[La Guemara poursuit l'explication de l'opinion enseignée plus haut, selon laquelle la nouvelle récolte n'est permise qu'à l'issue du seizième jour de Nissan.] Le verset dit : « Vous ne mangerez ni pain, ni grain grillé, ni épis frais, jusqu'au jour même [étsem] où vous aurez apporté l'offrande de votre D.ieu » (Vayikra 23, 14). Cela indique : jusqu'au cœur même [itsoumo] du jour, et non dès la nuit qui précède. Et ce Sage tient que, lorsque le verset dit « jusqu'à » [ad], le terme « jusqu'à » est inclusif — c'est-à-dire que le grain n'est permis qu'après la fin complète du seizième jour.
״עַד עֶצֶם הַיּוֹם הַזֶּה״ — עַד עִיצּוּמוֹ שֶׁל יוֹם, וְקָסָבַר ״עַד״ וְעַד בַּכְּלָל.
La Guemara demande : et Rabban Yohanan ben Zakkaï tient-il vraiment comme Rabbi Yehouda ? Mais il est en désaccord avec lui ! Ainsi qu'il est enseigné dans une baraïta : lorsque le Temple fut détruit, Rabban Yohanan ben Zakkaï institua que, durant tout le jour où l'on agitait le omer [le 16 Nissan], il soit interdit de consommer le grain de la nouvelle récolte. Rabbi Yehouda lui objecta : mais cela n'est-il pas déjà interdit par la Torah elle-même, puisqu'il est écrit « jusqu'au jour même », ce qui signifie : jusqu'au cœur du jour ? [Il ressort de là que les deux Sages divergent.]
וּמִי סָבַר לֵיהּ כְּווֹתֵיהּ? וְהָא מִפְלָיג פְּלִיג עֲלֵיהּ, (דְּתַנְיָא:) מִשֶּׁחָרַב בֵּית הַמִּקְדָּשׁ, הִתְקִין רַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי שֶׁיְּהֵא יוֹם הֶנֶף כּוּלּוֹ אָסוּר, אָמַר לוֹ רַבִּי יְהוּדָה: וַהֲלֹא מִן הַתּוֹרָה הוּא אָסוּר, דִּכְתִיב: ״עַד עֶצֶם הַיּוֹם הַזֶּה״ — עַד עִיצּוּמוֹ שֶׁל יוֹם!
La Guemara répond : c'est Rabbi Yehouda qui se trompe [sur la portée des paroles de Rabban Yohanan ben Zakkaï]. Il a cru que Rabban Yohanan ben Zakkaï parlait d'un interdit d'ordre rabbinique. Or il n'en est rien : Rabban Yohanan ben Zakkaï parle bien d'un interdit de la Torah. La Guemara objecte : mais [la michna] dit « il institua » [hitkine], formule qui désigne une ordonnance rabbinique ! La Guemara répond : que signifie ici « il institua » ? Cela veut dire qu'il exposa [le sens des] versets de la Torah et institua une proclamation publique, afin que la multitude se conduise en conséquence.
רַבִּי יְהוּדָה הוּא דְּקָא טָעֵי, הוּא סָבַר מִדְּרַבָּנַן קָאָמַר. וְלָא הִיא, מִדְּאוֹרָיְיתָא קָאָמַר. וְהָא ״הִתְקִין״ קָאָמַר! מַאי ״הִתְקִין״ — דָּרַשׁ וְהִתְקִין.
Mishna 1
MICHNA : Lorsque le premier jour de la fête [de Souccot] tombe un Chabbat, tout le peuple porte ses loulavim à la synagogue [dès la veille de Chabbat, car il est interdit de porter dans le domaine public le Chabbat]. Le lendemain [le Chabbat], chacun se lève tôt et vient [à la synagogue] : chacun reconnaît le sien et le prend. [Cette insistance — chacun reconnaît le sien et le prend] tient à ce que les Sages ont dit : un homme ne s'acquitte pas de son obligation, le premier jour de la fête, avec le loulav d'autrui ; mais les autres jours de la fête, un homme s'acquitte de son obligation même avec le loulav d'autrui. Rabbi Yossef dit : si le premier jour de la fête tombe un Chabbat, et qu'un homme oublie et porte le loulav dans le domaine public, il est exempt [de l'obligation d'apporter un sacrifice expiatoire pour cette transgression involontaire], car il l'a porté avec une forme de permission [étant tout absorbé par l'accomplissement de la mitsva].
מַתְנִי׳ יוֹם טוֹב הָרִאשׁוֹן שֶׁל חַג שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּשַׁבָּת, כׇּל הָעָם מוֹלִיכִין אֶת לוּלְבֵיהֶן לְבֵית הַכְּנֶסֶת. לַמׇּחֳרָת מַשְׁכִּימִין וּבָאִין, כׇּל אֶחָד וְאֶחָד מַכִּיר אֶת שֶׁלּוֹ וְנוֹטְלוֹ, מִפְּנֵי שֶׁאָמְרוּ חֲכָמִים: אֵין אָדָם יוֹצֵא יְדֵי חוֹבָתוֹ בְּיוֹם טוֹב הָרִאשׁוֹן בְּלוּלָבוֹ שֶׁל חֲבֵירוֹ, וּשְׁאָר יְמוֹת הַחַג — אָדָם יוֹצֵא יְדֵי חוֹבָתוֹ בְּלוּלָבוֹ שֶׁל חֲבֵירוֹ. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: יוֹם טוֹב הָרִאשׁוֹן שֶׁל חַג שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּשַׁבָּת, וְשָׁכַח וְהוֹצִיא אֶת הַלּוּלָב לִרְשׁוּת הָרַבִּים — פָּטוּר, מִפְּנֵי שֶׁהוֹצִיאוֹ בִּרְשׁוּת.(משנה)
Guémara
GUEMARA : D'où ces choses [sont-elles tirées — qu'on ne s'acquitte pas, le premier jour, avec le loulav d'autrui] ? C'est comme l'ont enseigné nos Maîtres, car il est écrit : « Vous prendrez pour vous, le premier jour, le fruit d'un bel arbre, des branches de palmier, des rameaux d'un arbre touffu et des saules de torrent » (Vayikra 23, 40). L'emploi du pluriel dans « vous prendrez » indique qu'il doit y avoir une prise dans la main de chacun et chacun. Le mot « pour vous » [lakhem], dans « vous prendrez pour vous », signifie : de ce qui est à vous — pour exclure un loulav emprunté ou volé. De là les Sages ont dit : un homme ne s'acquitte pas de son obligation, le premier jour de la fête, avec le loulav d'autrui, à moins que celui-ci ne le lui ait donné en don [véritable], car alors il lui appartient.
גְּמָ׳ מְנָא הָנֵי מִילֵּי? דְּתָנוּ רַבָּנַן: ״וּלְקַחְתֶּם״, שֶׁתְּהֵא לְקִיחָה בְּיַד כׇּל אֶחָד וְאֶחָד. ״לָכֶם״, מִשֶּׁלָּכֶם — לְהוֹצִיא אֶת הַשָּׁאוּל וְאֶת הַגָּזוּל. מִכָּאן אָמְרוּ חֲכָמִים: אֵין אָדָם יוֹצֵא יְדֵי חוֹבָתוֹ בְּיוֹם טוֹב הָרִאשׁוֹן שֶׁל חַג בְּלוּלָבוֹ שֶׁל חֲבֵירוֹ אֶלָּא אִם כֵּן נְתָנוֹ לוֹ בְּמַתָּנָה.
Et il advint un fait concernant Rabban Gamliel, Rabbi Yehochoua, Rabbi Eléazar ben Azaria et Rabbi Akiva, qui voyageaient tous en bateau [durant la fête de Souccot], et il n'y avait de loulav que pour Rabban Gamliel seul, lequel l'avait acheté mille zouz. Rabban Gamliel le prit et s'acquitta avec lui, puis le donna à Rabbi Yehochoua en don. Rabbi Yehochoua le prit et s'acquitta avec lui, puis le donna à Rabbi Eléazar ben Azaria en don. Rabbi Eléazar ben Azaria le prit et s'acquitta avec lui, puis le donna en don à Rabbi Akiva. Rabbi Akiva le prit et s'acquitta avec lui, puis le rendit à Rabban Gamliel.
וּמַעֲשֶׂה בְּרַבָּן גַּמְלִיאֵל וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ וְרַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה וְרַבִּי עֲקִיבָא שֶׁהָיוּ בָּאִין בִּסְפִינָה, וְלֹא הָיָה לוּלָב אֶלָּא לְרַבָּן גַּמְלִיאֵל בִּלְבַד, שֶׁלְּקָחוֹ בְּאֶלֶף זוּז. נְטָלוֹ רַבָּן גַּמְלִיאֵל וְיָצָא בּוֹ, וּנְתָנוֹ לְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בְּמַתָּנָה. נְטָלוֹ רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ וְיָצָא בּוֹ, וּנְתָנוֹ לְרַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה בְּמַתָּנָה. נְטָלוֹ רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה וְיָצָא בּוֹ, וּנְתָנוֹ בְּמַתָּנָה לְרַבִּי עֲקִיבָא. נְטָלוֹ רַבִּי עֲקִיבָא וְיָצָא בּוֹ, וְהֶחְזִירוֹ לְרַבָּן גַּמְלִיאֵל.
La Guemara demande : pourquoi ai-je besoin de dire « il le rendit » [à Rabban Gamliel] ? [L'essentiel du récit est que chacun s'est acquitté avec ce même loulav après l'avoir reçu en don ; ce dernier détail paraît superflu.] La Guemara répond : par ce détail, le Tana nous enseigne au passage une autre chose — à savoir qu'un don fait à la condition d'être rendu est considéré comme un don véritable. Même si le donateur stipule d'emblée que le don lui reviendra, dès lors qu'il le donne dans l'intervalle [comme un vrai don], son statut halakhique est celui d'un don véritable.
לְמָה לִי לְמֵימַר הֶחְזִירוֹ? מִלְּתָא אַגַּב אוֹרְחֵיהּ קָא מַשְׁמַע לַן: מַתָּנָה עַל מְנָת לְהַחְזִיר — שְׁמָהּ מַתָּנָה.
[C'est] comme cela que Rava a dit : dans le cas de celui qui dit à autrui « voici pour toi cet etrog à la condition que tu me le rendes », et que le bénéficiaire l'a pris et s'est acquitté avec lui — s'il a rendu l'etrog, il s'est acquitté de son obligation [de prendre l'etrog] ; mais s'il n'a pas rendu l'etrog, il ne s'est pas acquitté. [Puisqu'il n'a pas rempli la condition, rétroactivement il n'a jamais acquis le don, et il a accompli la mitsva avec un objet qui ne lui appartenait pas.]
כִּי הָא דְּאָמַר רָבָא: ״הֵא לְךָ אֶתְרוֹג זֶה עַל מְנָת שֶׁתַּחְזִירֵהוּ לִי״. נְטָלוֹ וְיָצָא בּוֹ, הֶחְזִירוֹ — יָצָא, לֹא הֶחְזִירוֹ — לֹא יָצָא.
La Guemara demande : pourquoi ai-je besoin de dire qu'il l'avait acheté mille zouz ? La Guemara répond : c'est pour t'apprendre combien les mitsvot leur étaient chères — au point qu'il fut prêt à débourser une somme exorbitante pour acquérir un loulav.
לְמָה לִי לְמֵימַר שֶׁלְּקָחוֹ בְּאֶלֶף זוּז? לְהוֹדִיעֲךָ כַּמָּה מִצְוֹת חֲבִיבוֹת עֲלֵיהֶן.
Mar bar Ameimar dit à Rav Achi : mon père priait en tenant les quatre espèces dans sa main, par amour de la mitsva. La Guemara soulève une objection [à cet usage] : un homme ne doit pas tenir des tefilin dans sa main, ni un séfer Torah contre sa poitrine, et prier dans cet état ; il ne doit pas non plus uriner en les tenant ; ni dormir en les tenant, ni d'un sommeil profond ni d'un bref assoupissement.
אֲמַר לֵיהּ מָר בַּר אַמֵּימָר לְרַב אָשֵׁי: אַבָּא צַלּוֹיֵי קָא מְצַלֵּי בֵּיהּ. מֵיתִיבִי: לֹא יֹאחַז אָדָם תְּפִילִּין בְּיָדוֹ וְסֵפֶר תּוֹרָה בְּחֵיקוֹ וְיִתְפַּלֵּל. וְלֹא יַשְׁתִּין בָּהֶן מַיִם, וְלֹא יִישַׁן בָּהֶן לֹא שֵׁינַת קֶבַע וְלֹא שֵׁינַת עֲרַאי.
Et Chmouel a dit : pour ce qui est d'un couteau, d'un plat [plein de nourriture], d'une miche de pain ou d'argent, ces objets sont semblables à ceux mentionnés plus haut [il est interdit de prier en les tenant], car, redoutant qu'ils ne tombent de sa main, l'homme en est distrait et ne peut se concentrer sur sa prière. [Pourquoi donc le loulav fait-il exception ?] La Guemara répond : là [dans les cas énumérés], il ne s'agit pas d'objets de mitsva, et l'homme en est préoccupé [cette préoccupation détourne son attention de la prière] ; ici [pour les quatre espèces], il s'agit d'objets de mitsva, et il n'en est pas préoccupé [d'une manière qui le détournerait de sa prière].
וְאָמַר שְׁמוּאֵל: סַכִּין וּקְעָרָה, כִּכָּר וּמָעוֹת — הֲרֵי אֵלּוּ כַּיּוֹצֵא בָּהֶן. הָתָם לָאו מִצְוָה נִינְהוּ, וּטְרִיד בְּהוּ. הָכָא מִצְוָה נִינְהוּ, וְלָא טְרִיד בְּהוּ.
Il est enseigné [dans une baraïta], Rabbi Eléazar bar Tsadok dit : tel était l'usage des gens de Jérusalem [pendant la fête de Souccot]. Un homme sort de chez lui — son loulav à la main ; il se rend à la synagogue — son loulav à la main ; il récite le Chéma et prie — son loulav à la main ; il lit dans la Torah et un Cohen lève les mains [pour la bénédiction sacerdotale] — alors il le pose à terre [ne pouvant accomplir ces gestes en tenant le loulav] ; il va visiter des malades ou consoler des endeuillés — son loulav à la main ; il entre à la maison d'étude [pour étudier la Torah] — alors il renvoie son loulav chez lui par la main de son fils, par la main de son serviteur ou par la main de son émissaire.
תַּנְיָא, רַבִּי אֶלְעָזָר בַּר צָדוֹק אוֹמֵר: כָּךְ הָיָה מִנְהָגָן שֶׁל אַנְשֵׁי יְרוּשָׁלַיִם, אָדָם יוֹצֵא מִבֵּיתוֹ — וְלוּלָבוֹ בְּיָדוֹ. הוֹלֵךְ לְבֵית הַכְּנֶסֶת — לוּלָבוֹ בְּיָדוֹ. קוֹרֵא קְרִיאַת שְׁמַע וּמִתְפַּלֵּל — וְלוּלָבוֹ בְּיָדוֹ. קוֹרֵא בַּתּוֹרָה וְנוֹשֵׂא אֶת כַּפָּיו — מַנִּיחוֹ עַל גַּבֵּי קַרְקַע. הוֹלֵךְ לְבַקֵּר חוֹלִים וּלְנַחֵם אֲבֵלִים — לוּלָבוֹ בְּיָדוֹ. נִכְנַס לְבֵית הַמִּדְרָשׁ — מְשַׁגֵּר לוּלָבוֹ בְּיַד בְּנוֹ, וּבְיַד עַבְדּוֹ, וּבְיַד שְׁלוּחוֹ.