Guémara
Elle le déposa dans un marais, comme il est écrit: « Les roseaux et les joncs [souf] se flétriront » (Yechayahou 19, 6).
אֲגַם, כְּדִכְתִיב: ״קָנֶה וָסוּף קָמֵלוּ״.
« Et la fille de Pharaon descendit se baigner sur le fleuve ». Rabbi Yohanan dit au nom de Rabbi Chimon ben Yohaï: Ceci enseigne qu'elle descendit se purifier des idoles de la maison de son père, [se plongeant dans le cadre d'un processus de conversion]. Et de même il est dit: « Quand le Seigneur aura lavé la souillure des filles de Sion... » [ce qui désigne clairement une purification spirituelle et non un simple bain de propreté].
״וַתֵּרֶד בַּת פַּרְעֹה לִרְחוֹץ עַל הַיְאֹר״, אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן מִשּׁוּם רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַי: מְלַמֵּד שֶׁיָּרְדָה לִרְחוֹץ מִגִּלּוּלֵי [בֵּית] אָבִיהָ, וְכֵן הוּא אוֹמֵר: ״אִם רָחַץ ה׳ אֵת צוֹאַת בְּנוֹת צִיּוֹן וְגוֹ׳״.
« Et ses servantes marchaient... ». Rabbi Yohanan dit: Cette « marche » n'est autre qu'une expression signifiant la mort, et de même il est dit: « Voici, je m'en vais mourir [holekh] » (Béréchit 25, 32).
״וְנַעֲרֹתֶיהָ הוֹלְכוֹת וְגוֹ׳״, אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: אֵין הֲלִיכָה זוֹ אֶלָּא לְשׁוֹן מִיתָה, וְכֵן הוּא אוֹמֵר: ״הִנֵּה אָנֹכִי הוֹלֵךְ לָמוּת״.
« Et elle vit la corbeille au milieu des joncs ». Dès que les servantes virent qu'elle voulait sauver Moché, elles lui dirent: Notre maîtresse, telle est la coutume du monde: lorsqu'un roi de chair et de sang décrète un décret, même si le monde entier ne l'observe pas, du moins ses enfants et les membres de sa maison l'observent — et toi, tu transgresses le décret de ton père! [Comme les servantes tentaient de l'en dissuader], l'ange Gabriel vint et les frappa contre le sol, [et elles moururent].
״וַתֵּרֶא אֶת הַתֵּיבָה בְּתוֹךְ הַסּוּף״, כֵּיוָן דַּחֲזוֹ דְּקָא בָעוּ לְאַצּוֹלֵי לְמֹשֶׁה, אָמְרוּ לָהּ: גְּבִירְתֵּנוּ, מִנְהָגוֹ שֶׁל עוֹלָם מֶלֶךְ בָּשָׂר וָדָם גּוֹזֵר גְּזֵירָה, אִם כׇּל הָעוֹלָם כּוּלּוֹ אֵין מְקַיְּימִין אוֹתָהּ — בָּנָיו וּבְנֵי בֵיתוֹ מְקַיְּימִין אוֹתָהּ, וְאַתְּ עוֹבֶרֶת עַל גְּזֵירַת אָבִיךְ? בָּא גַּבְרִיאֵל וַחֲבָטָן בַּקַּרְקַע.
« Et elle envoya amatah pour la prendre ». Rabbi Yehouda et Rabbi Nehemia [sont en désaccord]: l'un dit que cela désigne sa main, l'autre dit que cela désigne sa servante. Celui qui dit que c'est sa main [s'appuie] sur le fait qu'il est écrit « amatah », qui désigne l'avant-bras. Et celui qui dit que c'est sa servante [s'appuie] sur le fait qu'il n'est pas écrit explicitement le terme plus courant: sa main [yadah]; il comprend donc qu'il s'agit du terme alternatif désignant une servante, ama.
״וַתִּשְׁלַח אֶת אֲמָתָהּ וַתִּקָּחֶהָ״. רַבִּי יְהוּדָה וְרַבִּי נְחֶמְיָה, חַד אָמַר: יָדָהּ, וְחַד אָמַר: שִׁפְחָתָהּ. מַאן דְּאָמַר יָדָהּ — דִּכְתִיב ״אַמָּתָהּ״. וּמַאן דְּאָמַר שִׁפְחָתָהּ — מִדְּלָא כְּתִיב ״יָדָהּ״.
Mais selon celui qui dit que c'est sa servante, n'as-tu pas dit plus haut que l'ange Gabriel vint et les frappa contre le sol [et qu'elles moururent]? [Il faut répondre] qu'il lui en laissa une, car il n'est pas convenable qu'une princesse se tienne seule.
וּלְמַאן דְּאָמַר שִׁפְחָתָהּ, הָא אָמְרַתְּ בָּא גַּבְרִיאֵל וַחֲבָטָן בַּקַּרְקַע! דְּשַׁיַּיר לַהּ חֲדָא, דְּלָאו אוֹרְחַהּ דְּבַת מַלְכָּא לְמֵיקַם לְחוֹדַהּ.
Et selon celui qui dit que c'est sa main, que la Torah écrive explicitement « yadah »! [Il faut répondre] que cela vient nous enseigner que [son bras] s'est allongé, s'est étendu de plusieurs amot. Comme l'a dit le Maître: Et de même tu trouves au sujet de la main de la fille de Pharaon qu'elle s'étendit, et de même tu trouves au sujet des dents des méchants, comme il est écrit: « Tu as brisé [chibarta] les dents des méchants » (Tehilim 3, 8), et Rech Lakich dit: Ne lis pas « chibarta » mais « chéribavta », tu les as allongées.
וּלְמַאן דְּאָמַר יָדָהּ, לִיכְתּוֹב ״יָדָהּ״! הָא קָא מַשְׁמַע לַן דְּאִישְׁתַּרְבַּב אִישְׁתַּרְבּוֹבֵי. דְּאָמַר מָר: וְכֵן אַתָּה מוֹצֵא בְּאַמָּתָהּ שֶׁל בַּת פַּרְעֹה, וְכֵן אַתָּה מוֹצֵא בְּשִׁינֵּי רְשָׁעִים, דִּכְתִיב: ״שִׁנֵּי רְשָׁעִים שִׁבַּרְתָּ״, וְאָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: אַל תִּיקְרֵי ״שִׁבַּרְתָּ״, אֶלָּא ״שֶׁרִיבַּבְתָּה״.
« Et elle l'ouvrit et vit l'enfant [vatirehou] ». Le verset aurait dû dire simplement « et elle vit »! Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina dit: C'est qu'elle vit la Présence divine avec lui.
״וַתִּפְתַּח וַתִּרְאֵהוּ אֶת הַיֶּלֶד״. ״וַתֵּרֶא״ מִיבְּעֵי לֵיהּ! אָמַר רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי חֲנִינָא: שֶׁרָאֲתָה שְׁכִינָה עִמּוֹ.
« Et voici un jeune garçon [naar] qui pleurait ». Le verset l'appelle « enfant [yeled] » et l'appelle aussi « jeune garçon [naar] ». Un Sage enseigne: Il avait l'âge d'un enfant mais sa voix était [forte et grave] comme celle d'un jeune garçon; ce sont les paroles de Rabbi Yehouda. Rabbi Nehemia lui dit: Si c'est ainsi, tu fais de Moché notre maître quelqu'un d'atteint d'une infirmité [puisque sa voix était anormalement grave]. Mais en réalité, ceci enseigne que sa mère lui avait confectionné dans la corbeille un petit dais nuptial, se disant: Peut-être ne mériterai-je pas de voir son mariage.
״וְהִנֵּה נַעַר בֹּכֶה״. קָרֵי לֵיהּ ״יֶלֶד״, וְקָרֵי לֵיהּ ״נַעַר״. תָּנָא: הוּא יֶלֶד וְקוֹלוֹ כְּנַעַר, דִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה. אָמַר לוֹ רַבִּי נְחֶמְיָה: אִם כֵּן, עֲשִׂיתוֹ לְמֹשֶׁה רַבֵּינוּ בַּעַל מוּם. אֶלָּא, מְלַמֵּד שֶׁעָשְׂתָה לוֹ אִמּוֹ חוּפַּת נְעוּרִים בַּתֵּיבָה, אָמְרָה: שֶׁמָּא לֹא אֶזְכֶּה לְחוּפָּתוֹ.
« Et elle eut pitié de lui et dit: C'est là [zeh] un des enfants des Hébreux ». D'où le savait-elle? Rabbi Yossi fils de Rabbi Hanina dit: Elle vit qu'il était circoncis.
״וַתַּחְמֹל עָלָיו וַתֹּאמֶר מִיַּלְדֵי הָעִבְרִים זֶה״. מְנָא יָדְעָה? אָמַר רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי חֲנִינָא: שֶׁרָאֲתָה אוֹתוֹ מָהוּל.
« Zeh » [ceci]. Rabbi Yohanan dit: Ceci enseigne qu'elle prophétisa sans le savoir — [voulant dire]: celui-ci tombe [dans l'eau], mais nul autre ne tombera [par l'eau, car ce jour-là le décret de Pharaon fut annulé].
״זֶה״. אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מְלַמֵּד שֶׁנִּתְנַבְּאָה שֶׁלֹּא מִדַּעְתָּהּ — זֶה נוֹפֵל, וְאֵין אַחֵר נוֹפֵל.
Et c'est ce qu'a dit Rabbi Elazar: Que signifie ce qui est écrit: « Et quand ils vous diront: Consultez les nécromanciens et les devins qui chuchotent et qui murmurent » (Yechayahou 8, 19)? [Cela signifie]: ils voient [tsofin], mais ne savent pas ce qu'ils voient; ils énoncent [méhagguim], mais ne savent pas ce qu'ils énoncent. [Bien que les nécromanciens et les devins aient un certain aperçu de l'avenir, ils ne voient pas assez clairement pour comprendre ce qu'ils voient réellement].
וְהַיְינוּ דְּאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר, מַאי דִּכְתִיב: ״וְכִי יֹאמְרוּ אֲלֵיכֶם דִּרְשׁוּ אֶל הָאֹבוֹת וְאֶל הַיִּדְּעֹנִים הַמְצַפְצְפִים וְהַמַּהְגִּים״: צוֹפִין וְאֵינָם יוֹדְעִין מָה צוֹפִין, מְהַגִּים וְאֵינָן יוֹדְעִים מָה מְהַגִּים.