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Traité Sukkah

34a

Étude de Sukkah 34a

Étude de la Guémara 34a

Guémara
Abba Shaoul dit : l'emploi du pluriel « aravot » [les saules] dans le verset enseigne qu'il y a deux mitsvot qui se servent de la branche de saule (arava). L'une est l'arava jointe au loulav [parmi les quatre espèces] ; l'autre est l'arava prise pour le Temple, celle dont on entourait l'autel chaque jour de Soukot.
אַבָּא שָׁאוּל אוֹמֵר: ״עַרְבֵי״ — שְׁתַּיִם. אַחַת לַלּוּלָב, וְאַחַת לַמִּקְדָּשׁ.
Et les Sages [Rabbanan], qui n'interprètent pas le verset de cette manière, d'où tirent-ils la mitsva de l'arava du Temple ? C'est une halakha transmise à Moshé au Sinaï (halakha leMoché miSinaï), qu'ils ont reçue par tradition et non d'un verset. Ainsi Rabbi Assi a dit au nom de Rabbi Yohanan : il y a trois lois pour lesquelles les Sages ont cherché en vain un appui dans la Torah écrite. La première est la loi des « dix jeunes plants » : selon la Torah, il faut étendre la sainteté de la chemita [l'année sabbatique] en cessant de labourer trente jours avant son début ; on peut néanmoins labourer autour de jeunes plants pour les entretenir. Dans un champ d'un beit séa [cinquante coudées sur cinquante] où se trouvent dix jeunes plants régulièrement espacés, il est permis de labourer tout le champ jusqu'à l'entrée de la chemita afin de nourrir ces plants. La deuxième loi est la mitsva de l'arava au Temple. Et la troisième est la mitsva de la libation d'eau (nissoukh hamayim) sur l'autel, qui accompagne le sacrifice quotidien (tamid) chaque jour de Soukot, à côté de la libation de vin. Pour aucune de ces lois on ne trouva d'appui scripturaire : chacune est une halakha transmise à Moshé au Sinaï.
וְרַבָּנַן, לַמִּקְדָּשׁ מְנָא לְהוּ? הִלְכְתָא גְּמִירִי לְהוּ. דְּאָמַר רַבִּי אַסִּי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: עֶשֶׂר נְטִיעוֹת, עֲרָבָה וְנִיסּוּךְ הַמַּיִם — הֲלָכָה לְמֹשֶׁה מִסִּינַי.
Les Sages ont enseigné dans une baraïta complémentaire : « des saules de torrent » (arvei nahal) désigne ceux qui croissent au bord du cours d'eau, ce qui vient exclure la tsaftsafa, qui pousse parmi les montagnes et non près d'un torrent. Rabbi Zéira dit : quel est le verset d'où l'on apprend que la tsaftsafa est invalide [passoul] ? On le tire du reproche qui est écrit : « Il l'avait planté au bord de grandes eaux, et il en fit une tsaftsafa » (Yehezkel 17, 5). Le peuple d'Israël fut planté comme un saule au bord de grandes eaux, mais il finit par devenir comme une tsaftsafa — preuve qu'une tsaftsafa, elle, ne pousse pas au bord de grandes eaux.
תָּנוּ רַבָּנַן: ״עַרְבֵי נַחַל״ — הַגְּדֵילוֹת עַל הַנַּחַל, פְּרָט לְצַפְצָפָה הַגְּדֵילָה בֵּין הֶהָרִים. אָמַר רַבִּי זֵירָא, מַאי קְרָאָה: ״קָח עַל מַיִם רַבִּים צַפְצָפָה שָׂמוֹ״.
Abaye dit à Rabbi Zéira : et peut-être la seconde partie du verset ne fait-elle qu'expliciter la première ? Le verset signifierait alors : « Il l'avait planté au bord de grandes eaux » — et qu'est-ce qu'il y a planté ? une tsaftsafa ! [Auquel cas la tsaftsafa pousserait bien au bord de l'eau, et ta preuve tomberait.] Rabbi Zéira répond : s'il en était ainsi, que viendrait faire le mot « il en fit » (samo) ? Le verset veut bien dire, au contraire, que le saule [planté au départ] fut transformé en tsaftsafa. C'est ainsi que Rabbi Abahou expliqua le verset : Rabbi Abahou a dit que le Saint, béni soit-Il, a déclaré : « Moi, J'avais dit qu'Israël serait devant Moi comme une plante posée au bord de grandes eaux » — et quelle est cette plante ? le saule (arava) — « et eux se sont faits comme une tsaftsafa des montagnes. »
אֲמַר לֵיהּ אַבָּיֵי: וְדִילְמָא פָּרוֹשֵׁי קָא מְפָרֵשׁ — ״קָח עַל מַיִם רַבִּים״, וּמַאי נִיהוּ — צַפְצָפָה! אִם כֵּן, מַאי ״שָׂמוֹ״? אָמַר רַבִּי אֲבָהוּ: אָמַר הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: אֲנִי אָמַרְתִּי שֶׁיְּהוּ יִשְׂרָאֵל לְפָנַי כְּ״קָח עַל מַיִם רַבִּים״, וּמַאי נִיהוּ — עֲרָבָה, וְהֵן שָׂמוּ עַצְמָן כְּצַפְצָפָה שֶׁבֶּהָרִים.
Certains rapportent ce verset comme la conclusion de la baraïta [elle-même], Rabbi Zéira soulevant alors l'objection, et la réponse à son objection restant anonyme : « Il l'avait planté au bord de grandes eaux, et il en fit une tsaftsafa. » Rabbi Zéira objecte vigoureusement : et peut-être la seconde partie du verset ne fait-elle qu'expliciter la première ? Cela voudrait dire : « Il l'avait planté au bord de grandes eaux » — et qu'est-ce qu'il y a planté ? une tsaftsafa ! La Guemara écarte cette suggestion : s'il en était ainsi, que viendrait faire le mot « il en fit » (samo) ? Rabbi Abahou a dit que le Saint, béni soit-Il, a déclaré : « Moi, J'avais dit qu'Israël serait devant Moi comme une plante posée au bord de grandes eaux » — et quelle est cette plante ? le saule (arava) — « et eux se sont faits comme une tsaftsafa des montagnes. »
אִיכָּא דְּמַתְנֵי לַהּ לְהַאי קְרָא אַמַּתְנִיתָא: ״קָח עַל מַיִם רַבִּים צַפְצָפָה שָׂמוֹ״. מַתְקֵיף לַהּ רַבִּי זֵירָא: וְדִילְמָא פָּרוֹשֵׁי קָא מְפָרֵשׁ ״קָח עַל מַיִם רַבִּים״, מַאי נִיהוּ — צַפְצָפָה! אִם כֵּן — מַאי ״שָׂמוֹ״? אָמַר רַבִּי אֲבָהוּ: אָמַר הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: אֲנִי אָמַרְתִּי שֶׁיְּהוּ יִשְׂרָאֵל לְפָנַי כְּ״קָח עַל מַיִם רַבִּים״, וּמַאי נִיהוּ — עֲרָבָה, וְהֵן שָׂמוּ עַצְמָן כְּצַפְצָפָה שֶׁבֶּהָרִים.
À propos des caractéristiques qui définissent le saule, par opposition aux espèces semblables mais invalides, les Sages ont enseigné : qu'est-ce qu'un saule (arava) et qu'est-ce qu'une tsaftsafa ? Le saule : sa tige est rouge, sa feuille est allongée, et le bord de sa feuille est lisse. La tsaftsafa : sa tige est blanche, sa feuille est ronde, et le bord de sa feuille est dentelé comme une faucille. La Guemara objecte : mais n'a-t-on pas enseigné dans une baraïta — si le bord de la feuille est dentelé comme une faucille, elle est valide [kachère], mais s'il est dentelé comme une scie, dont les dents sont irrégulières en taille et en disposition, elle est invalide [passoul] ! Abaye répond : lorsqu'on a enseigné cette baraïta-là, il s'agissait d'une espèce particulière de saule appelée hilfa gila, dont les feuilles sont dentelées ; mais toutes les autres sortes de saules ont des feuilles au bord lisse.
תָּנוּ רַבָּנַן: אֵי זֶהוּ עֲרָבָה וְאֵיזֶהוּ צַפְצָפָה? עֲרָבָה, קָנֶה שֶׁלָּהּ אָדוֹם, וְעָלֶה שֶׁלָּהּ מָשׁוּךְ וּפִיהָ חָלָק. צַפְצָפָה, קָנֶה שֶׁלָּהּ לָבָן, וְעָלֶה שֶׁלָּהּ עָגוֹל וּפִיהָ דּוֹמֶה לְמַגָּל. וְהָא תַּנְיָא: דּוֹמֶה לְמַגָּל כָּשֵׁר, דּוֹמֶה לְמַסָּר — פָּסוּל! אֲמַר אַבָּיֵי: כִּי תַּנְיָא הָהִיא, בְּחִילְפָא גִּילָא.
Abaye dit : déduis-en que ce hilfa gila est valide pour le hochana [la botte des quatre espèces]. La Guemara s'étonne : cela est évident [puisque c'est une variété de saule] ! La Guemara répond : on aurait pu dire que, puisque son nom est accompagné d'un qualificatif — on l'appelle hilfa gila —, il ne devrait pas être valide ; c'est pourquoi Abaye nous enseigne qu'il l'est malgré tout.
אָמַר אַבָּיֵי: שְׁמַע מִינַּהּ הַאי חִילְפָא גִּילָא — כָּשֵׁר לְהוֹשַׁעְנָא. פְּשִׁיטָא! מַהוּ דְּתֵימָא: הוֹאִיל וְאִית לֵיהּ שֵׁם לְוַוי לָא נִתַּכְשַׁר, קָא מַשְׁמַע לַן.
La Guemara demande : et dis donc qu'il en est bien ainsi — que, son nom étant accompagné d'un qualificatif, il soit invalide ! La Guemara répond : le Miséricordieux [la Torah] dit « des saules de torrent » (arvei nahal), au pluriel, enseignant que les branches de saule sont valides en tout cas [quel que soit leur nom particulier].
וְאֵימָא הָכִי נָמֵי! ״עַרְבֵי נַחַל״ אָמַר רַחֲמָנָא, מִכׇּל מָקוֹם.
À propos des branches du saule et de la tsaftsafa, la Guemara rapporte ce qu'a dit Rav Hisda : ces trois objets ont vu leur nom changer depuis que le Temple fut détruit. Ce qu'on appelait arava [saule] fut appelé, dans les générations suivantes, halafta — autre nom de la tsaftsafa — et ce qu'on appelait halafta fut appelé arava. La Guemara demande : quelle conséquence pratique en matière de halakha cela entraîne-t-il ? La Guemara répond : c'est pour la mitsva de la prise du loulav — car l'une des espèces liées au loulav est la branche de saule, que l'on nomme aujourd'hui [par ce glissement] tsaftsafa.
אָמַר רַב חִסְדָּא: הָנֵי תְּלָת מִילֵּי אִשְׁתַּנִּי שְׁמַיְיהוּ מִכִּי חֲרַב בֵּית הַמִּקְדָּשׁ: חֲלַפְתָּא — עֲרַבְתָּא, עֲרַבְתָּא — חֲלַפְתָּא. מַאי נָפְקָא מִינַּהּ? לְלוּלָב.
De plus, ce qu'on appelait chofar [corne recourbée] fut appelé hatsotsra [trompette] dans les générations suivantes, et ce qu'on appelait hatsotsra fut appelé chofar. La Guemara demande : quelle différence pratique de halakha selon qu'un instrument est nommé chofar ou trompette ? La Guemara répond : c'est important pour les lois du chofar de Roch Hachana. À Roch Hachana, on ne s'acquitte de son obligation qu'en sonnant d'un chofar [corne de bélier] ; si quelqu'un vient aujourd'hui demander quel instrument employer pour les sonneries requises, on lui dira de prendre ce qu'on nomme désormais « trompette » [c'est-à-dire l'ancien chofar].
שִׁיפּוּרָא — חֲצוֹצַרְתָּא, חֲצוֹצַרְתָּא — שִׁיפּוּרָא. מַאי נָפְקָא מִינַּהּ? לְשׁוֹפָר שֶׁל רֹאשׁ הַשָּׁנָה.
De même, ce qu'on appelait petorta — qui désignait à l'origine une petite table — fut appelé petora dans les générations suivantes, et ce qu'on appelait petora — à l'origine une grande table — fut appelé petorta. La Guemara demande : quelle conséquence pratique de halakha découle de ce changement de nom ? La Guemara répond : c'est pour les lois de l'achat et de la vente ; celui qui commande une petora doit savoir qu'il a commandé une petite table, et non une grande.
פָּתוּרְתָּא — פָּתוּרָא, פָּתוּרָא — פָּתוּרְתָּא. לְמַאי נָפְקָא מִינַּהּ? לְמִקָּח וּמִמְכָּר.
Abaye dit : moi aussi, je vais mentionner des changements de sens des termes survenus en cette génération. Ce qu'on appelait houvlila — la première poche de l'estomac des animaux qui ruminent — se nomme, dans les dernières générations, bei kassei, qui était le nom de la deuxième poche de l'estomac de l'animal. Et de même, ce qu'on appelait autrefois bei kassei se nomme houvlila dans les dernières générations.
אָמַר אַבָּיֵי, אַף אֲנִי אוֹמֵר: בֵּי כָסֵי — הוּבְלִילָא, הוּבְלִילָא — בֵּי כָסֵי.
Sukkah 34a
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סוכה ל״ד אמַסֶּכֶת סֻכָּה