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Traité Shabbat

61a

Étude de Shabbat 61a

Étude de la Guémara 61a

Guémara
On en déduit [par inférence] : s'il y a une plaie à son pied, il peut sortir avec une seule sandale. Dans ce cas, avec une sandale à lequel de ses pieds sort-il ? Rav Houna dit : avec la sandale au pied où se trouve la plaie. Il ressort donc qu'il tient [comme principe] : une sandale se porte afin d'éviter la douleur. En règle générale, on ne chausse une sandale que pour ne pas souffrir en marchant sur des pierres et autres aspérités. Lorsqu'on le voit avec une seule sandale, il est clair qu'il ne se soucie pas de cette douleur-là et que la seule raison pour laquelle il porte cette sandale est la plaie à son pied. Par conséquent, nul ne le soupçonnera d'être sorti chaussé de deux sandales et de porter la seconde [à la main] s'il n'en a qu'une au pied.
הָא יֵשׁ בְּרַגְלוֹ מַכָּה — נָפֵיק. בְּהֵי מִינַּיְיהוּ נָפֵיק? אָמַר רַב הוּנָא: בְּאוֹתָהּ שֶׁיֵּשׁ בָּהּ מַכָּה. אַלְמָא קָסָבַר, סַנְדָּל לְשׁוּם צַעַר עֲבִיד.
Et 'Hiyya bar Rav dit : il sort avec la sandale au pied où il n'y a pas de plaie. Il ressort donc qu'il tient [comme principe] que la sandale se porte afin de procurer un confort [agréable], et qu'il la met au pied sain. Et cela n'éveille pas le soupçon car, quant au pied où se trouve la plaie, sa plaie démontre [d'elle-même] qu'il ne peut chausser de sandale à ce pied-là, et il est manifeste qu'il a laissé l'autre sandale à la maison.
וְחִיָּיא בַּר רַב אָמַר: בְּאוֹתָהּ שֶׁאֵין בָּהּ מַכָּה. אַלְמָא קָסָבַר, לְשׁוּם תַּעֲנוּג עֲבִיד, וְזוֹ שֶׁיֵּשׁ בָּהּ מַכָּה — מַכָּתָהּ מוֹכַחַת עָלֶיהָ.
La Guemara fait remarquer : et Rabbi Yo'hanan tient lui aussi [pour correcte] cette opinion de Rav Houna, qui soutient qu'on ne chausse de sandales que pour éviter la douleur. Car Rabbi Yo'hanan dit à Rav Chémen bar Abba, son préposé : donne-moi ma sandale. Il lui donna celle de droite. Il lui dit : tu as fait [de ce pied] un pied à plaie. De l'avis de Rabbi Yo'hanan, on doit toujours chausser d'abord le soulier gauche ; celui qui chausse d'abord le soulier droit n'a plus le droit de chausser ensuite le gauche. En lui tendant sa sandale droite, [Rav Chémen] contraignait Rabbi Yo'hanan à sortir avec une seule sandale, conduisant les spectateurs à conclure qu'il avait une plaie à ce pied. Cet épisode correspond à l'opinion de Rav Houna, selon laquelle on porte la sandale au pied blessé.
וְאַף רַבִּי יוֹחָנָן סָבַר לַהּ לְהָא דְּרַב הוּנָא. דְּאָמַר לֵיהּ רַבִּי יוֹחָנָן לְרַב שֶׁמֶן בַּר אַבָּא: הַב לִי מְסָנַאי. יְהַב לֵיהּ דְּיָמִין. אֲמַר לֵיהּ עֲשִׂיתוֹ מַכָּה.
La Guemara réfute [cette preuve] : et peut-être tient-il conformément à l'opinion de 'Hiyya bar Rav, qui soutient qu'on porte la sandale au pied sain, et voici ce qu'il dit : en me tendant mon soulier droit, tu as fait de mon pied gauche, qui n'a pas de chaussure, un pied à plaie. Aucune preuve ne peut être tirée de cet épisode, car l'opinion de Rabbi Yo'hanan ne peut être établie à partir de cet échange avec son préposé.
וְדִילְמָא כְּחִיָּיא בַּר רַב סְבִירָא לֵיהּ, וְהָכִי קָאָמַר: עָשִׂיתָ שֶׁל שְׂמֹאל מַכָּה.
Et Rabbi Yo'hanan suit ici sa ligne habituelle de raisonnement. Car Rabbi Yo'hanan dit : tout comme on revêt les téfilines, ainsi chausse-t-on les souliers. De même que les téfilines se placent sur le bras gauche, de même, lorsqu'on chausse ses souliers, on commence par le pied gauche.
וְאַזְדָּא רַבִּי יוֹחָנָן לְטַעְמֵיהּ. דַּאֲמַר רַבִּי יוֹחָנָן: כִּתְפִילִּין כָּךְ מִנְעָלִין. מַה תְּפִילִּין בִּשְׂמֹאל, אַף מִנְעָלִין בִּשְׂמֹאל.
La Guemara soulève une objection contre l'opinion de Rabbi Yo'hanan à partir d'une baraïta : lorsqu'on chausse ses souliers, on chausse d'abord le soulier droit, et ensuite on chausse le soulier gauche.
מֵיתִיבִי: כְּשֶׁהוּא נוֹעֵל — נוֹעֵל שֶׁל יָמִין וְאַחַר כָּךְ נוֹעֵל שֶׁל שְׂמֹאל!
Rav Yossef dit : maintenant qu'il a été enseigné ainsi dans une baraïta, et que Rabbi Yo'hanan a énoncé la halakha de telle [autre] manière, celui qui a agi de cette façon-ci a bien agi, et celui qui a agi de cette façon-là a bien agi, car chaque usage a un fondement.
אָמַר רַב יוֹסֵף: הַשְׁתָּא דְּתַנְיָא הָכִי, וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן הָכִי, דַּעֲבַד הָכִי — עֲבַד, וְדַעֲבַד הָכִי — עֲבַד.
Abayé lui dit : pourquoi la Guemara est-elle certaine que Rabbi Yo'hanan est en désaccord avec la baraïta ? Peut-être Rabbi Yo'hanan n'avait-il pas entendu cette baraïta, et s'il l'avait entendue, il se serait rétracté de son opinion. Et même s'il l'a entendue, peut-être l'a-t-il entendue tout en tenant que la halakha n'est pas conforme à cette michna. En tout état de cause, il est nécessaire de trancher selon l'une des opinions.
אֲמַר לֵיהּ אַבָּיֵי: דִּילְמָא רַבִּי יוֹחָנָן הָא מַתְנִיתִין לָא הֲוָה שְׁמִיעַ לֵיהּ, וְאִי הֲוָה שְׁמִיעַ לֵיהּ הֲוָה הָדַר בֵּיהּ. וְאִי נָמֵי שְׁמִיעַ לֵיהּ, וְקָסָבַר אֵין הֲלָכָה כְּאוֹתָהּ מִשְׁנָה.
Rav Na'hman bar Yits'hak dit : et celui qui craint le Ciel s'acquitte des deux [opinions]. Et qui est cet homme craignant Dieu ? Mar, fils de Rabbana. Comment fait-il ? Il chausse son soulier droit et n'en noue pas les lacets ; puis il chausse son soulier gauche et le noue ; et ensuite seulement il noue les lacets de son soulier droit. Rav Achi dit : j'ai vu que Rav Kahana n'était pas méticuleux quant à l'ordre dans lequel il chaussait ses souliers.
אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: יְרֵא שָׁמַיִם יוֹצֵא יְדֵי שְׁתֵּיהֶן. וּמַנּוּ? — מָר בְּרֵיהּ דְּרַבְנָא. הֵיכִי עָבֵיד? — סָיֵים דְּיַמִּינֵיהּ וְלָא קָטַר, וְסָיֵים דִּשְׂמָאלֵיהּ וְקָטַר, וַהֲדַר קָטַר דְּיַמִּינֵיהּ. אָמַר רַב אָשֵׁי: חֲזֵינָא לְרַב כָּהֲנָא דְּלָא קָפֵיד.
Après avoir cité cet extrait des Hilkhot Dérekh Érets concernant le chaussage des souliers, la Guemara rapporte l'enseignement dans son entier. Nos maîtres ont enseigné : lorsqu'on chausse ses souliers, on chausse d'abord le soulier droit, et ensuite on chausse le soulier gauche, car la droite a toujours la préséance. Lorsqu'on les retire, on retire d'abord le gauche, et ensuite on retire le droit, afin que le soulier droit demeure plus longtemps au pied.
תָּנוּ רַבָּנַן: כְּשֶׁהוּא נוֹעֵל — נוֹעֵל שֶׁל יָמִין וְאַחַר כָּךְ נוֹעֵל שֶׁל שְׂמֹאל. כְּשֶׁהוּא חוֹלֵץ — חוֹלֵץ שֶׁל שְׂמֹאל וְאַחַר כָּךְ חוֹלֵץ שֶׁל יָמִין.
Lorsqu'on se lave [les pieds], on lave d'abord le droit, et ensuite on lave le gauche. Et celui qui veut s'enduire [d'huile] les pieds, enduit d'abord le droit, et ensuite enduit le gauche. Et celui qui veut s'enduire d'huile tout le corps, enduit d'abord sa tête, parce qu'elle est le roi de tous ses [autres] membres.
כְּשֶׁהוּא רוֹחֵץ — רוֹחֵץ שֶׁל יָמִין וְאַחַר כָּךְ רוֹחֵץ שֶׁל שְׂמֹאל. כְּשֶׁהוּא סָךְ — סָךְ שֶׁל יָמִין וְאַחַר כָּךְ שֶׁל שְׂמֹאל. וְהָרוֹצֶה לָסוּךְ כׇּל גּוּפוֹ — סָךְ רֹאשׁוֹ תְּחִילָּה, מִפְּנֵי שֶׁהוּא מֶלֶךְ עַל כׇּל אֵיבָרָיו.
Nous avons appris dans la michna : et il ne sortira [le Chabbat] ni avec des téfilines. Rav Safra dit : ne dis pas que cette halakha est seulement conforme à l'opinion de celui qui dit que le Chabbat n'est pas un temps propice aux téfilines — c'est-à-dire qu'il est interdit de revêtir les téfilines le Chabbat, et que c'est pour cela qu'on ne peut sortir avec elles dans le domaine public. Au contraire, même selon celui qui dit que le Chabbat est un temps propice aux téfilines, on ne peut sortir avec elles, par crainte qu'on n'en vienne à les porter à la main dans le domaine public, ce qui est interdit par la Torah.
וְלֹא בִּתְפִילִּין. אָמַר רַב סָפְרָא: לָא תֵּימָא אַלִּיבָּא דְּמַאן דְּאָמַר שַׁבָּת לָאו זְמַן תְּפִילִּין הוּא. אֶלָּא אֲפִילּוּ לְמַאן דְּאָמַר שַׁבָּת זְמַן תְּפִילִּין הוּא — לֹא יֵצֵא, דִּילְמָא אָתֵי לְאֵיתוּיֵי בִּרְשׁוּת הָרַבִּים.
Shabbat 61a
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שבת ס״א אמַסֶּכֶת שַׁבָּת