Guémara
[Quiconque dit] que les fils de Chmouel ont fauté n'est rien d'autre que dans l'erreur, comme il est dit : « Et il advint, lorsque Chmouel fut âgé, qu'il établit ses fils comme juges sur Israël… Mais ses fils ne marchèrent pas dans ses voies ; ils se détournèrent vers le gain malhonnête, prirent des pots-de-vin et faussèrent le jugement » (I Chmouel 8, 1-3). On en déduit : c'est dans ses voies qu'ils ne marchèrent pas ; mais quant à fauter, ils ne fautèrent pas non plus. Ils n'étaient pas les égaux de leur père, mais ils n'étaient pas pour autant des pécheurs.
בְּנֵי שְׁמוּאֵל חָטְאוּ אֵינוֹ אֶלָּא טוֹעֶה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיְהִי (כִּי זָקֵן שְׁמוּאֵל וּבָנָיו לֹא הָלְכוּ) בִּדְרָכָיו״ — בִּדְרָכָיו הוּא דְּלֹא הָלְכוּ, מִיחְטָא נָמֵי לָא חָטְאוּ.
Mais alors, comment vais-je expliquer [le verset] « et ils se détournèrent vers le gain malhonnête », qui indique qu'ils étaient des pécheurs ? Cela signifie qu'ils ne se conduisirent pas selon les actions de leur père. Car Chmouel le juste parcourait tous les lieux où se trouvait Israël et les jugeait dans leurs villes, comme il est dit : « Et il allait d'année en année, faisant le tour de Beth-El, Guilgal et Mitspa, et il jugeait Israël [en tous ces lieux] » (I Chmouel 7, 16). Eux, en revanche, ne firent pas ainsi [et ne se déplacèrent pas de lieu en lieu] ; ils restèrent au contraire dans leurs propres villes, afin d'augmenter le salaire de leurs huissiers (ḥazanim) et de leurs scribes (sofrim). [C'est pourquoi le verset leur impute une responsabilité comme s'ils avaient fauté en recherchant des gains malhonnêtes et des pots-de-vin.]
אֶלָּא מָה אֲנִי מְקַיֵּים ״וַיִּטּוּ אַחֲרֵי הַבָּצַע״ — שֶׁלֹּא עָשׂוּ כְּמַעֲשֵׂה אֲבִיהֶם, שֶׁהָיָה שְׁמוּאֵל הַצַּדִּיק מְחַזֵּר בְּכָל מְקוֹמוֹת יִשְׂרָאֵל וְדָן אוֹתָם בְּעָרֵיהֶם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְהָלַךְ מִדֵּי שָׁנָה בְּשָׁנָה וְסָבַב בֵּית אֵל וְהַגִּלְגָּל וְהַמִּצְפָּה וְשָׁפַט אֶת יִשְׂרָאֵל״, וְהֵם לֹא עָשׂוּ כֵּן, אֶלָּא יָשְׁבוּ בְּעָרֵיהֶם כְּדֵי לְהַרְבּוֹת שָׂכָר לְחַזָּנֵיהֶן וּלְסוֹפְרֵיהֶן.
[La Guemara note que] cette question correspond à une controverse de Tannaïm. Comme il a été enseigné [dans une baraïta] : [le verset dit] « et ils se détournèrent vers le gain malhonnête ». Rabbi Méir dit : cela signifie qu'ils réclamaient de leur bouche les parts [de dîme qui leur revenaient en tant que Léviim, abusant de leur position au détriment des autres Léviim]. Rabbi Yehouda dit : ils imposaient aux maîtres de maison [de la région d'écouler leur marchandise et de les soutenir]. Rabbi Akiva dit : ils prenaient de force un panier de dîme supplémentaire [au-delà de ce qui leur revenait]. Rabbi Yossi dit : ils ne prenaient que les dons qui leur étaient dus, mais ils les prenaient de force. [Ils agissaient mal, car un Lévi doit attendre qu'on lui donne ses dons et ne doit pas les prendre de lui-même.]
כְּתַנָּאֵי. ״וַיִּטּוּ אַחֲרֵי הַבָּצַע״, רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר חֶלְקָם שָׁאֲלוּ בְּפִיהֶם. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: מְלַאי הִטִּילוּ עַל בַּעֲלֵי בָתִּים. רַבִּי עֲקִיבָא אוֹמֵר: קוּפָּה יְתֵירָה שֶׁל מַעֲשֵׂר נָטְלוּ בִּזְרוֹעַ. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: מַתָּנוֹת נָטְלוּ בִּזְרוֹעַ.
Rabbi Chmouel bar Naḥmani dit au nom de Rabbi Yonatan : quiconque dit que David a fauté [avec Bat-Chéva] n'est rien d'autre que dans l'erreur, comme il est dit : « Et David réussissait dans toutes ses voies, et l'Éternel était avec lui [etc.] » (I Chmouel 18, 14). Est-il possible qu'une faute lui soit advenue, et que néanmoins la Chekhina fût avec lui ?!
אָמַר רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי אָמַר רַבִּי יוֹנָתָן: כׇּל הָאוֹמֵר דָּוִד חָטָא אֵינוֹ אֶלָּא טוֹעֶה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיְהִי דָּוִד לְכׇל דְּרָכָיו מַשְׂכִּיל וַה׳ עִמּוֹ וְגוֹ׳״. אֶפְשָׁר חֵטְא בָּא לְיָדוֹ וּשְׁכִינָה עִמּוֹ?!
Mais alors, comment vais-je expliquer [le reproche du prophète Natan] : « Pourquoi as-tu méprisé la parole de l'Éternel, en faisant ce qui est mal [à Mes yeux ? Urie le Hittite, tu l'as frappé par l'épée, et sa femme, tu l'as prise pour femme, et lui, tu l'as tué par l'épée des fils d'Ammon] » (II Chmouel 12, 9), [verset] qui indique que David a fauté ? [La Guemara répond :] il chercha à faire [le mal et à avoir des relations avec Bat-Chéva alors qu'elle était encore mariée à Urie], mais il ne le fit pas.
אֶלָּא מָה אֲנִי מְקַיֵּים ״מַדּוּעַ בָּזִיתָ אֶת דְּבַר ה׳ לַעֲשׂוֹת הָרַע״ — שֶׁבִּיקֵּשׁ לַעֲשׂוֹת וְלֹא עָשָׂה.
Rav dit : Rabbi [Yehouda HaNassi], qui descend [de la maison] de David, retourne [le verset] et l'interprète en faveur de David. [Concernant ce qui est écrit :] « Pourquoi as-tu méprisé la parole de l'Éternel, en faisant le mal », Rabbi dit : ce mal-ci diffère de tous les [autres] maux [mentionnés] dans la Torah, car pour tous les maux de la Torah il est écrit « et il fit » (vaya'as), tandis qu'ici il est écrit « pour faire » (la'assot) — [ce qui indique] qu'il chercha à faire [le mal] mais ne le fit pas. [Ses intentions étaient mauvaises, mais ses actes étaient justes.]
אָמַר רַב: רַבִּי דְּאָתֵי מִדָּוִד מְהַפֵּךְ וְדָרֵישׁ בִּזְכוּתֵיהּ דְּדָוִד. ״מַדּוּעַ בָּזִיתָ אֶת דְּבַר ה׳ לַעֲשׂוֹת הָרַע״ — רַבִּי אוֹמֵר: מְשׁוּנָּה רָעָה זוֹ מִכׇּל רָעוֹת שֶׁבַּתּוֹרָה, שֶׁכָּל רָעוֹת שֶׁבַּתּוֹרָה כְּתִיב בְּהוּ ״וַיַּעַשׂ״, וְכָאן כְּתִיב ״לַעֲשׂוֹת״ — שֶׁבִּיקֵּשׁ לַעֲשׂוֹת וְלֹא עָשָׂה.
[Ce qui est écrit :] « Urie le Hittite, tu l'as frappé par l'épée » — [signifie] que tu aurais dû le juger devant le Sanhédrin [comme coupable de trahison envers le trône], et tu ne l'as pas jugé [de cette manière, mais tu l'as fait exécuter d'une façon qui déviait des principes de jugement communément admis]. [Quant à ce qui est écrit :] « et sa femme, tu l'as prise pour femme » — [cela signifie] que tu as un droit de mariage (liqquḥin) sur elle, [car selon la loi Bat-Chéva était déjà divorcée d'Urie].
״אֵת אוּרִיָּה הַחִתִּי הִכִּיתָ בַחֶרֶב״ — שֶׁהָיָה לְךָ לְדוּנוֹ בְּסַנְהֶדְרִין וְלֹא דַּנְתָּ. ״וְאֶת אִשְׁתּוֹ לָקַחְתָּ לְּךָ לְאִשָּׁה״ — לִיקּוּחִין יֵשׁ לְךָ בָּהּ.
Car Rabbi Chmouel bar Naḥmani dit au nom de Rabbi Yonatan : quiconque part en guerre pour la maison de David écrit un acte de divorce (guet kéritout) [conditionnel] à sa femme. [Cela se faisait pour éviter une situation où la femme du soldat ne pourrait plus se remarier si le soldat ne revenait pas du combat sans témoins de son sort ; l'acte de divorce conditionnel lui conférait le statut de divorcée et la libérait pour se remarier.] Comme il est dit : « Et ces dix fromages, tu les apporteras au chef de leur millier, et tu t'enquerras de la paix de tes frères, et tu prendras leur gage (aroubatam) » (I Chmouel 17, 18).
דְּאָמַר רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי אָמַר רַבִּי יוֹנָתָן: כׇּל הַיּוֹצֵא לְמִלְחֶמֶת בֵּית דָּוִד, כּוֹתֵב גֵּט כְּרִיתוּת לְאִשְׁתּוֹ. שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְאֵת עֲשֶׂרֶת חֲרִיצֵי הֶחָלָב הָאֵלֶּה תָּבִיא לְשַׂר הָאָלֶף וְאֶת אַחֶיךָ תִּפְקֹד לְשָׁלוֹם וְאֶת עֲרֻבָּתָם תִּקָּח״.
Que signifie aroubatam ? Rav Yossef enseigna : cela désigne les choses qui sont liées/mêlées (hame'oravim) entre lui [le mari] et elle [la femme], c'est-à-dire le mariage. [Le verset doit se lire : prends l'acte de divorce qui détermine le statut de la relation entre le mari et la femme. Ainsi, puisqu'il était d'usage que les hommes partant en guerre envoient à leur femme un divorce conditionnel, et qu'Urie mourut par la suite, Bat-Chéva acquit rétroactivement le statut de divorcée à partir du moment où il partit en guerre ; elle n'était pas interdite à David.]
מַאי ״עֲרֻבָּתָם״? — תָּנֵי רַב יוֹסֵף: דְּבָרִים הַמְעוֹרָבִים בֵּינוֹ לְבֵינָהּ.
[Concernant ce qui est écrit :] « et lui, tu l'as tué par l'épée des fils d'Ammon » — [cela signifie] : de même que tu n'es pas puni pour [les soldats tués par] l'épée des fils d'Ammon [au cours de la guerre], de même tu n'es pas puni pour [la mort d']Urie le Hittite.
״וְאֹתוֹ הָרַגְתָּ בְּחֶרֶב בְּנֵי עַמּוֹן״ — מַה חֶרֶב בְּנֵי עַמּוֹן אִי אַתָּה נֶעֱנָשׁ עָלָיו, אַף אוּרִיָּה הַחִתִּי אִי אַתָּה נֶעֱנָשׁ עָלָיו.
Quelle en est la raison [pour laquelle David n'était pas passible de châtiment pour la mort d'Urie] ? Parce qu'[Urie] était un rebelle contre la royauté (mored bamalkhout). Car il dit [à David] : « Et mon seigneur Yoav et les serviteurs de mon seigneur campent en plein champ » (II Chmouel 11, 11). [En présence du roi, on ne doit pas désigner un autre comme son « seigneur » ; le faire est une trahison.]
מַאי טַעְמָא — מוֹרֵד בַּמַּלְכוּת הֲוָה. דַּאֲמַר לֵיהּ: ״וַאדֹנִי יוֹאָב וְעַבְדֵי אֲדֹנִי עַל פְּנֵי הַשָּׂדֶה חֹנִים״.
Rav dit : lorsque tu examines [la conduite] de David, tu ne trouves en lui [aucune faute durant sa vie], hormis celle concernant Urie, comme il est écrit : « [Parce que David fit ce qui est droit aux yeux de l'Éternel, et ne s'écarta de rien de ce qu'Il lui avait commandé tous les jours de sa vie,] sauf seulement dans l'affaire d'Urie le Hittite » (I Rois 15, 5).
אָמַר רַב: כִּי מְעַיְּינַתְּ בֵּיהּ בְּדָוִד לָא מַשְׁכַּחַתְּ בֵּיהּ בַּר מִדְּאוּרִיָּה, דִּכְתִיב: ״רַק בִּדְבַר אוּרִיָּה הַחִתִּי״.