Guémara
Et si vous disiez que l'on fait lever le reste de l'offrande de farine, dont les Cohanim se nourissent, et que l'on consacre la cour du Temple avec lui — cela aussi est difficile, car n'est-il pas écrit : « Il ne sera pas cuit levé, car leur part je l'ai donnée » (Vayikra 6, 10) ? Et Reish Lakish dit, en explication de ce verset : même la part des Cohanim ne doit pas être cuite levée, car il est interdit de cuire levée même une portion de l'offrande de farine.
וְכִי תֵּימָא דְּמַחְמֵיץ לְהוּ לְשִׁירַיִם וּמְקַדֵּשׁ בְּהוּ – וְהָכְתִיב ״לֹא תֵאָפֶה חָמֵץ חֶלְקָם״, וְאָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: אֲפִילּוּ חֶלְקָם לֹא תֵאָפֶה חָמֵץ!
La Guemara demande : pourquoi pas ? Il est possible de consacrer la cour du Temple avec les deux pains apportés comme offrande communautaire à la fête de Chavouot, qui est une offrande de farine levée. La Guemara répond : parce qu'en fait ce n'est pas possible.
אַלְּמָה לָא? אֶפְשָׁר דִּמְקַדֵּשׁ בִּשְׁתֵּי הַלֶּחֶם בָּעֲצֶרֶת! מִשּׁוּם דְּלָא אֶפְשָׁר.
La Guemara explique pourquoi. Comment pourrions-nous faire ? Si nous construisions l'addition à la cour du Temple la veille de Chavouot et la consacrions aussi la veille de la fête, il y a une difficulté, car les deux pains deviennent consacrés comme offrande de farine avec l'immolation des deux agneaux qui leur sont sacrifiés en offrandes de paix — et cela se produit le jour de la fête elle-même, et non la veille.
הֵיכִי נֶיעְבֵּיד? נִבְנְיֵיהּ מֵאֶתְמוֹל וְנִיקַדְּשֵׁיהּ מֵאֶתְמוֹל? שְׁתֵּי הַלֶּחֶם בִּשְׁחִיטַת כְּבָשִׁים הוּא דְּקָדְשִׁי.
Si nous construisions l'addition à la cour du Temple la veille de Chavouot, mais ne la consacrions qu'aujourd'hui, le jour de la fête, cela aussi est difficile, car nous exigeons une consécration au moment de l'achèvement de la construction.
נִבְנְיֵיהּ מֵאֶתְמוֹל, וְנִיקַדְּשֵׁיהּ הָאִידָּנָא? בָּעֵינַן קִידּוּשׁ בִּשְׁעַת הַבִּנְיָן.
Si nous la construisions le jour de la fête et la consacrions le jour de la fête, cela ne peut pas non plus se faire, car la construction du Temple ne l'emporte pas sur la fête.
נִבְנְיֵיהּ בְּיוֹם טוֹב וּנְקַדְּשֵׁיהּ בְּיוֹם טוֹב? אֵין בִּנְיַן מִקְדָּשׁ דּוֹחֶה יוֹם טוֹב.
Si nous laissions les deux pains jusqu'après la fête, construisions l'addition à la cour du Temple le lendemain de la fête et la consacrions en consommant les deux pains ce jour-là, cela aussi est difficile, car les deux pains auraient déjà été disqualifiés par le fait d'avoir été laissés toute la nuit après la fête.
נִשְׁבְּקֵהּ לְבָתַר הָכִי, וְנִבְנְיֵיהּ וְנִיקַדְּשֵׁיהּ? אִיפְּסִילָא לֵיהּ בְּלִינָה.
Si nous construisions l'addition à la cour du Temple la veille de la fête et laissions une petite partie inachevée jusqu'après la fête, et qu'aussitôt la fin du jour de fête, dès que le jour est achevé, nous terminions immédiatement la construction et la consacrions avec les deux pains avant qu'ils ne soient disqualifiés — cela aussi est impossible, car la construction du Temple ne peut pas avoir lieu la nuit. C'est ce qu'abbaye dit : d'où dérive-t-on que la construction du Temple ne peut pas avoir lieu la nuit ? Comme il est dit : « Et le jour où le Tabernacle fut érigé » (Bamidbar 9, 15), d'où l'on déduit : on peut l'élever de jour, mais on ne peut pas l'élever la nuit. Il est donc impossible de consacrer la cour du Temple avec les deux pains ; cela doit se faire avec le reste d'une offrande de farine azyme.
נִבְנְיֵיהּ מִמַּעֲלֵי יוֹמָא וּנְשַׁיַּיר בֵּיהּ פּוּרְתָּא – דְּעַד דְּקָדֵישׁ יוֹמָא לְאַלְתַּר נִגְמְרֵיהּ וְנִיקַדְּשֵׁיהּ? אֵין בִּנְיַן בֵּית הַמִּקְדָּשׁ בַּלַּיְלָה; דְּאָמַר אַבָּיֵי: מִנַּיִן שֶׁאֵין בִּנְיַן בֵּית הַמִּקְדָּשׁ בַּלַּיְלָה? שֶׁנֶּאֱמַר: ״וּבְיוֹם הָקִים אֶת הַמִּשְׁכָּן״ – בְּיוֹם מְקִימוֹ, בַּלַּיְלָה אֵין מְקִימוֹ. הִלְכָּךְ לָא אֶפְשָׁר.
§ La michna enseigne, concernant la consécration d'une addition à la ville de Jérusalem ou à la cour du Temple : et avec un chant. Les Sages ont enseigné dans une baraïta : ils chantaient le psaume de reconnaissance, c'est-à-dire Tehillim chapitre 100, qui commence : « Psaume de reconnaissance », accompagné de harpes, de lyres et de cymbales, à chaque coin et sur chaque grande pierre de Jérusalem. Et ils récitaient aussi Tehillim chapitre 30, qui commence : « Je t'exalterai, Éternel, car Tu m'as relevé », et le chant des esprits malfaisants, c'est-à-dire Tehillim chapitre 91, qui commence : « Celui qui habite sous la protection du Très-Haut ». Et certains disent que ce psaume s'appelle le chant des fléaux.
וּבְשִׁיר. תָּנוּ רַבָּנַן: שִׁיר שֶׁל תּוֹדָה – בְּכִנּוֹרוֹת וּבִנְבָלִים וּבְצֶלְצֶלִים עַל כׇּל פִּינָּה וּפִינָּה וְעַל כׇּל אֶבֶן גְּדוֹלָה שֶׁבִּירוּשָׁלַיִם, וְאוֹמֵר ״אֲרוֹמִמְךָ ה׳ כִּי דִלִּיתָנִי וְגוֹ׳״, וְשִׁיר שֶׁל פְּגָעִים, וְיֵשׁ אוֹמְרִין שִׁיר שֶׁל נְגָעִים.
La raison de celui qui dit qu'il s'appelle le chant des fléaux est qu'il est écrit : « Aucune peste n'approchera de ta demeure » (Tehillim 91, 10). Et la raison de celui qui dit qu'il s'appelle le chant des esprits malfaisants est qu'il est écrit : « Mille tomberont à ton côté et dix mille à ta droite ; mais cela ne t'approchera pas » (Tehillim 91, 7).
מַאן דְּאָמַר דִּנְגָעִים – דִּכְתִיב: ״וְנֶגַע לֹא יִקְרַב בְּאׇהֳלֶךָ״, וּמַאן דְּאָמַר פְּגָעִים – דִּכְתִיב: ״יִפֹּל מִצִּדְּךָ אֶלֶף״.
Et ils récitaient le psaume depuis le verset : « Celui qui habite sous la protection du Très-Haut demeurera à l'ombre du Tout-Puissant » (Tehillim 91, 1), jusqu'à l'achèvement du verset : « Car Toi, Éternel, es mon refuge ; Tu as fait du Très-Haut ta demeure » (Tehillim 91, 9). Puis ils récitaient Tehillim chapitre 3, qui commence : « Psaume de David, lorsqu'il s'enfuit devant Absalom son fils. Éternel, que mes adversaires sont nombreux », jusqu'au verset : « Au Seigneur le salut ; sur Ton peuple Ta bénédiction. Sélà » (Tehillim 3, 9), qui est la fin de ce psaume.
וְאוֹמֵר: ״יֹשֵׁב בְּסֵתֶר עֶלְיוֹן בְּצֵל שַׁדַּי יִתְלוֹנָן״ עַד ״כִּי אַתָּה ה׳ מַחְסִי עֶלְיוֹן שַׂמְתָּ מְעוֹנֶךָ״; וְחוֹזֵר וְאוֹמֵר: ״מִזְמוֹר לְדָוִד בְּבׇרְחוֹ מִפְּנֵי אַבְשָׁלוֹם בְּנוֹ, ה׳ מָה רַבּוּ צָרָי״, עַד ״לַה׳ הַיְשׁוּעָה עַל עַמְּךָ בִרְכָתֶךָ סֶּלָה״.
Il est relaté que Rabbi Yehoshoua ben Levi récitait ces versets pour se protéger des esprits malfaisants pendant la nuit et s'endormait en les disant. La Guemara demande : comment pouvait-il faire cela ? Rabbi Yehoshoua ben Levi ne dit-il pas lui-même : il est interdit de se soigner avec des paroles de Torah ? La Guemara répond : se protéger est différent, car il ne récitait ces versets que pour se protéger des esprits malfaisants, et non pour se guérir.
רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי אָמַר לְהוּ לְהָנֵי קְרָאֵי, וְגָאנֵי. הֵיכִי עָבֵיד הָכִי? וְהָאָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: אָסוּר לְהִתְרַפְּאוֹת בְּדִבְרֵי תּוֹרָה! לְהָגֵן שָׁאנֵי.
La Guemara conteste : mais lorsque Rabbi Yehoshoua ben Levi a dit que c'est interdit, visait-il une situation où il y a déjà une plaie et où l'on récite ces versets pour se guérir ? Mais s'il y a déjà une plaie et qu'il récite ces versets dessus, est-ce seulement cela qui est interdit, et rien de plus ? Mais n'avons-nous pas appris dans une michna (Sanhédrin 90a) que celui qui chuchote une incantation sur une plaie n'a pas de part dans le monde à venir ? La Guemara répond : n'a-t-on pas dit à propos de cette michna que Rabbi Yo'hanan dit : la michna a été enseignée à propos de celui qui crache sur la plaie puis chuchote ces versets ? Et la raison de la gravité de cet acte est que le nom du Ciel ne doit pas être mentionné en lien avec cracher, car cela constitue un mépris envers D.ieu.
וְאֶלָּא כִּי אָמַר אָסוּר – דְּאִיכָּא מַכָּה? אִי דְּאִיכָּא מַכָּה אָסוּר, וְתוּ לָא?! וְהָתְנַן: הַלּוֹחֵשׁ עַל הַמַּכָּה, אֵין לוֹ חֵלֶק לָעוֹלָם הַבָּא! הָא אִיתְּמַר עֲלַהּ, אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: בְּרוֹקֵק שָׁנוּ; לְפִי שֶׁאֵין מַזְכִּירִין שֵׁם שָׁמַיִם עַל הָרְקִיקָה.