Guémara
La Guemara soulève une objection à partir de la baraïta suivante : les anges de service (mal'akhei haCharet) dirent devant le Saint, béni soit-Il : « Maître de l'univers ! Pourquoi as-tu infligé la peine de mort à Adam, le premier homme ? » Il leur dit : « Je lui ai prescrit une mitsva légère, et il l'a transgressée. » Ils lui dirent : « Mais Moché et Aharon, qui ont accompli la Torah tout entière, ne sont-ils pas morts eux aussi ? » Le Saint, béni soit-Il, leur répondit en citant le verset : « Tout arrive de même à tous ; un même sort pour le juste et pour le méchant, pour le bon, pour le pur et pour l'impur, pour celui qui sacrifie et pour celui qui ne sacrifie pas ; comme le bon, ainsi le pécheur ; celui qui jure comme celui qui craint le serment » (Kohélet 9, 2).
מֵיתִיבִי: אָמְרוּ מַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת לִפְנֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם! מִפְּנֵי מָה קָנַסְתָּ מִיתָה עַל אָדָם הָרִאשׁוֹן? אָמַר לָהֶם: מִצְוָה קַלָּה צִוִּיתִיו וְעָבַר עָלֶיהָ. אָמְרוּ לוֹ: וַהֲלֹא מֹשֶׁה וְאַהֲרֹן שֶׁקִּיְּמוּ כׇּל הַתּוֹרָה כֻּלָּהּ, וּמֵתוּ! אָמַר לָהֶם: ״מִקְרֶה אֶחָד לַצַּדִּיק וְלָרָשָׁע לַטּוֹב וְגוֹ׳״!
La Guemara répond : Rav Ami a énoncé sa position conformément à ce tanna, comme il a été enseigné dans une baraïta : Rabbi Chim'on ben El'azar dit : même Moché et Aharon sont morts à cause de leur faute, comme il est dit : « Parce que vous n'avez pas eu foi en Moi, pour Me sanctifier aux yeux des enfants d'Israël, c'est pourquoi vous ne ferez pas entrer cette assemblée dans le pays que Je leur ai donné » (Bamidbar 20, 12). [Cela implique :] si vous aviez eu foi en Moi [et parlé au rocher comme il avait été ordonné], votre temps de quitter le monde ne serait pas encore venu.
הוּא דְּאָמַר כִּי הַאי תַּנָּא, דְּתַנְיָא, רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר אוֹמֵר: אַף מֹשֶׁה וְאַהֲרֹן בְּחֶטְאָם מֵתוּ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״יַעַן לֹא הֶאֱמַנְתֶּם בִּי״. הָא הֶאֱמַנְתֶּם בִּי — עֲדַיִן לֹא הִגִּיעַ זְמַנְּכֶם לִיפָּטֵר מִן הָעוֹלָם.
La Guemara soulève une objection à partir de ce qui a été enseigné dans la baraïta suivante : quatre [personnes] sont mortes à cause du conseil du serpent (be'etyo chel na'hach) — c'est-à-dire à la suite de la faute d'Adam avec le serpent, dans le sillage de laquelle la mort fut décrétée sur toute l'humanité, bien qu'eux-mêmes fussent exempts de faute. Et les voici : Binyamin fils de Ya'akov ; 'Amram, père de Moché ; Yichaï, père de David ; et Kilav, fils de David. Et tous furent appris par tradition, hormis Yichaï, père de David, au sujet duquel il y a un verset explicite [interprété de manière homilétique], comme il est écrit : « Et Avchalom mit Amassa à la tête de l'armée à la place de Yoav ; or Amassa était fils d'un homme nommé Yitra l'Israélite, qui était venu vers Avigaïl, fille de Na'hach, sœur de Tserouya, mère de Yoav » (II Chemouel 17, 25).
מֵיתִיבִי: אַרְבָּעָה מֵתוּ בְּעֶטְיוֹ שֶׁל נָחָשׁ, וְאֵלּוּ הֵן: בִּנְיָמִין בֶּן יַעֲקֹב, וְעַמְרָם אֲבִי מֹשֶׁה, וְיִשַׁי אֲבִי דָוִד, וְכִלְאָב בֶּן דָּוִד. וְכוּלְּהוּ גְּמָרָא, לְבַר מִיִּשַׁי אֲבִי דָוִד דִּמְפָרֵשׁ בָּהּ קְרָא, דִּכְתִיב: ״וְאֶת עֲמָשָׂא שָׂם אַבְשָׁלוֹם תַּחַת יוֹאָב (שַׂר) [עַל] הַצָּבָא וַעֲמָשָׂא בֶן אִישׁ וּשְׁמוֹ יִתְרָא הַיִּשְׂרְאֵלִי אֲשֶׁר בָּא אֶל אֲבִיגַיִל בַּת נָחָשׁ אֲחוֹת צְרוּיָה אֵם יוֹאָב״.
La Guemara demande : Avigaïl était-elle vraiment fille de Na'hach ? N'était-elle pas fille de Yichaï, comme il est écrit : « Et leurs sœurs étaient Tserouya et Avigaïl » (I Divrei haYamim 2, 16) ? [Apparemment, Avigaïl était fille de Yichaï.] Plutôt [, le verset l'appelle « fille de Na'hach » pour enseigner qu'elle était] la fille de celui qui est mort à cause du conseil du serpent (na'hach), bien que lui-même fût exempt de faute.
וְכִי בַּת נָחָשׁ הֲוַאי? וַהֲלֹא בַּת יִשַׁי הֲוַאי, דִּכְתִיב: ״וְאַחְיוֹתֵיהֶן צְרוּיָה וַאֲבִיגַיִל״. אֶלָּא: בַּת מִי שֶׁמֵּת בְּעֶטְיוֹ שֶׁל נָחָשׁ.
La Guemara précise à présent la chose : de qui [est cette baraïta] ? Si tu dis que c'est le tanna [qui a enseigné l'échange entre] les anges de service [et Dieu], cela est difficile : n'y avait-il pas aussi Moché et Aharon [qui ne sont pas morts à cause de leurs propres fautes] ? Plutôt, c'est forcément Rabbi Chim'on ben El'azar [qui soutient que même Moché et Aharon sont morts à cause de leurs propres fautes]. Et apprends-en qu'il y a une mort sans faute (yech mita belo 'het) et qu'il y a des souffrances sans iniquité (yech yissourin belo 'avon), et ceci est une réfutation décisive (teyouvta) de l'opinion de Rav Ami. [La Guemara conclut :] c'est bien une réfutation décisive.
מַנִּי? אִילֵּימָא תַּנָּא דְמַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת, וְהָא אִיכָּא מֹשֶׁה וְאַהֲרֹן! אֶלָּא לָאו, רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר הִיא. וּשְׁמַע מִינַּהּ יֵשׁ מִיתָה בְּלֹא חֵטְא וְיֵשׁ יִסּוּרִין בְּלֹא עָוֹן, וּתְיוּבְתָּא דְרַב אַמֵּי — תְּיוּבְתָּא.
Rabbi Chemouel bar Na'hmani dit au nom de Rabbi Yonatan : quiconque dit que Réouven a fauté [avec Bilha] n'est rien d'autre qu'un égaré, comme il est dit : « Et les fils de Ya'akov étaient douze » (Béréchit 35, 22). [Le fait que la Torah énonce le nombre des fils de Ya'akov à ce point du récit] enseigne que tous étaient pesés comme un seul [égaux en droiture, même après l'épisode de Bilha]. Mais alors, comment vais-je maintenir [le sens du verset] « et il coucha avec Bilha, concubine de son père » ? [Cela] enseigne qu'il a déplacé la couche de son père [en signe de protestation], et l'Écriture le lui impute comme s'il avait couché avec elle.
אָמַר רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי אָמַר רַבִּי יוֹנָתָן: כׇּל הָאוֹמֵר רְאוּבֵן חָטָא אֵינוֹ אֶלָּא טוֹעֶה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיִּהְיוּ בְנֵי יַעֲקֹב שְׁנֵים עָשָׂר״ — מְלַמֵּד שֶׁכּוּלָּן שְׁקוּלִים כְּאֶחָד. אֶלָּא מָה אֲנִי מְקַיֵּים ״וַיִּשְׁכַּב אֶת בִּלְהָה פִּילֶגֶשׁ אָבִיו״ — מְלַמֵּד שֶׁבִּלְבֵּל מַצָּעוֹ שֶׁל אָבִיו, וּמַעֲלֶה עָלָיו הַכָּתוּב כְּאִילּוּ שָׁכַב עִמָּהּ.
Il a été enseigné dans une baraïta que Rabbi Chim'on ben El'azar dit : ce juste, Réouven, a été préservé de cette faute [d'adultère], et cet acte n'est pas advenu par sa main. Est-il possible que ses descendants soient destinés à se tenir sur le mont 'Eival et à dire : « Maudit soit celui qui couche avec la femme de son père [car il découvre le pan de son père] » (Devarim 27, 20), et que cette faute soit advenue par sa main ? Plutôt, comment vais-je maintenir [le sens du verset] « et il coucha avec Bilha, concubine de son père » ? [Il faut le comprendre ainsi :] il a réclamé [réparation pour] l'affront fait à sa mère. Il dit : « Si la sœur de ma mère [Ra'hel] fut une rivale pour ma mère, la servante de la sœur de ma mère sera-t-elle [aussi] une rivale pour ma mère ? » Il se leva [aussitôt] et déplaça sa couche.
תַּנְיָא, רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר אוֹמֵר: מוּצָּל אוֹתוֹ צַדִּיק מֵאוֹתוֹ עָוֹן, וְלֹא בָּא מַעֲשֶׂה זֶה לְיָדוֹ. אֶפְשָׁר עָתִיד זַרְעוֹ לַעֲמוֹד עַל הַר עֵיבָל וְלוֹמַר: ״אָרוּר שֹׁכֵב עִם אֵשֶׁת אָבִיו״ וְיָבֹא חֵטְא זֶה לְיָדוֹ? אֶלָּא מָה אֲנִי מְקַיֵּים ״וַיִּשְׁכַּב אֶת בִּלְהָה פִּילֶגֶשׁ אָבִיו״ — עֶלְבּוֹן אִמּוֹ תָּבַע. אָמַר: אִם אֲחוֹת אִמִּי הָיְתָה צָרָה לְאִמִּי, שִׁפְחַת אֲחוֹת אִמִּי תְּהֵא צָרָה לְאִמִּי? עָמַד וּבִלְבֵּל אֶת מַצָּעָהּ.
A'herim (« d'autres ») disent : il a déplacé deux couches, l'une de la Chekhina et l'une de son père. Et c'est [le sens de] ce qui est écrit : « Instable comme l'eau, tu n'auras pas la prééminence, car tu es monté sur la couche de ton père ; alors tu l'as profanée — il est monté sur ma couche (yetsou'i) » (Béréchit 49, 4). Ne lis pas yetsou'i [« ma couche », au singulier] mais yetsou'aï [« mes couches », au pluriel].
אֲחֵרִים אוֹמְרִים: שְׁתֵּי מַצָּעוֹת בִּלְבֵּל, אַחַת שֶׁל שְׁכִינָה וְאַחַת שֶׁל אָבִיו. וְהַיְינוּ דִּכְתִיב: ״אָז חִלַּלְתָּ יְצוּעִי עָלָה״ — אַל תִּקְרֵי ״יְצוּעִי״ אֶלָּא ״יְצוּעַיי״.
[La question de l'innocence de Réouven] est parallèle [à une controverse] entre tannaïm. [Comme il a été enseigné dans une baraïta, le verset dit :] « Instable (pa'haz) comme l'eau, tu n'auras pas la prééminence. » [Les Sages comprirent pa'haz comme un acronyme.] Rabbi Eli'ézer dit [qu'il signifie] : « tu fus impulsif (pazta), tu fus passible (de châtiment) (‘havta), tu agis avec mépris (zalta). » Rabbi Yehochou'a dit [qu'il signifie] : « tu as piétiné la loi (passa'ta ‘al dat), tu as fauté (‘hatata), tu t'es débauché (zanita). » Rabban Gamliel dit [, à propos de son repentir] : « tu as prié (pilalta), tu as tremblé [de crainte] (‘halta), et ta prière a resplendi (zar'ha tefilatekha). »
כְּתַנָּאֵי. ״פַּחַז כַּמַּיִם אַל תּוֹתַר״. רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר ״פַּזֹּתָה״, ״חַבְתָּה״, ״זַלְתָּה״. רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אוֹמֵר: ״פָּסַעְתָּה עַל דָּת״, ״חָטָאתָ״, ״זָנִיתָ״. רַבָּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: ״פִּילַּלְתָּה״, ״חַלְתָּה״, ״זָרְחָה תְּפִלָּתֶךָ״.
Rabban Gamliel dit : nous avons encore besoin [de l'explication] du Moda'i (haModa'i). Rabbi El'azar haModa'i dit : inverse [l'ordre des lettres de] le mot et interprète-le : « tu fus ébranlé (zi'za'ta), tu reculas [d'effroi] (hirta'ta), [le 'het de pa'haz se permutant avec la lettre hé,] la faute s'est envolée (para'h ‘het) de toi. » Rava dit, et certains l'attribuent à Rabbi Yirmeya bar Abba : « tu te souvins (zakharta) du châtiment de la chose, tu te rendis (‘halita) gravement malade [pour t'abstenir de fauter], tu te retiras (peirachta) de fauter. »
אָמַר רַבָּן גַּמְלִיאֵל: עֲדַיִן צְרִיכִין אָנוּ לַמּוֹדָעִי. רַבִּי אֶלְעָזָר הַמּוֹדָעִי אוֹמֵר: הֲפוֹךְ אֶת הַתֵּיבָה וְדוֹרְשָׁהּ: ״זִעְזַעְתָּה״, ״הִרְתַּעְתָּה״, ״פָּרַח חֵטְא מִמְּךָ״. רָבָא אָמַר, וְאָמְרִי לֵהּ רַבִּי יִרְמְיָה בַּר אַבָּא: ״זָכַרְתָּ עוֹנְשׁוֹ שֶׁל דָּבָר״, ״חִלִּיתָ עַצְמְךָ חוֹלִי גָּדוֹל״, ״פֵּירַשְׁתָּ מִלַּחְטוֹא״.
[La Guemara fait précéder les enseignements suivants de Rabbi Chemouel bar Na'hmani d'un] signe mnémotechnique (siman) : Réouven, les fils de 'Eli, les fils de Chemouel, David et Chelomo, et Yoach.
רְאוּבֵן. בְּנֵי עֵלִי. בְּנֵי שְׁמוּאֵל. דָּוִד וּשְׁלֹמֹה. וְיוֹאָשׁ. סִימָן.
Rabbi Chemouel bar Na'hmani dit au nom de Rabbi Yonatan : quiconque dit que les fils de 'Eli ont fauté n'est rien d'autre qu'un égaré, comme il est dit : « Et là, les deux fils de 'Eli, 'Hofni et Pin'has, étaient prêtres de l'Éternel » (I Chemouel 1, 3).
אָמַר רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי אָמַר רַבִּי יוֹנָתָן: כׇּל הָאוֹמֵר בְּנֵי עֵלִי חָטְאוּ אֵינוֹ אֶלָּא טוֹעֶה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְשָׁם שְׁנֵי בְנֵי עֵלִי עִם אֲרוֹן בְּרִית הָאֱלֹהִים חׇפְנִי וּפִנְחָס כֹּהֲנִים לַה׳״.