[Les hommes pieux et les hommes d'action dansaient devant le peuple] avec des torches enflammées qu'ils faisaient tournoyer dans leurs mains, et ils prononçaient devant eux des paroles de chants et de louanges à D.ieu. Et les Léviim [les Lévites] jouaient des kinnorot [lyres], des nevalim [harpes], des metsiltayim [cymbales], des hatsotserot [trompettes] et d'innombrables autres instruments de musique. Ils se tenaient sur les quinze marches qui descendent de la Cour des Israélites (Ezrat Israël) vers la Cour des Femmes (Ezrat Nachim), correspondant aux quinze « Cantiques des Degrés » des Tehilim [Psaumes 120 à 134] ; c'est sur ces marches que les Léviim se tenaient avec leurs instruments de musique pour réciter leur chant.
בַּאֲבוּקוֹת שֶׁל אוֹר שֶׁבִּידֵיהֶן, וְאוֹמְרִים לִפְנֵיהֶם דִּבְרֵי שִׁירוֹת וְתוּשְׁבָּחוֹת. וְהַלְוִיִּם בְּכִנּוֹרוֹת וּבִנְבָלִים וּבִמְצִלְתַּיִם וּבַחֲצוֹצְרוֹת וּבִכְלֵי שִׁיר בְּלֹא מִסְפָּר, עַל חֲמֵשׁ עֶשְׂרֵה מַעֲלוֹת הַיּוֹרְדוֹת מֵעֶזְרַת יִשְׂרָאֵל לְעֶזְרַת נָשִׁים, כְּנֶגֶד חֲמֵשׁ עֶשְׂרֵה (מַעֲלוֹת) שֶׁבַּתְּהִלִּים, שֶׁעֲלֵיהֶן לְוִיִּם עוֹמְדִין בִּכְלֵי שִׁיר וְאוֹמְרִים שִׁירָה.
Et voici le déroulement de la cérémonie de la libation de l'eau : deux Cohanim [prêtres] se tenaient à la Porte Supérieure (Chaar haElyon), celle qui descend de la Cour des Israélites vers la Cour des Femmes, deux trompettes à la main. Lorsque le coq chanta à l'aube (« kara haguéver »), ils sonnèrent une tekia, puis une teroua, puis de nouveau une tekia. Quand ceux qui allaient puiser l'eau atteignirent la dixième marche, ils sonnèrent une tekia, une teroua et une tekia, pour signaler que le moment de puiser l'eau à la source de Chiloah [la piscine de Siloé] était venu. Lorsqu'ils parvinrent à la Cour des Femmes, les bassins d'eau à la main, ils sonnèrent encore une tekia, une teroua et une tekia.
וְעָמְדוּ שְׁנֵי כֹהֲנִים בְּשַׁעַר הָעֶלְיוֹן שֶׁיּוֹרֵד מֵעֶזְרַת יִשְׂרָאֵל לְעֶזְרַת נָשִׁים, וּשְׁתֵּי חֲצוֹצְרוֹת בִּידֵיהֶן, קָרָא הַגֶּבֶר — תָּקְעוּ וְהֵרִיעוּ וְתָקְעוּ. הִגִּיעוּ לְמַעֲלָה עֲשִׂירִית — תָּקְעוּ וְהֵרִיעוּ וְתָקְעוּ. הִגִּיעוּ לָעֲזָרָה — תָּקְעוּ וְהֵרִיעוּ וְתָקְעוּ.
(Lorsqu'ils atteignirent le sol [de la Cour des Femmes], ils sonnèrent une tekia, une teroua et une tekia.) Ils continuaient à sonner [des trompettes] en avançant, jusqu'à parvenir à la porte qui ouvre vers l'orient — celle par laquelle on sort de la Cour des Femmes vers le versant oriental du Mont du Temple. Arrivés à cette porte tournée vers l'est, ils se retournaient, faisant volte-face de l'orient vers l'occident [en direction du Saint des Saints], et déclaraient : « Nos ancêtres qui se trouvaient en ce lieu [à l'époque du Premier Temple, et qui se conduisaient mal] se tenaient “le dos tourné vers le Sanctuaire de l'Éternel et la face vers l'orient, et ils se prosternaient vers l'orient, devant le soleil” (Yehezkel 8, 16) ; mais nous, c'est vers D.ieu que sont nos yeux. » Rabbi Yehouda dit qu'ils répétaient et disaient : « Nous sommes à D.ieu, et c'est vers D.ieu que sont nos yeux. »
(הִגִּיעוּ לַקַּרְקַע — תָּקְעוּ וְהֵרִיעוּ וְתָקְעוּ.) הָיוּ תּוֹקְעִין וְהוֹלְכִין עַד שֶׁמַּגִּיעִין לְשַׁעַר הַיּוֹצֵא מִמִּזְרָח. הִגִּיעוּ לְשַׁעַר הַיּוֹצֵא מִמִּזְרָח — הָפְכוּ פְּנֵיהֶן מִמִּזְרָח לְמַעֲרָב וְאָמְרוּ: אֲבוֹתֵינוּ שֶׁהָיוּ בַּמָּקוֹם הַזֶּה — ״אֲחוֹרֵיהֶם אֶל הַהֵיכָל וּפְנֵיהֶם קֵדְמָה וּמִשְׁתַּחֲוִים קֵדְמָה לַשֶּׁמֶשׁ״, וְאָנוּ לְיָהּ עֵינֵינוּ. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר, הָיוּ שׁוֹנִין וְאוֹמְרִין: אָנוּ לְיָהּ, וּלְיָהּ עֵינֵינוּ.
Guémara
GUEMARA : Les Sages ont enseigné [dans une baraïta] : Celui qui n'a jamais vu la Simhat Beit haChoéva [la réjouissance du puisage de l'eau] n'a jamais vu de réjouissance de sa vie. Celui qui n'a jamais vu Yerouchalayim [Jérusalem] dans sa splendeur n'a jamais vu de belle cité. Celui qui n'a jamais vu le Beit haMikdach [le Temple] dans son édifice achevé n'a jamais vu de construction magnifique. La Guemara demande : de quel édifice du Temple les Sages parlent-ils ? Abayé dit — et certains rapportent ce propos au nom de Rav Hisda — : il s'agit du magnifique édifice d'Hérode, qui rénova le Second Temple.
גְּמָ׳ תָּנוּ רַבָּנַן: מִי שֶׁלֹּא רָאָה שִׂמְחַת בֵּית הַשּׁוֹאֵבָה — לֹא רָאָה שִׂמְחָה מִיָּמָיו. מִי שֶׁלֹּא רָאָה יְרוּשָׁלַיִם בְּתִפְאַרְתָּהּ — לֹא רָאָה כְּרַךְ נֶחְמָד מֵעוֹלָם. מִי שֶׁלֹּא רָאָה בֵּית הַמִּקְדָּשׁ בְּבִנְיָנוֹ — לֹא רָאָה בִּנְיָן מְפוֹאָר מֵעוֹלָם. מַאי הִיא? אָמַר אַבָּיֵי וְאִיתֵּימָא רַב חִסְדָּא: זֶה בִּנְיַן הוֹרְדוֹס.
La Guemara demande : avec quels matériaux le construisit-il ? Rava dit : avec des pierres de marbre vert-gris et de marbre blanc (marmara). D'autres disent : avec des pierres de marbre bleu et de marbre blanc. On disposait les rangées de pierres en faisant saillir légèrement une rangée et en retrait légèrement la suivante, afin que l'enduit [de plâtre] adhère mieux. [Hérode] songea à plaquer le Temple d'or, mais les Sages lui dirent : « Laisse-le ainsi, ne le plaque pas, car il est plus beau de la sorte » — car, avec l'alternance des teintes et le décalage des rangées de pierres, l'édifice avait l'aspect des vagues de la mer.
בְּמַאי בַּנְיֵהּ? אָמַר (רָבָא): בְּאַבְנֵי שֵׁישָׁא וּמַרְמְרָא. אִיכָּא דְּאָמְרִי: בְּאַבְנֵי שֵׁישָׁא כּוּחְלָא וּמַרְמְרָא. אַפֵּיק שָׂפָה וְעַיֵּיל שָׂפָה, כִּי הֵיכִי דִּלְקַבֵּל סִידָא. סְבַר לְמִשְׁעֲיֵיהּ בְּדַהֲבָא, אֲמַרוּ לֵיהּ רַבָּנַן: שִׁבְקֵיהּ, דְּהָכִי שַׁפִּיר טְפֵי, דְּמִיתְחֲזֵי כְּאִדְוָתָא דְיַמָּא.
Il est enseigné dans une baraïta que Rabbi Yehouda dit : Celui qui n'a jamais vu la grande synagogue (deyofloston) d'Alexandrie d'Égypte n'a jamais vu la gloire d'Israël. On a dit que sa structure était comme une grande basilique (basileki), avec une colonnade à l'intérieur d'une colonnade. Il y avait parfois là six cent mille hommes, et autant encore — soit le double de ceux qui sortirent d'Égypte. Et il s'y trouvait soixante et onze sièges (katedraot) d'or, correspondant aux soixante et onze membres du Grand Sanhédrin, chacun valant au moins vingt et un mille talents d'or. Au centre se dressait une estrade de bois (bima), sur laquelle se tenait le bedeau de la synagogue (hazan haknesset), un fanion (soudar) à la main. Et comme la synagogue était si vaste que le peuple ne pouvait entendre l'office, lorsque l'officiant atteignait la fin d'une bénédiction appelant l'assemblée à répondre amen, le bedeau agitait le fanion et tout le peuple répondait amen.
תַּנְיָא, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: מִי שֶׁלֹּא רָאָה דְּיוֹפְּלוּסְטוֹן שֶׁל אֲלֶכְּסַנְדְּרִיָּא שֶׁל מִצְרַיִם, לֹא רָאָה בִּכְבוֹדָן שֶׁל יִשְׂרָאֵל. אָמְרוּ: כְּמִין בָּסִילְקֵי גְּדוֹלָה הָיְתָה, סְטָיו לְפָנִים מִסְּטָיו. פְּעָמִים שֶׁהָיוּ בָּהּ (שִׁשִּׁים רִבּוֹא עַל שִׁשִּׁים רִבּוֹא), כִּפְלַיִם כְּיוֹצְאֵי מִצְרַיִם. וְהָיוּ בָּהּ שִׁבְעִים וְאַחַת קָתֶדְרָאוֹת שֶׁל זָהָב, כְּנֶגֶד שִׁבְעִים וְאַחַת שֶׁל סַנְהֶדְרִי גְּדוֹלָה, כׇּל אַחַת וְאַחַת אֵינָהּ פְּחוּתָה מֵעֶשְׂרִים וְאֶחָד רִבּוֹא כִּכְּרֵי זָהָב. וּבִימָה שֶׁל עֵץ בְּאֶמְצָעִיתָהּ, וְחַזַּן הַכְּנֶסֶת עוֹמֵד עָלֶיהָ וְהַסּוּדָרִין בְּיָדוֹ. וְכֵיוָן שֶׁהִגִּיעַ לַעֲנוֹת אָמֵן, הַלָּה מֵנִיף בַּסּוּדָר וְכׇל הָעָם עוֹנִין אָמֵן.
Et les gens des différents métiers ne s'asseyaient pas mêlés les uns aux autres : les orfèvres siégeaient entre eux, les argentiers entre eux, les forgerons [du fer] entre eux, les chaudronniers [du cuivre] entre eux, et les tisserands entre eux. Ainsi, lorsqu'un pauvre étranger entrait là, il reconnaissait les gens de son propre métier et allait se joindre à eux ; et c'est de là qu'il tirait sa subsistance et celle des membres de sa maison [ses collègues lui procurant du travail].
וְלֹא הָיוּ יוֹשְׁבִין מְעוֹרָבִין, אֶלָּא זֶהָבִין בִּפְנֵי עַצְמָן וְכַסָּפִין בִּפְנֵי עַצְמָן וְנַפָּחִין בִּפְנֵי עַצְמָן וְטַרְסִיִּים בִּפְנֵי עַצְמָן וְגַרְדִיִּים בִּפְנֵי עַצְמָן. וּכְשֶׁעָנִי נִכְנָס שָׁם, הָיָה מַכִּיר בַּעֲלֵי אוּמָּנֻתוֹ וְנִפְנֶה שָׁם. וּמִשָּׁם פַּרְנָסָתוֹ וּפַרְנָסַת אַנְשֵׁי בֵיתוֹ.
[Après avoir dépeint la gloire de cette synagogue, la Guemara rapporte que] Abayé dit : Et tous [ceux qui s'y rassemblaient] furent tués par Alexandre de Macédoine. La Guemara demande : pour quelle raison furent-ils punis [et tués] ? Parce qu'ils transgressèrent ce verset [relatif à l'Égypte] : « Vous ne reprendrez plus jamais ce chemin » (Devarim 17, 16) — et eux, ils y étaient retournés [pour s'y établir à demeure].
אָמַר אַבָּיֵי: וְכוּלְּהוּ קַטְלִינְהוּ אָלֶכְּסַנְדְּרוֹס מוֹקְדֹּן. מַאי טַעְמָא אִיעֲנוּשׁ? מִשּׁוּם דְּעָבְרִי אַהַאי קְרָא: ״לָא תוֹסִיפוּן לָשׁוּב בַּדֶּרֶךְ הַזֶּה עוֹד״, וְאִינְהוּ הֲדוּר אֲתוֹ.
Lorsque [Alexandre] arriva, il les trouva en train de lire dans le rouleau de la Torah le verset : « L'Éternel amènera contre toi une nation lointaine, du bout de la terre, comme fond le vautour ; une nation dont tu ne comprendras pas la langue » (Devarim 28, 49). Il dit, se rapportant à lui-même : « Voici : alors que cet homme [moi] comptait venir par bateau en dix jours, un vent l'a porté et le navire est arrivé en cinq jours seulement [— le vautour qui fond, c'est donc moi, et le Ciel me prête main-forte]. » Aussitôt, il se jeta sur eux et les massacra.
כִּי אֲתָא, אַשְׁכְּחִינְהוּ דַּהֲווֹ קָרוּ בְּסִיפְרָא: ״יִשָּׂא ה׳ עָלֶיךָ גּוֹי מֵרָחוֹק״, אֲמַר: מִכְּדֵי הָהוּא גַּבְרָא בָּעֵי לְמֵיתֵי סְפִינְתָּא בְּעַשְׂרָה יוֹמֵי, דַּלְיַהּ זִיקָא וְאָתֵי סְפִינְתָּא בְּחַמְשָׁא יוֹמֵי — נְפַל עֲלַיְיהוּ וְקַטְלִינְהוּ.
« À l'issue du premier jour de fête, etc. » [La Michna poursuit : à l'issue du premier jour de Yom Tov, les Cohanim et les Léviim descendaient de la Cour des Israélites vers la Cour des Femmes, où ils opéraient un grand aménagement (tikkoun gadol).] La Guemara demande : quel est ce grand aménagement ? Rabbi Eléazar dit qu'il est tel que nous l'avons appris [dans une autre michna] : les murs de la Cour des Femmes étaient lisses, sans saillies, à l'origine. Par la suite, on fixa des saillies au mur qui entoure la Cour des Femmes. [Chaque année,] pour la Simhat Beit haChoéva, on posait des planches de bois sur ces avancées et l'on entourait la cour d'une galerie (gezouztra) ; et l'on institua que les femmes s'assiéraient en haut et les hommes en bas.
בְּמוֹצָאֵי יוֹם טוֹב כּוּ׳. מַאי תִּיקּוּן גָּדוֹל? אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: כְּאוֹתָהּ שֶׁשָּׁנִינוּ: חֲלָקָה הָיְתָה בָּרִאשׁוֹנָה. וְהִקִּיפוּהָ גְּזוּזְטְרָא, וְהִתְקִינוּ שֶׁיְּהוּ נָשִׁים יוֹשְׁבוֹת מִלְמַעְלָה וַאֲנָשִׁים מִלְּמַטָּה.
Les Sages ont enseigné dans la Tossefta : À l'origine, les femmes se tenaient à l'intérieur [de la Cour des Femmes, plus près du Sanctuaire, à l'ouest], et les hommes à l'extérieur [dans la cour et sur le rempart] ; et l'on en venait à de la légèreté [un relâchement de tenue, car les hommes devaient passer plus avant lors des sacrifices et se mêlaient ainsi aux femmes]. On institua donc que les femmes s'assiéraient à l'extérieur et les hommes à l'intérieur ; mais l'on en venait encore à de la légèreté. On institua alors [pour une séparation complète] que les femmes s'assiéraient en haut et les hommes en bas.
תָּנוּ רַבָּנַן: בָּרִאשׁוֹנָה הָיוּ נָשִׁים מִבִּפְנִים וַאֲנָשִׁים מִבַּחוּץ, וְהָיוּ בָּאִים לִידֵי קַלּוּת רֹאשׁ. הִתְקִינוּ שֶׁיְּהוּ נָשִׁים יוֹשְׁבוֹת מִבַּחוּץ וַאֲנָשִׁים מִבִּפְנִים, וַעֲדַיִין הָיוּ בָּאִין לִידֵי קַלּוּת רֹאשׁ. הִתְקִינוּ שֶׁיְּהוּ נָשִׁים יוֹשְׁבוֹת מִלְּמַעְלָה וַאֲנָשִׁים מִלְּמַטָּה.
La Guemara demande : comment pouvait-on agir ainsi, c'est-à-dire modifier la structure du Temple ? N'est-il pas pourtant écrit, au sujet du Temple : « Tout cela [est consigné] par écrit, de la main de l'Éternel qui m'a instruit, tous les ouvrages de ce plan » (Divrei haYamim I 28, 19) — ce qui signifie que tous les plans de construction du Temple furent inspirés par D.ieu ? Comment, dès lors, les Sages purent-ils y instituer des changements ?
הֵיכִי עֲבִיד הָכִי? וְהָכְתִיב: ״הַכֹּל בִּכְתָב מִיַּד ה׳ עָלַי הִשְׂכִּיל״.