Guémara
Il [le Cohen] n'apprend rien de la lettre vav [de « vetsafou »]. Mais alors, que veut dire le Miséricordieux dans la Torah par l'expression « et tes juges »? Il fait référence aux plus distingués parmi tes juges. La Guemara soulève une objection: mais s'il en est ainsi, si chaque forme plurielle du verset ajoute encore deux juges, alors lorsque le verset dit ensuite: « et ils sortiront », cela devrait indiquer encore deux [juges]. Et « et ils mesureront » (Devarim 21, 2) devrait indiquer encore deux autres. Cela signifie que, selon le raisonnement de Rabbi Yehouda, il y aurait ici neuf juges énumérés, tandis que selon le raisonnement de Rabbi Chimon, il y en aurait sept!
וָיו לָא מַשְׁמַע לֵיהּ. (מַאי קָאָמַר רַחֲמָנָא — הַמְיוּחָדִין שֶׁבְּשׁוֹפְטֶיךָ.) אֶלָּא מֵעַתָּה: ״וְיָצְאוּ״ — שְׁנַיִם, ״וּמָדְדוּ״ — שְׁנַיִם, לְרַבִּי יְהוּדָה הֲרֵי כָּאן תִּשְׁעָה, לְרַבִּי שִׁמְעוֹן הֲרֵי כָּאן שִׁבְעָה!
[La Guemara répond:] ce [verset] est nécessaire pour ce qui est enseigné dans une baraïta: « et ils sortiront » — eux-mêmes et non leurs mandataires, [ce qui enseigne] qu'ils ne peuvent pas désigner un mandataire pour mesurer la distance, mais doivent le faire eux-mêmes. « Et ils mesureront » enseigne que même si le corps fut trouvé manifestement proche d'une ville particulière, ils devaient néanmoins mesurer la distance, car c'est une mitsva de s'adonner à cette mesure.
הַהוּא, מִיבְּעֵי לֵיהּ לְכִדְתַנְיָא: ״וְיָצְאוּ״ — הֵן וְלֹא שְׁלוּחֵיהֶן, ״וּמָדְדוּ״ — שֶׁאֲפִילּוּ נִמְצָא בַּעֲלִיל לָעִיר הָיוּ מוֹדְדִין, שֶׁמִּצְוָה לַעֲסוֹק בִּמְדִידָה.
§ La Guemara remarque: la Michna n'est pas conforme à l'opinion de Rabbi Eliézer ben Yaakov, comme il est enseigné dans une baraïta: Rabbi Eliézer ben Yaakov dit: « tes anciens » — c'est le Sanhédrin; « tes juges » — c'est le roi et le Grand Cohen. Selon Rabbi Eliézer ben Yaakov, le roi et le Grand Cohen doivent participer au rituel de la nuque brisée de la génisse. D'où apprend-on qu'on les appelle juges? Un roi est appelé juge, comme il est écrit: « Un roi, par la justice, affermit le pays » (Michlei 29, 4). Un Grand Cohen est appelé juge, comme il est écrit: « Si une affaire est trop difficile pour toi en jugement... et tu viendras vers les Cohanim, les Léviim, et vers le juge qui sera en ces jours-là, etc. » (Devarim 17, 8-9).
מַתְנִיתִין דְּלָא כְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב. דְּתַנְיָא, רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב אוֹמֵר: ״זְקֵנֶיךָ״ — זוֹ סַנְהֶדְרִין, ״שֹׁפְטֶיךָ״ — זֶה מֶלֶךְ וְכֹהֵן גָּדוֹל. מֶלֶךְ — דִּכְתִיב: ״מֶלֶךְ בְּמִשְׁפָּט יַעֲמִיד אָרֶץ״, כֹּהֵן גָּדוֹל — דִּכְתִיב: ״וּבָאתָ אֶל הַכֹּהֲנִים הַלְוִיִּם וְאֶל הַשֹּׁפֵט אֲשֶׁר יִהְיֶה וְגוֹ׳״.
On posa un dilemme devant les Sages: Rabbi Eliézer ben Yaakov ne serait-il en désaccord qu'au sujet du roi et du Grand Cohen, soutenant qu'eux aussi doivent être présents à la mesure, mais qu'au sujet du Sanhédrin il tiendrait soit comme Rabbi Yehouda, soit comme Rabbi Chimon? Ou bien serait-il également en désaccord au sujet du Sanhédrin, affirmant que le rituel ne se pratique que si tout le Sanhédrin participe?
אִיבַּעְיָא לְהוּ: רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב בְּמֶלֶךְ וְכֹהֵן גָּדוֹל הוּא דִּפְלִיג, אֲבָל בְּסַנְהֶדְרִי, אִי כְּרַבִּי יְהוּדָה אִי כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן סְבִירָא לֵיהּ, אוֹ דִלְמָא בְּסַנְהֶדְרִי נָמֵי פְּלִיג, עַד דְּאִיכָּא כּוּלַּהּ סַנְהֶדְרִי?
Rav Yossef dit: Viens et entends, [preuve tirée] d'une baraïta: si un ancien rebelle trouva [le Sanhédrin] à Bei Paguei et se rebella contre eux [en enseignant à l'encontre de leur décision], on aurait pu penser que sa rébellion soit considérée comme une rébellion [le rendant passible de punition]. Le verset enseigne donc: « et tu te lèveras et monteras vers le lieu » (Devarim 17, 8), ce qui enseigne que c'est le lieu [où siège le Sanhédrin] qui fait entrer en vigueur la halakha de l'ancien rebelle.
אָמַר רַב יוֹסֵף, תָּא שְׁמַע: מְצָאָן זָקֵן מַמְרֵא אַבֵּי פַגֵּי וְהִמְרָה עֲלֵיהֶן, יָכוֹל תְּהֵא הַמְרָאָתוֹ הַמְרָאָה — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וְקַמְתָּ וְעָלִיתָ אֶל הַמָּקוֹם״, מְלַמֵּד שֶׁהַמָּקוֹם גּוֹרֵם.
La Guemara analyse: combien étaient sortis? Si l'on dit qu'une minorité d'entre eux était sortie, pourquoi le considérerait-on comme ancien rebelle? Peut-être que ceux restés à l'intérieur [de la Chambre des Pierres Taillées] partagent son opinion [et il aurait donc suivi la majorité]! Mais il est évident qu'ils étaient tous sortis.
דִּנְפוּק כַּמָּה? אִילֵימָא דִּנְפוּק מִקְצָתָן, דִּלְמָא הָנָךְ דְּאִיכָּא גַּוָּאֵי כְּווֹתֵיהּ סְבִירָא לְהוּ! אֶלָּא פְּשִׁיטָא דִּנְפוּק כּוּלְּהוּ.
Et dans quel but? Si c'était pour une affaire facultative — pouvaient-ils sortir? N'est-il pas écrit: « Ton nombril est comme une coupe ronde, que le vin mélangé n'y manque point » (Chir HaChirim 7, 3) [interprété comme se référant au Sanhédrin, les princes d'Israël assis en demi-cercle, comme la moitié d'une coupe ronde]? [Cela enseigne] que si l'un d'entre eux avait besoin de sortir, s'il restait là vingt-trois [membres], correspondant au nombre d'un petit Sanhédrin, il pouvait sortir; sinon, il ne pouvait pas sortir [ce qui indique qu'il est interdit à tout le Sanhédrin de sortir pour une affaire facultative].
וּלְמַאי? אִי לִדְבַר הָרְשׁוּת — מִי מָצוּ נָפְקִי? וְהָכְתִיב: ״שׇׁרְרֵךְ אַגַּן הַסַּהַר אַל יֶחְסַר הַמָּזֶג״, שֶׁאִם נִצְרַךְ אֶחָד מֵהֶם לָצֵאת, אִם יֵשׁ שָׁם עֶשְׂרִים וּשְׁלֹשָׁה כְּנֶגֶד סַנְהֶדְרִי קְטַנָּה — יוֹצֵא, וְאִם לָאו — אֵינוֹ יוֹצֵא.
Mais il est évident que c'était pour une affaire de mitsva. Pour laquelle? N'était-ce pas pour la mesure liée à la génisse, et ce serait [l'opinion de] Rabbi Eliézer ben Yaakov [selon laquelle tout le Sanhédrin sort pour mesurer]? Abaye lui dit: Non, ce n'est pas une preuve; peut-être étaient-ils sortis pour une autre mitsva, pour agrandir la ville [de Jérusalem] ou les parvis [du Temple], comme nous l'avons appris dans une Michna [Sanhédrin 2a]: on n'agrandit la ville ni les parvis qu'avec un tribunal de soixante et onze [membres].
אֶלָּא פְּשִׁיטָא לִדְבַר מִצְוָה. לְמַאי? לָאו לִמְדִידַת עֶגְלָה, וְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר בֶּן יַעֲקֹב הִיא? אֲמַר לֵיהּ אַבָּיֵי: לָא, דִּלְמָא לְהוֹסִיף עַל הָעִיר וְעַל הָעֲזָרוֹת. כְּדִתְנַן: אֵין מוֹסִיפִין עַל הָעִיר וְעַל הָעֲזָרוֹת אֶלָּא בְּבֵית דִּין שֶׁל שִׁבְעִים וְאֶחָד.
Il est enseigné, conformément à l'opinion de Rav Yossef: si [l'ancien rebelle] les trouva à Bei Paguei et se rebella contre eux, par exemple s'ils étaient sortis pour la mesure de la génisse ou pour agrandir la ville ou les parvis, on aurait pu penser que sa rébellion soit une rébellion. Le verset enseigne donc: « et tu te lèveras et monteras » [ce qui enseigne] que c'est le lieu qui fait entrer en vigueur [la halakha de l'ancien rebelle], indiquant que tout le Sanhédrin participe à la mesure de la distance entre le corps et les villes.
תַּנְיָא כְּווֹתֵיהּ דְּרַב יוֹסֵף: מְצָאָן אַבֵּית פַּגֵּי וְהִמְרָה עֲלֵיהֶן, כְּגוֹן שֶׁיָּצְאוּ לִמְדִידַת עֶגְלָה אוֹ לְהוֹסִיף עַל הָעִיר וְעַל הָעֲזָרוֹת, יָכוֹל תְּהֵא הַמְרָאָתוֹ הַמְרָאָה — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וְקַמְתָּ וְעָלִיתָ״, מְלַמֵּד שֶׁהַמָּקוֹם גּוֹרֵם.
§ La Michna enseigne: si le corps fut trouvé caché sous un tas de pierres ou suspendu à un arbre, on ne pratiquait pas le rituel de la génisse. La Guemara suggère: disons que la Michna est conforme à l'opinion de Rabbi Yehouda et non à celle des Sages. Comme il est enseigné dans une baraïta au sujet de la halakha des gerbes oubliées dans les champs, [destinées] aux pauvres: « et tu oublieras une gerbe dans le champ » (Devarim 24, 19) — [cela] exclut [la gerbe] cachée [qui n'est pas considérée comme oubliée, même si le propriétaire l'a effectivement oubliée, et il peut la ramasser]. Ce sont les paroles de Rabbi Yehouda. Et les Sages disent: « dans le champ » vient inclure la [gerbe] cachée [qui doit être laissée aux pauvres]. Rabbi Yehouda tient, comme la décision de notre Michna, que lorsque le verset dit « dans le sol » cela exclut un corps caché.
נִמְצָא טָמוּן בַּגַּל אוֹ תָּלוּי בָּאִילָן. לֵימָא מַתְנִיתִין רַבִּי יְהוּדָה הִיא וְלָא רַבָּנַן. דְּתַנְיָא: ״וְשָׁכַחְתָּ עֹמֶר בַּשָּׂדֶה״ — פְּרָט לְטָמוּן, דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: ״בַּשָּׂדֶה״ — לְרַבּוֹת אֶת הַטָּמוּן.
Rav dit: Même si tu dis que [la Michna suit] les Sages, ici on explique la halakha selon le contexte du verset, et là aussi on explique la halakha selon le contexte du verset.
אָמַר רַב: אֲפִילּוּ תֵּימָא רַבָּנַן, הָכָא מֵעִנְיָינֵיהּ דִּקְרָא, הָתָם מֵעִנְיָינֵיהּ דִּקְרָא.
Comme il est écrit: « si un corps tué est trouvé » — [le principe par défaut est que la halakha s'applique] où qu'il se trouve; « sur le sol » — [vient] exclure [le corps] caché. Et là [pour les gerbes], on explique aussi selon le contexte du verset — comme il est écrit: « quand tu moissonneras ta moisson dans ton champ et que tu oublieras une gerbe » (Devarim 24, 19). L'oubli est semblable à la moisson: de même que la moisson se fait à découvert, de même l'oubli concerne [en principe] ce qui est à découvert; [mais] le Miséricordieux a écrit « dans le champ » pour inclure [la gerbe] cachée.
דִּכְתִיב: ״כִּי יִמָּצֵא חָלָל״ — הֵיכָא דְּמִשְׁתְּכַח, ״בָּאֲדָמָה״ — פְּרָט לְטָמוּן. וְהָתָם מֵעִנְיָינֵיהּ דִּקְרָא — דִּכְתִיב: ״כִּי תִקְצֹר קְצִירְךָ בְשָׂדֶךָ וְשָׁכַחְתָּ עֹמֶר״. שִׁכְחָה דּוּמְיָא דְּקָצִיר: מָה קָצִיר בְּגָלוּי — אַף שִׁכְחָה בְּגָלוּי, כְּתַב רַחֲמָנָא ״בַּשָּׂדֶה״ — לְרַבּוֹת אֶת הַטָּמוּן.