[Les Sages et Rabbi Dossa s'accordent sur deux points. D'abord, à propos des nattes molles d'Ousha, on convient] qu'elles peuvent contracter l'impureté, et même l'impureté de la pression (midras), car ces nattes sont fabriquées dans le but de s'y coucher dessus. Et l'on s'accorde aussi à propos des nattes grossières de Tibériade, qu'elles sont pures, car elles ne sont produites que pour servir de cloisons et de toit. Sur quelles nattes, alors, portait leur désaccord ? Sur celles fabriquées dans les autres lieux. Un Sage — les Rabbanan — soutient : puisqu'il n'y a personne qui s'asseye régulièrement sur ces nattes, elles sont assimilées aux nattes de Tibériade, et donc pures. Et un Sage — Rabbi Dossa — soutient : puisqu'il arrive qu'on s'y asseye à l'occasion, elles sont assimilées aux nattes d'Ousha, et donc impures.
שֶׁהֵן טְמֵאוֹת, וְשֶׁל טְבֶרְיָא שֶׁהֵן טְהוֹרוֹת. עַל מָה נֶחְלְקוּ? עַל שְׁאָר מְקוֹמוֹת. מָר סָבַר: כֵּיוָן דְּלֵיכָּא דְּיָתֵיב עֲלַיְיהוּ — כְּדִטְבֶרְיָא דָּמְיָין, וּמָר סָבַר: כֵּיוָן דְּמִקְּרֵי וְיָתְבִי עֲלַיְיהוּ — כִּדְאוּשָׁא דָּמְיָין.
La Guemara analyse la michna citée plus haut. Le Maître a dit : « Toutes les sortes de hotsalot [nattes ou couvertures tressées] peuvent contracter l'impureté du mort ; telle est la parole de Rabbi Dossa. » Apparemment, elles sont donc toutes considérées comme des ustensiles — c'est pourquoi elles sont susceptibles d'impureté et qu'on ne peut en couvrir la souka. La Guemara objecte : mais n'a-t-on pas enseigné dans la baraïta : « Et de même Rabbi Dossa disait selon sa parole » — c'est-à-dire selon la parole de Rabbi Yichmaël fils de Rabbi Yossi au nom de son père, à savoir que toutes les sortes de nattes sont pures et qu'on peut en couvrir une souka ? Ces deux sources ne se contredisent-elles pas ?
אָמַר מָר: כׇּל הַחוֹצָלוֹת מְטַמְּאִין טְמֵא מֵת, דִּבְרֵי רַבִּי דּוֹסָא. וְהָתַנְיָא: וְכֵן הָיָה רַבִּי דּוֹסָא אוֹמֵר כִּדְבָרָיו!
La Guemara répond : ce n'est pas une difficulté. Cette michna-ci parle d'une natte qui possède un rebord relevé, lequel lui confère le statut d'ustensile susceptible d'impureté. Cette baraïta-là parle d'une natte qui n'a pas de rebord relevé [gedanpa] ; dès lors elle n'est pas un ustensile et n'est pas susceptible d'impureté.
לָא קַשְׁיָא: הָא דְּאִית לֵיהּ גְּדָנְפָא, הָא דְּלֵית לֵיהּ גְּדָנְפָא.
La Guemara soulève une objection : « Les hotsalot faites de papyrus, ou de jonc, ou de toile de sac [en poil de chèvre], ou de crin [de cheval] — toutes tissées et confortables — peuvent contracter l'impureté du mort, mais non l'impureté de la pression ; car, tout en étant des ustensiles, elles ne sont pas destinées à s'y asseoir ; telle est la parole de Rabbi Dossa. Et les Sages disent : elles contractent l'impureté même par la pression. »
מֵיתִיבִי: חוֹצָלוֹת שֶׁל שַׁעַם וְשֶׁל גֶּמִי וְשֶׁל שַׂק וְשֶׁל סְפִירָא — מִטַּמֵּא טְמֵא מֵת, דִּבְרֵי רַבִּי דּוֹסָא. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: אַף מִדְרָס.
La Guemara demande : Soit, selon celui qui a dit que les hotsalot sont des sacs appelés marzovelei, il n'y a pas de problème. Le raisonnement de celui qui soutient qu'elles ne contractent pas l'impureté de la pression est qu'elles ne sont pas destinées à s'y asseoir ; mais, puisqu'elles sont des ustensiles, elles contractent l'impureté du mort. Et à quoi ces ustensiles servent-ils ? Ceux faits de papyrus et de jonc conviennent comme panier à fruits, et ceux faits de toile de sac et de crin conviennent comme petits sacs [goulkei] et corbeilles pour légumes secs et petits fruits, car leur tissage est plus fin. En revanche, selon celui qui a dit que les hotsalot sont de véritables nattes sans rebord relevé, sur quoi porte le débat ? De telles nattes ne conviennent qu'à s'y coucher dessus. Soit, les nattes de toile de sac, de poil de chèvre ou de crin conviennent comme tentures et tamis à farine ; mais les nattes de papyrus et de jonc, à quel usage conviennent-elles ? La Guemara répond : elles conviennent à couvrir les cuves de bière.
בִּשְׁלָמָא לְמַאן דְּאָמַר מַרְזוֹבְלֵי. שֶׁל שַׁעַם וְשֶׁל גֶּמִי — חֲזוּ לְכִינְתָּא דְפֵירֵי. שֶׁל שַׂק וְשֶׁל סְפִירָא — חֲזוּ לִגְוָלְקֵי וְצַנֵּי. אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר מַחְצָלוֹת מַמָּשׁ, בִּשְׁלָמָא שֶׁל שַׂק וְשֶׁל סְפִירָא — חֲזוּ לִפְרָסֵי וְנָפְווֹתָא, אֶלָּא שֶׁל שַׁעַם וְשֶׁל גֶּמִי לְמַאי חֲזוּ? חֲזוּ לְנַזְיָאתָא.
Certains rapportent une autre version de cet échange : Soit, selon celui qui a dit que les hotsalot sont de véritables nattes, alors les nattes de papyrus et de jonc conviennent à couvrir les cuves de bière, tandis que celles de toile de sac — c'est-à-dire de poil de chèvre — et de crin peuvent servir de tentures ou de tamis. Mais selon celui qui a dit que les hotsalot sont des sacs appelés marzovelei, sur quoi porte leur débat ? Soit, les sacs faits de toile de sac et de crin conviennent comme petites corbeilles et petits sacs ; mais les nattes de papyrus et de jonc, à quel usage conviennent-elles, pour qu'elles soient susceptibles d'impureté ? La Guemara répond : elles conviennent comme panier à fruits.
אִיכָּא דְּאָמְרִי: בִּשְׁלָמָא לְמַאן דְּאָמַר מַחְצָלוֹת מַמָּשׁ, שֶׁל שַׁעַם וְשֶׁל גֶּמִי — חֲזוּ לְנַזְיָאתָא, שֶׁל שַׂק וְשֶׁל סְפִירָא — חֲזוּ לִפְרָסֵי וְנָפְווֹתָא. אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר מַרְזוֹבְלֵי, בִּשְׁלָמָא שֶׁל שַׂק וְשֶׁל סְפִירָא — חֲזוּ לִגְוָלְקִי וְצַנֵּי, אֶלָּא שֶׁל שַׁעַם וְשֶׁל גֶּמִי — לְמַאי חֲזוּ? חֲזוּ לְכִינְתָּא דְפֵירֵי.
Il est enseigné dans une baraïta que Rabbi Hanania a dit : « Quand je suis descendu en exil [à Babylone], j'ai rencontré un ancien qui me dit : on peut couvrir la souka avec une natte [boudia]. Et quand je suis revenu [en Terre d'Israël] auprès de Rabbi Yehochoua ben Hanania, le frère de mon père, et que je lui rapportai ces paroles, il les approuva. » Rav Hisda dit : cela ne vaut que pour une natte qui n'a pas de rebord relevé et qui ne convient à aucun autre usage que de couvrir.
תַּנְיָא, אָמַר רַבִּי חֲנַנְיָה: כְּשֶׁיָּרַדְתִּי לַגּוֹלָה מָצָאתִי זָקֵן אֶחָד, וְאָמַר לִי: מְסַכְּכִין בְּבוּדְיָא. וּכְשֶׁבָּאתִי אֵצֶל רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אֲחִי אַבָּא, הוֹדָה לִדְבָרָיו. אָמַר רַב חִסְדָּא: וְהוּא דְּלֵית לֵיהּ גְּדָנְפָא.
Oulla dit : ces nattes [boudiata] des habitants de Mehoza, n'était leur « mur » — c'est-à-dire leur rebord relevé —, on serait autorisé à en couvrir une souka. Cette opinion est aussi enseignée dans une baraïta : « On peut couvrir la souka avec une natte ; mais si elles ont un mur [un rebord], on ne peut pas en couvrir la souka », car le rebord relevé en fait un réceptacle susceptible d'impureté.
אָמַר עוּלָּא: הָנֵי בּוּדְיָתָא דִּבְנֵי מָחוֹזָא, אִלְמָלֵא קִיר שֶׁלָּהֶן, מְסַכְּכִין בְּהוּ. תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: מְסַכְּכִין בְּבוּדְיָא, וְאִם יֵשׁ לָהֶן קִיר — אֵין מְסַכְּכִין בָּהֶן.
Nous reviendrons vers toi, chapitre « Souka ». [Hadran : formule traditionnelle qui clôt le premier chapitre du traité.]
הֲדַרַן עֲלָךְ סוּכָּה
Mishna 1
MICHNA : Celui qui dort sous le lit dans la souka n'a pas accompli son obligation, car le lit constitue une tente [ohel] qui fait écran entre lui et le toit de branchages [le s'khakh] de la souka. Rabbi Yehouda a dit : « Nous avions coutume de dormir sous le lit en présence des anciens, et ils ne nous ont rien dit » — à savoir, ils ne nous ont pas dit que nous n'accomplissions pas notre obligation. D'où il ressort que, pour Rabbi Yehouda, le lit n'a pas statut de tente et n'empêche pas l'accomplissement de la mitsva.
הַיָּשֵׁן תַּחַת הַמִּטָּה בַּסּוּכָּה — לֹא יָצָא יְדֵי חוֹבָתוֹ. אָמַר רַבִּי יְהוּדָה: נוֹהֲגִין הָיִינוּ שֶׁהָיִינוּ יְשֵׁנִים תַּחַת הַמִּטָּה בִּפְנֵי הַזְּקֵנִים, וְלֹא אָמְרוּ לָנוּ דָּבָר.(משנה)
Rabbi Chimon a dit — contrairement à l'avis de Rabbi Yehouda — : il advint que Tavi, l'esclave cananéen de Rabban Gamliel, dormait sous le lit, et Rabban Gamliel dit en plaisantant aux anciens : « Avez-vous vu mon esclave Tavi, qui est un érudit en Torah (talmid hakham) et sait que les esclaves sont dispensés de la mitsva de la souka ? C'est pourquoi il dort sous le lit. » Or — puisque la souka est une mitsva positive liée à un temps déterminé, et que les esclaves cananéens, dont le statut sur ce point est celui des femmes, en sont dispensés. Rabbi Chimon poursuit : et de la sorte, incidemment — car Rabban Gamliel ne rendait pas là une décision halakhique —, nous avons appris que celui qui dort sous le lit n'a pas accompli son obligation.
אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן, מַעֲשֶׂה בְּטָבִי עַבְדּוֹ שֶׁל רַבָּן גַּמְלִיאֵל שֶׁהָיָה יָשֵׁן תַּחַת הַמִּטָּה, וְאָמַר לָהֶן רַבָּן גַּמְלִיאֵל לַזְּקֵנִים: רְאִיתֶם טָבִי עַבְדִּי, שֶׁהוּא תַּלְמִיד חָכָם וְיוֹדֵעַ שֶׁעֲבָדִים פְּטוּרִין מִן הַסּוּכָּה, לְפִיכָךְ יָשֵׁן הוּא תַּחַת הַמִּטָּה. וּלְפִי דַּרְכֵּינוּ: לָמַדְנוּ שֶׁהַיָּשֵׁן תַּחַת הַמִּטָּה לֹא יָצָא יְדֵי חוֹבָתוֹ.
Guémara
GUEMARA : La michna énonce que celui qui dort sous un lit n'a pas accompli son obligation, parce que le lit, telle une tente, fait écran entre la personne et le s'khakh. La Guemara demande : mais la hauteur de l'espace sous le lit n'atteint-elle pas les dix tefahim [requis] — or un espace de moins de dix tefahim de haut ne constitue pas une tente ? Chemouel a interprété la michna : elle parle du cas d'un lit haut de dix tefahim.
גְּמָ׳ וְהָא לֵיכָּא עֲשָׂרָה! תַּרְגְּמָא שְׁמוּאֵל בְּמִטָּה עֲשָׂרָה.