָמְרִי הָא דְּתַנְיָא: יוֹם הַכִּפּוּרִים שֶׁחָל לִהְיוֹת עֶרֶב שַׁבָּת לֹא הָיוּ תּוֹקְעִין, וּבְמוֹצָאֵי שַׁבָּת לֹא הָיוּ מַבְדִּילִין — דִּבְרֵי הַכֹּל הִיא. כִּי סְלֵיקִית לְהָתָם, אַשְׁכַּחְתֵּיהּ לְרַבִּי יְהוּדָה בְּרֵיהּ דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן פַּזִּי, דְּיָתֵיב וְקָאָמַר: רַבִּי עֲקִיבָא הִיא!
La Guemara répond : ce n'est pas une difficulté. Ceci — notre Michna, dont on comprend qu'il y a toujours un vendredi pendant la fête — est conforme à l'opinion des Sages (Rabbanan), qui soutiennent que l'on repousse Roch Hachana afin que Yom Kippour ne tombe pas accolé au Chabbat. Cela, en revanche — la Michna qui enseigne que les graisses du Chabbat peuvent être consumées à l'issue du Chabbat le jour de Yom Kippour, et que Roch Hachana n'est pas repoussé — est conforme à l'opinion d'Aḥérim (« d'Autres »), qui soutiennent qu'il y a un nombre fixe de jours dans l'année et un nombre fixe de jours dans le mois [si bien que Roch Hachana peut tomber n'importe quel jour].
לָא קַשְׁיָא: הָא רַבָּנַן, הָא אֲחֵרִים הִיא.
Ainsi qu'il est enseigné dans une baraïta : Aḥérim disent — entre la fête de Chavouot d'une année et la fête de Chavouot de l'année suivante, et de même entre le Roch Hachana d'une année et celui de l'année suivante, il n'y a d'écart que quatre jours de la semaine ; et si c'était une année embolismique [bissextile], il y a entre eux un écart de cinq jours. [En effet] les trois cent cinquante-quatre jours de l'année se répartissent en douze mois — six mois de trente jours et six mois de vingt-neuf jours. Puisque, selon Aḥérim, le nombre de jours est constant, Roch Hachana peut tomber n'importe quel jour de la semaine.
דְּתַנְיָא, אֲחֵרִים אוֹמְרִים: אֵין בֵּין עֲצֶרֶת לַעֲצֶרֶת וְאֵין בֵּין רֹאשׁ הַשָּׁנָה לְרֹאשׁ הַשָּׁנָה אֶלָּא אַרְבָּעָה יָמִים בִּלְבַד, וְאִם הָיְתָה שָׁנָה מְעוּבֶּרֶת — חֲמִשָּׁה.
La Guemara revient examiner l'opinion de Rabbi Aha bar Hanina, qui tient que l'on sonnait de la trompette pour chaque offrande supplémentaire (moussaf) sacrifiée un jour donné. La Guemara soulève une objection : dans le cas de la néoménie (Roch Hodech) qui tombe un Chabbat, le chant de la néoménie supplante le chant du Chabbat. Or, s'il en était comme l'affirme Rabbi Aha, récitons [les deux] — le chant du Chabbat et le chant de la néoménie ! Puisqu'on ne récite qu'un seul chant, c'est qu'apparemment une seule série de sonneries était sonnée [et non une par moussaf].
מֵיתִיבִי: רֹאשׁ חֹדֶשׁ שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּשַׁבָּת — שִׁיר שֶׁל רֹאשׁ חֹדֶשׁ דּוֹחֶה שִׁיר שֶׁל שַׁבָּת. וְאִי אִיתָא, לֵימָא דְּשַׁבָּת וְלֵימָא דְּרֹאשׁ חֹדֶשׁ!
Rav Safra dit : que signifie « supplante » ? « Supplante » veut dire ici « précède » — le chant de la néoménie précéderait le chant du Chabbat [tous deux étant bel et bien récités]. La Guemara demande : et pourquoi le chant de la néoménie précéderait-il celui du Chabbat ? Le principe « lorsqu'une pratique fréquente et une pratique moins fréquente se rencontrent, la pratique fréquente passe en premier » ne dicte-t-il pas que le chant du Chabbat devrait être récité en premier [le Chabbat revenant plus souvent que la néoménie] ?
אָמַר רַב סָפְרָא: מַאי דּוֹחֶה — דּוֹחֶה לִקָּדֵם. וְאַמַּאי? תָּדִיר וְשֶׁאֵינוֹ תָּדִיר — תָּדִיר קוֹדֵם!