Guémara
Chilo, Nov et Guiv'on, ainsi que la Maison éternelle, c'est-à-dire le Temple à Jérusalem. La poussière pour la sota est encore apportée du sol du Sanctuaire, où qu'il se trouve, même après que le peuple juif ne soit plus dans le désert.
שִׁילֹה נוֹב וְגִבְעוֹן וּבֵית עוֹלָמִים.
Issi ben Menahem dit: il n'est pas nécessaire de dériver cette halakha du verset. On peut l'apprendre par un raisonnement a fortiori: concernant l'impureté [qui interdit] d'entrer dans le Sanctuaire, matière légère puisqu'elle n'entraîne pas de peine capitale par le tribunal, la Torah ne fait pas de distinction [selon le lieu] — il est interdit à un impur d'entrer dans le Tabernacle où qu'il se trouve. Alors, concernant l'impureté de la femme mariée, qui est sévère et entraîne la peine de strangulation, n'est-il pas d'autant plus évident que la Torah ne fait pas de distinction? Si c'est le cas, que vient enseigner le verset: « et de la poussière qui est sur le sol du Tabernacle »? Il enseigne qu'on ne doit pas apporter la poussière directement de son panier [pour la mettre] dans l'eau; il faut d'abord la poser sur le sol.
אִיסִי בֶּן מְנַחֵם אוֹמֵר, אֵינוֹ צָרִיךְ: וּמָה בְּטוּמְאָה קַלָּה לֹא חָלַק הַכָּתוּב — בְּטוּמְאַת אֵשֶׁת אִישׁ חֲמוּרָה, לֹא כׇּל שֶׁכֵּן? אִם כֵּן מָה תַּלְמוּד לוֹמַר ״בְּקַרְקַע הַמִּשְׁכָּן״ — שֶׁלֹּא יָבִיא מִתּוֹךְ קוּפָּתוֹ.
On posa une question aux Sages: s'il n'y a pas de poussière là, quelle est la halakha? Peut-on mettre de la cendre dans le récipient? La Guemara répond: il n'y a pas lieu de poser la question si l'on suit l'opinion de Beit Chammaï, car ils disent: nous ne trouvons nulle part que la cendre soit appelée « poussière ».
אִיבַּעְיָא לְהוּ: אֵין שָׁם עָפָר, מַהוּ שֶׁיִּתֵּן אֵפֶר? אַלִּיבָּא דְּבֵית שַׁמַּאי לָא תִּיבְּעֵי לָךְ, דְּאָמְרִי: לֹא מָצִינוּ אֵפֶר שֶׁקָּרוּי ״עָפָר״.
Quand la question se pose-t-elle? Selon l'opinion de Beit Hillel, qui disent: nous trouvons bien que la cendre soit appelée « poussière » [dans le cas de la vache rousse]. Qu'en est-il alors? Bien que la cendre soit appelée « poussière » ailleurs, ici il est écrit « sur le sol du Tabernacle » [ce qui indiquerait qu'il faut spécifiquement de la poussière, car la poussière vient du sol]; ou peut-être que cette expression « sur le sol du Tabernacle » ne vient que pour enseigner ce qu'a dit Issi ben Yehouda ou Issi ben Menahem [c'est-à-dire qu'il ne faut pas prendre la poussière directement du panier], et dans ce cas la cendre serait aussi acceptable?
כִּי תִּיבְּעֵי לָךְ, אַלִּיבָּא דְּבֵית הִלֵּל דְּאָמְרִי: מָצִינוּ אֵפֶר שֶׁקָּרוּי ״עָפָר״, מַאי? אַף עַל גַּב דְּאִיקְּרִי ״עָפָר״, הָכָא ״בְּקַרְקַע הַמִּשְׁכָּן״ כְּתִיב, אוֹ דִילְמָא הַאי ״בְּקַרְקַע הַמִּשְׁכָּן״ לְכִדְאִיסִי בֶּן יְהוּדָה וּלְכִדְאִיסִי בֶּן מְנַחֵם הוּא דְּאָתֵי?
Viens et entends: Rabbi Yohanan a dit au nom de Rabbi Yichmaël: en trois endroits la halakha supplante le verset, c'est-à-dire que la tradition modifie le sens simple du verset.
תָּא שְׁמַע, דְּאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי יִשְׁמָעֵאל: בִּשְׁלֹשָׁה מְקוֹמוֹת הֲלָכָה עוֹקֶבֶת מִקְרָא.
La Torah dit « poussière », mais la halakha [autorise] toute chose [similaire]. La Torah dit « rasoir », mais la halakha [interdit] toute chose [qui enlève les cheveux]. La Torah dit « livre » [pour la lettre de divorce], mais la halakha [autorise] toute chose.
הַתּוֹרָה אָמְרָה בְּ״עָפָר״, וַהֲלָכָה בְּכׇל דָּבָר. הַתּוֹרָה אָמְרָה בְּ״תַעַר״, וַהֲלָכָה בְּכׇל דָּבָר. הַתּוֹרָה אָמְרָה ״סֵפֶר״, וַהֲלָכָה בְּכׇל דָּבָר.
Et si cela est vrai [que la cendre peut remplacer la poussière], que l'on compte aussi ce quatrième cas! Puisqu'il est omis de la liste de Rabbi Yichmaël, il semble que la cendre ne puisse pas être utilisée.
וְאִם אִיתָא — לִיחְשׁוֹב נָמֵי הַאי!
[La Guemara répond:] il a enseigné [certains cas] et en a omis [d'autres]; sa liste n'est pas exhaustive. Et qu'a-t-il omis d'autre pour qu'on dise qu'il a omis celui-ci? Il a omis [le cas] du lépreux, comme il est enseigné dans une baraïta: « Et il sera, le septième jour, qu'il rasera tout son poil » — c'est une généralisation; « sa tête, sa barbe et ses sourcils » — c'est un détail; « et il rasera tout son poil » — c'est de nouveau une généralisation. [Selon la règle herméneutique] généralisation, détail, généralisation, on ne peut juger que d'après ce qui ressemble au détail. De même que le détail explicite concerne un endroit où le poil est rassemblé et visible, de même toute la [généralisation] concerne un endroit où le poil est rassemblé et visible.
תְּנָא וְשַׁיַּיר. וּמַאי שַׁיַּיר דְּהַאי שַׁיַּיר? שַׁיַּיר מְצוֹרָע, דְּתַנְיָא: ״וְהָיָה בַּיּוֹם הַשְּׁבִיעִי יְגַלַּח אֶת כׇּל שְׂעָרוֹ״ — כְּלָל, ״אֶת רֹאשׁוֹ וְאֶת זְקָנוֹ וְאֵת גַּבֹּת עֵינָיו״ — פְּרָט, ״וְאֶת כָּל שְׂעָרוֹ יְגַלֵּחַ״ — חָזַר וְכָלַל. כְּלָל וּפְרָט וּכְלָל — אִי אַתָּה דָן אֶלָּא כְעֵין הַפְּרָט. מָה פְּרָט מְפוֹרָשׁ: מְקוֹם כִּינּוּס שֵׂעָר וְנִרְאֶה — אַף כׇּל מָקוֹם כִּינּוּס שֵׂעָר וְנִרְאֶה.
Qu'inclut [cette baraïta]? Elle inclut le poil pubien. Qu'exclut-elle? Elle exclut le poil des aisselles [qui n'est pas visible] et le poil du reste du corps [qui n'est pas rassemblé].
מָה רַבִּי — רַבִּי שְׂעַר הָרַגְלַיִם. מַאי מִיעֵט — מִיעֵט דְּבֵית הַשֶּׁחִי וּדְכוּלֵּיהּ גּוּפֵיהּ.
Or la halakha est: il rase [le lépreux] comme une gourde [c'est-à-dire tout son corps]. Comme nous l'avons appris dans une MICHNA : lorsque [le Cohen] vient raser le lépreux, il passe le rasoir sur toute sa chair. Et il est enseigné dans la fin [de la Michna]: et le septième jour, il le rase une seconde fois, de la même manière que le premier rasage. [Le verset précédemment analysé concerne ce second rasage, et son sens simple est que toute la chair du lépreux n'a pas besoin d'être rasée. Pourtant la Michna affirme qu'il doit se raser tout le corps même à ce second rasage — c'est une autre instance où la halakha supplante le sens simple du verset, et pourtant elle est omise de la liste de Rabbi Yichmaël.]
וְהִלְכְתָא: מְגַלֵּחַ כְּדַלַּעַת. דִּתְנַן: בָּא לוֹ לְהַקִּיף אֶת הַמְצוֹרָע — מַעֲבִיר תַּעַר עַל כׇּל בְּשָׂרוֹ, וְקָתָנֵי סֵיפָא: וּבַיּוֹם הַשְּׁבִיעִי מְגַלְּחוֹ תִּגְלַחַת שְׁנִיָּה כְּתִגְלַחַת רִאשׁוֹנָה.
Rav Nahman bar Yitzhak dit: quand [Rabbi Yichmaël] a compté [les cas où] la halakha supplante le verset, [il ne comptait que ceux qui contredisent] le verset lui-même; or celui-ci [le cas du lépreux] supplante [seulement] une interprétation des Sages.
אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: כִּי קָא חָשֵׁיב, הֲלָכָה עוֹקֶבֶת מִקְרָא, הָא עוֹקֶבֶת מִדְּרַבָּנַן הִיא.
Rav Pappa dit: quand [Rabbi Yichmaël] a compté [les cas où] la halakha supplante et déracine [le sens du verset, il n'a compté que ceux-là]; or celui-ci supplante et ajoute [seulement une exigence supplémentaire, sans annuler le sens du verset].
רַב פָּפָּא אָמַר: כִּי קָא חָשֵׁיב הֲלָכָה עוֹקֶבֶת וְעוֹקֶרֶת, הָא עוֹקֶבֶת וּמוֹסֶפֶת הִיא.