Et les Sages ont décrété qu'[un assemblage de deux éléments] soit considéré comme une connexion (' hibbour) au regard de l'impureté rituelle (touma) même hors du temps de son usage (chelo bichat melakha), à cause de l'impureté au temps de son usage (touma chebichat melakha) : si l'un des composants devient impur, l'autre composant devient impur lui aussi. Et, par surcroît de rigueur, ils ont décrété qu'[il] ne soit pas considéré comme une connexion au regard de l'aspersion (hazaa) [des eaux de purification] même au temps de son usage (hazaa chebichat melakha), à cause de l'aspersion hors du temps de son usage (hazaa chelo bichat melakha) : l'eau de purification doit être aspergée sur chaque partie séparément.
וְגָזְרוּ רַבָּנַן עַל טוּמְאָה שֶׁלֹּא בִּשְׁעַת מְלָאכָה מִשּׁוּם טוּמְאָה שֶׁבִּשְׁעַת מְלָאכָה, וְעַל הַזָּאָה שֶׁבִּשְׁעַת מְלָאכָה מִשּׁוּם הַזָּאָה שֶׁלֹּא בִּשְׁעַת מְלָאכָה.
« Lorsqu'ils sont humides (la'hin). » La Michna a énuméré plusieurs matières dans lesquelles on ne peut pas calfeutrer [un plat] la veille de Chabbat lorsque ces matières sont humides. Une question (ibaya lehou) fut posée devant les Sages : la Michna vise-t-elle spécifiquement des matières humides de leur propre nature (la'hin mé'hamat atsman), ou bien vise-t-elle peut-être même des matières devenues humides par autre chose (la'hin mé'hamat davar a'her), par exemple parce qu'elles ont été imprégnées par un liquide ?
בִּזְמַן שֶׁהֵן לַחִין. אִיבַּעְיָא לְהוּ: לַחִין מֵחֲמַת עַצְמָן, אוֹ דִילְמָא לַחִין מֵחֲמַת דָּבָר אַחֵר.
Viens et entends [une résolution de cette question] à partir des matières énumérées dans la MISHNA : « Ni dans la paille (téven), ni dans le marc de raisin (zaguim), ni dans les matières moelleuses (mokhin), ni dans les herbes (assavim), lorsqu'elles sont humides. » Admettons (bichlama), si tu dis que la Michna vise des matières humides par autre chose, cela se comprend bien, car toutes ces matières peuvent être mouillées. Mais si tu dis qu'elle vise des matières humides de leur propre nature, des matières moelleuses (mokhin) humides de leur propre nature, où en trouves-tu ? [La laine est sèche à l'état naturel.] La Guemara rejette [l'objection] : [la Michna] vise un cas où la matière est faite de laine arrachée d'entre les cuisses de l'animal (mimerta deviné atmé), car cette laine est habituellement humide de sueur.
תָּא שְׁמַע: לֹא בַּתֶּבֶן וְלֹא בַּזַּגִּים וְלֹא בַּמּוֹכִין וְלֹא בָּעֲשָׂבִים בִּזְמַן שֶׁהֵן לַחִין. אִי אָמְרַתְּ בִּשְׁלָמָא לַחִין מֵחֲמַת דָּבָר אַחֵר — שַׁפִּיר. אֶלָּא אִי אָמְרַתְּ לַחִין מֵחֲמַת עַצְמָן, מוֹכִין לַחִין מֵחֲמַת עַצְמָן הֵיכִי מַשְׁכַּחַתְּ לַהּ? — מִמִּרְטָא דְּבֵינֵי אַטְמֵי.
Et ce que Rabbi Ochaya a enseigné dans une baraïta : « On calfeutre [un plat chaud la veille de Chabbat] dans un vêtement sec (kessout yevécha) et dans des fruits secs (pérot yevéchin), mais non dans un vêtement humide (kessout la'ha) ni dans des fruits humides (pérot la'hin). » Un vêtement humide de sa propre nature, où en trouves-tu ? La Guemara répond : ici aussi, [la baraïta] vise un cas où l'étoffe a été faite de laine arrachée d'entre les cuisses de l'animal (mimerta deviné atmé) — la laine fut filée et l'étoffe tissée alors que la laine était encore humide.
וְהָא דְתָנֵי רַבִּי אוֹשַׁעְיָא: טוֹמְנִין בִּכְסוּת יְבֵשָׁה וּבְפֵירוֹת יְבֵשִׁין, אֲבָל לֹא בִּכְסוּת לַחָה וְלֹא בְּפֵירוֹת לַחִין. כְּסוּת לַחָה מֵחֲמַת עַצְמָהּ הֵיכִי מַשְׁכַּחַתְּ לַהּ? — מִמִּרְטָא דְּבֵינֵי אַטְמֵי.
Mishna 1
MICHNA. On calfeutre [un plat chaud la veille de Chabbat] dans un vêtement (kessout), dans des fruits (pérot), dans des ailes de colombe (kanfé yona), dans la sciure des charpentiers (nessoret chel 'harachim) et dans la filasse de lin fine (ne'oret chel pichtan daka). Rabbi Yehouda l'interdit lorsqu'elle est fine (daka) et le permet lorsqu'elle est grossière (gassa).
מַתְנִי׳ טוֹמְנִין בִּכְסוּת וּבְפֵירוֹת, בְּכַנְפֵי יוֹנָה וּבִנְסוֹרֶת שֶׁל חָרָשִׁים וּבִנְעוֹרֶת שֶׁל פִּשְׁתָּן דַּקָּה. רַבִּי יְהוּדָה אוֹסֵר בַּדַּקָּה וּמַתִּיר בַּגַּסָּה.(משנה)
Guémara
GUEMARA. [Puisque les ailes de colombe ont été mentionnées dans la Michna, la Guemara rapporte un récit qui s'y rattache.] Rabbi Yannaï a dit : les téfilines requièrent un corps pur (gouf naki), comme [celui d']Élicha, « le Maître des Ailes » (Baal Kenafayim). La Guemara demande : que signifie [l'exigence] d'un corps pur ? Abayé dit : cela signifie qu'on ne doit pas émettre de vent (chelo yafia'h) tant qu'on les porte. Rava dit : cela signifie qu'on ne doit pas dormir avec elles (chelo yichan bahen).
גְּמָ׳ אָמַר רַבִּי יַנַּאי: תְּפִילִּין צְרִיכִין גּוּף נָקִי כֶּאֱלִישָׁע ״בַּעַל כְּנָפַיִם״. מַאי הִיא? אַבָּיֵי אָמַר: שֶׁלֹּא יָפִיחַ בָּהֶן. רָבָא אָמַר: שֶׁלֹּא יִישַׁן בָּהֶן.
La Guemara demande : et pourquoi l'a-t-on appelé Élicha « le Maître des Ailes » (Baal Kenafayim) ? Parce qu'une fois, le royaume impie de Rome décréta contre Israël que, en châtiment, on percerait le cerveau (yenakerou et mo'ho) de quiconque mettrait les téfilines. Néanmoins, Élicha les mettait et sortait au marché [avec défi]. Un jour, un officier (kasdor) chargé d'appliquer le décret le vit ; Élicha s'enfuit devant lui, et l'officier courut après lui. Lorsque l'officier l'eut rejoint, Élicha ôta les téfilines de sa tête et les tint dans sa main. L'officier lui demanda : qu'est-ce que [tu tiens] dans ta main ? Élicha lui répondit : ce sont des ailes de colombe (kanfé yona). [Un miracle s'accomplit :] il ouvrit sa main, et l'on trouva en effet des ailes de colombe. C'est pourquoi, [en commémoration de ce miracle,] on l'appelle Élicha « le Maître des Ailes ».
וְאַמַּאי קָרֵי לֵיהּ ״בַּעַל כְּנָפַיִם״? — שֶׁפַּעַם אַחַת גָּזְרָה מַלְכוּת רוֹמִי הָרְשָׁעָה שְׁמָד עַל יִשְׂרָאֵל שֶׁכָּל הַמַּנִּיחַ תְּפִילִּין יְנַקְּרוּ אֶת מוֹחוֹ, וְהָיָה אֱלִישָׁע מַנִּיחָם וְיוֹצֵא לַשּׁוּק. רָאָהוּ קַסְדּוֹר אֶחָד רָץ מִפָּנָיו וְרָץ אַחֲרָיו. וְכֵיוָן שֶׁהִגִּיעַ אֶצְלוֹ נְטָלָן מֵרֹאשׁוֹ וַאֲחָזָן בְּיָדוֹ. אָמַר לוֹ: מַה זֶּה בְּיָדְךָ? אָמַר לוֹ: כַּנְפֵי יוֹנָה. פָּשַׁט אֶת יָדוֹ וְנִמְצְאוּ כַּנְפֵי יוֹנָה. לְפִיכָךְ קוֹרִין אוֹתוֹ ״אֱלִישָׁע בַּעַל כְּנָפַיִם״.
La Guemara demande : et en quoi des ailes de colombe diffèrent-elles de celles des autres oiseaux [pour qu'Élicha dise qu'il avait dans la main des ailes de colombe] ? La Guemara répond : parce que l'assemblée d'Israël (Knesset Israël) est comparée à une colombe, comme il est dit : « Les ailes de la colombe sont couvertes d'argent, et ses pennes de l'or jaune (vert) » (Tehilim 68, 14) — de même que la colombe, seules ses ailes la protègent [et elle n'a pas d'autre moyen de protection], ainsi le peuple d'Israël, seules les mitsvot le protègent.
וּמַאי שְׁנָא כַּנְפֵי יוֹנָה מִשְּׁאָר עוֹפוֹת? מִשּׁוּם דְּאִמְּתִיל כְּנֶסֶת יִשְׂרָאֵל לְיוֹנָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כַּנְפֵי יוֹנָה נֶחְפָּה בַכֶּסֶף וְגוֹ׳״ — מַה יּוֹנָה כְּנָפֶיהָ מְגִינּוֹת עָלֶיהָ, אַף יִשְׂרָאֵל מִצְוֹת מְגִינּוֹת עֲלֵיהֶן.
« Dans la sciure des charpentiers, etc. » Une question (ibaya lehou) fut posée devant les Sages : la [restriction de] Rabbi Yehouda porte-t-elle sur la sciure des charpentiers (nessoret chel 'harachim), ou bien porte-t-elle sur la filasse de lin (ne'oret chel pichtan) ?
בִּנְסוֹרֶת שֶׁל חָרָשִׁין כּוּ׳. אִיבַּעְיָא לְהוּ: רַבִּי יְהוּדָה אַנְּסוֹרֶת שֶׁל חָרָשִׁין קָאֵי, אוֹ אַנְּעוֹרֶת שֶׁל פִּשְׁתָּן קָאֵי?
La Guemara répond : viens et entends [une preuve], car il a été enseigné dans une baraïta : Rabbi Yehouda dit : « La filasse de lin fine (ne'oret chel pichtan daka), son statut est comme celui du fumier (zével) » [c'est-à-dire qu'elle ajoute de la chaleur]. La Guemara remarque : conclus-en (chema mina) que Rabbi Yehouda porte sur la filasse de lin. La Guemara conclut : en effet, conclus-en.
תָּא שְׁמַע, דְּתַנְיָא רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: נְעוֹרֶת שֶׁל פִּשְׁתָּן דַּקָּה הֲרֵי הִיא כְּזֶבֶל. שְׁמַע מִינַּהּ אַנְּעוֹרֶת שֶׁל פִּשְׁתָּן קָאֵי. שְׁמַע מִינַּהּ.
Mishna 2
MICHNA. On calfeutre [un mets cuit la veille de Chabbat] dans des peaux (chil'hin) et l'on peut les déplacer [Chabbat] ; [on calfeutre] dans des toisons de laine (guizzé tsémer), mais on ne peut pas les déplacer. Comment fait-on donc [si l'on a calfeutré dans des toisons et que l'on veut retirer le plat] ? On soulève le couvercle (kissouy) [qu'il est permis de déplacer], et elles tombent [d'elles-mêmes].
מַתְנִי׳ טוֹמְנִין בְּשִׁלְחִין וּמְטַלְטְלִין אוֹתָן, בְּגִיזֵּי צֶמֶר וְאֵין מְטַלְטְלִין אוֹתָן. כֵּיצַד הוּא עוֹשֶׂה? נוֹטֵל אֶת הַכִּסּוּי, וְהֵן נוֹפְלוֹת.
Rabbi Elazar ben Azarya dit : [s'il a placé le plat dans] une corbeille (kouppa) [remplie de toisons], il la penche sur le côté et [le] retire, de peur que [la laine ne s'affaisse lorsqu'il soulève le plat et qu']il [ne] puisse pas [le] remettre [car il est interdit de déplacer la laine, qui est mise de côté (mouktsé), pour faire de la place au plat]. Et les Sages disent : il retire [le plat] et le remet.
רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה אוֹמֵר: קוּפָּה, מַטָּהּ עַל צִדָּהּ וְנוֹטֵל, שֶׁמָּא יִטּוֹל וְאֵינוֹ יָכוֹל לְהַחֲזִיר. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: נוֹטֵל וּמַחֲזִיר.