Guémara
[Suite de l'enseignement sur la nature des bénédictions :] un récipient déjà plein, lui, ne peut plus contenir ce qu'on voudrait y ajouter. Mais la mesure du Saint, béni soit-Il, est inverse : à celui qui est un récipient plein — riche en savoir et en bonnes qualités — Il en ajoute encore, et il le contient ; tandis que celui qui est un récipient vide ne contient rien. Cela est suggéré par le verset : « Et il adviendra, si tu écoutes, oui, si tu écoutes [chamoa tichma] la voix de l'Éternel ton D.ieu, en veillant à accomplir tous Ses commandements » (Devarim 28, 1). On l'interprète de façon homilétique : « si tu écoutes [chamoa] » dès à présent, alors « tu écouteras [tichma] » aussi à l'avenir ; mais si tu n'écoutes pas maintenant, tu n'écouteras pas non plus. Autre explication : « si tu écoutes [chamoa] » l'ancien — c'est-à-dire si tu révises ce que tu as déjà appris — alors « tu écouteras [tichma] » aussi le nouveau. En revanche, « si ton cœur se détourne » (Devarim 30, 17), tu ne pourras plus écouter.
מַחֲזִיק, מָלֵא — אֵינוֹ מַחֲזִיק. אֲבָל מִדַּת הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: מָלֵא — מַחֲזִיק, רֵיקָן — אֵינוֹ מַחֲזִיק, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְהָיָה אִם שָׁמוֹעַ תִּשְׁמַע וְגוֹ׳״. ״אִם שָׁמוֹעַ״ — ״תִּשְׁמַע״. וְאִם לָאו — לֹא תִּשְׁמַע. דָּבָר אַחֵר: ״אִם שָׁמוֹעַ״ — בְּיָשָׁן, ״תִּשְׁמַע״ — בְּחָדָשׁ. ״וְאִם יִפְנֶה לְבָבְךָ״ — שׁוּב לֹא תִשְׁמָע.
MICHNA (suite) : « Aussitôt [le septième jour], les enfants détachent leurs loulavim et mangent leurs etrogim. » [La Guemara revient sur cette phrase.] Rabbi Yohanan a dit : il est interdit de tirer profit de l'etrog le septième jour de la fête de Soukot [même après l'accomplissement de la mitsva] ; le huitième jour, en revanche, c'est permis. Quant à la souka, il est interdit d'en tirer profit même le huitième jour. Reish Lakish, lui, a dit : il est permis de tirer profit de l'etrog même le septième jour, une fois la mitsva accomplie.
מִיָּד תִּינוֹקוֹת וְכוּ׳. אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: אֶתְרוֹג בַּשְּׁבִיעִי — אָסוּר, בַּשְּׁמִינִי — מוּתָּר. סוּכָּה — אֲפִילּוּ בַּשְּׁמִינִי, אֲסוּרָה. וְרֵישׁ לָקִישׁ אָמַר: אֶתְרוֹג — אֲפִילּוּ בַּשְּׁבִיעִי נָמֵי מוּתָּר.
GUEMARA : Sur quoi porte au juste leur désaccord ? L'un des Sages, Reish Lakish, estime que l'etrog n'a été réservé que pour sa mitsva : une fois celle-ci accomplie, plus rien n'empêche de le manger le septième jour. L'autre Sage, Rabbi Yohanan, estime qu'il a été réservé pour la journée entière ; aussi n'a-t-on pas le droit d'en tirer profit, même après avoir accompli la mitsva.
בְּמַאי קָא מִיפַּלְגִי? מָר סָבַר: לְמִצְוָתַהּ אִתַּקְצַאי, וּמַר סָבַר: כּוּלֵּי יוֹמָא אִתַּקְצַאי.
Reish Lakish objecta à Rabbi Yohanan, à partir de la MISHNA : « Aussitôt [la mitsva accomplie], les enfants détachent leurs loulavim et mangent leurs etrogim. » N'est-ce pas qu'il en va de même pour les etrogim des adultes, qu'il serait donc permis de manger eux aussi ? [Preuve qu'on peut tirer profit de l'etrog dès la mitsva accomplie.] Rabbi Yohanan rejeta l'objection : non, la Michna parle spécifiquement des enfants, lesquels ne sont pas tenus à la mitsva par la loi de la Torah [leur etrog n'a donc jamais été réservé] ; mais les etrogim des adultes, eux, ont bien été réservés pour la journée entière.
אֵיתִיבֵיהּ רֵישׁ לָקִישׁ לְרַבִּי יוֹחָנָן: מִיָּד תִּינוֹקוֹת שׁוֹמְטִין אֶת לוּלְבֵיהֶן וְאוֹכְלִין אֶתְרוֹגֵיהֶן. מַאי לָאו, הוּא הַדִּין לִגְדוֹלִים! לָא, תִּינוֹקוֹת דַּוְקָא.
Certains rapportent une autre version de cet échange entre Rabbi Yohanan et Reish Lakish. C'est Rabbi Yohanan qui objecta à Reish Lakish, à partir de la MISHNA : « Aussitôt [la mitsva accomplie], les enfants détachent leurs loulavim et mangent leurs etrogim. » On peut en déduire par inférence : les etrogim des enfants, oui, on peut les manger ; mais ceux des adultes, non, on ne le peut pas avant la fin de la fête [ce qui contredit Reish Lakish]. Reish Lakish répondit : il en va de même pour les etrogim des adultes — il serait permis de les manger eux aussi ; et si la Michna mentionne précisément les enfants, c'est qu'elle décrit le déroulement habituel des choses, car ce sont les enfants qui se réjouissent à manger les etrogim.
אִיכָּא דְּאָמְרִי, אֵיתִיבֵיהּ רַבִּי יוֹחָנָן לְרֵישׁ לָקִישׁ: מִיָּד הַתִּינוֹקוֹת שׁוֹמְטִין אֶת לוּלְבֵיהֶן וְאוֹכְלִין אֶתְרוֹגֵיהֶן. תִּינוֹקוֹת — אִין, גְּדוֹלִים לָא! הוּא הַדִּין דַּאֲפִילּוּ גְּדוֹלִים, וְהַאי דְּקָתָנֵי תִּינוֹקוֹת — אוֹרְחָא דְּמִלְּתָא קָתָנֵי.
Rav Papa dit à Abaye : selon Rabbi Yohanan, qui tient qu'un objet réservé à une mitsva l'est pour la journée entière, en quoi la souka est-elle différente — au point d'être interdite même le huitième jour — et en quoi l'etrog est-il différent [puisque lui devient permis le huitième jour] ?
אֲמַר לֵיהּ רַב פָּפָּא לְאַבָּיֵי: לְרַבִּי יוֹחָנָן, מַאי שְׁנָא סוּכָּה, מַאי שְׁנָא אֶתְרוֹג?
Abaye lui répondit : la souka, elle, demeure apte à servir même durant le crépuscule [bein hachemachot] à l'issue du septième jour ; car si un repas se présentait à lui à ce moment-là, il serait tenu de s'asseoir dans la souka et d'y manger. La souka reste donc réservée à la mitsva pour la durée du crépuscule, et puisqu'elle est réservée durant ce crépuscule, elle l'est pour le huitième jour tout entier. [En effet, le statut du crépuscule est incertain : il pourrait déjà appartenir au huitième jour ; or, dès lors que la souka est réservée pour ce possible début du huitième jour, elle l'est pour le huitième jour entier.] L'etrog, en revanche, n'est plus apte à servir durant le crépuscule [une fois la mitsva accomplie le matin] : il n'est donc pas réservé pendant ce crépuscule, et n'est par conséquent pas réservé pour le huitième jour entier.
אֲמַר לֵיהּ: סוּכָּה דְּחַזְיָא לְבֵין הַשְּׁמָשׁוֹת, דְּאִי אִיתְרְמִי לֵיהּ סְעוֹדְתָּא בָּעֵי מֵיתַב בְּגַוַּוהּ וּמֵיכַל (בַּהּ) בְּגַוַּוהּ, אִתַּקְצַאי לְבֵין הַשְּׁמָשׁוֹת, וּמִיגּוֹ דְּאִתַּקְצַאי לְבֵין הַשְּׁמָשׁוֹת — אִתַּקְצַאי לְכוּלֵּי יוֹמָא דִּשְׁמִינִי. אֶתְרוֹג, דְּלָא חֲזֵי לְבֵין הַשְּׁמָשׁוֹת — לָא אִתַּקְצַאי לְבֵין הַשְּׁמָשׁוֹת, וְלָא אִתַּקְצַאי לְכוּלֵּי יוֹמָא דִּשְׁמִינִי.
Levi, lui, a dit : il est interdit d'utiliser l'etrog même le huitième jour. Le père de Chmouel a dit : il est interdit d'utiliser l'etrog le septième jour, mais c'est permis le huitième. La Guemara note que, finalement, le père de Chmouel revint sur son opinion et adopta celle de Levi. Rabbi Zeira, en revanche, adopta l'opinion [initiale] du père de Chmouel, car Rabbi Zeira a dit : un etrog devenu passoul [invalide pour quelque raison que ce soit] reste interdit à la consommation durant les sept jours, puisqu'il avait été réservé à la mitsva jusqu'à la fin de la fête.
וְלֵוִי אָמַר: אֶתְרוֹג אֲפִילּוּ בַּשְּׁמִינִי אָסוּר, וַאֲבוּהּ דִּשְׁמוּאֵל אָמַר: אֶתְרוֹג בַּשְּׁבִיעִי אָסוּר, בַּשְּׁמִינִי מוּתָּר. קָם אֲבוּהּ דִּשְׁמוּאֵל בְּשִׁיטְתֵיהּ דְּלֵוִי, קָם רַבִּי זֵירָא בְּשִׁיטְתֵיהּ דַּאֲבוּהּ דִּשְׁמוּאֵל. דְּאָמַר רַבִּי זֵירָא: אֶתְרוֹג שֶׁנִּפְסְלָה — אָסוּר לְאוֹכְלָהּ כׇּל שִׁבְעָה.
Rabbi Zeira a dit : qu'on ne transfère pas la propriété des quatre espèces à un enfant par voie de don, le premier jour de la fête. Quelle en est la raison ? C'est que, s'agissant d'acquérir, un enfant est capable d'acquérir un objet ; mais s'agissant de transférer la propriété, il n'est pas capable de la transférer à autrui. Autrement dit, un enfant peut légalement recevoir un bien qu'on lui donne, mais il n'a pas le discernement juridique pour en transmettre la propriété à un autre. Dès lors, si un adulte donne à l'enfant les quatre espèces avant d'avoir lui-même accompli la mitsva, l'enfant ne pourra pas lui en restituer la propriété ; et il se trouvera alors que l'adulte s'acquitte de son obligation avec un loulav qui n'est pas le sien.
אָמַר רַבִּי זֵירָא: לָא לִיקְנֵי אִינִישׁ הוֹשַׁעְנָא לְיָנוֹקָא בְּיוֹמָא טָבָא קַמָּא. מַאי טַעְמָא? דְּיָנוֹקָא מִקְנֵא קָנֵי, אַקְנוֹיֵי לָא מַקְנֵי. וְאִשְׁתְּכַח דְּקָא נָפֵיק בְּלוּלָב שֶׁאֵינוֹ שֶׁלּוֹ.
Et Rabbi Zeira a dit : qu'on ne dise pas à un enfant « je vais te donner telle chose » pour ensuite ne pas la lui donner, car on en vient ainsi à lui apprendre le mensonge, comme il est dit : « Ils ont habitué leur langue à proférer le mensonge » (Yirmeyahou 9, 4). [Il ne faut pas accoutumer un enfant à ce que des engagements ne soient pas tenus.]
וְאָמַר רַבִּי זֵירָא: לָא לֵימָא אִינִישׁ לְיָנוֹקָא ״דְּיָהֵיבְנָא לָךְ מִידֵּי״ וְלָא יָהֵיב לֵיהּ, מִשּׁוּם דְּאָתֵי לְאַגְמוֹרֵיהּ שִׁיקְרָא, שֶׁנֶּאֱמַר: ״לִמְּדוּ לְשׁוֹנָם דַּבֶּר שֶׁקֶר״.
[La Guemara note :] et d'autres Amoraïm divergent à propos de la question même qui opposait Rabbi Yohanan et Rabbi Chimon ben Lakish [Reish Lakish], car il a été enseigné : si quelqu'un a mis de côté sept etrogim pour les sept jours de la fête [un par jour], Rav a dit : avec chacun d'eux il s'acquitte de son obligation, puis il peut le manger aussitôt [le jour même]. Et Rav Assi a dit : avec chacun d'eux il s'acquitte de son obligation, mais il ne peut le manger que le lendemain. Sur quel principe divergent-ils ? L'un, Rav, estime que l'etrog n'a été réservé que pour sa mitsva : une fois celle-ci accomplie, il n'est plus interdit d'en tirer profit. L'autre, Rav Assi, estime qu'il a été réservé pour la journée entière : il reste interdit d'en tirer profit jusqu'à la fin du jour, même après avoir accompli la mitsva.
וּבִפְלוּגְתָּא דְּרַבִּי יוֹחָנָן וְרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ. דְּאִיתְּמַר: הִפְרִישׁ שִׁבְעָה אֶתְרוֹגִין לְשִׁבְעָה יָמִים, אָמַר רַב: כׇּל אַחַת וְאַחַת יוֹצֵא בָּהּ וְאוֹכְלָהּ לְאַלְתַּר, וְרַב אַסִּי אָמַר: כׇּל אַחַת וְאַחַת יוֹצֵא בָּהּ וְאוֹכְלָהּ לְמָחָר. בְּמַאי קָא מִיפַּלְגִי? מָר סָבַר: לְמִצְוָתַהּ אִתַּקְצַאי. וּמַר סָבַר: לְכוּלֵּי יוֹמָא אִתַּקְצַאי.
La Guemara demande : et nous qui, [hors de la Terre d'Israël,] avons deux jours de fête — par incertitude sur la question de savoir si le huitième jour n'est pas en réalité le septième jour de Soukot —, comment agissons-nous quant au profit qu'on peut tirer des quatre espèces ? Abaye a dit : le huitième jour, qui pourrait être le septième, c'est interdit — car, du fait de ce doute, ce jour conserve la sainteté de Soukot ; mais le neuvième jour, qui pourrait être le huitième, c'est assurément permis. Mareimar a dit : même le huitième jour, qui pourrait être le septième, c'est permis [car ce jour est aussi le premier de Chemini Atséret, et nulle trace de la sainteté de la fête de Soukot ne s'y attache].
וַאֲנַן דְּאִית לַן תְּרֵי יוֹמֵי, הֵיכִי עָבְדִינַן? אָמַר אַבָּיֵי: שְׁמִינִי סְפֵק שְׁבִיעִי — אָסוּר, תְּשִׁיעִי סְפֵק שְׁמִינִי — מוּתָּר. מָרִימָר אָמַר: אֲפִילּוּ שְׁמִינִי סְפֵק שְׁבִיעִי — מוּתָּר.