Guémara
Rabbi Yehouda, Rabbi Yossi et Rabbi Chimon l'interdisent ! [La michna citée plus haut traitait de celui qui achète du vin parmi les Samaritains et veut le boire après en avoir prélevé mentalement, mais avant d'avoir effectivement séparé la téroumah et les dîmes ; Rabbi Méir le permet, mais ces trois Sages] l'interdisent, par crainte que l'outre [le récipient en peau] ne se déchire et que le vin ne se répande avant qu'il n'ait eu le temps de séparer concrètement la téroumah et les dîmes. En pareil cas, lorsqu'il a bu le vin, il se trouve rétroactivement avoir bu un produit non dîmé. [Or on en déduit la position de chacun :] Rabbi Méir ne redoute pas un changement éventuel de l'état des choses, tandis que Rabbi Yehouda, qui redoute que l'outre ne se déchire, redouterait a fortiori une mort éventuelle.
רַבִּי יְהוּדָה וְרַבִּי יוֹסֵי וְרַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹסְרִין!
La Guemara propose : intervertis [les attributions des deux opinions, contrairement à la version d'Abayé]. [En réalité] c'est Rabbi Méir qui redoute une mort éventuelle, et Rabbi Yehouda qui ne la redoute pas, ainsi qu'il est enseigné dans une baraïta : si quelqu'un a utilisé un animal comme paroi (dofen) de la souka, Rabbi Méir la déclare invalide (passoul) et Rabbi Yehouda la déclare valide (kachère).
אֵיפוֹךְ: רַבִּי מֵאִיר חָיֵישׁ לְמִיתָה, וְרַבִּי יְהוּדָה לָא חָיֵישׁ לְמִיתָה, דְּתַנְיָא: עֲשָׂאָהּ לַבְּהֵמָה דּוֹפֶן לַסּוּכָּה — רַבִּי מֵאִיר פּוֹסֵל, וְרַבִּי יְהוּדָה מַכְשִׁיר.
La Guemara objecte : voici une difficulté, car il y a contradiction entre la position de Rabbi Méir au sujet de la souka, où il redoute une mort éventuelle [et invalide donc la paroi animale], et son autre position au sujet de la séparation de la téroumah et des dîmes, où il ne redoute pas que l'outre se déchire ! La Guemara répond : Rabbi Méir pourrait te dire : la mort est chose fréquente, car tout être vivant finit par mourir ; mais le déchirement de l'outre n'est pas fréquent, car il est possible qu'il l'ait confiée à un gardien pour qu'elle soit protégée — de sorte qu'elle ne se déchirera pas avant qu'il n'ait l'occasion de séparer la téroumah et les dîmes requises.
קַשְׁיָא דְּרַבִּי מֵאִיר אַדְּרַבִּי מֵאִיר! אָמַר לָךְ רַבִּי מֵאִיר: מִיתָה שְׁכִיחָא, בְּקִיעַת הַנּוֹד לָא שְׁכִיחָא, אֶפְשָׁר דְּמָסַר לֵיהּ לְשׁוֹמֵר.
La Guemara objecte de nouveau : voici une difficulté, car il y a contradiction entre la position de Rabbi Yehouda au sujet de la souka, où il ne redoute pas une mort éventuelle [et valide donc la paroi animale], et son autre position au sujet de la séparation de la téroumah et des dîmes, où il redoute, semble-t-il, que l'outre ne se déchire !
קַשְׁיָא דְּרַבִּי יְהוּדָה אַדְּרַבִּי יְהוּדָה!
La Guemara répond : la raison de l'avis de Rabbi Yehouda au sujet des dîmes n'est pas qu'il redoute le déchirement éventuel de l'outre ; il interdit plutôt de boire le vin parce qu'il n'admet pas le principe de la « clarification rétroactive » (brérah). La procédure prescrite par Rabbi Méir repose en effet sur une supposition fondamentale : au moment où la séparation est réellement effectuée, le produit qu'il met de côté à cet instant pour la téroumah et les dîmes est déterminé rétroactivement comme ayant été téroumah et dîmes depuis le début. Rabbi Yehouda n'accepte pas ce principe ; pour lui, les actes accomplis ensuite ne déterminent pas rétroactivement le statut initial du produit.
טַעְמָא דְּרַבִּי יְהוּדָה לָאו מִשּׁוּם דְּחָיֵישׁ לִבְקִיעַת נוֹד, אֶלָּא מִשּׁוּם דְּלֵית לֵיהּ ״בְּרֵירָה״.
La Guemara objecte : et Rabbi Yehouda ne redoute-t-il vraiment pas le déchirement éventuel de l'outre ? Mais n'y a-t-il pas une preuve [du contraire] du fait qu'il est enseigné dans la clause finale de la baraïta que les Sages dirent à Rabbi Méir, à propos des dîmes : « N'admets-tu pas que l'outre se déchirera peut-être, et qu'il se trouvera rétroactivement avoir bu un produit non dîmé ? » Et Rabbi Méir leur répondit : « Cette éventualité n'est pas un sujet d'inquiétude ; lorsqu'elle se déchirera effectivement, alors je m'en soucierai. » Cela indique, par déduction, que Rabbi Yehouda — qui s'oppose à Rabbi Méir — redoute, lui, le déchirement éventuel de l'outre !
וְלָא חָיֵישׁ רַבִּי יְהוּדָה לִבְקִיעַת נוֹד? וְהָא מִדְּקָתָנֵי סֵיפָא: אָמְרוּ לוֹ לְרַבִּי מֵאִיר: אִי אַתָּה מוֹדֶה שֶׁמָּא יִבָּקַע הַנּוֹד וְנִמְצָא זֶה שׁוֹתֶה טְבָלִים לְמַפְרֵעַ? וַאֲמַר לְהוּ: לִכְשֶׁיִּבָּקַע. מִכְּלָל דְּחָיֵישׁ רַבִּי יְהוּדָה לִבְקִיעַת הַנּוֹד!
La Guemara répond que là-bas, c'est Rabbi Yehouda qui dit à Rabbi Méir : « Pour moi, je n'admets pas le principe de la clarification rétroactive (brérah), et l'on ne peut donc pas séparer la téroumah et les dîmes après avoir bu le vin. Mais selon ta propre opinion, qui admet la brérah, n'admets-tu pas qu'il faut s'abstenir de boire le vin avant d'avoir séparé la téroumah et les dîmes, par crainte que l'outre ne se déchire ? » Rabbi Méir lui répondit : « Lorsqu'elle se déchirera effectivement, alors je m'en soucierai. » [Ainsi Rabbi Yehouda argumente ad hominem, à partir des prémisses de Rabbi Méir, sans pour autant redouter lui-même ce déchirement.]
הָתָם רַבִּי יְהוּדָה הוּא דְּקָאָמַר לְרַבִּי מֵאִיר: לְדִידִי לֵית לִי בְּרֵירָה. אֶלָּא לְדִידָךְ דְּיֵשׁ בְּרֵירָה — אִי אַתָּה מוֹדֶה דְּשֶׁמָּא יִבָּקַע הַנּוֹד? אֲמַר לֵיהּ: לִכְשֶׁיִּבָּקַע.
La Guemara objecte : et Rabbi Yehouda ne redoute-t-il vraiment pas une mort éventuelle ? N'avons-nous pas appris dans une michna du traité Yoma (2a) que les Sages enseignaient, à propos du Cohen Gadol [le Grand Prêtre] avant Yom Kippour : on désignait un autre prêtre à sa place [au cas où il deviendrait impur] ; et, puisque le Cohen Gadol qui accomplit le service de Yom Kippour doit être marié, Rabbi Yehouda dit : on lui désignait même une autre épouse, de peur que sa femme ne meure ? Cela montre, semble-t-il, qu'il redoute bien une mort éventuelle ! La Guemara répond : mais n'a-t-il pas été dit, à propos de cette michna, que cette désignation est propre à Yom Kippour, comme l'a enseigné Rav Houna, fils de Rav Yehochoua : « On a institué une exigence supérieure en matière d'expiation (kapparah) » ? Des choses qui ne sont pas un sujet d'inquiétude ailleurs dans la halakha deviennent ainsi déterminantes pour Yom Kippour.
וְלָא חָיֵישׁ רַבִּי יְהוּדָה לְמִיתָה? וְהָא תְּנַן, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: אַף אִשָּׁה אַחֶרֶת מַתְקִינִין לוֹ, שֶׁמָּא תָּמוּת אִשְׁתּוֹ. הָא אִיתְּמַר עֲלַהּ, אָמַר רַב הוּנָא בְּרֵיהּ דְּרַב יְהוֹשֻׁעַ: מַעֲלָה עָשׂוּ בְּכַפָּרָה.
§ La Guemara objecte : aussi bien selon celui qui dit qu'un animal est une paroi invalide par crainte qu'il ne meure, que selon celui qui dit que c'est par crainte qu'il ne s'enfuie, il apparaît qu'il s'agit, selon la Torah, d'une paroi parfaitement valable, et que ce sont les Sages qui ont décrété d'en interdire l'usage de peur qu'un problème ne survienne. Mais s'il en est ainsi, selon Rabbi Méir un animal employé comme « golel » [pierre de couverture] d'une tombe devrait être impur, au titre de l'impureté du golel d'une tombe ! Pourquoi donc avons-nous appris dans une michna (Erouvin 15a-b) que Rabbi Yehouda dit : « Même une créature vivante transmet l'impureté au titre du golel d'une tombe », alors que Rabbi Méir la déclare pure ? [Si, pour Rabbi Méir, l'animal n'est impropre comme paroi qu'à cause de la crainte qu'il meure ou s'enfuie, mais qu'il constitue au fond une paroi valable, pourquoi ne devient-il pas impur lorsqu'on l'emploie comme golel d'une tombe ?]
בֵּין לְמַאן דְּאָמַר שֶׁמָּא תָּמוּת, בֵּין לְמַאן דְּאָמַר שֶׁמָּא תִּבְרַח, מִדְּאוֹרָיְיתָא מְחִיצָה מְעַלְּיָא הִיא, וְרַבָּנַן הוּא דִּגְזַרוּ בָּהּ. אֶלָּא מֵעַתָּה, לְרַבִּי מֵאִיר תְּטַמֵּא מִשּׁוּם גּוֹלֵל? אַלְּמָה תְּנַן: רַבִּי יְהוּדָה מְטַמֵּא מִשּׁוּם גּוֹלֵל, וְרַבִּי מֵאִיר מְטַהֵר?
Plutôt, dit Rav A'ha bar Yaakov — à l'encontre de ce qui a été affirmé plus haut : Rabbi Méir estime que toute paroi qui tient au moyen de l'air, c'est-à-dire par un moyen intangible — comme un être animé, qui tient debout grâce à sa force vitale — n'est pas une paroi. Certains rapportent une autre version de ce qu'a dit Rav A'ha bar Yaakov : Rabbi Méir estime que toute paroi qui n'a pas été établie par la main de l'homme n'est pas une paroi.
אֶלָּא אָמַר רַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב: קָסָבַר רַבִּי מֵאִיר: כָּל מְחִיצָה שֶׁעוֹמֶדֶת בְּרוּחַ — אֵינָהּ מְחִיצָה. אִיכָּא דְּאָמְרִי, אָמַר רַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב: קָסָבַר רַבִּי מֵאִיר כׇּל מְחִיצָה שֶׁאֵינָהּ עֲשׂוּיָה בִּידֵי אָדָם — אֵינָהּ מְחִיצָה.
La Guemara demande : quelle est la différence pratique entre les deux versions de la parole de Rav A'ha bar Yaakov ? La Guemara répond : il y a entre elles une différence pratique dans le cas où l'on dresse une paroi au moyen d'une outre gonflée [d'air]. Selon celui qui dit qu'une paroi tenant au moyen de l'air n'est pas une paroi, cette paroi-là tient elle aussi au moyen de l'air et est donc invalide. Selon celui qui dit que, si elle n'a pas été établie par la main de l'homme, elle n'est pas une paroi —
מַאי בֵּינַיְיהוּ? אִיכָּא בֵּינַיְיהוּ דְּאוֹקְמַהּ בְּנוֹד תָּפוּחַ. לְמַאן דְּאָמַר מְחִיצָה עוֹמֶדֶת בְּרוּחַ אֵינָהּ מְחִיצָה — הֲרֵי עוֹמֶדֶת בְּרוּחַ, לְמַאן דְּאָמַר אֵינָהּ עֲשׂוּיָה בִּידֵי אָדָם —
Rachi
אוסרין - ואמרינן גזרה שמא יבקע הנוד ולא יבא לידי ברירה ונמצא שותה טבלים אלמא ר' יהודה חייש לבקיעת הנוד וכל שכן למיתת אדם ור' מאיר לא חייש:
איפוך - לא שנינהו אביי כדקאמרת אלא איפכא שנינהו אביי הא דלא חייש ר' יהודה והא דחייש ר"מ ולאו מהלוקח יין שנינהו אביי אלא מהך דסוכה דר' יהודה לא חייש ור' מאיר חייש:
קשיא דרבי מאיר - דבקיעת נוד ארבי מאיר דסוכה:
דלית ליה ברירה - ואפי' אינו נבקע אסור:
לכשיבקע - נבין בדבר כלומר דלא חיישינן לה:
מתקינין לו - מזמנין לכהן גדול לערב יוה"כ:,שמא תמות אשתו - וכתיב (ויקרא טז) וכפר בעדו ובעד ביתו ביתו זו היא אשתו:,בכפרה - בכפרת יום הכפורים עשה בו מעלה זו שחשש בה במידי דלא חייש בעלמא:
ופרכינן בין למ"ד טעמא דר' מאיר משום שמא תברח בין למ"ד משום שמא תמות תרוייהו מפרשי לרבי מאיר דמדאורייתא מחיצה היא ורבנן גזור שמא תברח או תמות תינח גבי סוכה מבוי וביראות דר' מאיר לחומרא אבל גבי גולל ר' מאיר מקיל וכיון דמדאורייתא בטיל היאך יכול לטהרו מידי טומאת גולל אלמה תנן בעירובין דבר שיש בו רוח חיים מטמא משום גולל ור' מאיר מטהר וה"ה דמצי למיפרך ממתנית' דלעיל דקתני ולא גולל לקבר אלא ממתני' אלימא ליה לאקשויי ועוד משום דקתני מטהר בהדיא לשון קולא:
העומדת ברוח - על ידי רוח:,לאו מחיצה היא - דעיקר עמידתה דבר שאין בו ממש הוא:,רוח חיים לאו בידי אדם הוא שהרי אין רוח בידו לנפחו:
דאוקמה בנוד תפוח - סמך הדופן על הנוד תפוח ברוח:
Tossafot
רבי יהודה ורבי יוסי ור"ש אוסרין. הא דבעי למימר בשמעתין ובעירובין (דף לו:) ובגיטין (דף כה.) ובמרובה (ב"ק דף סט.) טעמא דר' יהודה משום דלית ליה ברירה אע"ג דקתני בהדיא משום בקיעת הנוד דכוותי' אשכחן טובא שאין הגמרא חושב עיקר טעם אותו טעם המפורש במשנה פרק התערובות (זבחים דף עז:) גבי אברי תמימה שנתערבו באברי בעל מום ובפרק שלישי דשבועות (דף כא:) גבי שבועה שלא אוכל ואכל כל שהוא חייב דברי ר"ע ובפרק שני דמכות (דף יז.) גבי כמה יאכל מן הטבל ויהא חייב ר' שמעון אומר כל שהוא וא"ת אי רבי יהודה לית ליה ברירה אלמא סבירא ליה כר' יוחנן דבריש כל הגט (גיטין דף כה.) ובפרק מעשר בהמה (בכורות דף נז.) דאמרינן האחין שחלקו לקוחות הן ומחזירין זה לזה ביובל אם כן היאך מצא ידיו ורגליו בבית המדרש דלא משכחת דמייתי בכורים אלא חד בר חד עד יהושע בן נון דבפרק החובל (ב"ק דף צ.) אית ליה לר' יהודה קנין פירות לאו כקנין הגוף דמי גבי דין יום או יומים וכן נמי לר' יוסי דמספקא ליה התם אי כקנין הגוף דמי או לאו והכא לית ליה ברירה וכי האי גוונא דייק בסוף השולח בגיטין (דף מח.) וי"ל דמדין יום או יומים אין ללמוד בעלמא אלא גבי מילי דעבד לחוד דהתם כתיבי קראי דכספו ותחת ידו ומהאי טעמא לא מייתי לה בהשולח כי מייתי ההיא דשדה אחוזה ועוד יש לומר דדוקא ר' יוחנן הוא דאית ליה הך סברא דמשום דלקוחות הן מחזירין זה לזה אבל אינך אמוראי הוו אמרי דאע"ג דאין ברירה אין מחזירין כדקאמרי' בריש כל הגט (גיטין דף כה.) ובפרק מעשר בהמה (בכורות דף נז.) דמכר הוא דאמר רחמנא דליהדרי' ביובל ירושה ומתנה לא ור' יוחנן לא קשיא מרבי יהודה דהוה מפרש טעמא משום בקיעת הנוד מיהו לא יתכן טעם זה לר' יוסי דע"כ לית ליה כמו שאפרש וא"ת דהכא לית ליה לר' יוסי ברירה ובפרק מי שאחזו (גיטין דף עג:) אית ליה ברירה דתנן ר' יוסי אומר מגורשת ואינה מגורשת ולכי מיית הוי גיטא ולמאן דמחלק בריש כל הגט (שש דף כה.) בין תולה בדעת עצמו לתולה בדעת אחרים ניחא ורבא דלא מפליג התם מפרש טעמא [משום בקיעת הנוד ורבה מפרש טעמא] פרק בכל מערבין (עירובין דף לז:) משום דבעינן ראשית ששיריה ניכרין ומיהו אכתי קשה דבפרק בכל מערבין (שם) משמע דלית ליה ברירה לר' יוסי גבי מעשר שיש לי בבית מחולל על סלע שתעלה בידי מן הכיס ר' יוסי אומר לא חילל ויש לחלק משום דבההיא דמי שאחזו הדבר עומד להתברר בודאי שהרי או יחיה או ימות ויש ליה ברירה טפי מההיא דסלע שתעלה בידי מן הכיס שמא לא יתברר הדבר לעולם דכי האי גוונא נוכל לתרץ דשמואל אדשמואל:
Texte : Sefaria — William Davidson Edition - Vocalized Aramaic · traduction française de travail, à valider.