[David, en creusant les fondations du Temple, atteignit les eaux de l'abîme (téhom) qui menaçaient de submerger le monde. Il fallait inscrire le Nom divin pour les faire refluer, mais nul ne savait s'il était permis de l'écrire] sur un tesson de poterie [pour le jeter ensuite dans l'abîme]. S'il est permis [de l'écrire], nous l'écrirons et le jetterons dans les profondeurs, et les eaux s'apaiseront. Mais il n'y avait personne qui lui réponde quoi que ce soit. David dit alors : « Quiconque sait quelque chose à dire et ne le dit pas, qu'il soit étranglé dans sa gorge ! » Aussitôt, Ahitofel raisonna par lui-même un kal vahomer [un raisonnement a fortiori] : « Et de même que, pour faire la paix entre un homme et sa femme [dans le cas de la sota, lorsque le mari soupçonne sa femme d'adultère], la Torah a dit que Mon Nom écrit en sainteté sera effacé sur les eaux, à plus forte raison [est-il permis de l'effacer] pour établir la paix dans le monde entier ! » Il dit à David : « C'est permis. »
אַחַסְפָּא, וְנִשְׁדְּיֵהּ בִּתְהוֹמָא וּמַנַּח! לֵיכָּא דְּקָאָמַר לֵיהּ מִידֵּי. אֲמַר דָּוִד: כׇּל דְּיָדַע לְמֵימַר וְאֵינוֹ אוֹמֵר, יֵחָנֵק בִּגְרוֹנוֹ. נָשָׂא אֲחִיתוֹפֶל קַל וָחוֹמֶר בְּעַצְמוֹ: וּמָה לַעֲשׂוֹת שָׁלוֹם בֵּין אִישׁ לְאִשְׁתּוֹ, אָמְרָה תּוֹרָה: שְׁמִי שֶׁנִּכְתַּב בִּקְדוּשָּׁה יִמָּחֶה עַל הַמַּיִם, לַעֲשׂוֹת שָׁלוֹם לְכׇל הָעוֹלָם כּוּלּוֹ — עַל אַחַת כַּמָּה וְכַמָּה. אֲמַר לֵיהּ: שְׁרֵי.
Il écrivit le Nom sacré sur un tesson et le jeta dans l'abîme, et les eaux des profondeurs refluèrent de seize mille amot. Quand il vit qu'elles avaient trop baissé, il dit : « Plus les eaux des nappes sont hautes [proches de la surface], plus le sol du monde est humide et fertile. » Il récita alors les quinze Cantiques des degrés (Chir haMaalot) et les fit remonter de quinze mille amot, les fixant à une profondeur de mille amot. Oulla dit : « Apprends-en que l'épaisseur de la terre [au-dessus des eaux de l'abîme] est de mille amot. » La Guemara objecte : Mais ne voyons-nous pas que lorsqu'on creuse un peu [bien moins de mille amot], l'eau jaillit ? Rav Mecharchya répondit : Celle-là provient de la remontée du fleuve Euphrate [le Prat, dont la source est très élevée] : ses eaux montent par des canaux souterrains, et c'est pourquoi l'eau jaillit quand on creuse dans les collines de Babylonie.
כָּתֵב שֵׁם אַחַסְפָּא וְשָׁדֵי לִתְהוֹמָא, וּנְחֵית תְּהוֹמָא שִׁיתְּסַר אַלְפֵי גַּרְמִידֵי. כִּי חָזֵי דְּנָחֵית טוּבָא, אֲמַר: כַּמָּה דְּמִידְּלֵי — טְפֵי מִירְטַב עָלְמָא. אֲמַר חֲמֵשׁ עֶשְׂרֵה מַעֲלוֹת, וְאַסְּקֵיהּ חֲמֵיסַר אַלְפֵי גַּרְמִידֵי, וְאוֹקְמֵיהּ בְּאַלְפָּא גַּרְמִידֵי. אָמַר עוּלָּא: שְׁמַע מִינַּהּ סוּמְכָא דְאַרְעָא אַלְפָּא גַּרְמִידֵי. וְהָא חָזֵינַן דְּכָרֵינַן פּוּרְתָּא וְנָפְקִי מַיָּא! אָמַר רַב מְשַׁרְשְׁיָא: הָהוּא מִסּוּלָּמָא דִפְרָת.
[La Michna (citée plus haut) poursuivait :] « Et deux Cohanim se tenaient avec deux trompettes à la Porte supérieure qui descend de la cour des Israélites vers la cour des Femmes [et, lorsque ceux qui puisaient l'eau atteignaient la dixième marche, ils sonnaient des trompettes]. » Rabbi Yirmeya posa un dilemme : l'expression « atteindre la dixième marche » signifie-t-elle qu'il descendait cinq marches et se tenait sur la dixième en partant du bas ? Ou bien qu'il descendait dix marches et se tenait sur la cinquième en partant du bas ? La Guemara note : Le dilemme reste insoluble [téïkou].
וְעָמְדוּ כֹּהֲנִים בְּשַׁעַר הָעֶלְיוֹן שֶׁיּוֹרֵד כּוּ׳. בָּעֵי רַבִּי יִרְמְיָה: לְמַעֲלָה עֲשִׂירִית — דְּנָחֵית חַמְשָׁה וְקָאֵי אַעַשְׂרָה, אוֹ דִלְמָא דְּנָחֵית עַשְׂרָה וְקָאֵי אַחַמְשָׁה? תֵּיקוּ.
[La Michna décrivait encore :] Lorsqu'ils atteignaient la porte par laquelle on sort vers l'orient, ils se retournaient, de la face vers l'est à la face vers l'ouest [vers le Saint des Saints], et disaient : « Nos ancêtres qui se tenaient en ce lieu [à l'époque du Premier Temple] ne se conduisaient pas bien : ils se tenaient le dos tourné vers le Sanctuaire de l'Éternel et la face vers l'orient, et se prosternaient vers le soleil à l'orient (Yéhézqel 8, 16) ; mais nous, nos yeux sont tournés vers D.ieu. » Les Sages ont enseigné : Du fait même qu'il est dit « et leur face vers l'orient », ne sais-je pas déjà que « leur dos était vers le Sanctuaire de l'Éternel » [puisque le Sanctuaire se trouvait à l'ouest] ?
תָּנוּ רַבָּנַן, מִמַּשְׁמַע שֶׁנֶּאֱמַר: ״וּפְנֵיהֶם קֵדְמָה״, אֵינִי יוֹדֵעַ שֶׁ״אֲחוֹרֵיהֶם אֶל הֵיכַל ה׳״?
Dès lors, qu'enseigne le verset en précisant « leur dos vers le Sanctuaire de l'Éternel » ? Cela fait allusion au fait que, en plus de tourner le dos au Sanctuaire, ils commettaient un mal supplémentaire : cela enseigne qu'ils se découvraient et faisaient leurs besoins vers le bas — euphémisme désignant la direction de la Présence divine.
אֶלָּא מָה תַּלְמוּד לוֹמַר: ״אֲחוֹרֵיהֶם אֶל הֵיכַל ה׳״ — מְלַמֵּד שֶׁהָיוּ פּוֹרְעִין עַצְמָן, וּמַתְרִיזִין כְּלַפֵּי מַטָּה.
[La Michna poursuivait :] « Nous, c'est vers D.ieu et vers D.ieu que sont nos yeux. » La Guemara demande : En est-il bien ainsi ? Peut-on prier de la sorte ? Rabbi Zéira n'a-t-il pas dit : Celui qui se répète en récitant le Chéma et dit « Écoute, écoute » est comparable à celui qui dit « Nous rendons grâce, nous rendons grâce » — et on le fait taire, car il semble s'adresser à deux puissances [comme s'il y avait deux divinités] ? Comment, dès lors, prononçaient-ils le Nom de D.ieu deux fois de suite [« leYah ouleYah » : vers D.ieu et vers D.ieu] ? La Guemara répond : Ils disaient plutôt ceci : « Eux se prosternaient vers l'orient, mais nous, c'est à D.ieu [que nous rendons grâce], et nos yeux espèrent en D.ieu » — de sorte qu'ils ne prononçaient pas le Nom divin deux fois consécutivement.
אָנוּ לְיָהּ וּלְיָהּ עֵינֵינוּ כּוּ׳. אִינִי?! וְהָאָמַר רַבִּי זֵירָא: כׇּל הָאוֹמֵר ״שְׁמַע״ ״שְׁמַע״, כְּאִילּוּ אָמַר ״מוֹדִים״ ״מוֹדִים״! אֶלָּא הָכִי אָמְרִי: הֵמָּה מִשְׁתַּחֲוִים קֵדְמָה, וְאָנוּ לְיָהּ (אֲנַחְנוּ מוֹדִים), וְעֵינֵינוּ לְיָהּ מְיַחֲלוֹת.
Mishna 1
MICHNA : On ne sonne pas moins de vingt et un coups de trompette dans le Temple, et on n'en sonne pas plus de quarante-huit. La Michna détaille : Chaque jour, il y avait vingt et un coups de trompette dans le Temple : trois pour l'ouverture des portes le matin, neuf pour l'offrande quotidienne (tamid) du matin, et neuf pour l'offrande quotidienne de l'après-midi — soit vingt et un. Et un jour où l'on offrait les sacrifices additionnels (moussafin), par exemple Roch Hodech [la néoménie], on ajoutait neuf coups supplémentaires pour les sacrifices additionnels.
מַתְנִי׳ אֵין פּוֹחֲתִין מֵעֶשְׂרִים וְאַחַת תְּקִיעוֹת בַּמִּקְדָּשׁ, וְאֵין מוֹסִיפִין עַל אַרְבָּעִים וּשְׁמֹנֶה. בְּכׇל יוֹם הָיוּ שָׁם עֶשְׂרִים וְאַחַת תְּקִיעוֹת בַּמִּקְדָּשׁ: שָׁלֹשׁ לִפְתִיחַת שְׁעָרִים, וְתֵשַׁע לְתָמִיד שֶׁל שַׁחַר, וְתֵשַׁע לְתָמִיד שֶׁל בֵּין הָעַרְבַּיִם. וּבַמּוּסָפִין הָיוּ מוֹסִיפִין עוֹד תֵּשַׁע.(משנה)
Et la veille de Chabbat, on ajoutait six coups : trois pour faire cesser le peuple de tout travail — car ces sonneries avertissaient que Chabbat approchait et que chacun devait s'arrêter de travailler — et trois à l'entrée de Chabbat, pour marquer la séparation entre le sacré et le profane.
וּבְעֶרֶב שַׁבָּת הָיוּ מוֹסִיפִין שֵׁשׁ: שָׁלֹשׁ לְהַבְטִיל אֶת הָעָם מִמְּלָאכָה, וְשָׁלֹשׁ לְהַבְדִּיל בֵּין קֹדֶשׁ לְחוֹל.
La veille de Chabbat qui tombe pendant la fête [de Souccot], il y avait là quarante-huit coups : trois le matin pour l'ouverture des portes ; trois pour la Porte supérieure ; trois pour la Porte inférieure ; trois pour le remplissage du vase d'eau [lors du rite du puisage de l'eau pour la libation, décrit en 48b] ; trois lorsqu'on versait la libation d'eau sur l'autel ; neuf pour l'offrande quotidienne du matin ; neuf pour l'offrande quotidienne de l'après-midi ; neuf pour les sacrifices additionnels ; trois pour faire cesser le peuple du travail ; et trois encore pour marquer la séparation entre le sacré et le profane — soit quarante-huit coups au total.
עֶרֶב שַׁבָּת שֶׁבְּתוֹךְ הַחַג הָיוּ שָׁם אַרְבָּעִים וּשְׁמֹנֶה: שָׁלֹשׁ לִפְתִיחַת שְׁעָרִים, שָׁלֹשׁ לְשַׁעַר הָעֶלְיוֹן, וְשָׁלֹשׁ לְשַׁעַר הַתַּחְתּוֹן, וְשָׁלֹשׁ לְמִילּוּי הַמַּיִם, וְשָׁלֹשׁ עַל גַּבֵּי מִזְבֵּחַ, תֵּשַׁע לְתָמִיד שֶׁל שַׁחַר, וְתֵשַׁע לְתָמִיד שֶׁל בֵּין הָעַרְבַּיִם, וְתֵשַׁע לְמוּסָפִין, שָׁלֹשׁ לְהַבְטִיל אֶת הָעָם מִן הַמְּלָאכָה, וְשָׁלֹשׁ לְהַבְדִּיל בֵּין קוֹדֶשׁ לְחוֹל.
Guémara
GUEMARA : La Guemara note : Notre Michna n'est pas conforme à l'opinion de Rabbi Yehouda, comme il est enseigné dans une baraïta que Rabbi Yehouda dit : Celui qui veut diminuer le nombre des sonneries ne le réduira pas à moins de sept, et celui qui veut l'augmenter n'ira pas au-delà de seize. La Guemara demande : Sur quoi divergent-ils [Rabbi Yehouda et les Sages] ? La Guemara explique : Rabbi Yehouda tient qu'une série de coups composée d'une tékia, d'une téroua et d'une tékia compte pour un seul coup ; tandis que les Sages tiennent qu'une tékia se compte à part et une téroua se compte à part. Ils s'accordent sur la séquence et le nombre des sonneries, et ne divergent que sur la manière de les dénombrer.
גְּמָ׳ מַתְנִיתִין דְּלָא כְּרַבִּי יְהוּדָה. דְּתַנְיָא, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: הַפּוֹחֵת לֹא יִפְחוֹת מִשֶּׁבַע, וְהַמּוֹסִיף לֹא יוֹסִיף עַל שֵׁשׁ עֶשְׂרֵה. בְּמַאי קָא מִיפַּלְגִי? רַבִּי יְהוּדָה סָבַר: תְּקִיעָה תְּרוּעָה תְּקִיעָה — אַחַת הִיא, וְרַבָּנַן סָבְרִי: תְּקִיעָה לְחוּד וּתְרוּעָה לְחוּד.
La Guemara demande : Quelle est la raison de l'opinion de Rabbi Yehouda ? Le verset dit : « Et vous sonnerez (outqaétem) une téroua » (Bamidbar 10, 5), et il est écrit : « Une téroua ils sonneront (yitqéou) » (Bamidbar 10, 6). [Comment la Torah emploie-t-elle un verbe de la racine de la tékia pour décrire la téroua ? Apparemment, une tékia et une téroua ensemble forment un seul coup.] Et les Sages, [comment interprètent-ils ces versets] ? Ce verset vient enseigner que chaque téroua est accompagnée d'un son simple et uni — une tékia — avant elle et après elle. La Guemara demande : Et Rabbi Yehouda, d'où tire-t-il qu'à chaque téroua doivent s'ajouter une tékia avant et une tékia après ? La Guemara explique : Il le tire du verset qui dit « et vous sonnerez une téroua une seconde fois » (Bamidbar 10, 6), ce qui indique une tékia supplémentaire.
מַאי טַעְמָא דְּרַבִּי יְהוּדָה? אָמַר קְרָא: ״וּתְקַעְתֶּם תְּרוּעָה״ (וּכְתִיב: ״תְּרוּעָה יִתְקְעוּ״, הָא כֵּיצַד? תְּקִיעָה וּתְרוּעָה — אַחַת הִיא). וְרַבָּנַן: הַהוּא לִפְשׁוּטָה לְפָנֶיהָ וּלְאַחֲרֶיהָ הוּא דַּאֲתָא (וְרַבִּי יְהוּדָה, לְפָנֶיהָ וּלְאַחֲרֶיהָ מְנָלֵיהּ? נָפְקָא לֵיהּ מִ״שֵּׁנִית״).
La Guemara demande : Et quelle est la raison de l'opinion des Sages ? Il est écrit : « Et pour rassembler l'assemblée, vous sonnerez une tékia mais vous ne sonnerez pas de téroua » (Bamidbar 10, 7). Or, si tu venais à penser qu'une tékia et une téroua ne comptent que pour un seul coup, le Miséricordieux dirait-Il d'accomplir la moitié d'une mitsva et de ne pas accomplir l'autre moitié ? [C'est donc que] chacune est une mitsva distincte. La Guemara demande : Et comment Rabbi Yehouda interprète-t-il ce verset ? La Guemara répond : Cette tékia isolée, mentionnée à propos du rassemblement de l'assemblée, ne venait que comme un simple signal [pour appeler les camps] et non pour l'accomplissement de la mitsva — laquelle, selon Rabbi Yehouda, vient toujours par groupes de trois.
וְרַבָּנַן, מַאי טַעְמַיְיהוּ? דִּכְתִיב: ״וּבְהַקְהִיל אֶת הַקָּהָל תִּתְקְעוּ וְלֹא תָרִיעוּ״, וְאִי סָלְקָא דַעְתָּךְ: תְּקִיעָה תְּרוּעָה — אַחַת הִיא, אָמַר רַחֲמָנָא פַּלְגָא דְּמִצְוָה עֲבֵיד וּפַלְגָא לָא עֲבֵיד?! וְרַבִּי יְהוּדָה: הָהוּא לְסִימָנָא בְּעָלְמָא הוּא דַּאֲתָא.