Guémara
[Suite de la baraïta sur les défauts du loulav :] un loulav épineux, fendu, ou recourbé au point d'avoir la forme d'une faucille est passoul [invalide]. S'il a durci jusqu'à devenir comme du bois, il est passoul. S'il ne fait que ressembler à du bois durci sans être encore complètement durci, il est kacher [valide]. [La baraïta enseigne donc qu'un loulav fendu est passoul. Mais que signifie « fendu » ?] Rav Papa dit : le loulav « fendu » dont parle la baraïta est fendu au point d'avoir la forme d'une fourche [heimanak], les deux côtés de la fente étant complètement séparés, si bien que le loulav paraît avoir deux échines [au lieu d'une seule].
קָווּץ, סָדוּק, עָקוֹם דּוֹמֶה לְמַגָּל — פָּסוּל. חָרוּת — פָּסוּל. דּוֹמֶה לְחָרוּת — כָּשֵׁר. אָמַר רַב פָּפָּא: דַּעֲבִיד כְּהֶימְנֵק.
[La baraïta poursuit :] s'il est recourbé au point d'avoir la forme d'une faucille, il est passoul. Rava dit : nous n'avons enseigné cela [qu'il est passoul] que lorsqu'il est recourbé vers l'avant, du côté opposé à l'échine ; mais s'il est recourbé vers l'arrière, du côté de l'échine, il est kacher, car telle est sa nature : c'est ainsi qu'un loulav pousse habituellement.
עָקוֹם דּוֹמֶה לְמַגָּל, אָמַר רָבָא: לָא אֲמַרַן אֶלָּא לְפָנָיו, אֲבָל לְאַחֲרָיו — בִּרְיָיתֵיהּ הוּא.
Rav Nahman dit : le statut légal d'un loulav recourbé vers l'un des côtés est comme celui d'un loulav recourbé vers l'avant, et il est donc passoul. Et certains rapportent [l'enseignement inverse] : son statut est comme celui d'un loulav recourbé vers l'arrière, et il est donc kacher.
אָמַר רַב נַחְמָן: לִצְדָדִין — כִּלְפָנָיו דָּמֵי. וְאָמְרִי לַהּ: כִּלְאַחֲרָיו דָּמֵי.
Et Rava dit : ce loulav qui a poussé avec une seule rangée de folioles [houtsa], c'est-à-dire des folioles d'un seul côté de l'échine, est entaché d'un défaut [baal moum] et il est passoul.
וְאָמַר רָבָא: הַאי לוּלַבָּא דְּסָלֵיק בְּחַד הוּצָא — בַּעַל מוּם הוּא, וּפָסוּל.
GUEMARA : la Michna continue : « Si ses folioles ont été arrachées, il est passoul ; si ses folioles se sont écartées, il est kacher. » Rav Papa dit : « arrachées » [niphretsou] signifie que les folioles sont complètement détachées de l'échine et qu'on les y rattache, de sorte que le loulav devient comme un balai [houfia]. « Écartées » [niphredou] signifie que les folioles demeurent attachées mais se sont seulement séparées de l'échine, en ce qu'elles pointent vers l'extérieur.
נִפְרְצוּ עָלָיו כּוּ׳. אָמַר רַב פָּפָּא: נִפְרְצוּ — דְּעָבֵיד כִּי חוּפְיָא. נִפְרְדוּ — דְּאִיפָּרוּד אִפָּרוֹדֵי.
Rav Papa posa une question [restée en suspens] : qu'en est-il [quelle est la halakha] si la foliole jumelée centrale [tiyomet] s'est fendue ? La Guemara apporte une preuve pour trancher la question. Viens et entends ce que Rabbi Yohanan a dit au nom de Rabbi Yehoshoua ben Levi : si la foliole jumelée centrale a été retirée, le loulav est passoul. Cela ne revient-il pas à dire qu'il en va de même si elle s'est fendue ? La Guemara répond : non, le cas où elle a été retirée est différent, car il en résulte que le loulav est incomplet — et un loulav auquel il manque quelque chose est assurément passoul. En revanche, si la foliole reste en place, même fendue, cela ne rend pas nécessairement le loulav passoul.
בָּעֵי רַב פָּפָּא: נֶחְלְקָה הַתְּיוֹמֶת, מַהוּ? תָּא שְׁמַע, דְּאָמַר (רַבִּי יוֹחָנָן) אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: נִיטְּלָה הַתְּיוֹמֶת — פָּסוּל. מַאי לָאו, הוּא הַדִּין נֶחְלְקָה? לָא, נִיטְּלָה שָׁאנֵי, דְּהָא חֲסַר לֵיהּ.
Certains rapportent [une autre version de l'enseignement] : Rabbi Yohanan a dit au nom de Rabbi Yehoshoua ben Levi : si la foliole jumelée centrale s'est fendue, le loulav devient comme un loulav dont la foliole jumelée centrale a été retirée, et il est passoul. [Selon cette version, la question de Rav Papa est tranchée : la fente de la tiyomet invalide le loulav.]
אִיכָּא דְּאָמְרִי: אָמַר (רַבִּי יוֹחָנָן) אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: נֶחְלְקָה הַתְּיוֹמֶת, נַעֲשָׂה כְּמִי שֶׁנִּיטְּלָה הַתְּיוֹמֶת וּפְסוּל.
[La Michna continue.] Rabbi Yehouda dit : si les folioles se sont écartées, on doit lier le loulav par le haut. Il a été enseigné dans une baraïta que Rabbi Yehouda dit au nom de Rabbi Tarfon que le verset énonce : « des branches [kapot] de palmier-dattier » (Vayikra 23, 40). Les Sages interprètent le terme [kapot] au sens de « lié » [kafout], indiquant que si les folioles du loulav se sont écartées, on doit le lier.
רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר. תַּנְיָא, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר מִשּׁוּם רַבִּי טַרְפוֹן: ״כַּפּוֹת תְּמָרִים״ — כְּפוֹת, אִם הָיָה פָּרוּד יִכְפְּתֶנּוּ.
Ravina dit à Rav Achi : d'où sait-on que ce terme, « branches de palmier-dattier », désigne bien les branches du loulav ? Dis qu'il désigne plutôt la branche durcie [haroutah] du dattier ! Rav Achi répondit : cela est impossible, car nous exigeons que le loulav puisse être lié, or il n'y a pas de liage possible [avec une branche durcie] : à ce stade, les folioles durcies pointent vers l'extérieur et il est impossible de les lier.
אֲמַר לֵיהּ רָבִינָא לְרַב אָשֵׁי: מִמַּאי דְּהַאי ״כַּפּוֹת תְּמָרִים״ דְּלוּלַבָּא הוּא? אֵימָא חֲרוּתָא! בָּעֵינָא כְּפוֹת וְלֵיכָּא.
La Guemara demande : si l'exigence fondamentale de la mitsva est un loulav qui se présente comme une seule unité, dis qu'on prend [plutôt] le tronc du dattier [oupta] ! La Guemara répond : le terme « lié » [kafout], dont on déduit que la branche doit se présenter comme une seule unité, indique qu'il existe la possibilité qu'elle soit écartée [puis liée]. Or ce tronc, lui, est perpétuellement lié, puisqu'il ne peut jamais se séparer [il n'a jamais été écarté].
וְאֵימָא אוּפְתָּא! ״כְּפוֹת״ — מִכְּלָל דְּאִיכָּא פָּרוּד, וְהַאי כָּפוּת וְעוֹמֵד לְעוֹלָם.
La Guemara demande : et dis que le verset désigne la branche du dattier [koufra] qui n'a pas encore complètement durci et que l'on pourrait encore lier, fût-ce avec difficulté ! Abaye dit qu'il est écrit, à la louange de la Torah : « Ses voies sont des voies d'agrément et tous ses sentiers sont paix » (Michlei 3, 17). Or, à ce stade de croissance, certaines folioles sont des épines qui peuvent blesser ; la Torah ne saurait commander d'accomplir la mitsva avec ce type de branche.
וְאֵימָא כּוּפְרָא? אָמַר אַבָּיֵי: ״דְּרָכֶיהָ דַרְכֵי נוֹעַם וְכׇל נְתִיבוֹתֶיהָ שָׁלוֹם״ כְּתִיב.
Rava le spécialiste de la Tossefta dit à Ravina : puisque le verset dit « branches de palmier-dattier » au pluriel, dis qu'on est tenu de prendre deux branches de palmier pour accomplir la mitsva des quatre espèces ! Ravina répondit : bien que le mot soit vocalisé au pluriel, selon la tradition « kapot » est écrit sans la lettre vav, ce qui indique qu'une seule branche est requise. La Guemara objecte : et dis qu'on n'est tenu de prendre qu'une seule foliole ? La Guemara répond : si telle avait été l'intention de la Torah, elle n'aurait pas écrit « kapot » [sans vav], car une foliole isolée se nomme « kaf ». « Kapot » sans vav indique donc à la fois le pluriel — plusieurs folioles — et le singulier — une seule branche.
אֲמַר לֵיהּ רָבָא תּוֹסְפָאָה לְרָבִינָא: וְאֵימָא תַּרְתֵּי כַּפֵּי דְתַמְרֵי? ״כַּפַּת״ כְּתִיב. וְאֵימָא חֲדָא? לְהָהוּא — ״כַּף״ קָרֵי לֵיהּ.