Guémara
…[la reine Hélène n'a pas reçu de remontrance des Sages au sujet de sa souka] à cause de l'air frais qui circulait à travers les ouvertures de la paroi. Mais selon celui qui soutient que la controverse entre Rabbi Yehouda et les Sages porte précisément sur le cas d'une petite souka — ce qui supposerait que la baraïta parle d'une reine Hélène résidant dans une petite souka — est-il dans les habitudes d'une reine de résider dans une petite souka, dont la surface est inférieure à quatre amot sur quatre amot ? Rabba bar Rav Adda répond : cette règle n'était nécessaire que dans le cas d'une souka aménagée en plusieurs petites chambres [kitoniyot]. La souka était grande, mais subdivisée en de nombreuses petites pièces, chacune mesurant moins de quatre amot carrées.
מִשּׁוּם אַוֵּירָא. אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר בְּסוּכָּה קְטַנָּה מַחְלוֹקֶת, וְכִי דַּרְכָּהּ שֶׁל מַלְכָּה לֵישֵׁב בְּסוּכָּה קְטַנָּה? אָמַר רַבָּה בַּר רַב אַדָּא: לֹא נִצְרְכָה אֶלָּא סוּכָּה הָעֲשׂוּיָה קִיטוֹנִיּוֹת קִיטוֹנִיּוֹת.
La Guemara objecte de nouveau : est-il alors dans les habitudes d'une reine de résider dans une souka aménagée en petites chambres, sans qu'elle dispose d'une grande salle où réunir sa famille et ses serviteurs ? Rav Achi répond : cette règle n'était nécessaire qu'au regard des petites chambres [kitoniyot] attenantes à la souka. Il s'agissait bien d'une grande souka dotée d'une vaste salle centrale ; mais de nombreuses petites pièces y étaient adjacentes. C'est à propos de ce type de souka que porte la controverse entre les Tanaïm.
וְכִי דַּרְכָּהּ שֶׁל מַלְכָּה לֵישֵׁב בְּסוּכָּה הָעֲשׂוּיָה קִיטוֹנִיּוֹת קִיטוֹנִיּוֹת? אָמַר רַב אָשֵׁי: לֹא נִצְרְכָה אֶלָּא לְקִיטוֹנִיּוֹת שֶׁבָּהּ.
Les Sages estiment ceci : ses fils résidaient dans une souka à part entière, pourvue d'une grande salle centrale — souka que tous reconnaissent valide ; quant à elle, elle se tenait souvent dans les petites chambres par pudeur [tséniout], pour se soustraire aux regards. Et c'est pour cette raison que les Anciens ne lui firent aucune remarque : même si les petites chambres étaient trop basses au regard de leur hauteur, cela ne posait pas problème, puisque ses fils ne s'y tenaient pas. Et Rabbi Yehouda estime ceci : ses fils résidaient parfois auprès d'elle dans la petite chambre, et néanmoins les Anciens ne lui firent aucune remarque — preuve qu'une souka de plus de vingt amot de haut est valide même lorsqu'elle est petite. Dès lors que la Tossefta peut être expliquée selon toutes les versions rapportées par les Amoraïm au nom de Rav, on ne peut tirer de là aucune preuve quant au fond même de la controverse entre Rabbi Yehouda et les Sages au sujet d'une petite souka de plus de vingt amot de haut.
רַבָּנַן סָבְרִי: בָּנֶיהָ בְּסוּכָּה מְעַלְּיָא הֲווֹ יָתְבִי, וְאִיהִי יָתְבָה בְּקִיטוֹנִיּוֹת מִשּׁוּם צְנִיעוּתָא, וּמִשּׁוּם הָכִי לָא אָמְרִי לַהּ דָּבָר. וְרַבִּי יְהוּדָה סָבַר: בָּנֶיהָ גַּבָּהּ הֲווֹ יָתְבִי, וַאֲפִילּוּ הָכִי לָא אָמְרִי לַהּ דָּבָר.
§ Rav Chmouel bar Yits'haq dit : la halakha est qu'une souka doit être assez grande pour contenir la tête de l'homme, la majeure partie de son corps et sa table. Rabbi Abba lui dit, étonné : selon l'avis de qui as-tu tranché ainsi ? Selon l'avis de Beit Chammaï ? Car c'est là l'objet d'une controverse entre Beit Chammaï et Beit Hillel : pour Beit Hillel, il suffit que la souka soit assez grande pour contenir la tête et la majeure partie du corps, sans qu'elle ait besoin de contenir aussi la table. Or ta décision suit Beit Chammaï, alors que dans les controverses entre Beit Chammaï et Beit Hillel, la halakha suit Beit Hillel ! Rav Chmouel bar Yits'haq lui répondit : selon l'avis de qui donc devrais-je trancher ?! — autrement dit : oui, ma décision suit bien Beit Chammaï, car en ce cas précis telle est la halakha.
אָמַר רַב שְׁמוּאֵל בַּר יִצְחָק: הֲלָכָה, צְרִיכָה שֶׁתְּהֵא מַחְזֶקֶת רֹאשׁוֹ וְרוּבּוֹ וְשׁוּלְחָנוֹ. אֲמַר לֵיהּ רַבִּי אַבָּא: כְּמַאן, כְּבֵית שַׁמַּאי? אֲמַר לֵיהּ: אֶלָּא כְּמַאן?!
Certains rapportent que l'échange entre les Amoraïm fut légèrement différent. Rabbi Abba dit : qui t'a énoncé cet avis ? Rav Chmouel bar Yits'haq lui répondit : c'est l'avis de Beit Chammaï, et néanmoins ne t'en écarte pas, car telle est la halakha établie. Selon l'une ou l'autre version de l'échange, il existe bien une controverse entre Beit Chammaï et Beit Hillel quant à la dimension minimale d'une petite souka.
אִיכָּא דְּאָמְרִי, אָמַר רַבִּי אַבָּא: דַּאֲמַר לָךְ מַנִּי? אֲמַר לֵיהּ: בֵּית שַׁמַּאי הִיא, וְלָא תְּזוּז מִינַּהּ.
Rav Na'hman bar Yits'haq réfute fortement ce postulat : d'où conclus-tu que Beit Chammaï et Beit Hillel divergent sur la dimension minimale d'une petite souka ? Peut-être divergent-ils au sujet d'une grande souka, dans le cas où un homme est assis à l'entrée de la souka tandis que sa table se trouve à l'intérieur de la maison. Car Beit Chammaï estiment qu'on édicte un décret interdisant de s'asseoir ainsi, de crainte que l'homme ne se laisse entraîner à la suite de sa table pendant qu'il mange — au point que sa tête et la majeure partie de son corps se retrouvent à l'intérieur de la maison, et non dans la souka. Et Beit Hillel estiment qu'on n'édicte pas un tel décret.
מַתְקֵיף לַהּ רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: מִמַּאי דְּבֵית שַׁמַּאי וּבֵית הִלֵּל בְּסוּכָּה קְטַנָּה פְּלִיגִי? דִּלְמָא בְּסוּכָּה גְּדוֹלָה פְּלִיגִי, וּכְגוֹן דְּיָתֵיב אַפּוּמָּא דִּמְטוּלְּתָא וְשׁוּלְחָנוֹ בְּתוֹךְ הַבַּיִת. דְּבֵית שַׁמַּאי סָבְרִי: גָּזְרִינַן שֶׁמָּא יִמָּשֵׁךְ אַחַר שׁוּלְחָנוֹ, וּבֵית הִלֵּל סָבְרִי: לָא גָּזְרִינַן.
Et le libellé de la Michna est lui aussi précis [en ce sens], car il enseigne : celui dont la tête et la majeure partie du corps étaient dans la souka, tandis que sa table était dans la maison — Beit Chammaï le déclarent non quitte et Beit Hillel le déclarent quitte. Or si la controverse portait sur la dimension minimale de la souka, le libellé de la Michna manquerait l'essentiel : il aurait fallu distinguer entre une souka qui contient et une souka qui ne contient pas la tête et la majeure partie du corps. Puisque la Michna ne fait pas cette distinction, il apparaît que la controverse ne porte pas sur la dimension minimale d'une souka.
וְדַיְקָא נָמֵי, דְּקָתָנֵי: מִי שֶׁהָיָה רֹאשׁוֹ וְרוּבּוֹ בַּסּוּכָּה וְשׁוּלְחָנוֹ בְּתוֹךְ הַבַּיִת, בֵּית שַׁמַּאי פּוֹסְלִין וּבֵית הִלֵּל מַכְשִׁירִין. וְאִם אִיתָא, מַחְזֶקֶת וְאֵינָהּ מַחְזֶקֶת מִיבְּעֵי לֵיהּ.
La Guemara met en cause cette conclusion : et au sujet d'une petite souka, Beit Chammaï et Beit Hillel ne divergeraient-ils donc pas ? Mais n'a-t-on pas enseigné dans une autre baraïta : une souka qui contient la tête de l'homme, la majeure partie de son corps et sa table est valide [kachère] ; Rabbi [Yehouda HaNassi] dit : elle n'est valide que si elle mesure au moins quatre amot sur quatre amot.
וּבְסוּכָּה קְטַנָּה לָא פְּלִיגִי? וְהָתַנְיָא: מַחְזֶקֶת רֹאשׁוֹ וְרוּבּוֹ וְשׁוּלְחָנוֹ — כְּשֵׁרָה. רַבִּי אוֹמֵר: עַד שֶׁיְּהֵא בָּהּ אַרְבַּע אַמּוֹת עַל אַרְבַּע אַמּוֹת.
Et l'on a enseigné dans une autre baraïta encore que Rabbi [Yehouda HaNassi] dit : toute souka qui n'a pas une surface d'au moins quatre amot sur quatre amot est invalide [passoul] ; et les Sages disent : même si elle ne contient que la tête de l'homme et la majeure partie de son corps, elle est valide. Or ici le terme « sa table » n'est pas enseigné. Ces deux sources tannaïtiques se contredisent donc l'une l'autre, car chacune attribue aux Sages un avis différent. Dès lors, ne faut-il pas en conclure que la baraïta où « sa table » est mentionnée suit l'avis de Beit Chammaï, tandis que celle où « sa table » n'est pas mentionnée suit l'avis de Beit Hillel ? Il apparaît donc qu'ils divergent bel et bien sur la dimension minimale d'une petite souka.
וְתַנְיָא אִידַּךְ, רַבִּי אוֹמֵר: כׇּל סוּכָּה שֶׁאֵין בָּהּ אַרְבַּע אַמּוֹת עַל אַרְבַּע אַמּוֹת — פְּסוּלָה. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: אֲפִילּוּ אֵינָהּ מַחְזֶקֶת אֶלָּא רֹאשׁוֹ וְרוּבּוֹ — כְּשֵׁרָה. וְאִילּוּ שׁוּלְחָנוֹ לָא קָתָנֵי. קַשְׁיָין אַהֲדָדֵי. אֶלָּא לָאו, שְׁמַע מִינַּהּ: הָא בֵּית שַׁמַּאי, הָא בֵּית הִלֵּל.
Mar Zoutra dit : le libellé de la Michna est lui aussi précis, et il indique que Beit Chammaï et Beit Hillel divergent bien sur la dimension minimale d'une petite souka, du fait qu'il enseigne « Beit Chammaï le déclarent non valide et Beit Hillel le déclarent valide ». Car si la controverse portait sur la conduite de celui qui est assis à l'entrée d'une grande souka, il aurait fallu enseigner : « Beit Chammaï disent qu'il ne s'est pas acquitté [de son obligation], et Beit Hillel disent qu'il s'est acquitté. » Or les termes « valide » et « invalide » montrent que la controverse porte sur le statut halakhique de la souka elle-même, et non sur le comportement de l'individu.
אָמַר מָר זוּטְרָא: מַתְנִיתִין נָמֵי דַּיְקָא, מִדְּקָתָנֵי: ״בֵּית שַׁמַּאי פּוֹסְלִין, וּבֵית הִלֵּל מַכְשִׁירִין״, וְאִם אִיתָא, ״בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים לֹא יָצָא, וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים יָצָא״ מִיבְּעֵי לֵיהּ.
La Guemara demande : mais s'il en est ainsi, le libellé de la Michna « celui dont la tête et la majeure partie du corps étaient dans la souka » fait difficulté, car il indique que la controverse porte sur l'endroit où l'homme est assis dans la souka. La Michna ne dit pas « une souka qui contient la tête et la majeure partie du corps », formulation qui, elle, indiquerait que la controverse porte sur la dimension minimale de la souka.
וְאֶלָּא קַשְׁיָא ״מִי שֶׁהָיָה״!
La Guemara répond : en réalité, ils divergent sur deux questions à la fois — ils divergent sur la dimension minimale d'une petite souka, et ils divergent sur l'endroit où l'on peut s'asseoir dans une grande souka. Et la Michna est incomplète ; voici ce qu'elle enseigne en vérité : celui dont la tête et la majeure partie du corps étaient dans la souka tandis que sa table était dans la maison — Beit Chammaï disent qu'il ne s'est pas acquitté [de son obligation] et Beit Hillel disent qu'il s'est acquitté. Et au sujet d'une souka qui ne contient que la tête et la majeure partie du corps seulement — Beit Chammaï la déclarent invalide et Beit Hillel la déclarent valide. Ainsi comprise, la Michna traite à la fois de la dimension d'une petite souka et de la manière de s'acquitter de son obligation dans une grande souka.
לְעוֹלָם בְּתַרְתֵּי פְּלִיגִי: פְּלִיגִי בְּסוּכָּה קְטַנָּה, וּפְלִיגִי בְּסוּכָּה גְּדוֹלָה. וְחַסּוֹרֵי מִיחַסְּרָא וְהָכִי קָתָנֵי: מִי שֶׁהָיָה רֹאשׁוֹ וְרוּבּוֹ בַּסּוּכָּה וְשׁוּלְחָנוֹ בְּתוֹךְ הַבַּיִת, בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: לֹא יָצָא, וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: יָצָא. וְשֶׁאֵינָהּ מַחְזֶקֶת אֶלָּא כְּדֵי רֹאשׁוֹ וְרוּבּוֹ בִּלְבַד, בֵּית שַׁמַּאי פּוֹסְלִין, וּבֵית הִלֵּל מַכְשִׁירִין.