Guémara
MICHNA: Une femme enceinte d'un autre et une femme allaitant l'enfant d'un autre — elles ne boivent pas [les eaux amères] et ne reçoivent pas [le paiement de] leur ketouba, telle est la parole de Rabbi Meïr.
מְעוּבֶּרֶת חֲבֵירוֹ וּמֵינֶקֶת חֲבֵירוֹ — לֹא שׁוֹתוֹת וְלֹא נוֹטְלוֹת כְּתוּבָה, דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר.
Car Rabbi Meïr disait: un homme ne doit pas épouser une femme enceinte d'un autre ni une femme allaitant l'enfant d'un autre, [et ce, tant que vingt-quatre mois ne se sont pas écoulés depuis la naissance, afin que la femme ne devienne pas enceinte pendant que l'enfant a besoin de téter]. Et s'il l'a épousée, il doit la répudier et ne pourra jamais la reprendre. Mais les Sages disent: il doit la répudier, et lorsque le moment sera venu de l'épouser [c'est-à-dire vingt-quatre mois après la naissance], il pourra l'épouser [à nouveau].
שֶׁהָיָה רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: לֹא יִשָּׂא אָדָם מְעוּבֶּרֶת חֲבֵירוֹ וּמֵינֶקֶת חֲבֵירוֹ, וְאִם נָשָׂא — יוֹצִיא וְלֹא יַחְזִיר עוֹלָמִית. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: יוֹצִיא, וּכְשֶׁיַּגִּיעַ זְמַנּוֹ לִכְנוֹס — יִכְנוֹס.
Et le jeune homme qui a épousé une femme stérile ou une femme âgée, alors qu'il n'avait pas auparavant de femme ni d'enfants — elle ne boit pas et ne reçoit pas [le paiement de] sa ketouba, [car il lui est interdit d'épouser une femme avec qui il ne peut procréer]. Rabbi Elazar dit: il peut épouser une autre femme et fructifier et se multiplier par elle, [donc ce mariage n'est pas interdit et elle peut boire].
וְהָרוֹבֶא שֶׁנָּשָׂא עֲקָרָה וּזְקֵינָה, וְאֵין לוֹ אִשָּׁה וּבָנִים מֵעִיקָּרָא — לֹא שׁוֹתָה וְלֹא נוֹטֶלֶת כְּתוּבָּה. רַבִּי אֶלְעָזָר אוֹמֵר: יָכוֹל הוּא לִישָּׂא אַחֶרֶת וְלִפְרוֹת וְלִרְבּוֹת הֵימֶנָּה.
Mais celui qui met en garde sa fiancée ou sa yevama [veuve en attente de son lévir], et qui, après l'avoir épousée, elle s'est isolée [avec l'autre homme] — soit elle boit, soit elle ne reçoit pas [le paiement de] sa ketouba. [Si] sa propre femme enceinte ou allaitante [devient sota] — soit elle boit, soit elle ne reçoit pas [le paiement de] sa ketouba. Le jeune homme qui a épousé une femme stérile ou une femme âgée, alors qu'il avait [déjà] une femme et des enfants [et lui était donc permis de l'épouser] — soit elle boit, soit elle ne reçoit pas [le paiement de] sa ketouba.
אֲבָל הַמְקַנֵּא לַאֲרוּסָתוֹ וּלְשׁוֹמֶרֶת יָבָם שֶׁלּוֹ, וּמִשֶּׁכְּנָסָהּ נִסְתְּרָה — אוֹ שׁוֹתָה, אוֹ לֹא נוֹטֶלֶת כְּתוּבָּה. מְעוּבֶּרֶת וּמֵינֶקֶת עַצְמוֹ — אוֹ שׁוֹתָה, אוֹ לֹא נוֹטֶלֶת כְּתוּבָּתָהּ. הָרוֹבֶא שֶׁנָּשָׂא עֲקָרָה וּזְקֵינָה, וְיֵשׁ לוֹ אִשָּׁה וּבָנִים — אוֹ שׁוֹתָה, אוֹ לֹא נוֹטֶלֶת כְּתוּבָּה.
La femme d'un mamzer [mariée] à un mamzer, et la femme d'un Guiv'onite [mariée] à un Guiv'onite, et la femme d'un converti ou d'un esclave affranchi, et une aïlonit — soit elle boit, soit elle ne reçoit pas [le paiement de] sa ketouba. En tout cas, [la baraïta] enseigne [le cas de] l'aïlonit, ce qui constitue une réfutation formelle de l'opinion de Rav Nahman!
אֵשֶׁת מַמְזֵר לְמַמְזֵר, וְאֵשֶׁת נָתִין לְנָתִין, וְאֵשֶׁת גֵּר וְעֶבֶד מְשׁוּחְרָר, וְאַיְילוֹנִית — אוֹ שׁוֹתָה, אוֹ לֹא נוֹטֶלֶת כְּתוּבָּה. קָתָנֵי מִיהָא אַיְילוֹנִית, תְּיוּבְתֵּיהּ דְּרַב נַחְמָן!
Rav Nahman pourrait te répondre: c'est une divergence entre tanaïm, et moi je m'exprime selon l'opinion de ce tanna, comme il est enseigné dans une baraïta: Rabbi Chimon ben Elazar dit: l'aïlonit ne boit pas et ne reçoit pas [le paiement de] sa ketouba, comme il est dit: « et elle sera innocentée, et elle portera semence » (Bamidbar 5, 28) — [ce qui vise] celle dont la façon est de porter semence. Celle-ci en est exclue — puisque sa façon n'est pas de porter semence.
אָמַר לְךָ רַב נַחְמָן: תַּנָּאֵי הִיא, וַאֲנָא דַּאֲמַרִי כִּי הַאי תַּנָּא, דְּתַנְיָא, רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר אוֹמֵר: אַיְילוֹנִית — לֹא שׁוֹתָה וְלֹא נוֹטֶלֶת כְּתוּבָּה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְנִקְּתָה וְנִזְרְעָה זָרַע״ — מִי שֶׁדַּרְכָּהּ לְהַזְרִיעַ. יָצָאתָה זוֹ — שֶׁאֵין דַּרְכָּהּ לְהַזְרִיעַ.
Et selon les Rabbanan, que font-ils de ce verset: « et elle sera innocentée, et elle portera semence »? Ils en ont besoin pour ce qui est enseigné dans une baraïta: « et elle sera innocentée, et elle portera semence » — [ce qui signifie] que si elle était stérile, elle sera visitée [par une grossesse], telle est la parole de Rabbi Akiva. Rabbi Yichmaël lui dit: si c'est ainsi, toutes les femmes stériles s'isoleraient [avec d'autres hommes] et seraient visitées [par une grossesse après avoir bu et été innocentées]; et celle-ci, [la femme stérile vertueuse], pour n'avoir pas transgressé en s'isolant, y perdrait-elle?!
וְרַבָּנַן, הַאי ״וְנִקְּתָה וְנִזְרְעָה זָרַע״ מַאי עָבְדִי לֵיהּ? מִיבְּעֵי לְהוּ לְכִדְתַנְיָא: ״וְנִקְּתָה וְנִזְרְעָה [זָרַע]״, שֶׁאִם הָיְתָה עֲקָרָה נִפְקֶדֶת, דִּבְרֵי רַבִּי עֲקִיבָא. אָמַר לוֹ רַבִּי יִשְׁמָעֵאל: אִם כֵּן, יִסָּתְרוּ כׇּל הָעֲקָרוֹת וְיִפָּקְדוּ, וְזוֹ, הוֹאִיל וְלֹא נִסְתְּרָה הִפְסִידָה?!
Si c'est ainsi, que vient enseigner le verset: « et elle sera innocentée, et elle portera semence »? [Cela signifie] que si elle accouchait dans la douleur, elle accouchera désormais avec aisance; [si elle mettait au monde] des filles, elle mettra au monde des garçons; [si ses enfants étaient] petits, elle en aura de grands; [s'ils étaient] noirs [de peau], elle en aura de blancs.
אִם כֵּן, מָה תַּלְמוּד לוֹמַר: ״וְנִקְּתָה וְנִזְרְעָה זָרַע״, שֶׁאִם הָיְתָה יוֹלֶדֶת בְּצַעַר — יוֹלֶדֶת בְּרֶיוַח, נְקֵבוֹת — יוֹלֶדֶת זְכָרִים, קְצָרִים — יוֹלֶדֶת אֲרוּכִּים, שְׁחוֹרִים — יוֹלֶדֶת לְבָנִים.
« La femme d'un mamzer [mariée] à un mamzer » — n'est-ce pas évident? [Cela est nécessaire] afin que tu ne dises pas: il ne faut pas multiplier les personnes de filiation défectueuse [en permettant à cette femme de boire, car si elle est innocentée, elle reste avec son mari et leurs enfants seront aussi des mamzerim], c'est pourquoi on nous enseigne [que cela n'est pas une préoccupation].
אֵשֶׁת מַמְזֵר לְמַמְזֵר. פְּשִׁיטָא! מַהוּ דְּתֵימָא: אַפּוֹשֵׁי פְּסוּלִין לָא לַיפֵּשׁ, קָא מַשְׁמַע לַן.
« La femme d'un converti et d'un esclave affranchi, et une aïlonit » — n'est-ce pas évident?
אֵשֶׁת גֵּר וְעֶבֶד מְשׁוּחְרָר וְאַיְילוֹנִית. פְּשִׁיטָא?
[Cela est nécessaire] afin que tu ne dises pas: [le verset dit] « Parle aux enfants d'Israël », et non aux convertis, c'est pourquoi on nous enseigne [que ce n'est pas le cas]. Mais dis donc que c'est effectivement ainsi! [Le verset suivant] « et tu leur diras » est une amplification [qui inclut les convertis].
מַהוּ דְּתֵימָא: ״דַּבֵּר אֶל בְּנֵי יִשְׂרָאֵל״, וְלֹא גֵּרִים, קָא מַשְׁמַע לַן. וְאֵימָא הָכִי נָמֵי! ״וְאָמַרְתָּ״ — רִבּוּיָא הוּא.
« La femme d'un cohen boit », etc. « La femme d'un cohen boit » — n'est-ce pas évident? [Cela est nécessaire] afin que tu ne dises pas: [puisque le verset dit] « et elle n'a pas été saisie [de force] » — [alors] elle est interdite [si elle a consenti], donc si elle a été saisie [de force] — elle est permise [à son mari]. Et pour cette femme-ci, puisque même si elle a été saisie [de force] elle est interdite [à son mari, un cohen], dis donc qu'elle ne devrait pas boire; c'est pourquoi on nous enseigne [qu'elle boit tout de même].
אֵשֶׁת כֹּהֵן שׁוֹתָה כּוּ׳. אֵשֶׁת כֹּהֵן שׁוֹתָה — פְּשִׁיטָא! מַהוּ דְּתֵימָא: ״וְהִיא לֹא נִתְפָּשָׂה״ — אֲסוּרָה, הָא נִתְפָּשָׂה — מוּתֶּרֶת. וְזוֹ, הוֹאִיל וְנִתְפָּשָׂה אֲסוּרָה — אֵימָא לָא תִּשְׁתֵּה, קָא מַשְׁמַע לַן.