Guémara
« Avec rigueur [befarekh] ». Rabbi Elazar dit: [le mot befarekh est une contraction de] « avec une bouche douce [bfeh rakh] », car les Égyptiens ont attiré le peuple juif vers l'esclavage, en le soumettant progressivement jusqu'à ce qu'il perde complètement sa liberté. Rabbi Chmouel bar Nahmani dit: le mot befarekh doit être compris comme « par l'écrasement [bifrikha] », car les Égyptiens ont soumis Israël par un travail brisant les reins.
בְּפָרֶךְ״, רַבִּי אֶלְעָזָר אָמַר: בְּפֶה רַךְ. רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי אָמַר: בִּפְרִיכָה.
« Et ils leur rendirent la vie amère par un dur labeur, avec l'argile et les briques, etc. » Rava dit: au début, [ce fut] « avec l'argile et les briques », et à la fin, « et par tout travail dans les champs ».
״וַיְמָרְרוּ אֶת חַיֵּיהֶם בַּעֲבֹדָה קָשָׁה בְּחֹמֶר וּבִלְבֵנִים וְגוֹ׳״, אָמַר רָבָא: בַּתְּחִילָּה ״בְּחוֹמֶר וּבִלְבֵנִים״, וּלְבַסּוֹף ״וּבְכׇל עֲבוֹדָה בַּשָּׂדֶה״.
« Tout le travail qu'ils leur imposaient avec rigueur ». Rabbi Chmouel bar Nahmani dit au nom de Rabbi Yonathan: cela enseigne qu'ils échangeaient le travail des hommes contre celui des femmes, et le travail des femmes contre celui des hommes. Et même selon celui qui dit que là-bas [dans le verset précédent] befarekh signifie « avec une bouche douce », ici, [dans ce verset qui décrit la dureté physique du travail], cela signifie certainement « par l'écrasement ».
״אֵת כׇּל עֲבֹדָתָם אֲשֶׁר עָבְדוּ בָהֶם בְּפָרֶךְ״, אָמַר רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי אָמַר רַבִּי יוֹנָתָן: שֶׁהָיוּ מַחְלִיפִין מְלֶאכֶת אֲנָשִׁים לְנָשִׁים וּמְלֶאכֶת נָשִׁים לַאֲנָשִׁים. וּלְמַאן דְּאָמַר נָמֵי הָתָם בְּפֶה רַךְ, הָכָא וַדַּאי בִּפְרִיכָה.
Rav Avira enseigna: c'est dans le mérite des femmes justes de cette génération qu'Israël fut délivré d'Égypte. Au moment où elles allaient puiser de l'eau, le Saint béni soit-Il leur préparait de petits poissons dans leurs cruches, et elles puisaient une eau moitié faite d'eau, moitié de poissons; elles venaient alors et mettaient sur le feu deux marmites, l'une d'eau chaude et l'autre de poissons.
דָּרֵשׁ רַב עַוִּירָא: בִּשְׂכַר נָשִׁים צִדְקָנִיּוֹת שֶׁהָיוּ בְּאוֹתוֹ הַדּוֹר נִגְאֲלוּ יִשְׂרָאֵל מִמִּצְרַיִם. בְּשָׁעָה שֶׁהוֹלְכוֹת לִשְׁאוֹב מַיִם, הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מְזַמֵּן לָהֶם דָּגִים קְטַנִּים בְּכַדֵּיהֶן, וְשׁוֹאֲבוֹת מֶחֱצָה מַיִם וּמֶחֱצָה דָּגִים, וּבָאוֹת וְשׁוֹפְתוֹת שְׁתֵּי קְדֵירוֹת, אַחַת שֶׁל חַמִּין וְאַחַת שֶׁל דָּגִים.
Et elles apportaient [ce qu'elles avaient préparé] à leurs maris, dans les champs, et les lavaient, les oignaient, les nourrissaient et les faisaient boire, puis s'unissaient à eux entre les enclos, comme il est dit: « Quand vous couchez entre les enclos... » [Tehilim 68, 14]. C'est en mérite de « quand vous couchez entre les enclos » qu'Israël mérita le pillage de l'Égypte, comme il est dit: « les ailes de la colombe sont recouvertes d'argent, et ses plumes d'un éclat d'or ».
וּמוֹלִיכוֹת אֵצֶל בַּעְלֵיהֶן לַשָּׂדֶה, וּמַרְחִיצוֹת אוֹתָן, וְסָכוֹת אוֹתָן, וּמַאֲכִילוֹת אוֹתָן, וּמַשְׁקוֹת אוֹתָן, וְנִזְקָקוֹת לָהֶן בֵּין שְׁפַתַּיִם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אִם תִּשְׁכְּבוּן בֵּין שְׁפַתָּיִם וְגוֹ׳״, בִּשְׂכַר ״תִּשְׁכְּבוּן בֵּין שְׁפַתָּיִם״ זָכוּ יִשְׂרָאֵל לְבִיזַּת מִצְרַיִם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כַּנְפֵי יוֹנָה נֶחְפָּה בַכֶּסֶף וְאֶבְרוֹתֶיהָ בִּירַקְרַק חָרוּץ״.
Et lorsqu'elles devenaient enceintes, elles retournaient chez elles; et quand venait le temps de l'accouchement, elles allaient accoucher dans les champs, sous le pommier, comme il est dit: « Sous le pommier je t'ai réveillé... » (Chir haChirim 8, 5).
וְכֵיוָן שֶׁמִּתְעַבְּרוֹת בָּאוֹת לְבָתֵּיהֶם, וְכֵיוָן שֶׁמַּגִּיעַ זְמַן מוֹלְדֵיהֶן הוֹלְכוֹת וְיוֹלְדוֹת בַּשָּׂדֶה תַּחַת הַתַּפּוּחַ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״תַּחַת הַתַּפּוּחַ עוֹרַרְתִּיךָ וְגוֹ׳״.
Et le Saint béni soit-Il envoyait des cieux suprêmes [un ange] qui nettoyait et embellissait ces nouveau-nés, comme une sage-femme qui prépare le nouveau-né, comme il est dit: « Et quant à ta naissance, le jour où tu naquis, ton nombril ne fut pas coupé, tu ne fus pas lavée dans l'eau pour être purifiée... » (Yehezkel 16, 4) — [signe qu'il n'y avait pas de sages-femmes pour s'occuper des enfants juifs nés en Égypte]. Et [l'ange] leur rassemblait deux pierres rondes, l'une [donnant] de l'huile, l'autre du miel, comme il est dit: « Il l'allaita de miel du rocher et d'huile de la roche dure » (Devarim 32, 13).
וְהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא שׁוֹלֵחַ מִשְּׁמֵי מָרוֹם מִי שֶׁמְּנַקֵּיר וּמְשַׁפֵּיר אוֹתָן, כְּחַיָּה זוֹ שֶׁמְּשַׁפֶּרֶת אֶת הַוָּלָד, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וּמוֹלְדוֹתַיִךְ בְּיוֹם הוּלֶּדֶת אוֹתָךְ לֹא כׇרַּת שׇׁרֵּךְ וּבְמַיִם לֹא רֻחַצְתְּ לְמִשְׁעִי וְגוֹ׳״. וּמְלַקֵּט לָהֶן שְׁנֵי עִגּוּלִין, אֶחָד שֶׁל שֶׁמֶן וְאֶחָד שֶׁל דְּבַשׁ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיֵּנִקֵהוּ דְבַשׁ מִסֶּלַע וְשֶׁמֶן וְגוֹ׳״.
Et dès que les Égyptiens s'en apercevaient, ils venaient pour les tuer, mais un miracle se produisait pour eux et ils étaient engloutis dans la terre; les Égyptiens amenaient alors des bœufs et labouraient sur eux, comme il est dit: « Sur mon dos ont labouré les laboureurs, ils y ont tracé de longs sillons » (Tehilim 129, 3). Après le départ des Égyptiens, ils jaillissaient et sortaient comme l'herbe des champs, comme il est dit: « Je t'ai fait croître comme la végétation des champs » (Yehezkel 16, 7).
וְכֵיוָן שֶׁמַּכִּירִין בָּהֶן מִצְרִים בָּאִין לְהוֹרְגָן, וְנַעֲשָׂה לָהֶם נֵס וְנִבְלָעִין בַּקַּרְקַע, וּמְבִיאִין שְׁוָורִים וְחוֹרְשִׁין עַל גַּבָּן, שֶׁנֶּאֱמַר: ״עַל גַּבִּי חָרְשׁוּ חֹרְשִׁים וְגוֹ׳״. לְאַחַר שֶׁהוֹלְכִין הָיוּ מְבַצְבְּצִין וְיוֹצְאִין כְּעֵשֶׂב הַשָּׂדֶה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״רְבָבָה כְּצֶמַח הַשָּׂדֶה נְתַתִּיךְ״.
Et lorsqu'ils grandissaient, ils venaient par troupeaux entiers dans leurs maisons, comme il est dit dans la suite du verset: « Tu as crû et grandi, et tu es venue parée de beauté [ba'adi adayim] » (Yehezkel 16, 7). Ne lis pas « ba'adi adayim », mais « be'edrei adarim », c'est-à-dire par troupeaux entiers.
וְכֵיוָן שֶׁמִּתְגַּדְּלִין בָּאִין עֲדָרִים עֲדָרִים לְבָתֵּיהֶן, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַתִּרְבִּי וַתִּגְדְּלִי וַתָּבֹאִי בַּעֲדִי עֲדָיִים״, אַל תִּקְרֵי ״בַּעֲדִי עֲדָיִים״, אֶלָּא ״בְּעֶדְרֵי עֲדָרִים״.
Et lorsque le Saint béni soit-Il Se révéla à la mer, ce sont eux qui Le reconnurent en premier, comme il est dit: « Voici mon D.ieu, et je Le glorifierai » (Chemot 15, 2) — ils L'avaient reconnu depuis la fois précédente où Il S'était révélé à eux dans leur enfance, ce qui leur permit de dire: « Voici mon D.ieu ».
וּכְשֶׁנִּגְלָה הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא עַל הַיָּם, הֵם הִכִּירוּהוּ תְּחִלָּה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״זֶה אֵלִי וְאַנְוֵהוּ״.
« Le roi d'Égypte dit aux sages-femmes hébreues, etc. » Rav et Chmouel [sont en désaccord]: l'un dit qu'il s'agissait d'une femme et de sa fille, l'autre dit qu'il s'agissait d'une belle-fille et de sa belle-mère. Selon celui qui dit une femme et sa fille — [il s'agit de] Yokhéved et Miryam; selon celui qui dit une belle-fille et sa belle-mère — [il s'agit de] Yokhéved et Élicheva.
״וַיֹּאמֶר מֶלֶךְ מִצְרַיִם לַמְיַלְּדוֹת הָעִבְרִיּוֹת וְגוֹ׳״. רַב וּשְׁמוּאֵל, חַד אָמַר: אִשָּׁה וּבִתָּהּ, וְחַד אָמַר: כַּלָּה וַחֲמוֹתָהּ. מַאן דְּאָמַר אִשָּׁה וּבִתָּהּ — יוֹכֶבֶד וּמִרְיָם, וּמַאן דְּאָמַר כַּלָּה וַחֲמוֹתָהּ — יוֹכֶבֶד וֶאֱלִישֶׁבַע.
Il est enseigné dans une baraïta conformément à celui qui dit qu'il s'agissait d'une femme et de sa fille, comme il est enseigné: « Chifra », c'est Yokhéved. Et pourquoi fut-elle appelée Chifra? Parce qu'elle embellissait [mechapèret] le nouveau-né. Autre explication: « Chifra » — parce qu'en ses jours, Israël fructifia et se multiplia [chaférou verabou].
תַּנְיָא כְּמַאן דְּאָמַר אִשָּׁה וּבִתָּהּ, דְּתַנְיָא: שִׁפְרָה זוֹ יוֹכֶבֶד, וְלָמָּה נִקְרָא שְׁמָהּ שִׁפְרָה — שֶׁמְּשַׁפֶּרֶת אֶת הַוָּלָד. דָּבָר אַחֵר: ״שִׁפְרָה״ — שֶׁפָּרוּ וְרָבוּ יִשְׂרָאֵל בְּיָמֶיהָ.