Guémara
…« mauvaises tout le jour » (Béréchit 6, 5) : tout au long du jour, les pensées et les désirs de l'homme tendent vers le mal. Rabbi Chimon ben Lakich a dit : le penchant au mal (yétser hara) de l'homme se renforce contre lui chaque jour et cherche à le faire mourir, ainsi qu'il est dit : « Le méchant guette le juste et cherche à le faire mourir » (Tehillim 37, 32) — le « méchant » désigne ici la méchanceté tapie au cœur de l'homme. Et si le Saint, béni soit-Il, ne lui venait pas en aide [par le bon penchant], l'homme ne pourrait en triompher, comme il est dit : « L'Éternel ne l'abandonnera pas en sa main et ne le condamnera pas lorsqu'il sera jugé » (Tehillim 37, 33).
רַע כׇּל הַיּוֹם״. אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ: יִצְרוֹ שֶׁל אָדָם מִתְגַּבֵּר עָלָיו בְּכׇל יוֹם וּמְבַקֵּשׁ לַהֲמִיתוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״צוֹפֶה רָשָׁע לַצַּדִּיק וּמְבַקֵּשׁ לַהֲמִיתוֹ״, וְאִלְמָלֵא הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא שֶׁעוֹזֵר לוֹ — אֵינוֹ יָכוֹל לוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״ה׳ לֹא יַעַזְבֶנּוּ בְיָדוֹ וְלֹא יַרְשִׁיעֶנּוּ בְּהִשָּׁפְטוֹ״.
L'école de Rabbi Yichmaël a enseigné : si ce gredin — le penchant au mal — t'accoste [pour t'inciter à fauter], traîne-le à la maison d'étude [le beit hamidrach] et étudie la Torah. S'il est dur comme la pierre, il se dissoudra [au contact de la Torah] ; s'il est dur comme le fer, il volera en éclats. [La guemara précise :] s'il est comme la pierre, il se dissoudra, car il est écrit : « Ô vous tous qui avez soif, venez vers l'eau » (Yechaya 55, 1) — l'« eau » désigne ici la Torah — et il est écrit : « Les pierres, l'eau les use » (Iyov 14, 19). S'il est comme le fer, il volera en éclats, car il est écrit : « Ma parole n'est-elle pas comme le feu, dit l'Éternel, et comme un marteau qui fait éclater le roc ? » (Yirmeya 23, 29).
תָּנָא דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל: אִם פָּגַע בְּךָ מְנֻוּוֹל זֶה — מׇשְׁכֵהוּ לְבֵית הַמִּדְרָשׁ. אִם אֶבֶן הוּא — נִימּוֹחַ, אִם בַּרְזֶל הוּא מִתְפּוֹצֵץ. אִם אֶבֶן הוּא נִימּוֹחַ, דִּכְתִיב: ״הוֹי כׇּל צָמֵא לְכוּ לַמַּיִם״, וּכְתִיב: ״אֲבָנִים שָׁחֲקוּ מַיִם״. אִם בַּרְזֶל הוּא מִתְפּוֹצֵץ, דִּכְתִיב: ״הֲלׂא כֹה דְבָרִי כָּאֵשׁ נְאֻם ה׳ וּכְפַטִּישׁ יְפוֹצֵץ סָלַע״.
Rabbi Chmouel bar Nahmani a dit au nom de Rabbi Yonatan : le penchant au mal incite l'homme à fauter en ce monde-ci, puis témoigne contre lui dans le monde à venir, comme il est dit : « Qui choie son serviteur dès l'enfance le verra à la fin devenir un manon » (Michlé 29, 21). Au début, dans la jeunesse, le penchant au mal — qui aurait dû rester asservi à l'homme — prend le dessus sur lui et le fait fauter ; puis, à la fin, ce même penchant devient son manon. Manon signifie « témoin », d'après l'alphabet codé de Rabbi Hiya [le at-bach, où l'on permute les lettres : alef avec tav, beit avec chin, etc.] : « témoin » (sahada) s'y écrit manon.
אָמַר רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי אָמַר רַבִּי יוֹנָתָן: יֵצֶר הָרָע מְסִיתוֹ לָאָדָם בָּעוֹלָם הַזֶּה, וּמֵעִיד עָלָיו לָעוֹלָם הַבָּא, שֶׁנֶּאֱמַר: ״מְפַנֵּק מִנּוֹעַר עַבְדּוֹ וְאַחֲרִיתוֹ יִהְיֶה מָנוֹן״ — שֶׁכֵּן בְּאַטְבַּ״ח שֶׁל רַבִּי חִיָּיא, קוֹרִין לְסָהֲדָה מָנוֹן.
Rav Houna releva une contradiction entre deux versets. Il est écrit : « Car un esprit de débauche les a fait s'égarer » (Hochéa 4, 12) — ce qui suggère que cet esprit n'est qu'un phénomène passager, étranger à la personne. Et il est aussi écrit : « Car l'esprit de débauche est au-dedans d'eux » (Hochéa 5, 4) — ce qui indique qu'il fait partie intégrante de la personne. [La guemara explique :] au début, il les fait s'égarer du dehors, et à la fin il est au-dedans d'eux.
רַב הוּנָא רָמֵי כְּתִיב: ״כִּי רוּחַ זְנוּנִים הִתְעָה״. וּכְתִיב: ״בְּקִרְבָּם״! בַּתְּחִלָּה הִתְעָם, וּלְבַסּוֹף בְּקִרְבָּם.
Rava a dit : au début le verset l'appelle « voyageur » [de passage], ensuite il l'appelle « hôte », et à la fin il l'appelle « homme » [signe de l'importance qu'il a prise, devenant maître de maison]. Comme il est dit dans la parabole de la brebis du pauvre, que le prophète Natan adressa à David : « Un voyageur arriva chez l'homme riche, et celui-ci s'épargna de prendre de son propre menu et gros bétail pour apprêter un repas à l'hôte » (II Chmouel 12, 4). Et il est écrit dans le même verset : « Il prit la brebis de l'homme pauvre et l'apprêta pour l'homme venu chez lui. » Autrement dit, le penchant au mal, qui commence comme un simple voyageur de passage, s'élève peu à peu en dignité [jusqu'à régner en maître].
אָמַר רָבָא: בַּתְּחִלָּה קְרָאוֹ ״הֵלֶךְ״, וּלְבַסּוֹף קְרָאוֹ ״אוֹרֵחַ״, וּלְבַסּוֹף קְרָאוֹ ״אִישׁ״, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיָּבֹא הֵלֶךְ לְאִישׁ הֶעָשִׁיר וַיַּחְמוֹל לָקַחַת מִצֹּאנוֹ וּמִבְּקָרוֹ לַעֲשׂוֹת לָאוֹרֵחַ״, וּכְתִיב: ״וַיִּקַּח אֶת כִּבְשַׂת הָאִישׁ הָרָשׁ וַיַּעֲשֶׂהָ לָאִישׁ הַבָּא אֵלָיו״.
Rabbi Yohanan a dit : l'homme possède un petit organe [l'organe de la relation conjugale] : qui l'affame le rassasie, qui le rassasie l'affame. Ainsi qu'il est dit : « Quand ils ont eu leur pâture, ils se sont rassasiés ; rassasiés, leur cœur s'est enorgueilli, et c'est pourquoi ils M'ont oublié » (Hochéa 13, 6).
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: אֵבֶר קָטָן יֵשׁ לוֹ לָאָדָם, מַרְעִיבוֹ — שָׂבֵעַ, מַשְׂבִּיעוֹ — רָעֵב, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כְּמַרְעִיתָם וַיִּשְׂבָּעוּ וְגוֹ׳״.
Rav Hana bar Aha a dit que l'on dit dans l'école de Rav : il y a quatre choses que le Saint, béni soit-Il, a créées et qu'Il regrette, pour ainsi dire, d'avoir créées [tant elles font plus de mal que de bien] ; les voici : l'exil (galout), les Kasdim [Chaldéens], les Yichmeélim [Ismaélites], et le penchant au mal. L'exil, car il est écrit : « Et maintenant, qu'ai-Je à faire ici, dit l'Éternel, puisque Mon peuple a été emmené pour rien… » (Yechaya 52, 5) — D.ieu Lui-même demande : qu'ai-Je à faire ici ? Les Kasdim, car il est écrit : « Voici le pays des Chaldéens : ce peuple n'était pas [n'aurait pas dû être] » (Yechaya 23, 13).
אָמַר רַב חָנָא בַּר אַחָא, אָמְרִי בֵּי רַב: אַרְבָּעָה מִתְחָרֵט עֲלֵיהֶן הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא שֶׁבְּרָאָם, וְאֵלּוּ הֵן: גָּלוּת, כַּשְׂדִּים, וְיִשְׁמְעֵאלִים, וְיֵצֶר הָרָע. גָּלוּת, דִּכְתִיב: ״וְעַתָּה מַה לִּי פֹה נְאֻם ה׳ כִּי לֻקַּח עַמִּי חִנָּם וְגוֹ׳״. כַּשְׂדִּים, דִּכְתִיב: ״הֵן אֶרֶץ כַּשְׂדִּים זֶה הָעָם לֹא הָיָה״.
Les Yichmeélim, car il est écrit : « Les tentes des pillards prospèrent, et la sécurité est à ceux qui provoquent D.ieu, à celui que D.ieu a fait venir par sa main » (Iyov 12, 6) — D.ieu a fait venir sur Lui-même ces Arabes qui demeurent sous la tente dans les déserts. Le penchant au mal, car il est écrit : « En ce jour, dit l'Éternel, Je rassemblerai celle qui boitait, Je recueillerai celle qui était bannie, et celle à qui J'avais fait du mal » (Mikha 4, 6) — D.ieu dit qu'Il a créé le penchant au mal, lequel a conduit le peuple à fauter et à être jeté en exil.
יִשְׁמְעֵאלִים, דִּכְתִיב: ״יִשְׁלָיוּ אֹהָלִים לְשׁוֹדְדִים וּבַטּוּחוֹת לְמַרְגִּיזֵי אֵל לַאֲשֶׁר הֵבִיא אֱלוֹהַּ בְּיָדוֹ״. יֵצֶר הָרָע, דִּכְתִיב: ״וַאֲשֶׁר הֲרֵעֹתִי״.
Rabbi Yohanan a dit : n'étaient ces trois versets [qui montrent que D.ieu maîtrise le cœur des hommes], les pieds des ennemis d'Israël — euphémisme pour Israël lui-même — auraient chancelé, incapables de supporter les conséquences de leurs fautes. Le premier, car il est écrit : « …et celle à qui J'avais fait du mal » (Mikha 4, 6) [marquant le regret de D.ieu]. Le deuxième, car il est écrit : « Voici, comme l'argile dans la main du potier, ainsi êtes-vous dans Ma main, maison d'Israël » (Yirmeya 18, 6). Et le troisième : « J'ôterai de votre chair le cœur de pierre et Je vous donnerai un cœur de chair » (Yehezkel 36, 26) — ce qui montre que la chose n'est pas seulement entre les mains de l'homme, mais aussi entre les mains de D.ieu.
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: אִלְמָלֵא שָׁלֹשׁ מִקְרָאוֹת הַלָּלוּ, נִתְמוֹטְטוּ רַגְלֵיהֶם שֶׁל שׂוֹנְאֵיהֶן שֶׁל יִשְׂרָאֵל. חַד, דִּכְתִיב: ״וַאֲשֶׁר הֲרֵעֹתִי״. וְחַד, דִּכְתִיב: ״הִנֵּה כַחוֹמֶר בְּיַד הַיּוֹצֵר כֵּן אַתֶּם וְגוֹ׳״. וְאִידַּךְ: ״וַהֲסִרֹתִי אֶת לֵב הָאֶבֶן מִבְּשַׂרְכֶם וְנָתַתִּי לָכֶם לֵב בָּשָׂר״.
Rav Papa a dit : cela se déduit aussi de ce verset : « Je mettrai Mon esprit au-dedans de vous, et Je ferai que vous suiviez Mes décrets, que vous gardiez Mes lois et les pratiquiez » (Yehezkel 36, 27).
רַב פָּפָּא אָמַר, אַף מֵהַאי נָמֵי: ״וְאֶת רוּחִי אֶתֵּן בְּקִרְבְּכֶם וְגוֹ׳״.
[À propos de la fin des temps, la guemara cite et interprète un autre verset.] Il est dit : « L'Éternel me fit voir quatre forgerons [harachim] » (Zekharia 2, 3). Qui sont ces quatre forgerons ? Rav Hana bar Bizna a dit au nom de Rabbi Chimon Hassida : ce sont le Machia'h fils de David, le Machia'h fils de Yossef, Éliyahou, et le Cohen-juste [qui officiera à l'ère messianique]. Rav Chéchet souleva une objection : s'il en est ainsi — si telle est l'identité des quatre forgerons — alors comment comprendre ce qui est écrit au verset précédent : « Et il me dit : Ce sont là les cornes qui ont dispersé Yehouda » (Zekharia 2, 4) ? Ces quatre-là viennent [châtier les ennemis d'Israël] et ne sont pas des libérateurs !
״וַיַּרְאֵנִי ה׳ אַרְבָּעָה חָרָשִׁים״, מַאן נִינְהוּ אַרְבָּעָה חָרָשִׁים? אָמַר רַב חָנָא בַּר בִּיזְנָא אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן חֲסִידָא: מָשִׁיחַ בֶּן דָּוִד, וּמָשִׁיחַ בֶּן יוֹסֵף, וְאֵלִיָּהוּ, וְכֹהֵן צֶדֶק. מֵתִיב רַב שֵׁשֶׁת: אִי הָכִי, הַיְינוּ דִּכְתִיב: ״וַיֹּאמֶר אֵלַי אֵלֶּה הַקְּרָנוֹת אֲשֶׁר זֵרוּ אֶת יְהוּדָה״, הָנֵי לְשׁוּבָה אָתוּ!
[Rav Hana] lui répondit : descends jusqu'à la fin du verset : « Ceux-ci sont venus pour les effrayer, pour abattre les cornes des nations qui ont levé la corne contre le pays de Yehouda afin de le disperser… » (Zekharia 2, 4). Cela montre que les « cornes » désignent les nations qui ont exilé Israël, et que les quatre forgerons viennent précisément renverser ces cornes. Rav Chéchet lui dit : pourquoi irais-je contredire Hana en matière d'aggada [où il est plus expert que moi et où je ne saurais l'emporter] ?
אֲמַר לֵיהּ, שְׁפֵיל לְסֵיפֵיהּ דִּקְרָא: ״וְיָבוֹאוּ אֵלֶּה לְהַחֲרִיד אוֹתָם לְיַדּוֹת אֶת קַרְנוֹת הַגּוֹיִם הַנּוֹשְׂאִים קֶרֶן אֶל אֶרֶץ יְהוּדָה לְזָרוֹתָהּ וְגוֹ׳״. אֲמַר לֵיהּ: בַּהֲדֵי חָנָא בְּאַגָּדְתָּא לְמָה לִי.