Guémara
[La preuve invoquée portait] sur des citadins qui habitaient une région éloignée des contrées où poussent les quatre espèces, et qui léguaient leurs loulavim à leurs petits-enfants, alors même que ces loulavim étaient complètement desséchés. Les Sages lui répondirent : Est-ce de là que l'on tire une preuve [qu'une espèce desséchée demeure valide] ? Un acte accompli dans des circonstances de détresse ne constitue pas une preuve : en temps ordinaire, il serait interdit d'utiliser de telles espèces.
בִּבְנֵי כְרַכִּין, שֶׁהָיוּ מוֹרִישִׁין אֶת לוּלְבֵיהֶן לִבְנֵי בְנֵיהֶן! אָמְרוּ (לָהֶם): מִשָּׁם רְאָיָה? אֵין שְׁעַת הַדְּחָק רְאָיָה.
Quoi qu'il en soit, la Tossefta enseigne bien que Rabbi Yehouda dit : Même les espèces desséchées sont valides pour accomplir la mitsva. La Guemara demande : Cela ne vise-t-il pas aussi l'etrog — ce qui indiquerait que, selon lui, l'etrog n'a pas besoin d'être beau ? Non, répond la GUEMARA : il ne déclarait valide qu'un loulav desséché.
קָתָנֵי מִיהַת, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: אַף יְבֵשִׁין כְּשֵׁרִין, מַאי לָאו, אַאֶתְרוֹג! לָא, אַלּוּלָב.
Le Maître a enseigné, dans la baraïta citée plus haut : De même que l'on ne peut retrancher de leur nombre [les quatre espèces], de même on ne peut y ajouter. La Guemara s'étonne : Cela va de soi — pourquoi serait-il permis d'ajouter une espèce supplémentaire ? La Guemara répond : On aurait pu dire ceci. Puisque Rabbi Yehouda affirme qu'un loulav doit être lié [agoud], et que ce lien est une composante essentielle de la mitsva, alors si l'on apporte une autre espèce en plus, celle-ci se tient à part et les autres se tiennent à part — autrement dit, n'étant pas liée aux autres, sa présence serait sans portée et ne poserait aucun problème ; c'est pourquoi Rabbi Yehouda nous enseigne qu'il n'en est rien : on ne peut en réalité pas ajouter d'espèce supplémentaire.
אָמַר מָר: כְּשֵׁם שֶׁאֵין פּוֹחֲתִין מֵהֶן, כָּךְ אֵין מוֹסִיפִין עֲלֵיהֶן. פְּשִׁיטָא? מַהוּ דְּתֵימָא: הוֹאִיל וְאָמַר רַבִּי יְהוּדָה לוּלָב צָרִיךְ אֶגֶד, וְאִי מַיְיתֵי מִינָא אַחֲרִינָא, הַאי לְחוֹדֵיהּ קָאֵי וְהַאי לְחוֹדֵיהּ קָאֵי, קָא מַשְׁמַע לַן.
Le Maître a enseigné, dans la baraïta citée plus haut : Si l'on ne trouve pas d'etrog, on n'apportera à sa place ni grenade, ni coing, ni quoi que ce soit d'autre. La Guemara s'étonne : Cela va de soi. La Guemara répond : On aurait pu dire qu'il faudrait apporter ces fruits afin que la catégorie halakhique de l'etrog ne tombe pas dans l'oubli ; c'est pourquoi Rabbi Yehouda nous enseigne que cela est bel et bien interdit, car il en résulterait parfois un dommage : certains risqueraient de s'habituer à cette pratique et d'employer ces fruits même lorsque des etrogim sont disponibles.
אָמַר מָר: לֹא מָצָא אֶתְרוֹג — לֹא יָבִיא לֹא רִמּוֹן וְלֹא פָּרִישׁ וְלֹא דָּבָר אַחֵר. פְּשִׁיטָא! מַהוּ דְּתֵימָא: לַיְיתֵי, כִּי הֵיכִי שֶׁלֹּא תִּשָּׁכַח תּוֹרַת אֶתְרוֹג, קָא מַשְׁמַע לַן, זִימְנִין דְּנָפֵיק חוּרְבָּא מִינֵּיהּ, דְּאָתֵי לְמִסְרַךְ.
La Guemara propose une autre preuve [que, pour l'etrog, Rabbi Yehouda n'exige pas la beauté] : Viens et entends. Un etrog vieux [de l'an passé] est passoul, mais Rabbi Yehouda le déclare valide. Voilà une réfutation décisive de l'opinion de Rava, qui soutenait que tous s'accordent à exiger la beauté de l'etrog. La Guemara conclut : C'est en effet une réfutation décisive de l'opinion de Rava.
תָּא שְׁמַע: אֶתְרוֹג הַיָּשָׁן — פָּסוּל, וְרַבִּי יְהוּדָה מַכְשִׁיר. תְּיוּבְתָּא דְרָבָא, תְּיוּבְתָּא.
La Guemara demande : Et Rabbi Yehouda n'exigerait-il pas la beauté de l'etrog ? Mais n'avons-nous pas appris dans une MISHNA : À propos d'un etrog vert comme le poireau, Rabbi Méir le déclare valide et Rabbi Yehouda le déclare passoul ? La Guemara précise sa question : N'est-ce pas justement parce que Rabbi Yehouda exige la beauté de l'etrog [qu'il invalide l'etrog vert] ? La Guemara répond : Non ; c'est parce que, dans le cas d'un etrog vert, le fruit n'est pas arrivé à maturité, et il ne convient pas d'accomplir la mitsva avec un fruit qui n'a pas mûri.
וְלָא בָּעֵי הָדָר? וְהָא אֲנַן תְּנַן: הַיָּרוֹק כְּכַרָּתֵי — רַבִּי מֵאִיר מַכְשִׁיר וְרַבִּי יְהוּדָה פּוֹסֵל. לָאו מִשּׁוּם דְּבָעֵי הָדָר? לָא, מִשּׁוּם דְּלָא גְּמַר פֵּירָא.
La Guemara apporte une preuve supplémentaire. Viens et entends : Quelle est la mesure minimale d'un petit etrog ? Rabbi Méir dit : Pas plus petit que le volume d'une noix. Rabbi Yehouda dit : Pas plus petit que le volume d'un œuf. La Guemara demande : N'est-ce pas justement parce que Rabbi Yehouda exige la beauté de l'etrog [qu'il requiert une taille minimale] ? La Guemara répond : Non ; c'est parce que, dans ce cas d'un etrog plus petit que le volume d'un œuf, le fruit n'est pas arrivé à maturité.
תָּא שְׁמַע: שִׁיעוּר אֶתְרוֹג קָטָן, רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: כֶּאֱגוֹז, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: כְּבֵיצָה. לָאו מִשּׁוּם דְּבָעֵי הָדָר? לָא, מִשּׁוּם דְּלָא גְּמַר פֵּירָא.
Viens et entends une preuve supplémentaire : Et quant à un grand etrog, la mesure maximale est telle que l'on puisse en tenir deux dans une seule main ; telle est l'opinion de Rabbi Yehouda. Rabbi Yossi dit : Il est valide même s'il est si gros que l'on ne peut en tenir qu'un seul à deux mains. La Guemara demande : Quel est le motif de l'avis de Rabbi Yehouda ? N'est-ce pas justement parce qu'il exige la beauté de l'etrog ? La Guemara répond : Non ; le motif est celui qu'a énoncé Rabba : On tient le loulav de la main droite et l'etrog de la main gauche. Or il arrive que, lorsqu'on remet à quelqu'un les quatre espèces, on les lui place à l'inverse [les trois espèces du faisceau dans la main gauche et l'etrog dans la droite] ; il vient alors à vouloir les interchanger pour mettre chacun dans la main qui convient — et [si l'etrog est trop gros pour être tenu en même temps que le loulav] il risque de le rendre passoul [en le laissant tomber et en le perçant].
תָּא שְׁמַע: וּבְגָדוֹל כְּדֵי שֶׁיֶּאֱחוֹז שְׁנַיִם בְּיָדוֹ אַחַת, דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: אֲפִילּוּ אֶחָד בִּשְׁתֵּי יָדָיו. מַאי טַעְמָא, לָאו מִשּׁוּם דְּבָעֵי הָדָר? לָא, כֵּיוָן דְּאָמַר רַבָּה: לוּלָב בְּיָמִין וְאֶתְרוֹג בִּשְׂמֹאל, זִימְנִין דְּמִחַלְּפִי לֵיהּ וְאָתֵי לְאַפּוּכִינְהוּ וְאָתֵי לְאִיפְּסוֹלֵי.
La Guemara objecte : Mais, même selon Rabbi Yehouda, n'est-il pas écrit « le fruit d'un arbre magnifique [hadar] » (Vayikra 23, 40) ? Comment, dès lors, peut-il statuer que l'etrog n'a pas besoin d'être beau ?
וְאֶלָּא לְרַבִּי יְהוּדָה, הָא כְּתִיב ״הָדָר״?
La Guemara répond que Rabbi Yehouda l'entend ainsi : Ce verset signifie qu'il faut prendre un fruit qui demeure [hadar, de la racine signifiant « habiter, séjourner »] sur son arbre d'année en année — il reste sur l'arbre et ne se flétrit pas pour tomber à la fin de la saison, comme le font la plupart des fruits. Tel est précisément le propre de l'etrog.
הַהוּא הַדָּר בְּאִילָנוֹ מִשָּׁנָה לְשָׁנָה.
§ La Michna poursuit : Le loulav [provenant] d'un arbre voué au culte idolâtre [achéra], et le loulav [provenant] d'une ville entraînée vers l'idolâtrie [ir hanidahat] — dont tous les biens doivent être brûlés —, sont passoul. La Guemara demande : Et le loulav d'une achéra serait passoul ? Mais Rava n'a-t-il pas dit, au sujet d'un loulav d'idolâtrie : On ne le prendra pas a priori [pour accomplir la mitsva] ; mais si on l'a pris, il est valide et l'on s'est acquitté de son obligation après coup ? Il apparaît donc qu'un loulav d'achéra est valide.
שֶׁל אֲשֵׁרָה וְשֶׁל עִיר הַנִּדַּחַת. וְשֶׁל אֲשֵׁרָה — פָּסוּל? וְהָאָמַר רָבָא: לוּלָב שֶׁל עֲבוֹדָה זָרָה — לֹא יִטּוֹל, וְאִם נָטַל — כָּשֵׁר.
La Guemara explique : Ici, dans la Michna, nous traitons de l'achéra de Moché [telle que la décrit la Torah] — non pas un arbre planté en l'honneur de l'idolâtrie, mais un arbre adoré lui-même comme une idole. Il y a obligation de brûler l'idolâtrie et de la détruire ; aussi, du point de vue de la loi, cet arbre est-il considéré comme s'il était déjà brûlé. Sa mesure requise est tenue pour réduite en miettes [kâtout mékhoutat chiouréh], de sorte qu'il est passoul pour accomplir la mitsva. La décision de Rava ne s'applique pas à une achéra de cette sorte.
הָכָא בַּאֲשֵׁרָה דְמֹשֶׁה עָסְקִינַן, דְּכַתּוֹתֵי מְיכַתַּת שִׁיעוּרֵיהּ.