Guémara
La Guemara objecte : Mais Rabbi Akiva n'a-t-il pas dérivé cela au moyen d'une analogie verbale (guezéra chava) ? La Guemara répond : Rabbi Yehouda ben Betéra n'apprenait pas [cette] analogie verbale. Rabbi Yehouda ben Betéra n'avait pas reçu de ses maîtres la tradition de cette analogie verbale, et c'est pourquoi il était en désaccord avec la conclusion de Rabbi Akiva. La Guemara demande : Mais alors, selon Rabbi Yehouda ben Betéra, d'où provenait la culpabilité de Tselof'had ? Pour quelle [faute] fut-il mis à mort ? La Guemara répond : Tselof'had était parmi ceux qui « présumèrent de monter au sommet de la montagne » (Bamidbar 14, 44), à la suite de la faute des explorateurs.
וְאֶלָּא הָא גָּמַר גְּזֵירָה שָׁוָה! גְּזֵירָה שָׁוָה לָא גָּמַר. אֶלָּא מֵהֵיכָא הֲוָה? מִ״וַּיַּעְפִּילוּ״ הֲוָה.
Sur une note semblable, Rabbi Akiva révéla une autre chose qui n'est pas explicitement formulée dans la Torah. Tu dis que lorsque Aharon et Miriam parlèrent contre Moché, Aharon et Miriam furent tous deux frappés de lèpre (tsaraat), comme il est écrit : « Et la colère de l'Éternel s'enflamma contre eux et Il s'en alla, et la nuée se retira de dessus la Tente, et voici, Miriam était lépreuse, blanche comme neige. Et Aharon se tourna vers Miriam, et voici, elle était lépreuse » (Bamidbar 12, 9-10). Le fait que le verset dise que l'Éternel s'enflamma contre eux deux enseigne qu'Aharon, lui aussi, devint lépreux ; telle est la parole de Rabbi Akiva. Rabbi Yehouda ben Betéra lui dit : Akiva, dans un cas comme dans l'autre tu devras un jour rendre des comptes [du jugement] pour cet enseignement. Si [la vérité est] conforme à tes paroles, la Torah l'a dissimulé [le châtiment d'Aharon] et toi tu le dévoiles ! Et si [elle] ne [l'est] pas, tu jettes injustement le discrédit (laaz) sur ce juste.
כַּיּוֹצֵא בַּדָּבָר, אַתָּה אוֹמֵר: ״וַיִּחַר אַף ה׳ בָּם וַיֵּלַךְ״ — מְלַמֵּד שֶׁאַף אַהֲרֹן נִצְטָרַע, דִּבְרֵי רַבִּי עֲקִיבָא. אָמַר לוֹ רַבִּי יְהוּדָה בֶּן בְּתִירָא: עֲקִיבָא, בֵּין כָּךְ וּבֵין כָּךְ אַתָּה עָתִיד לִיתֵּן אֶת הַדִּין. אִם כִּדְבָרֶיךָ — הַתּוֹרָה כִּסַּתּוּ וְאַתָּה מְגַלֶּה אוֹתוֹ?! וְאִם לָאו — אַתָּה מוֹצִיא לַעַז עַל אוֹתוֹ צַדִּיק.
La Guemara objecte : Mais n'est-il pas écrit « contre eux » [bam, au pluriel], [ce dont Rabbi Akiva déduit que l'Éternel s'enflamma contre tous les deux] ! La Guemara répond : Là, [la colère] n'était qu'une simple réprimande (nezifa), [non une lèpre]. Une baraïta a été enseignée conformément à l'opinion de [Rabbi Akiva] qui dit qu'Aharon aussi devint lépreux, car il est écrit : « Et Aharon se tourna vers Miriam, et voici, elle était lépreuse » (Bamidbar 12, 10), et il fut enseigné : Cela enseigne qu'il se tourna [c'est-à-dire qu'il guérit] de sa propre lèpre, [lui aussi en ayant été frappé].
וְאֶלָּא הָכְתִיב ״בָּם״! הַהוּא בִּנְזִיפָה בְּעָלְמָא. תַּנְיָא כְּמַאן דְּאָמַר אַף אַהֲרֹן נִצְטָרַע, דִּכְתִיב: ״וַיִּפֶן אַהֲרֹן אֶל מִרְיָם וְהִנֵּה מְצֹרָעַת״, תָּנָא: שֶׁפָּנָה מִצָּרַעְתּוֹ.
Au sujet de la lèpre de Miriam, la Guemara cite ce que dit Rich Lakich : Celui qui soupçonne des [gens] intègres (kechérim) est frappé en son corps, car il est écrit : « Et Moché répondit et dit : Mais ils ne me croiront pas et n'écouteront pas ma voix, car ils diront : l'Éternel ne t'est pas apparu » (Chemot 4, 1), et il était révélé devant le Saint béni soit-Il que le peuple d'Israël croirait. Le Saint béni soit-Il lui dit : Eux sont croyants, fils de croyants ; et toi, à la fin tu ne croiras pas.
אָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: הַחוֹשֵׁד בִּכְשֵׁרִים — לוֹקֶה בְּגוּפוֹ, דִּכְתִיב: ״וְהֵן לֹא יַאֲמִינוּ לִי וְגוֹ׳״, וְגַלְיָא קַמֵּי קוּדְשָׁא בְּרִיךְ הוּא דִּמְהֵימְנִי יִשְׂרָאֵל. אָמַר לוֹ: הֵן מַאֲמִינִים בְּנֵי מַאֲמִינִים, וְאַתָּה אֵין סוֹפְךָ לְהַאֲמִין.
« Eux sont croyants », comme il est écrit : « Et le peuple crut [lorsqu'ils entendirent que l'Éternel s'était souvenu des enfants d'Israël et qu'Il avait vu leur affliction, et ils s'inclinèrent et se prosternèrent] » (Chemot 4, 31). « Fils de croyants », comme il est dit au sujet d'Avraham notre père : « Et il crut en l'Éternel, et Il [le] lui compta comme justice » (Béréchit 15, 6). « Toi, à la fin tu ne croiras pas », comme il est dit : « Parce que vous n'avez pas eu foi en Moi pour Me sanctifier [aux yeux des enfants d'Israël] » (Bamidbar 20, 12). D'où [savons-nous] qu'il fut frappé [en son corps] ? Car il est écrit : « Et l'Éternel lui dit encore : Mets donc ta main dans ton sein ; et il mit sa main dans son sein, puis la retira, et voici, sa main était lépreuse comme neige » (Chemot 4, 6).
הֵן מַאֲמִינִים, דִּכְתִיב: ״וַיַּאֲמֵן הָעָם״. בְּנֵי מַאֲמִינִים — ״וְהֶאֱמִין בַּייָ״. אַתָּה אֵין סוֹפְךָ לְהַאֲמִין, שֶׁנֶּאֱמַר: ״יַעַן לֹא הֶאֱמַנְתֶּם בִּי וְגוֹ׳״. מִמַּאי דִּלְקָה, דִּכְתִיב: ״וַיֹּאמֶר ה׳ לוֹ עוֹד הָבֵא נָא יָדְךָ בְּחֵיקֶךָ וְגוֹ׳״.
À ce propos, Rava dit, et certains disent que c'est Rabbi Yossi fils de Rabbi 'Hanina qui [le] dit : La mesure de bienfaisance (mida tova) survient plus vite que la mesure de châtiment (midat pouranout). [D'où cela se déduit-il ?] Car au sujet de la mesure de châtiment il est écrit : « Et il la retira, et voici, sa main était lépreuse comme neige » (Chemot 4, 6), tandis qu'au sujet de la mesure de bienfaisance il est écrit : « Et Il dit : Remets ta main dans ton sein ; et il remit sa main dans son sein, puis la retira de son sein, et voici, elle était redevenue comme sa chair » (Chemot 4, 7). [La Guemara analyse :] C'est dès [le moment où elle était encore] dans son sein qu'elle redevint comme sa chair — [la main de Moché guérit avant même qu'il ne l'eût retirée].
אָמַר רָבָא, וְאִיתֵּימָא רַבִּי יוֹסֵי בְּרַבִּי חֲנִינָא: מִדָּה טוֹבָה מְמַהֶרֶת לָבֹא מִמִּדַּת פּוּרְעָנוּת. דְּאִילּוּ בְּמִדַּת פּוּרְעָנוּת כְּתִיב: ״וַיּוֹצִיאָהּ וְהִנֵּה יָדוֹ מְצֹרַעַת כַּשָּׁלֶג״, וְאִילּוּ בְּמִדָּה טוֹבָה כְּתִיב: ״וַיּוֹצִיאָהּ מֵחֵיקוֹ וְהִנֵּה שָׁבָה כִּבְשָׂרוֹ״ — מֵחֵיקוֹ הוּא דְּשָׁבָה כִּבְשָׂרוֹ.
« Et le bâton d'Aharon engloutit leurs bâtons » (Chemot 7, 12). Rabbi Elazar dit : [Ce fut] un miracle dans un miracle. [C'est le bâton d'Aharon, redevenu bâton, et non son serpent, qui engloutit les autres bâtons.]
״וַיִּבְלַע מַטֵּה אַהֲרֹן אֶת מַטֹּתָם״, אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: נֵס בְּתוֹךְ נֵס.
[Nous avons appris dans la Michna qu'il existe une controverse entre Rabbi Akiva et les Sages dans le cas de celui qui lance un objet] d'un domaine privé à [un autre] domaine privé [à travers le domaine public situé entre les deux. Rabbi Akiva le déclare passible, comme celui qui lance d'un domaine privé vers le domaine public, et les Sages l'exemptent.]
מֵרְשׁוּת הַיָּחִיד לִרְשׁוּת הַיָּחִיד.
Rabba souleva un dilemme [au sujet de leur controverse] : Est-ce en deçà de dix [tef'a'him du sol] qu'ils sont en désaccord, et c'est sur ce point qu'ils divergent — car ce Maître, [Rabbi Akiva], soutient : Nous disons qu'un objet [traversant] l'espace aérien est considéré comme posé (kelouta kemo chéhouna'ha), [comme s'il avait effectivement été déposé dans le domaine public après avoir été soulevé du domaine privé], et ce Maître, [les Sages], soutient : Nous ne disons pas qu'un objet [traversant] l'espace aérien est considéré comme posé ; mais au-delà de dix [tef'a'him du sol], de l'avis de tous il est exempt, et nous ne déduisons pas [le statut de] celui qui lance (zorek) de [celui de] celui qui tend la main (mochit) ? [Bien que tous s'accordent à dire que celui qui fait passer un objet d'un domaine privé à un autre par-dessus le domaine public, même au-dessus de dix tef'a'him, est passible — car tel était le service des Lévites — celui qui lance ainsi est exempt.]
בָּעֵי רַבָּה: לְמַטָּה מֵעֲשָׂרָה פְּלִיגִי, וּבְהָא פְּלִיגִי — דְּמָר סָבַר אָמְרִינַן קְלוּטָה כְּמָה שֶׁהוּנְּחָה, וּמָר סָבַר לָא אָמְרִינַן קְלוּטָה כְּמָה שֶׁהוּנְּחָה. אֲבָל לְמַעְלָה מֵעֲשָׂרָה — דִּבְרֵי הַכֹּל פָּטוּר, וְלָא יָלְפִינַן זוֹרֵק מִמּוֹשִׁיט.
Ou peut-être est-ce au-delà de dix [tef'a'him du sol] qu'ils sont en désaccord, et c'est sur ce point qu'ils divergent — car ce Maître, [Rabbi Akiva], soutient : Nous déduisons [le statut de] celui qui lance de [celui de] celui qui tend la main ; [c'est pourquoi celui qui lance un objet traversant l'espace aérien du domaine public au-dessus de dix tef'a'him est passible]. Et ce Maître, [les Sages], soutient : Nous ne déduisons pas [le statut de] celui qui lance de [celui de] celui qui tend la main. Mais en deçà de dix [tef'a'him], de l'avis de tous il est passible. Quelle en est la raison ? Un objet [traversant] l'espace aérien est considéré comme posé.
אוֹ דִילְמָא: לְמַעְלָה מֵעֲשָׂרָה פְּלִיגִי, וּבְהָא פְּלִיגִי — דְּמָר סָבַר יָלְפִינַן זוֹרֵק מִמּוֹשִׁיט, וּמָר סָבַר לָא יָלְפִינַן זוֹרֵק מִמּוֹשִׁיט. אֲבָל לְמַטָּה מֵעֲשָׂרָה — דִּבְרֵי הַכֹּל חַיָּיב, מַאי טַעְמָא? — קְלוּטָה כְּמָה שֶׁהוּנְּחָה דָּמְיָא.
Rav Yossef dit : Cette question, Rav 'Hisda se la posait, et Rav Hamnouna la lui résolut à partir de [cette baraïta] : [Pour un objet allant] d'un domaine privé à [un autre] domaine privé et passant par le domaine public lui-même — Rabbi Akiva [le] déclare passible et les Sages [l']exemptent. Du fait qu'[elle] dise « par le domaine public lui-même », il est évident que c'est en deçà de dix [tef'a'him du sol] qu'ils sont en désaccord.
אָמַר רַב יוֹסֵף: הָא מִילְּתָא אִיבַּעְיָא לֵיהּ לְרַב חִסְדָּא, וּפַשְׁטַהּ נִיהֲלֵיהּ רַב הַמְנוּנָא מֵהָא: מֵרְשׁוּת הַיָּחִיד לִרְשׁוּת הַיָּחִיד וְעוֹבֵר בִּרְשׁוּת הָרַבִּים עַצְמָהּ — רַבִּי עֲקִיבָא מְחַיֵּיב, וַחֲכָמִים פּוֹטְרִים. מִדְּקָאָמַר ״בִּרְשׁוּת הָרַבִּים עַצְמָהּ״, פְּשִׁיטָא לְמַטָּה מֵעֲשָׂרָה פְּלִיגִי.
Et de quoi [s'agit-il] ? Si tu dis qu'[il s'agit] de celui qui fait passer (maavir) [un objet à la main], est-ce [seulement] en deçà de dix [tef'a'him] qu'il est passible, [et] au-delà de dix [tef'a'him] il n'est pas passible ? Mais Rabbi Elazar n'a-t-il pas dit : Celui qui sort une charge [d'un domaine privé vers le domaine public] au-dessus de dix tef'a'him du sol est passible, car telle était la charge des fils de Kehat [dont nous déduisons les lois du transport] ! Plutôt, n'est-ce pas que [cette baraïta traite] de celui qui lance, et c'est en deçà de dix [tef'a'him] qu'il est passible, [tandis qu']au-delà de dix [tef'a'him] il n'est pas passible ? Apprends-en que c'est sur [la question de savoir si] un objet [traversant] l'espace aérien est considéré comme posé qu'ils sont en désaccord. [La Guemara conclut :] Apprends-en effectivement [qu'il en est ainsi].
וּבְמַאי? אִילֵימָא בְּמַעֲבִיר, לְמַטָּה מֵעֲשָׂרָה — הוּא דִּמְחַיֵּיב, לְמַעְלָה מֵעֲשָׂרָה — לָא מְחַיֵּיב? וְהָאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: הַמּוֹצִיא מַשּׂוֹי לְמַעְלָה מֵעֲשָׂרָה — חַיָּיב, שֶׁכֵּן מַשָּׂא בְּנֵי קְהָת. אֶלָּא לָאו בְּזוֹרֵק, וּלְמַטָּה מֵעֲשָׂרָה הוּא דִּמְחַיֵּיב, לְמַעְלָה מֵעֲשָׂרָה — לָא מְחַיֵּיב, שְׁמַע מִינַּהּ בִּקְלוּטָה כְּמָה שֶׁהוּנְּחָה פְּלִיגִי. שְׁמַע מִינַּהּ.