[Si quelqu'un a enfoncé] un piquet dans un arbre et y a suspendu une corbeille [mesurant quatre sur quatre tefa'him] dans laquelle il a placé la nourriture de son érouv [techoumin, pour étendre la limite du Chabbat] : si la corbeille se trouvait à plus de dix tefa'him du sol, son érouv n'est pas un érouv valide. Il lui est interdit de prendre le pain de la corbeille le Chabbat, car la surface et la hauteur de la corbeille en font un domaine privé [rechout haya'hid], alors que lui-même se tient dans un domaine différent. Mais si la corbeille se trouvait à moins de dix tefa'him du sol, son érouv est un érouv valide.
יָתֵד בָּאִילָן וְתָלָה בָּהּ כַּלְכַּלָּה. לְמַעְלָה מֵעֲשָׂרָה טְפָחִים — אֵין עֵירוּבוֹ עֵירוּב. לְמַטָּה מֵעֲשָׂרָה טְפָחִים — עֵירוּבוֹ עֵירוּב.
La Guemara examine cet énoncé : la raison de cette distinction entre plus et moins de dix tefa'him vaut précisément parce qu'il a enfoncé un piquet dans l'arbre [et y a suspendu la corbeille]. Mais s'il n'a pas enfoncé de piquet et a au contraire attaché la corbeille à l'arbre lui-même, alors même à moins de dix tefa'him du sol son érouv n'est pas un érouv valide. Car s'il prenait le pain de la corbeille, il ferait usage des flancs de l'arbre [tsedadin], ce qui est interdit le Chabbat. Or n'est-ce pas que c'est ce même tanna qui interdit l'usage des flancs [de l'arbre], et qui pourtant permet l'usage des flancs des flancs [tsidé tsedadin], contrairement à l'opinion de Rava ?
טַעְמָא דְּנָעַץ יָתֵד בָּאִילָן, הָא לֹא נָעַץ, אֲפִילּוּ לְמַטָּה מֵעֲשָׂרָה טְפָחִים אֵין עֵירוּבוֹ עֵירוּב. וְהָא הַאי תַּנָּא דְּקָאָסַר בִּצְדָדִין, וְקָשָׁרֵי בְּצִדֵּי צְדָדִין!
Rav Papa dit : ici, nous traitons d'une corbeille à goulot étroit qui est attachée serré à l'arbre. Puisqu'il est difficile d'en retirer quoi que ce soit, lorsqu'il prend le pain de l'érouv il ébranle l'arbre, et il fait ainsi usage des flancs de l'arbre lui-même [tsedadin] et non des flancs des flancs de l'arbre [tsidé tsedadin]. La Guemara conclut : et la halakha est que l'usage des flancs d'un arbre ou d'un animal est interdit le Chabbat, mais que l'usage des flancs des flancs est permis.
אָמַר רַב פָּפָּא: הָכָא בְּכַלְכַּלָּה דְּחוּקָה עָסְקִינַן, דְּבַהֲדֵי דְּשָׁקֵיל לֵיהּ לְעֵירוּב — קָמְנַיֵּד לֵיהּ לְאִילָן, וְקָמִשְׁתַּמֵּשׁ בְּאִילָן גּוּפֵיהּ. וְהִלְכְתָא: צְדָדִין אֲסוּרִין, צִדֵּי צְדָדִין מוּתָּרִין.
Rav Achi dit : maintenant que tu as dit que la halakha est que l'usage des flancs [tsedadin] est interdit, au sujet de cette échelle par laquelle on monte vers un endroit surélevé — qu'un homme ne l'appuie pas contre le palmier [dikla] lui-même, car cela est considéré comme un usage des flancs de l'arbre le Chabbat. Il doit plutôt l'appuyer sur des chevilles [gevazé] extérieures au tronc du palmier. Et lorsqu'il monte à l'échelle, qu'il ne pose pas son pied sur les chevilles ; qu'il le pose plutôt sur les échelons [kanin] de l'échelle, car il est interdit de faire usage des flancs de l'arbre.
אָמַר רַב אָשֵׁי: הַשְׁתָּא דְּאָמְרַתְּ צְדָדִין אֲסוּרִין, הַאי דַּרְגָּא דְּמִדַּלְיָא — לָא לַינְּחֵיהּ אִינִישׁ אַדִּיקְלָא, דְּהָווּ לְהוּ צְדָדִין. אֶלָּא, לַינְּחֵיהּ אַגְּווֹאזֵי לְבַר מִדִּיקְלָא, וְכִי סָלֵיק — לָא לַינַּח כַּרְעֵיהּ אַגְּווֹאזֵי, אֶלָּא לִיתְּנַח אַקָּנִין.
Mishna 1
MICHNA : On peut dénouer le Chabbat des bottes [peki'in] de gerbes [de céréales] devant un animal, et l'on peut éparpiller les kifin mais non les zirin — ces termes seront expliqués dans la Guemara. On ne doit pas broyer le fourrage [cha'hat] ni les caroubes devant un animal le Chabbat afin de lui en faciliter la consommation : ni pour le menu bétail [daka] ni pour le gros bétail [gassa]. Rabbi Yehouda permet de le faire pour les caroubes destinées au menu bétail, parce que celui-ci ne peut avaler les caroubes dures qu'avec difficulté.
מַתְנִי׳ מַתִּירִין פְּקִיעֵי עָמִיר לִפְנֵי בְּהֵמָה, וּמְפַסְפְּסִין אֶת הַכִּיפִין, אֲבָל לֹא אֶת הַזִּירִין. אֵין מְרַסְּקִין לֹא אֶת הַשַּׁחַת וְלֹא אֶת הֶחָרוּבִין לִפְנֵי בְּהֵמָה, בֵּין דַּקָּה וּבֵין גַּסָּה. רַבִּי יְהוּדָה מַתִּיר בֶּחָרוּבִין לַדַּקָּה.(משנה)
Guémara
GUEMARA : Rav Houna dit : ce sont là [un seul et même type de bottes :] les peki'in sont les kifin. La différence entre eux est que les peki'in sont liés par deux nœuds, tandis que les kifin sont liés par trois. Les zirin — qu'il est interdit de manipuler le Chabbat — sont des fagots de rameaux de cèdre [arzé], que les animaux mangent lorsque les rameaux sont jeunes et humides. Et voici ce que dit la michna : on peut dénouer devant un animal des bottes de gerbes et les éparpiller — et il en va de même pour les kifin —, « mais non les zirin » : on ne peut ni les éparpiller ni les dénouer. Rav 'Hisda dit : quelle est la raison de l'opinion de Rav Houna ? Il considère que, pour ce qui est de se donner de la peine [litera'h] au sujet d'un aliment le Chabbat, on peut se donner de la peine ; mais pour ce qui est de rendre un aliment comestible [lechavoyé ou'hla], on ne le rend pas comestible. Des bottes de récoltes propres à la consommation animale en l'état peuvent être davantage préparées le Chabbat. Les rameaux de cèdre ne peuvent être mangés tant qu'ils sont liés ensemble ; c'est pourquoi on ne peut se donner la peine de les dénouer pour les rendre comestibles le Chabbat.
גְּמָ׳ אָמַר רַב הוּנָא: הֵן הֵן פְּקִיעִין, הֵן הֵן כִּיפִין. פְּקִיעִין תְּרֵי, כִּיפִין תְּלָתָא, זִירִין — דְּאַרְזֵי. וְהָכִי קָאָמַר: מַתִּירִין פְּקִיעֵי עָמִיר לִפְנֵי בְּהֵמָה, וּמְפַסְפְסִין. וְהוּא הַדִּין לְכִיפִין, אֲבָל לֹא אֶת הַזִּירִין — לֹא לְפַסְפֵס וְלֹא לְהַתִּיר. אָמַר רַב חִסְדָּא: מַאי טַעְמָא דְּרַב הוּנָא קָא סָבַר לְמִטְרַח בְּאוּכְלָא — טָרְחִינַן, לְשַׁוּוֹיֵי אוּכְלָא לָא מְשַׁוֵּינַן.
Rav Yehouda comprend la michna différemment et dit : ce sont là [un seul et même type de bottes :] les peki'in sont les zirin. La différence entre eux est que les peki'in sont liés par deux nœuds, tandis que les zirin sont liés par trois. Les kifin sont des fagots de rameaux de cèdre [arzé]. Et voici ce que dit la michna : on peut dénouer devant un animal des bottes de gerbes ; mais pour ce qui est de les éparpiller, non, on ne peut pas les éparpiller. Et au sujet des kifin, on peut aussi les éparpiller. Mais il n'en va pas de même pour les zirin, car il est interdit de les éparpiller, et il n'est permis que de les dénouer. Rava dit : quelle est la raison de l'opinion de Rav Yehouda ? Il soutient l'inverse de l'opinion de Rav Houna. Il considère que, pour ce qui est de rendre un aliment comestible [lechavoyé ou'hla], on le rend comestible ; mais pour ce qui est de se donner de la peine [litera'h] au sujet d'un aliment qui est déjà en état d'être mangé, on ne se donne pas de peine.
רַב יְהוּדָה אָמַר: הֵן הֵן פְּקִיעִין, הֵן הֵן זִירִין. פְּקִיעִין תְּרֵי, זִירִין תְּלָתָא, כִּיפִין — דְּאַרְזֵי. וְהָכִי קָאָמַר: מַתִּירִין פְּקִיעֵי עָמִיר לִפְנֵי בְּהֵמָה, אֲבָל פַּסְפּוֹסֵי — לָא, וְכִיפִין — פַּסְפּוֹסֵי נָמֵי מְפַסְפְּסִינַן, אֲבָל לֹא הַזִּירִין, לְפַסְפֵּס אֶלָּא לְהַתִּיר. אָמַר רָבָא: מַאי טַעְמָא דְּרַב יְהוּדָה — קָסָבַר: שַׁוּוֹיֵי אוּכְלָא — מְשַׁוֵּינַן, מִטְרָח בְּאוּכְלָא — לָא טָרְחִינַן.
Nous avons appris dans la michna : « On ne doit pas broyer le fourrage [cha'hat] ni les caroubes devant un animal le Chabbat afin de lui en faciliter la consommation : ni pour le menu bétail ni pour le gros bétail. » N'est-ce pas qu'il s'agit de caroubes semblables au fourrage ? De même qu'il s'agit de fourrage qui est tendre [rakhikh], de même s'agit-il de caroubes tendres. Il apparaît donc que l'on ne se donne pas de peine au sujet d'un aliment [déjà comestible]. Puisque les caroubes conviennent à la consommation animale sans être broyées, il est interdit de se donner la peine de les broyer. Et ceci est une réfutation concluante [teyouvta] de l'opinion de Rav Houna !
תְּנַן: אֵין מְרַסְּקִין אֶת הַשַּׁחַת וְאֶת הֶחָרוּבִין לִפְנֵי בְּהֵמָה, בֵּין דַּקָּה וּבֵין גַּסָּה. מַאי לָאו, חָרוּבִין דּוּמְיָא דְשַׁחַת: מָה שַׁחַת דְּרַכִּיכָא, אַף חָרוּבִין דְּרַכִּיכֵי. אַלְמָא לָא טָרְחִינַן בְּאוּכְלָא — וּתְיוּבְתֵּיהּ דְּרַב הוּנָא!
La Guemara répond que Rav Houna pourrait te dire : non, la michna traite de fourrage semblable aux caroubes. De même qu'il s'agit de caroubes qui sont dures [akochi], de même s'agit-il de fourrage qui est dur, et le broyer le rend comestible. La Guemara demande : comment est-il possible de trouver du fourrage assez dur pour qu'un animal ne puisse le manger ? La Guemara répond : il s'agit de jeunes ânons [ilé zoutré], qui ne peuvent manger que du fourrage bien broyé.
אָמַר לְךָ רַב הוּנָא: לָא, שַׁחַת דּוּמְיָא דְּחָרוּבִין: מָה חָרוּבִין דַּאֲקוֹשֵׁי, אַף שַׁחַת דַּאֲקוֹשֵׁי. הֵיכִי מַשְׁכַּחַתְּ לַהּ? בְּעִילֵי זוּטְרֵי.
Viens et entends une preuve de ce que nous avons appris dans la suite de la michna : « Rabbi Yehouda permet [de broyer] les caroubes pour le menu bétail [daka]. » La Guemara en déduit : pour le menu bétail, oui, c'est permis ; pour le gros bétail, non, ce n'est pas permis. Admettons : si tu dis que le premier tanna considère que l'on ne se donne pas de peine au sujet d'un aliment le Chabbat, mais que pour ce qui est de rendre un aliment comestible, on peut le rendre comestible — cela explique ce que Rabbi Yehouda a répondu : donner des caroubes au menu bétail relève aussi du fait de rendre un aliment comestible, parce que cet animal ne peut manger les caroubes dures. Mais si tu dis que le premier tanna considère que, pour ce qui est de rendre un aliment comestible, on ne le rend pas comestible le Chabbat, mais que pour ce qui est de se donner de la peine au sujet d'un aliment, on peut s'en donner — alors Rabbi Yehouda, qui permet de broyer les caroubes pour le menu bétail, à plus forte raison [kol che-ken] devrait-il le permettre pour le gros bétail ! Car si les caroubes conviennent à la consommation du menu bétail, à plus forte raison conviennent-elles à la consommation du gros bétail.
תָּא שְׁמַע: רַבִּי יְהוּדָה מַתִּיר בֶּחָרוּבִין לַדַּקָּה. לַדַּקָּה — אִין, לְגַסָּה — לָא. אִי אָמְרַתְּ בִּשְׁלָמָא תַּנָּא קַמָּא סָבַר: מִיטְרָח בְּאוּכְלָא לָא טָרְחִינַן, שַׁוּוֹיֵי מְשַׁוֵּינַן, הַיְינוּ דְּקָא אָמַר רַבִּי יְהוּדָה חָרוּבִין לַדַּקָּה נָמֵי שַׁוּוֹיֵי אוּכְלָא הוּא. אֶלָּא אִי אָמְרַתְּ תַּנָּא קַמָּא סָבַר שַׁוּוֹיֵי אוּכְלָא לָא מְשַׁוֵּינַן, מִיטְרָח בְּאוּכְלָא טָרְחִינַן — רַבִּי יְהוּדָה מַתִּיר בֶּחָרוּבִין לַדַּקָּה, כׇּל שֶׁכֵּן לְגַסָּה!
La Guemara réfute ceci : penses-tu que le « menu bétail » [daka] mentionné ici désigne un animal réellement petit ? Non ; que signifie plutôt daka ici ? Cela désigne un gros animal. Et quelle est la raison pour laquelle la michna l'appelle daka ? Parce qu'il est minutieux [dayka] au sujet de sa nourriture. Puisque cet animal peut manger des caroubes non broyées lorsqu'il n'a pas d'autre choix, on peut se donner la peine de les broyer pour lui.
מִי סָבְרַתְּ ״דַּקָּה״ — דַּקָּה מַמָּשׁ? מַאי ״דַּקָּה״ — גַּסָּה, וּמַאי קָרֵי לַהּ ״דַּקָּה״ — דְּדָיְיקָא בְּאוּכְלָא.
La Guemara demande : du fait qu'il est enseigné dans la première partie de la michna « ni pour le menu bétail ni pour le gros bétail [daka ou gassa] », on peut inférre que lorsque Rabbi Yehouda a dit daka, il voulait dire un animal réellement petit ! La Guemara ne parvint pas à trouver de réponse à cette question, et elle demeure difficile [kachya]. Néanmoins, l'opinion de Rav Houna ne fut pas réfutée.
הָא מִדְּקָתָנֵי רֵישָׁא: ״בֵּין דַּקָּה וּבֵין גַּסָּה״, מִכְּלָל דְּרַבִּי יְהוּדָה ״דַּקָּה״ — דַּקָּה מַמָּשׁ קָאָמַר! קַשְׁיָא.