Guémara
Au contraire, aucune déduction ne doit être tirée de la mishna.
אֶלָּא מֵהָא לֵיכָּא לְמִשְׁמַע מִינַּהּ.
§ La mishna enseigne : Qu'est-ce que le cas d'un serment sur un dépôt ? C'est là que le réclamant dit au défendeur : Donnez-moi mon dépôt, qui est en votre possession, et le défendeur répond : Sur mon serment, rien de vous n'est en ma possession, ou le défendeur lui dit : Rien de vous n'est en ma possession ; le demandeur a répondu : Je vous fais prêter serment, et le défendeur a répondu : Amen. Dans les deux cas, ce défendeur s'expose à une offrande de culpabilité s'il a menti. La mishna discute ensuite d'un cas dans lequel cinq personnes l'ont poursuivi en justice et il a prêté serment niant toutes leurs allégations. A propos de ce cas, les Sages ont enseigné dans une baraïta : S'il a inclus tous les démentis dans un seul serment, il n'est responsable que d'un seul faux serment ; s'il les a précisés, il est responsable de son serment concernant chaque réclamation ; c'est la déclaration du rabbin Meir. Rabbi Yehuda dit que s'il dit : Sur mon serment, rien de vous n'est en ma possession, ni rien de vous, ni rien de vous, il est responsable de son serment concernant chaque réclamation.
שְׁבוּעַת הַפִּקָּדוֹן כֵּיצַד? ״תֵּן לִי פִּקָּדוֹן שֶׁיֵּשׁ לִי בְּיָדְךָ״ כּוּ׳. תָּנוּ רַבָּנַן: כְּלָל – אֵינוֹ חַיָּיב אֶלָּא אַחַת. פְּרָט – חַיָּיב עַל כׇּל אַחַת וְאַחַת. דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: ״שְׁבוּעָה לֹא לְךָ וְלֹא לְךָ וְלֹא לָךְ״ – חַיָּיב עַל כׇּל אַחַת וְאַחַת.
La baraïta continue : Rabbi Eliezer dit que ce n'est que s'il dit : Rien de vous n'est en ma possession, ni rien de vous, ni rien de vous, sur mon serment, c'est-à-dire s'il a prononcé le mot serment à la fin, qu'il est responsable de son serment concernant chaque réclamation. Rabbi Shimon dit : Il n'est pas responsable de son serment concernant chaque réclamation individuelle à moins qu'il ne dise : Sur mon serment, à chaque réclamant.
רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: ״לֹא לְךָ וְלֹא לְךָ וְלֹא לְךָ, שְׁבוּעָה״ – חַיָּיב עַל כׇּל אַחַת וְאַחַת. רַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר: עַד שֶׁיֹּאמַר שְׁבוּעָה לְכׇל אַחַת וְאַחַת.
Shmuel et Rabbi Yoḥanan ne sont pas d'accord concernant le différend entre Rabbi Meir et Rabbi Yehuda : Rav Yehuda dit que Shmuel dit : La formulation où l'on utilise la conjonction : Et, entre les dénégations est considérée par Rabbi Meir comme un déni général et est considérée par Rabbi Yehuda comme un déni spécifique ; et la formulation où l'on s'abstient d'utiliser la conjonction : Et, est considérée par Rabbi Yehuda comme un déni général et est considérée par Rabbi Meir comme un déni spécifique.
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: כְּלָלוֹ שֶׁל רַבִּי מֵאִיר – פְּרָטוֹ שֶׁל רַבִּי יְהוּדָה; כְּלָלוֹ שֶׁל רַבִּי יְהוּדָה – פְּרָטוֹ שֶׁל רַבִּי מֵאִיר.
Et Rabbi Yoḥanan dit : Tous reconnaissent dans un cas où le défendeur dit : Et rien de votre part, que cela est considéré comme spécifique et qu'il est responsable de son serment concernant chaque réclamation, même Rabbi Meir. Ils ne sont en désaccord que sur un cas où le défendeur disait : Rien à vous, sans le conjonctif : Et. Comme le dit Rabbi Meir : Cela est considéré comme spécifique, et Rabbi Yehuda dit : Cela est considéré comme général. Et qu’en est-il d’un déni général selon le rabbin Meir, où l’on n’est tenu qu’à un seul serment ? C'est le cas où le défendeur dit, au pluriel : Sous mon serment, rien de ce qui vous appartient n'est en ma possession.
וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: הַכֹּל מוֹדִים בִּ״וְלֹא לָךְ״ – שֶׁהוּא פְּרָט; לֹא נֶחְלְקוּ אֶלָּא בְּ״לֹא לָךְ״ – שֶׁרַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר פְּרָט, וְרַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר כְּלָל. וְאֵיזֶהוּ כְּלָלוֹ שֶׁל רַבִּי מֵאִיר? ״שְׁבוּעָה שֶׁאֵין לָכֶם בְּיָדִי״.
La Guemara demande : Sur quoi sont-ils en désaccord pour expliquer différemment l'opinion du rabbin Meir ? La Guemara répond : Shmuel a déduit son explication de la baraïta, et Rabbi Yoḥanan a déduit son explication de la mishna. La Guemara explique : Shmouel a déduit son explication de la baraïta comme suit : Du fait que Rabbi Yehuda dit que la phrase : Et rien de ce qui vous appartient, est considérée comme un déni spécifique, pour lequel on est responsable de son serment concernant chaque réclamation, on peut conclure par déduction que Rabbi Yehuda a compris que Rabbi Meir a dit que cela est considéré comme un déni général, et donc Rabbi Yehuda n'était pas d'accord et lui dit : Non, c'est considéré comme un déni spécifique.
בְּמַאי קָמִיפַּלְגִי? שְׁמוּאֵל דָּיֵיק מִבָּרַיְיתָא, וְרַבִּי יוֹחָנָן דָּיֵיק מִמַּתְנִיתִין. שְׁמוּאֵל דָּיֵיק מִבָּרַיְיתָא: מִדְּקָאָמַר רַבִּי יְהוּדָה ״וְלֹא לָךְ״ פְּרָטָא הָוֵי – מִכְּלָל דְּשַׁמְעֵיהּ לְרַבִּי מֵאִיר דְּאָמַר כְּלָלָא הָוֵי, וַאֲמַר לֵיהּ רַבִּי יְהוּדָה: פְּרָטָא הָוֵי.
Et Rabbi Yoḥanan dit en réponse à cette inférence que la baraïta peut être expliquée différemment : Les deux phrases : Rien à vous, et : Et rien à vous, sont considérées comme des dénégations spécifiques par Rabbi Meir ; et Rabbi Yehuda lui dit : En ce qui concerne : Et rien de toi, je t'accorde que cela est considéré comme spécifique. Mais en ce qui concerne : Rien de vous, je ne suis pas d’accord avec vous et je considère cela comme un déni général. Et Shmuel répondrait : Si tel est le cas, alors pourquoi Rabbi Yehuda indique-t-il dans la baraïta le cas dans lequel il concède à Rabbi Meir ? Au lieu de concéder, qu’il ne soit pas d’accord et indique en quoi ils diffèrent.
וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: תַּרְוַיְיהוּ לְרַבִּי מֵאִיר פְּרָטָא הָוֵי; וַאֲמַר לֵיהּ רַבִּי יְהוּדָה: בִּ״וְלֹא לָךְ״ מוֹדֵינָא לָךְ, בְּ״לֹא לָךְ״ פְּלִיגְנָא עֲלָךְ. וּשְׁמוּאֵל – עַד דְּאוֹדִי לֵיהּ אוֹדוֹיֵי, לִפְלוֹג עֲלֵיהּ אִיפְּלוֹגֵי!
La Guemara poursuit en expliquant l'opinion de Rabbi Yohanan : Et Rabbi Yohanan a déduit son explication de la Mishna comme suit : Du fait que Rabbi Meir, qui est le tanna associé aux déclarations non attribuées dans la Mishna, dit : S'il s'adressait à tous les prétendants et disait : Sous mon serment, rien de ce qui vous appartient n'est en ma possession, cela est considéré comme un déni général, on peut conclure par inférence qu'un déni formulé : Et rien. de la vôtre, est réputée spécifique. Comme s'il vous venait à l'esprit que Rabbi Meir considère aussi : Et rien de vous, comme un déni général, alors au lieu de nous apprendre que lorsqu'on dit au pluriel : Sous mon serment, rien de ce qui vous appartient n'est en ma possession, cela est considéré comme général, qu'il nous enseigne que lorsqu'on dit : Sous mon serment, rien de vous n'est en ma possession, et rien de vous, et rien de vous, c'est général, et d'autant plus il serait clair que lorsqu'on dit au pluriel : Sur mon serment, rien de vous n'est en ma possession, c'est considéré comme général.
וְרַבִּי יוֹחָנָן דָּיֵיק מִמַּתְנִיתִין – מִדְּקָאָמַר רַבִּי מֵאִיר: ״שְׁבוּעָה שֶׁאֵין לָכֶם בְּיָדִי״ – כְּלָלָא הָוֵי, מִכְּלָל דִּ״וְלֹא לָךְ״ – פְּרָטָא הָוֵי; דְּאִי סָלְקָא דַעְתָּךְ ״וְלֹא לָךְ״ כְּלָלָא הָוֵי – אַדְּמַשְׁמַע לַן ״שְׁבוּעָה שֶׁאֵין לָכֶם בְּיָדִי״, נַשְׁמְעִינַן ״שְׁבוּעָה לֹא לָךְ וְלֹא לָךְ וְלֹא לָךְ״, כׇּל שֶׁכֵּן ״שְׁבוּעָה שֶׁאֵין לָכֶם בְּיָדִי״!
Et Shmuel dit qu'on peut interpréter la déclaration de Rabbi Meir comme suit : Quiconque dit : Et rien de vous, est considéré comme s'il dit au pluriel : Sur mon serment, rien de vous n'est en ma possession.
וּשְׁמוּאֵל אָמַר: כׇּל הָאוֹמֵר ״וְלֹא לָךְ״, כְּאוֹמֵר ״שְׁבוּעָה שֶׁאֵין לָכֶם בְּיָדִי״ דָּמֵי.
La Guemara tente d'apporter une preuve à l'opinion de Rabbi Yohanan : Nous avons appris dans la mishna que si le défenseur dit : Sur mon serment, rien de vous n'est en ma possession, ni rien de vous, ni rien de vous, il est responsable de son serment concernant chaque affirmation qu'il a faussement niée. Évidemment, Rabbi Meir estime : Et rien de vous, pour être précis. La Guemara rejette la preuve : Modifiez le langage de la mishna et enseignez : Rien à vous, rien à vous, rien à vous.
תְּנַן: ״לֹא לָךְ וְלֹא לָךְ וְלֹא לָךְ״! תְּנִי: ״לֹא לָךְ״.
La Guemara suggère : Venez entendre une preuve supplémentaire de ce qui est enseigné dans la mishna : Dans le cas où le réclamant dit : Rendez-moi mon dépôt, et mon gage, et l'objet volé, et l'objet perdu qui sont en votre possession, et le défendeur répond : Sur mon serment, je n'ai pas en ma possession votre dépôt, ou votre gage, ou l'objet volé, ou l'objet perdu, il est responsable de son serment concernant chaque réclamation. Évidemment, en utilisant la conjonction : Ou, le rabbin Meir juge les dénégations spécifiques, contrairement à l'explication de Shmuel. La Guemara rejette la preuve : Modifiez la langue de la mishna et enseignez : Sur mon serment vous n'avez pas de dépôt, de gage, d'objet volé, d'objet perdu, en ma possession.
תָּא שְׁמַע: ״תֵּן לִי פִּקָּדוֹן וּתְשׂוּמֶת יָד וְגָזֵל וַאֲבֵידָה״! תְּנִי: ״תְּשׂוּמֶת יָד גָּזֵל אֲבֵידָה״.
La Guemara suggère : Venez entendre une autre preuve de la mishna : Dans le cas où le réclamant dit : Rendez-moi mon blé, mon orge et mon épeautre qui sont en votre possession, si le défendeur répond : Sur mon serment, rien de vous n'est en ma possession, il n'est responsable que d'un seul faux serment. Mais s'il répond : Sur mon serment, je n'ai pas en ma possession votre blé, ni votre orge, ni votre épeautre, il est responsable de son serment concernant chaque réclamation. La mishna va donc à l’encontre de l’explication de Shmuel. La Guemara rejette la preuve : Encore une fois, corrige la langue de la mishna et enseigne : Blé, orge, épeautre, sans la conjonction : Or.
תָּא שְׁמַע: ״תֵּן לִי חִטִּין וּשְׂעוֹרִין וְכוּסְּמִין״! תְּנִי: ״שְׂעוֹרִין כּוּסְּמִין״.