Guémara
Beit Chammaï disent : la cloison qui rend permis de puiser l'eau [d'une citerne située entre deux cours, le Chabbat] peut être placée en bas ; et Beit Hillel disent qu'elle doit être placée en haut. Rabbi Yehouda dit : une cloison pour la citerne ne doit pas être plus rigoureuse que le mur qui sépare déjà les deux cours. [Autrement dit : dès lors qu'un mur sépare les deux cours, il n'est nul besoin de dresser une cloison supplémentaire spécialement pour la citerne.]
בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים מִלְמַעְלָה, וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים מִלְּמַטָּה. אָמַר רַבִּי יְהוּדָה: לֹא תְּהֵא מְחִיצָה גְּדוֹלָה מִן הַכּוֹתֶל שֶׁבֵּינֵיהֶן.
Rabba bar bar Hana dit au nom de Rabbi Yohanan : Rabbi Yehouda a énoncé son avis selon l'opinion de Rabbi Yossi, qui dit qu'une cloison suspendue [en l'air, ne descendant pas jusqu'au sol] rend permis de porter ; et c'est pourquoi le mur entre les deux cours suffit aussi à délimiter la citerne.
אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: רַבִּי יְהוּדָה בְּשִׁיטַת רַבִּי יוֹסֵי אֲמָרָהּ, דְּאָמַר מְחִיצָה תְּלוּיָה מַתֶּרֶת.
La Guemara rejette cette assimilation. Et il n'en est rien : ni Rabbi Yehouda ne se range à l'avis de Rabbi Yossi, ni Rabbi Yossi ne se range à l'avis de Rabbi Yehouda.
וְלָא הִיא, לָא רַבִּי יְהוּדָה סָבַר לַהּ כְּרַבִּי יוֹסֵי, וְלָא רַבִּי יוֹסֵי סָבַר לַהּ כְּרַבִּי יְהוּדָה.
La Guemara explique. Rabbi Yehouda ne se range pas à l'avis de Rabbi Yossi : car Rabbi Yehouda ne dit là-bas [qu'une cloison suspendue suffit] qu'à propos de la jonction des cours (érouvé hatsérot), qui est une obligation d'ordre rabbinique. Mais ici, s'agissant de la souka, qui relève de la loi de la Torah (déoraïta), une cloison suspendue ne suffit pas.
לָא רַבִּי יְהוּדָה סָבַר לַהּ כְּרַבִּי יוֹסֵי: עַד כָּאן לָא קָאָמַר רַבִּי יְהוּדָה הָתָם, אֶלָּא בְּעֵירוּבֵי חֲצֵירוֹת דְּרַבָּנַן. אֲבָל הָכָא, סוּכָּה דְּאוֹרָיְיתָא — לָא.
Et Rabbi Yossi ne se range pas à l'avis de Rabbi Yehouda : car Rabbi Yossi ne dit ici [qu'une cloison suspendue suffit] qu'à propos de la souka, qui est une mitsva positive (mitsvat assé). Mais s'agissant de porter d'une cour à l'autre le Chabbat — interdiction passible de la lapidation (skila) —, non : une cloison suspendue ne suffit pas.
וְלָא רַבִּי יוֹסֵי סָבַר לַהּ כְּרַבִּי יְהוּדָה: עַד כָּאן לָא קָאָמַר רַבִּי יוֹסֵי הָכָא, אֶלָּא בְּסוּכָּה דְּמִצְוַת עֲשֵׂה. אֲבָל שַׁבָּת, דְּאִיסּוּר סְקִילָה — לָא.
La Guemara objecte : et si tu dis — puisque Rabbi Yossi ne se range pas à l'avis de Rabbi Yehouda en matière de Chabbat —, alors l'événement qui eut lieu à Tsippori, où l'on se fonda sur des cloisons suspendues le Chabbat même, sur l'autorité de qui fut-il accompli ? Réponse : il ne fut pas accompli sur l'autorité de Rabbi Yossi, mais sur celle de Rabbi Yichmaël, fils de Rabbi Yossi.
וְאִם תֹּאמַר: מַעֲשֶׂה שֶׁנַּעֲשָׂה בְּצִיפּוֹרִי, עַל פִּי מִי נַעֲשָׂה? לֹא עַל פִּי רַבִּי יוֹסֵי, אֶלָּא עַל פִּי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל בְּרַבִּי יוֹסֵי.
Et quel fut cet événement ? Lorsque Rav Dimi vint [d'Erets Israël à Babylone], il rapporta : une fois, on oublia et l'on n'apporta pas de rouleau de la Torah à la synagogue la veille de Chabbat, avant l'entrée du Chabbat. Le lendemain, le Chabbat, pour éviter de transgresser l'interdiction de porter, on tendit des draps suspendus sur des poteaux [fixés le long du trajet menant de la maison où était rangé le rouleau jusqu'à la synagogue], formant ainsi des cloisons ; et l'on apporta le rouleau de la Torah le long de ce trajet, et l'on y lut.
וּמַאי מַעֲשֶׂה — דְּכִי אֲתָא רַב דִּימִי, אָמַר: פַּעַם אַחַת שָׁכְחוּ וְלֹא הֵבִיאוּ סֵפֶר תּוֹרָה מֵעֶרֶב שַׁבָּת, לְמָחָר פֵּירְסוּ סְדִינִין עַל גַּבֵּי הָעַמּוּדִים, וְהֵבִיאוּ סֵפֶר תּוֹרָה וְקָרְאוּ בּוֹ.
La Guemara s'interroge : te viendrait-il à l'esprit qu'on tendit les draps le Chabbat même ? [Avant que les cloisons ne soient dressées, porter était interdit :] d'où donc aurait-on apporté ces draps le Chabbat ? Il faut plutôt comprendre : on trouva les draps déjà tendus sur les poteaux [depuis la veille], et l'on apporta le rouleau de la Torah, et l'on y lut. [On se fonda donc sur une cloison suspendue même en cette affaire touchant à la loi de la Torah — sans s'appuyer ni sur l'avis de Rabbi Yehouda, ni sur celui de Rabbi Yossi, mais sur l'autorité d'un troisième Tana, Rabbi Yichmaël fils de Rabbi Yossi.]
פֵּירְסוּ סָלְקָא דַּעְתָּךְ? מֵהֵיכָן הֱבִיאוּם בְּשַׁבָּת! אֶלָּא, מָצְאוּ סְדִינִין פְּרוּסִין עַל גַּבֵּי הָעַמּוּדִים וְהֵבִיאוּ סֵפֶר תּוֹרָה וְקָרְאוּ בּוֹ.
Rav Hisda dit au nom d'Avimi : une natte large de quatre tefahim et un peu rend permise [l'usage de] la souka en tenant lieu de paroi (dofen). La Guemara explique : comment procède-t-on ? On la suspend au milieu d'un espace haut de dix tefahim, à moins de trois tefahim du sol par le bas et à moins de trois tefahim du toit par le haut. Or le principe énonce : le statut de deux objets séparés par un intervalle de moins de trois tefahim est comme s'ils étaient joints (lavoud). [Ainsi, une natte de quatre tefahim et un peu, comblant les deux écarts par la fiction du lavoud, constitue une paroi valable de dix tefahim.]
אָמַר רַב חִסְדָּא אָמַר אֲבִימִי: מַחְצֶלֶת אַרְבָּעָה וּמַשֶּׁהוּ — מַתֶּרֶת בְּסוּכָּה מִשּׁוּם דּוֹפֶן. הֵיכִי עָבֵיד? תָּלֵי לֵיהּ בָּאֶמְצַע, פָּחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה לְמַטָּה וּפָחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה לְמַעְלָה, וְכׇל פָּחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה כְּלָבוּד דָּמֵי.
La Guemara objecte : cela va de soi ! [Le principe du lavoud, pour un intervalle de moins de trois tefahim, est bien connu ; nul besoin de l'enseigner.] La Guemara répond : c'est pour le cas où tu dirais — nous appliquons le lavoud une seule fois, mais nous ne l'appliquons pas deux fois [pour joindre dans deux directions à la fois] — qu'Avimi vient nous apprendre qu'on peut bel et bien l'invoquer deux fois.
פְּשִׁיטָא? מַהוּ דְּתֵימָא: חַד לָבוּד אָמְרִינַן, תְּרֵי לָבוּד לָא אָמְרִינַן — קָא מַשְׁמַע לַן.
La Guemara soulève une objection [contre Avimi] à partir d'une baraïta : une natte large de sept tefahim et un peu rend permise la souka en tenant lieu de paroi. [Il en ressort qu'une natte ne peut servir de paroi de souka que lorsque le lavoud est appliqué une seule fois.] La Guemara répond : quand cette baraïta fut enseignée, c'était à propos d'une grande souka, sensiblement plus haute que dix tefahim. On suspend alors la natte à un peu moins de trois tefahim du toit, et elle vaut comme paroi de souka valable bien qu'elle se trouve à une grande distance du sol. Et que vient-elle nous apprendre ? Qu'on abaisse les parois du haut vers le bas, conformément à l'avis de Rabbi Yossi.
מֵיתִיבִי: מַחְצֶלֶת שִׁבְעָה וּמַשֶּׁהוּ מַתֶּרֶת בְּסוּכָּה מִשּׁוּם דּוֹפֶן. כִּי תַּנְיָא הָהִיא, בְּסוּכָּה גְּדוֹלָה. וּמַאי קָא מַשְׁמַע לַן — דִּמְשַׁלְשְׁלִין דְּפָנוֹת מִלְמַעְלָה לְמַטָּה כְּרַבִּי יוֹסֵי.
Rabbi Ami dit : une planche (pass) large de quatre tefahim et un peu rend permise la souka, en tenant lieu de paroi ; et elle est efficace si on la dresse à moins de trois tefahim de la paroi adjacente. Car le principe énonce : le statut de deux objets séparés par un intervalle de moins de trois tefahim est comme s'ils étaient joints [lavoud].
אָמַר רַבִּי אַמֵּי: פַּס אַרְבָּעָה וּמַשֶּׁהוּ — מַתִּיר בְּסוּכָּה מִשּׁוּם דּוֹפֶן. וּמוֹקֵים לֵיהּ בְּפָחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה טְפָחִים סָמוּךְ דּוֹפֶן, וְכׇל פָּחוֹת מִשְּׁלֹשָׁה סָמוּךְ לַדּוֹפֶן כְּלָבוּד דָּמֵי.