Guémara
et la clochette d'une porte est pure [de toute impureté rituelle]. La porte elle-même n'est pas considérée comme un ustensile : elle est tenue pour une partie de la maison, et son statut est donc celui de la maison. Or la maison est attachée au sol, et de ce fait elle ne peut contracter l'impureté rituelle. Tout ce qui lui est rattaché, y compris la clochette, prend ce même statut.
וְשֶׁל דֶּלֶת — טָהוֹר.
Si l'on a pris la clochette d'une porte et qu'on l'a convertie en clochette pour un animal, elle peut contracter l'impureté rituelle ; en revanche, si l'on a pris la clochette d'un animal et qu'on l'a convertie en clochette pour une porte — quand bien même on l'aurait attachée à la porte et même fixée avec des clous — elle peut encore contracter l'impureté rituelle. Car tous les ustensiles descendent dans leur état d'impureté rituelle par la seule pensée (ma'hchava), c'est-à-dire qu'à la suite d'une décision de les destiner à un usage précis qui les rend susceptibles d'impureté, ils reçoivent ce statut immédiatement ; mais ils ne s'élèvent hors de leur état d'impureté que par un acte (ma'asse) opérant un changement physique de l'ustensile lui-même — un simple changement de destination est sans effet. Cette baraïta affirme qu'une clochette d'animal peut contracter l'impureté, contrairement à ce qui a été enseigné dans la baraïta précédente.
שֶׁל דֶּלֶת וַעֲשָׂאוֹ לִבְהֵמָה — טָמֵא. שֶׁל בְּהֵמָה וַעֲשָׂאוֹ לְדֶלֶת, אַף עַל פִּי שֶׁחִבְּרוֹ לַדֶּלֶת וּקְבָעוֹ בְּמַסְמְרִים — טָמֵא, שֶׁכׇּל הַכֵּלִים יוֹרְדִין לִידֵי טוּמְאָתָן בְּמַחְשָׁבָה, וְאֵין עוֹלִין מִידֵּי טוּמְאָתָן אֶלָּא בְּשִׁנּוּי מַעֲשֶׂה!
La Guemara répond : Cela ne fait pas difficulté. Cette baraïta-ci, où il a été enseigné que la clochette peut contracter l'impureté, traite d'un cas où elle possède un battant [inbal] ; cette baraïta-là, où il a été enseigné que la clochette ne peut contracter l'impureté, traite d'un cas où elle ne possède pas de battant.
לָא קַשְׁיָא: הָא דְּאִית לֵיהּ עִינְבָּל, הָא דְּלֵית לֵיהּ עִינְבָּל.
La Guemara demande : De quelque manière que tu considères la chose, c'est difficile. Si la clochette est un ustensile, alors même dépourvue de battant elle devrait être susceptible d'impureté rituelle ; et si elle n'est pas un ustensile, un battant la rend-il donc ustensile ?
מָה נַפְשָׁךְ: אִי מָנָא הוּא, אַף עַל פִּי דְּלֵית לֵיהּ עִינְבָּל. אִי לָאו מָנָא הוּא — עִינְבָּל מְשַׁוֵּי לֵיהּ מָנָא?!
La Guemara répond : Oui, le battant peut déterminer le statut de la clochette au regard de l'impureté rituelle, conformément à ce que Rabbi Chmouel bar Na'hmani a dit au nom de Rabbi Yonatan. Car Rabbi Chmouel bar Na'hmani a dit au nom de Rabbi Yonatan : D'où sait-on qu'un ustensile de métal qui produit un son est considéré comme un ustensile et peut contracter l'impureté rituelle ? De ce qu'il est dit : « Tout objet (davar) qui va au feu, vous le ferez passer par le feu, et il sera pur ; toutefois, il sera purifié par l'eau lustrale ; et tout ce qui ne va pas au feu, vous le ferez passer par l'eau » (Bamidbar 31, 23). Et les Sages interprètent le verset de façon homilétique : « tout objet (davar) » — même la parole (dibbour) ; autrement dit, même un objet qui émet un son, tu le feras passer par le feu pour le purifier, car c'est un ustensile.
אִין, כִּדְרַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי אָמַר רַבִּי יוֹנָתָן. דְּאָמַר רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי אָמַר רַבִּי יוֹנָתָן: מִנַּיִן לְמַשְׁמִיעַ קוֹל בִּכְלֵי מַתָּכוֹת שֶׁהוּא טָמֵא, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כׇּל דָּבָר אֲשֶׁר יָבֹא בָאֵשׁ תַּעֲבִירוּ בָאֵשׁ״ — אֲפִילּוּ דִּבּוּר, יָבֹא בָּאֵשׁ.
Mais la question peut être éclaircie davantage. Dans quel cas as-tu établi la baraïta — dans celui d'une clochette dépourvue de battant ? S'il en est ainsi, considère la clause médiane de cette baraïta : « Et il ne sortira pas avec une clochette suspendue à son cou ; en revanche, il peut sortir avec une clochette qui est sur son vêtement, et l'une comme l'autre peuvent contracter l'impureté rituelle. » Or, s'il s'agit d'une clochette dépourvue de battant, peut-elle contracter l'impureté rituelle ?
בְּמַאי אוֹקִימְתָּא — בִּדְלֵית לֵיהּ עִינְבָּל? אֵימָא מְצִיעֲתָא: וְלֹא בְּזוֹג שֶׁבְּצַוָּארוֹ, אֲבָל יוֹצֵא הוּא בְּזוֹג שֶׁבִּכְסוּתוֹ, וְזֶה וָזֶה מְקַבְּלִין טוּמְאָה. אִי דְּלֵית לֵיהּ עִינְבָּל מִי מְקַבְּלִי טוּמְאָה?
La Guemara soulève une contradiction à partir de la Tossefta : Celui qui fabrique des clochettes pour le mortier servant à broyer les aromates, pour le berceau, pour les housses des rouleaux de la Torah et pour les langes des petits enfants — si elles possèdent un battant, elles peuvent contracter l'impureté rituelle ; et si elles n'en possèdent pas, elles sont pures et ne peuvent devenir impures. Si, après être devenues impures, on leur a ôté leurs battants, leur impureté rituelle demeure pourtant sur elles. Il apparaît donc que, même pour les clochettes utilisées par les personnes, l'existence initiale d'un battant détermine si la clochette est ou non considérée comme un ustensile.
וּרְמִינְהוּ: הָעוֹשֶׂה זֹגִין לְמַכְתֶּשֶׁת וְלַעֲרִיסָה וּלְמִטְפְּחוֹת סְפָרִים וּלְמִטְפְּחוֹת תִּינוֹקוֹת, יֵשׁ לָהֶם עִינְבָּל — טְמֵאִין, אֵין לָהֶם עִינְבָּל — טְהוֹרִין, נִיטְּלוּ עִינְבְּלֵיהֶן — עֲדַיִן טוּמְאָתָן עֲלֵיהֶם.
La Guemara répond : Cela ne s'applique qu'aux clochettes d'un petit enfant, puisqu'on les place sur lui afin de produire un son. Si la clochette n'émet pas de son, elle ne sert à rien et, par conséquent, ne peut contracter l'impureté rituelle. En revanche, pour un adulte, la clochette est un ornement (tachkit) pour lui, même dépourvue de battant.
הָנֵי מִילֵּי בְּתִינוֹק, דִּלְקָלָא עָבְדִי לֵיהּ. אֲבָל גָּדוֹל — תַּכְשִׁיט הוּא לֵיהּ, אַף עַל גַּב דְּלֵית לֵיהּ עִינְבָּל.
Il a été enseigné dans la Tossefta que le Maître a dit : Si l'on a ôté leurs battants après qu'elles sont devenues impures, leur impureté rituelle demeure pourtant sur elles. La Guemara s'étonne : À quel usage sont-elles aptes une fois leurs battants ôtés ? Elles sont en somme brisées et devraient de ce fait redevenir pures. Abayé dit : La raison pour laquelle leur impureté demeure, c'est qu'un homme du commun (hedyot) est capable de remettre le battant dans la clochette. Selon Abayé, tout ustensile qui se démonte, si un homme du commun est capable de le réassembler sans qu'il faille le savoir-faire d'un artisan (ouman), n'est pas considéré comme brisé, et son impureté rituelle n'est pas annulée.
אָמַר מָר: נִיטְּלוּ עִינְבְּלֵיהֶן עֲדַיִן טוּמְאָתָן עֲלֵיהֶן. לְמַאי חֲזוּ? אָמַר אַבָּיֵי: הוֹאִיל שֶׁהַהֶדְיוֹט יָכוֹל לְהַחֲזִירוֹ.
Rava souleva une objection contre cette explication, à partir de ce qui a été enseigné : Le lien entre la clochette et le battant, voilà un lien [valide]. Par conséquent, s'ils sont détachés l'un de l'autre, la clochette devrait être considérée comme brisée.
מֵתִיב רָבָא: הַזּוּג וְהָעִינְבָּל חִבּוּר.
Et il ajoute : Et si tu dis qu'en employant le terme « lien », [la baraïta] veut dire ceci : même non relié, [le battant] a le statut juridique de ce qui serait relié — n'a-t-il pas été enseigné dans une baraïta : « Le lien entre les différentes pièces de ciseaux faits de parties qu'on assemble et qu'on démonte, ainsi que le lien entre la lame d'un rabot de menuisier [izmel chel rahitné], qu'on peut retirer de son manche, et son manche, sont considérés comme un lien au regard de la contraction de l'impureté rituelle » — si l'une des pièces devient impure, les autres le deviennent aussi. La baraïta poursuit : « En revanche, ils ne sont pas considérés comme un lien au regard de l'aspersion (hazaa) des eaux [lustrales] de l'offrande de purification. » Lorsqu'on asperge ces instruments des eaux de purification pour les purifier d'une impureté communiquée par un cadavre (voir Bamidbar 19, 17-19), l'eau doit être aspergée sur chaque pièce séparément.
וְכִי תֵּימָא, הָכִי קָאָמַר: אַף עַל גַּב דְּלָא מְחַבַּר — כְּמַאן דִּמְחַבַּר דָּמֵי. וְהָתַנְיָא: מַסְפּוֹרֶת שֶׁל פְּרָקִים וְאִיזְמֵל שֶׁל רָהִיטְנֵי — חִבּוּר לַטּוּמְאָה וְאֵין חִבּוּר לַהַזָּאָה.
Et nous disons : De quelque manière que tu considères la chose, il y a difficulté. Si c'est un lien, ils devraient être tenus pour reliés même au regard de l'aspersion ; et si ce n'est pas un lien, ils ne devraient pas l'être non plus au regard de l'impureté rituelle.
וְאָמְרִינַן: מָה נַפְשָׁךְ, אִי חִבּוּר הוּא — אֲפִלּוּ לְהַזָּאָה, וְאִי לָא חִבּוּר הוּא — אֲפִילּוּ לְטוּמְאָה נָמֵי לָא!