Rav et Chmouel sont en désaccord sur cet épisode. L'un dit qu'il y eut un miracle, et l'autre dit qu'il y eut un miracle dans un miracle. La Guemara explique: celui qui dit qu'il y eut un miracle affirme qu'il y avait déjà une forêt à cet endroit mais qu'il n'y avait pas d'ours, et le miracle fut l'apparition des ours. Celui qui dit qu'il y eut un miracle dans un miracle affirme qu'il n'y avait ni forêt ni ours dans cet endroit. La Guemara demande, selon la seconde opinion: pourquoi un double miracle était-il nécessaire? Qu'il y ait des ours sans forêt! La forêt ne jouait aucun rôle dans l'histoire, alors pourquoi fut-elle créée? La Guemara explique: la forêt était nécessaire, car les ours ont peur de s'aventurer dans des espaces découverts mais attaquent les gens dans leur habitat naturel, la forêt.
רַב וּשְׁמוּאֵל, חַד אָמַר: נֵס. וְחַד אָמַר: נֵס בְּתוֹךְ נֵס. מַאן דְּאָמַר נֵס — יַעַר הֲוָה, דּוּבִּים לָא הֲווֹ. מַאן דְּאָמַר נֵס בְּתוֹךְ נֵס — לֹא יַעַר הֲוָה וְלָא דּוּבִּים הֲווֹ. וְלִיהְוֵי דּוּבִּים וְלָא לֶיהֱוֵי יַעַר! דִּבְעִיתִי.
Rabbi 'Hanina dit: à cause des quarante-deux sacrifices qu'offrit Balak, roi de Moav, [lorsqu'il tenta de faire maudire le peuple juif par Bilam], quarante-deux enfants furent arrachés à Israël, dans cet épisode impliquant Élicha. La Guemara demande: est-ce bien cela? Était-ce là la récompense de ses sacrifices?
אָמַר רַבִּי חֲנִינָא: בִּשְׁבִיל אַרְבָּעִים וּשְׁנַיִם קׇרְבָּנוֹת שֶׁהִקְרִיב בָּלָק מֶלֶךְ מוֹאָב הוּבְקְעוּ מִיִּשְׂרָאֵל אַרְבָּעִים וּשְׁנַיִם יְלָדִים. אִינִי?
Mais Rav Yehouda n'a-t-il pas dit au nom de Rav: qu'un homme s'occupe toujours de Torah et de mitsvot, même si ce n'est pas pour elles-mêmes, car de ce qui n'est pas pour elles-mêmes on en vient à ce qui est pour elles-mêmes! Il prouve la valeur d'une mitsva accomplie non pour elle-même: en récompense des quarante-deux sacrifices qu'offrit Balak, roi de Moav, il mérita que descende de lui Ruth, de qui descendit le roi Salomon, à propos duquel il est écrit qu'il offrit de nombreux sacrifices: « Mille holocaustes Salomon offrira » (Mélakhim I 3, 4). Et Rabbi Yossi ben 'Honi dit de même: Ruth était la fille d'Eglon, fils de Balak. Ces Sages affirment que la récompense de Balak fut de voir Ruth descendre de lui, et non que des membres du peuple juif périssent. La Guemara répond: son désir, en tout cas, était de maudire le peuple juif, et sa récompense pour avoir offert ses sacrifices fut que la malédiction se réalisa aussi dans l'épisode impliquant Élicha.
וְהָאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: לְעוֹלָם יַעֲסוֹק אָדָם בְּתוֹרָה וּבְמִצְוֹת, וְאַף עַל פִּי שֶׁלֹּא לִשְׁמָהּ. שֶׁמִּתּוֹךְ שֶׁלֹּא לִשְׁמָהּ — בָּא לִשְׁמָהּ. שֶׁבִּשְׂכַר אַרְבָּעִים וּשְׁנַיִם קׇרְבָּנוֹת שֶׁהִקְרִיב בָּלָק מֶלֶךְ מוֹאָב, זָכָה וְיָצְתָה מִמֶּנּוּ רוּת שֶׁיָּצָא מִמֶּנָּה שְׁלֹמֹה, שֶׁכָּתוּב בֵּיהּ ״אֶלֶף עֹלוֹת יַעֲלֶה שְׁלֹמֹה״. וְאָמַר רַבִּי יוֹסֵי בֶּן חוֹנִי: רוּת בִּתּוֹ שֶׁל עֶגְלוֹן בְּנוֹ שֶׁל בָּלָק הָיְתָה! תַּאֲוָתוֹ מִיהָא לִקְלָלָה הֱוֵי.
« Et les hommes de la ville dirent à Élicha: Voici, s'il te plaît, la situation de cette ville est agréable, comme mon seigneur le voit, mais les eaux sont mauvaises et la terre fait avorter » (Mélakhim II 2, 19). Or, puisque les eaux sont mauvaises et que la terre fait avorter les femmes, qu'y a-t-il donc d'agréable? Rabbi 'Hanin dit: la grâce du lieu repose sur ses habitants [les gens sont attachés à leur ville natale malgré ses défauts]. Rabbi Yo'hanan dit: il existe trois grâces [de ce type]: la grâce du lieu sur ses habitants, la grâce de la femme sur son mari, et la grâce de l'objet acheté sur son acheteur [celui qui a acheté quelque chose le voit sous un jour favorable].
״וַיֹּאמְרוּ אַנְשֵׁי הָעִיר אֶל אֱלִישָׁע הִנֵּה נָא מוֹשַׁב הָעִיר טוֹב כַּאֲשֶׁר אֲדֹנִי רֹאֶה וְגוֹ׳״. וְכִי מֵאַחַר דְּמַיִם רָעִים וְאֶרֶץ מְשַׁכֶּלֶת, אֶלָּא מָה טוֹבָתָהּ? אָמַר רַבִּי חָנִין: חֵן מָקוֹם עַל יוֹשְׁבָיו. אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן, שְׁלֹשָׁה חִינּוֹת הֵן: חֵן מָקוֹם עַל יוֹשְׁבָיו, חֵן אִשָּׁה עַל בַּעְלָהּ, חֵן מִקָּח עַל (מִקָּחוֹ).
Les Sages enseignèrent: Élicha fut malade trois fois: une fois pour avoir incité les ours à attaquer les enfants; une fois pour avoir repoussé Gue'hazi des deux mains, sans lui laisser la possibilité de revenir; et une fois, la maladie dont il mourut, comme il est dit trois fois une expression de maladie dans le verset le concernant: « Et Élicha tomba malade [ḥala] de la maladie [ḥolyo] dont il devait mourir » (Mélakhim II 13, 14).
תָּנוּ רַבָּנַן, שְׁלֹשָׁה חֲלָאִין חָלָה אֱלִישָׁע: אֶחָד שֶׁגֵּירָה דּוּבִּים בַּתִּינוֹקוֹת, וְאֶחָד שֶׁדְּחָפוֹ לְגֵחֲזִי בִּשְׁתֵּי יָדַיִם, וְאֶחָד שֶׁמֵּת בּוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וֶאֱלִישָׁע חָלָה אֶת חׇלְיוֹ אֲשֶׁר יָמוּת בּוֹ״.
Les Sages enseignèrent: que ce soit toujours la main gauche qui repousse et la main droite qui rapproche. Non comme Élicha, qui repoussa Gue'hazi des deux mains, et non comme Yehochoua ben Pera'hia, qui repoussa Yéchou le Nazaréen, l'un de ses élèves, des deux mains.
תָּנוּ רַבָּנַן: לְעוֹלָם תְּהֵא שְׂמֹאל דּוֹחָה וְיָמִין מְקָרֶבֶת, לֹא כֶּאֱלִישָׁע שֶׁדְּחָפוֹ לְגֵחֲזִי בִּשְׁתֵּי יָדָיו, וְלֹא כִּיהוֹשֻׁעַ בֶּן פְּרַחְיָה שֶׁדְּחָפוֹ לְיֵשׁוּ הַנּוֹצְרִי מִתַּלְמִידָיו בִּשְׁתֵּי יָדָיו.
Qu'est-ce que cet épisode avec Élicha? Comme il est écrit: « Et Naaman dit: Accepte, je te prie, deux talents » (Mélakhim II 5, 23). Et il est écrit: « Et il lui dit: Mon cœur n'est-il pas allé avec toi, quand l'homme est descendu de son char à ta rencontre? Est-ce le moment de prendre de l'argent, et de prendre des vêtements, des oliviers, des vignes, du menu et du gros bétail, des serviteurs et des servantes? » (Mélakhim II 5, 26). Ici, Élicha reproche à Gue'hazi d'avoir pris le paiement.
אֱלִישָׁע מַאי הִיא, דִּכְתִיב: ״וַיֹּאמֶר נַעֲמָן הוֹאֵל קַח כִּכָּרָיִם״, וּכְתִיב: ״וַיֹּאמֶר אֵלָיו לֹא לִבִּי הָלַךְ כַּאֲשֶׁר הָפַךְ אִישׁ מֵעַל מֶרְכַּבְתּוֹ לִקְרָאתֶךָ הַעֵת לָקַחַת אֶת הַכֶּסֶף וְלָקַחַת בְּגָדִים וְזֵיתִים וּכְרָמִים וְצֹאן וּבָקָר וַעֲבָדִים וּשְׁפָחוֹת״.
Mais a-t-il pris tout cela? Il n'a pris que de l'argent et des vêtements! Rabbi Yits'hak dit: à ce moment-là, Élicha étudiait le sujet des huit reptiles impurs. Il lui dit: Méchant, le moment est venu pour toi de recevoir maintenant, dans ce monde matériel, la récompense pour l'étude du sujet des huit reptiles impurs [c'est pourquoi le verset énumère huit objets]. La Guemara ajoute en incise qu'Élicha dit aussi à Gue'hazi: « Et la lèpre de Naaman s'attachera à toi et à ta descendance pour toujours » (Mélakhim II 5, 27), et il est dit plus loin dans le verset: « Or il y avait quatre hommes lépreux » (Mélakhim II 7, 3), à propos desquels Rabbi Yo'hanan dit: ce sont Gue'hazi et ses trois fils.
וּמִי שָׁקֵיל כּוּלֵּי הַאי? כֶּסֶף וּבְגָדִים הוּא דְּשָׁקֵיל! אָמַר רַבִּי יִצְחָק: בְּאוֹתָהּ שָׁעָה הָיָה אֱלִישָׁע עוֹסֵק בִּשְׁמֹנָה שְׁרָצִים, אָמַר לוֹ: רָשָׁע, הִגִּיעַ עֵת לִיטּוֹל שְׂכַר שְׁמֹנָה שְׁרָצִים. ״וְצָרַעַת נַעֲמָן תִּדְבַּק בְּךָ וּבְזַרְעֲךָ לְעוֹלָם״. ״וְאַרְבָּעָה אֲנָשִׁים הָיוּ מְצֹרָעִים״, אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: זֶה גֵּחֲזִי וּשְׁלֹשֶׁת בָּנָיו.
« Et Élicha vint à Damas » (Mélakhim II 8, 7). Pourquoi y alla-t-il? Rabbi Yo'hanan dit: il alla pour ramener Gue'hazi au repentir, mais celui-ci ne revint pas. Il lui dit: reviens de tes fautes. Il lui répondit: voici ce que j'ai reçu de toi en tradition: quiconque a péché et a fait pécher les autres n'a pas la possibilité de faire techouva [repentir].
״וַיָּבֹא אֱלִישָׁע דַּמֶּשֶׂק״. לָמָּה הָלַךְ? אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: שֶׁהָלַךְ לְהַחְזִירוֹ לְגֵחֲזִי בִּתְשׁוּבָה, וְלֹא חָזַר. אָמַר לוֹ: חֲזוֹר בָּךְ. אָמַר לוֹ: כָּךְ מְקוּבְּלַנִי מִמְּךָ, כׇּל מִי שֶׁחָטָא וְהֶחְטִיא אֶת הָרַבִּים — אֵין מַסְפִּיקִין בְּיָדוֹ לַעֲשׂוֹת תְּשׁוּבָה.
Qu'avait-il fait? Certains disent: il suspendit une pierre aimantée à l'idole du veau de Yerovam, et la fit tenir entre ciel et terre [par attraction magnétique], [ce prodige apparent renforçant l'idolâtrie du peuple]. Et d'autres disent: il grava le Nom [divin] sur sa bouche, et elle disait « Je suis [l'Éternel]» et « Tu n'auras pas [d'autres dieux] » [citant ainsi les deux premiers commandements, ce qui renforçait encore l'adoration de l'idole].
מַאי עֲבַד? אִיכָּא דְּאָמְרִי: אֶבֶן שׁוֹאֶבֶת תָּלָה לוֹ לְחַטַּאת יָרָבְעָם, וְהֶעֱמִידוֹ בֵּין שָׁמַיִם לָאָרֶץ. וְאִיכָּא דְּאָמְרִי: שֵׁם חֲקַק לַהּ אַפּוּמַּהּ, וְהָיְתָה אוֹמֶרֶת ״אָנֹכִי״ וְ״לֹא יִהְיֶה לְךָ״.
Et d'autres disent: il repoussa les Sages de devant lui [les empêchant de venir apprendre auprès d'Élicha], comme il est écrit: « Et les fils des prophètes dirent à Élicha: Voici, l'endroit où nous demeurons devant toi est trop étroit pour nous » (Mélakhim II 6, 1), ce qui prouve par déduction que jusqu'alors l'endroit n'était pas exigu, [Gue'hazi refoulant les gens].
וְאִיכָּא דְּאָמְרִי: רַבָּנַן דְּחָה מִקַּמֵּיהּ, דִּכְתִיב: ״וַיֹּאמְרוּ בְנֵי הַנְּבִיאִים אֶל אֱלִישָׁע הִנֵּה נָא הַמָּקוֹם אֲשֶׁר אֲנַחְנוּ יֹשְׁבִים שָׁם לְפָנֶיךָ צַר מִמֶּנּוּ״, מִכְּלָל דְּעַד הָאִידָּנָא לָא הֲוָה דְּחִיק.
Quel fut cet épisode avec Yehochoua ben Pera'hia? Lorsque le roi Yanaï se mit à tuer les Sages, Chimon ben Chata'h fut caché par sa sœur, [femme de Yanaï], tandis que Rabbi Yehochoua ben Pera'hia s'enfuit à Alexandrie d'Égypte. Quand la paix fut faite, Chimon ben Chata'h lui envoya cette lettre: De moi-même, Jérusalem la ville sainte, à toi, Alexandrie d'Égypte: ma sœur! Mon mari demeure en toi, et moi je suis assise, désolée! Il dit: j'en déduis qu'il y a la paix, [et je peux revenir].
יְהוֹשֻׁעַ בֶּן פְּרַחְיָה מַאי הִיא — כְּדַהֲוָה קָא קָטֵיל יַנַּאי מַלְכָּא לְרַבָּנַן, שִׁמְעוֹן בֶּן שָׁטַח (אַטְמִינֵהוּ) [אַטְמַרְתֵּיהּ] אֲחָתֵיהּ, רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן פְּרַחְיָה אֲזַל עֲרַק לַאֲלֶכְּסַנְדְּרִיָּא שֶׁל מִצְרַיִם. כִּי הֲוָה שְׁלָמָא, שְׁלַח לֵיהּ שִׁמְעוֹן בֶּן שָׁטַח: מִנַּי יְרוּשָׁלַיִם עִיר הַקּוֹדֶשׁ לִךְ אֲלֶכְּסַנְדְּרִיָּא שֶׁל מִצְרַיִם: אֲחוֹתִי! בַּעֲלִי שָׁרוּי בְּתוֹכֵךְ, וַאֲנִי יוֹשֶׁבֶת שׁוֹמֵמָה! אֲמַר: שְׁמַע מִינַּהּ הֲוָה לֵיהּ שְׁלָמָא.