…afin de retarder sa décomposition. De même, on peut nouer la mâchoire d'un cadavre dont [la bouche] est en train de s'ouvrir. On ne la déplacera pas directement de façon à la faire remonter à sa position initiale, mais [seulement] de façon à ce qu'elle ne continue pas à s'ouvrir. Et de même, lorsqu'une poutre de toit s'est brisée le Chabbat, on peut l'étayer avec un banc ou avec les longues perches d'un lit. On ne la déplacera pas de façon à faire remonter la poutre à sa place d'origine, mais [seulement] de façon à ce qu'elle ne continue pas de s'affaisser.
שֶׁיַּמְתִּין. קוֹשְׁרִין אֶת הַלֶּחִי, לֹא שֶׁיַּעֲלֶה, אֶלָּא שֶׁלֹּא יוֹסִיף. וְכֵן קוֹרָה שֶׁנִּשְׁבְּרָה — סוֹמְכִין אוֹתָהּ בְּסַפְסָל אוֹ בַּאֲרוּכּוֹת הַמִּטָּה, לֹא שֶׁתַּעֲלֶה, אֶלָּא שֶׁלֹּא תּוֹסִיף.
Guémara
GUEMARA : La Guemara interroge la décision indulgente de la Michna concernant le fait d'enduire d'huile un cadavre [le Chabbat] : mais Rav Yehouda n'a-t-il pas dit au nom de Chmouel : il advint qu'un élève de Rabbi Méir le suivit au bain public (beit hamer'hats) le Chabbat. L'élève voulut rincer le sol ; Rabbi Méir lui dit : on ne rince pas [le Chabbat]. L'élève voulut enduire le sol d'huile ; Rabbi Méir lui dit : on n'enduit pas [le Chabbat]. Cela indique qu'il est interdit de rincer ou d'enduire tout ce qu'il est interdit de déplacer le Chabbat [or un cadavre est mouktsé]. La Guemara répond : le sol [d'un endroit] peut être confondu avec le sol [d'un autre endroit] — les Sages ont donc interdit ces actes même sur un dallage, comme celui d'un bain public, par crainte qu'on en vienne à le faire sur un sol de terre battue et à en aplanir [les creux]. En revanche, un cadavre ne peut pas être confondu avec le sol, et il est donc permis de rincer un cadavre et de l'enduire d'huile.
גְּמָ׳ וְהָאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: מַעֲשֶׂה בְּתַלְמִידוֹ שֶׁל רַבִּי מֵאִיר שֶׁנִּכְנַס אַחֲרָיו לְבֵית הַמֶּרְחָץ, בִּיקֵּשׁ לְהָדִיחַ קַרְקַע, אָמַר לוֹ: אֵין מְדִיחִין. לָסוּךְ קַרְקַע, אָמַר לוֹ: אֵין סָכִין. קַרְקַע בְּקַרְקַע — מִחַלְּפָא, מֵת בְּקַרְקַע — לָא מִיחַלַּף.
Nous avons appris dans la Michna qu'on peut s'occuper de tous les besoins du mort le Chabbat. La Guemara demande : qu'inclut le mot « tous » dans la décision de la Michna, qu'on aurait pu croire non inclus ? La Guemara répond : il vient inclure ce que nos maîtres ont enseigné : on peut apporter des récipients froids et des récipients de métal et les poser sur le ventre du cadavre afin qu'il n'enfle pas. Et on bouche ses orifices afin que l'air n'y pénètre pas et ne provoque pas de gonflement.
״כֹּל״ לְאֵתוֹיֵי מַאי? לְאֵתוֹיֵי הָא דְּתָנוּ רַבָּנַן: מְבִיאִין כְּלִי מֵיקַר וּכְלֵי מַתָּכוֹת, וּמַנִּיחִין עַל כְּרֵיסוֹ כְּדֵי שֶׁלֹּא תָּפוּחַ. וּפוֹקְקִין אֶת נְקָבָיו כְּדֵי שֶׁלֹּא תִּיכָּנֵס בָּהֶן הָרוּחַ.
Et Salomon (Chelomo) lui aussi a dit dans sa sagesse, au sujet de la vieillesse et de la mort : « avant que ne se rompe le cordon d'argent, que ne se brise le vase d'or, que ne se casse la cruche à la fontaine, et que ne tombe la roue, fracassée, dans la fosse » (Qohélet — l'Ecclésiaste — 12, 6). La Guemara l'explique ainsi : « avant que ne se rompe le cordon d'argent » — ceci désigne la moelle épinière (’hout hachidra). « Que ne se brise le vase d'or (goulat) » — ceci désigne le membre [viril], qui est comme une source d'eau (goula). « Que ne se casse la cruche à la fontaine » — ceci désigne le ventre, qui ressemble à une cruche qui enfle et se fend. « Et que ne tombe la roue (galgal), fracassée, dans la fosse » — ceci désigne les excréments (guelalim).
וְאַף שְׁלֹמֹה אָמַר בְּחׇכְמָתוֹ: ״עַד שֶׁלֹּא יֵרָתֵק חֶבֶל הַכֶּסֶף״ — זֶה חוּט הַשִּׁדְרָה. ״וְתָרוּץ גּוּלַּת הַזָּהָב״ — זֶה אַמָּה. ״וְתִשָּׁבֶר כַּד עַל הַמַּבּוּעַ״ — זֶה הַכָּרֵס. ״וְנָרוֹץ הַגַּלְגַּל אֶל הַבּוֹר״ — זֶה פֶּרֶשׁ.
Et de même il est dit : « je répandrai du fumier (péréch) sur vos visages, le fumier de vos fêtes » (Malachie 2, 3). Rav Houna a dit, et certains disent que c'est Rav 'Hagga qui a dit : ce verset vise les gens qui délaissent les paroles de la Torah et font de tous leurs jours des fêtes [se livrant aux plaisirs]. Rabbi Lévi a dit au nom de Rav Papi, au nom de Rabbi Yehochoua : trois jours après la mort, le ventre du mort se fend et se déverse sur son visage, et lui dit : « reprends ce que tu as mis en moi ».
וְכֵן הוּא אוֹמֵר: ״וְזֵרִיתִי פֶרֶשׁ עַל פְּנֵיכֶם פֶּרֶשׁ חַגֵּיכֶם״. אָמַר רַב הוּנָא וְאָמְרִי לַהּ אָמַר רַב חַגָּא: אֵלּוּ בְּנֵי אָדָם שֶׁמַּנִּיחִין דִּבְרֵי תוֹרָה, וְעוֹשִׂין כׇּל יְמֵיהֶם כְּחַגִּים. אָמַר רַבִּי לֵוִי אָמַר רַב פַּפֵּי אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ: לְאַחַר שְׁלֹשָׁה יָמִים כְּרֵיסוֹ נִבְקַעַת וְנוֹפֶלֶת לוֹ עַל פָּנָיו, וְאוֹמֶרֶת לוֹ: ״טוֹל מַה שֶּׁנָּתַתָּ בִּי״.
Mishna 1
MICHNA : On ne ferme pas les yeux du mort le Chabbat, car le corps est mouktsé (mis de côté). Et on ne les ferme pas non plus en semaine pendant que l'âme s'en va : il faut attendre que la personne soit morte. Et celui qui ferme les yeux [d'un mourant] pendant que l'âme s'en va est un meurtrier (chofékh damim, « répandeur de sang »), car il a hâté la mort de la personne.
מַתְנִי׳ אֵין מְעַצְּמִין אֶת הַמֵּת בַּשַּׁבָּת, וְלֹא בַּחוֹל עִם יְצִיאַת נֶפֶשׁ. וְהַמְעַצֵּים עִם יְצִיאַת הַנֶּפֶשׁ — הֲרֵי זֶה שׁוֹפֵךְ דָּמִים.
Guémara 2
GUEMARA : Nos maîtres ont enseigné : celui qui ferme les yeux d'une personne pendant que l'âme s'en va est un meurtrier. Ceci est comparable à une lampe en train de s'éteindre, mais qui pourrait brûler encore un peu : si quelqu'un pose son doigt dessus, elle s'éteint aussitôt. Il a été enseigné dans une baraïta que Rabban Chimon ben Gamliel dit : celui qui veut que les yeux d'un cadavre se ferment doit insuffler du vin dans ses narines, placer de l'huile entre ses paupières (rissé énav) et saisir ses deux gros orteils — et ses yeux se fermeront d'eux-mêmes.
גְּמָ׳ תָּנוּ רַבָּנַן: הַמְעַצְּמוֹ עִם יְצִיאַת הַנֶּפֶשׁ — הֲרֵי זֶה שׁוֹפֵךְ דָּמִים. מָשָׁל לְנֵר שֶׁכָּבָה וְהוֹלֶכֶת, אָדָם מַנִּיחַ אֶצְבָּעוֹ עָלֶיהָ — מִיָּד כָּבְתָה. תַּנְיָא, רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: הָרוֹצֶה שֶׁיִּתְעַצְּמוּ עֵינָיו שֶׁל מֵת — נוֹפֵחַ לוֹ יַיִן בְּחוֹטְמוֹ, וְנוֹתֵן שֶׁמֶן בֵּין רִיסֵי עֵינָיו, וְאוֹחֵז בִּשְׁנֵי גּוּדְלֵי רַגְלָיו, וְהֵן מִתְעַצְּמִין מֵאֲלֵיהֶן.
Il a été enseigné dans une baraïta que Rabban Chimon ben Gamliel dit : pour un nourrisson vivant âgé d'un jour, on profane le Chabbat [afin de lui sauver la vie] ; mais pour David, roi d'Israël, une fois mort, on ne profane pas le Chabbat pour lui. Pour un nourrisson d'un jour, on profane le Chabbat, car la Torah a dit : profane pour lui un seul Chabbat, afin qu'il puisse observer de nombreux Chabbatot. Mais pour David, roi d'Israël, une fois mort, on ne profane pas [le Chabbat], car dès qu'un homme meurt, il est dispensé des mitsvot. Et c'est ce qu'a dit Rabbi Yo'hanan au sujet du verset : « parmi les morts, libre (bametim 'hofchi), comme les transpercés couchés dans la tombe, dont tu ne te souviens plus » (Téhilim — Psaumes — 88, 6) : dès qu'un homme meurt, il devient libre ('hofchi) des mitsvot.
תַּנְיָא, רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: תִּינוֹק בֶּן יוֹמוֹ חַי — מְחַלְּלִין עָלָיו אֶת הַשַּׁבָּת, דָּוִד מֶלֶךְ יִשְׂרָאֵל מֵת — אֵין מְחַלְּלִין עָלָיו אֶת הַשַּׁבָּת. תִּינוֹק בֶּן יוֹמוֹ חַי מְחַלְּלִין עָלָיו אֶת הַשַּׁבָּת, אָמְרָה תּוֹרָה: חַלֵּל עָלָיו שַׁבָּת אַחַת, כְּדֵי שֶׁיִּשְׁמוֹר שַׁבָּתוֹת הַרְבֵּה. דָּוִד מֶלֶךְ יִשְׂרָאֵל מֵת אֵין מְחַלְּלִין עָלָיו, כֵּיוָן שֶׁמֵּת אָדָם בָּטֵל מִן הַמִּצְוֹת. וְהַיְינוּ דְּאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: ״בַּמֵּתִים חׇפְשִׁי״ — כֵּיוָן שֶׁמֵּת אָדָם, נַעֲשָׂה חׇפְשִׁי מִן הַמִּצְוֹת.
Il a été enseigné dans une baraïta que Rabbi Chimon ben Elazar dit : un nourrisson vivant âgé d'un jour, il n'est pas nécessaire de le protéger de la belette ('houlda) et des souris [car elles le fuient]. Mais Og, roi du Bachan, une fois mort, il faut le protéger de la belette et des souris, comme il est dit : « et la crainte et l'effroi de vous (’hittekhem) seront sur [toute bête de la terre et tout oiseau du ciel] » (Béréchit 9, 2). La Guemara explique : tant qu'un homme est en vie ('haï), il inspire la crainte aux créatures ; dès qu'il meurt, sa crainte cesse.
תַּנְיָא, רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר אוֹמֵר: תִּינוֹק בֶּן יוֹמוֹ חַי — אֵין צָרִיךְ לְשׁוֹמְרוֹ מִן הַחוּלְדָּה וּמִן הָעַכְבָּרִים. אֲבָל עוֹג מֶלֶךְ הַבָּשָׁן מֵת — צָרִיךְ לְשׁוֹמְרוֹ מִן הַחוּלְדָּה וּמִן הָעַכְבָּרִים, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וּמוֹרַאֲכֶם וְחִתְּכֶם יִהְיֶה״, כׇּל זְמַן שֶׁאָדָם חַי — אֵימָתוֹ מוּטֶּלֶת עַל הַבְּרִיּוֹת, כֵּיוָן שֶׁמֵּת — בָּטְלָה אֵימָתוֹ.
Rav Papa a dit : nous tenons [par tradition] qu'un lion ne bondit pas sur deux personnes [à la fois]. La Guemara objecte : mais comment cela ? Nous voyons bien qu'il bondit [parfois sur deux] ! La Guemara répond : cette parole de Rav Papa doit être comprise selon ce qu'a dit Rami bar Abba : un animal ne domine un homme que lorsque celui-ci lui apparaît comme une bête, comme il est dit : « l'homme dans sa splendeur ne comprend pas (ne demeure pas) ; il est semblable aux bêtes qui périssent » (Téhilim — Psaumes — 49, 13) ; [mais les bêtes n'attaquent pas l'homme qui demeure humain par son caractère spirituel]. Dans le même esprit, Rabbi 'Hanina a dit : il est interdit de dormir seul dans une maison, et quiconque dort seul dans une maison sera saisi par [le démon] Lilit.
אָמַר רַב פָּפָּא, נְקִיטִינַן: אַרְיֵה אַבֵּי תְּרֵי — לָא נָפֵיל. הָא קָא חָזֵינַן דְּנָפֵיל? הָהוּא כִּדְרָמֵי בַּר אַבָּא. דְּאָמַר רָמֵי בַּר אַבָּא: אֵין חַיָּה שׁוֹלֶטֶת בָּאָדָם עַד שֶׁנִּדְמָה לוֹ כִּבְהֵמָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אָדָם בִּיקָר בַּל יָלִין נִמְשַׁל כַּבְּהֵמוֹת נִדְמוּ״. אָמַר רַבִּי חֲנִינָא: אָסוּר לִישַׁן בַּבַּיִת יְחִידִי, וְכׇל הַיָּשֵׁן בַּבַּיִת יְחִידִי — אֹחַזְתּוֹ לִילִית.
Il a été enseigné dans une baraïta que Rabbi Chimon ben Elazar dit : accomplis [la tsedaka] tant que tu en trouves [l'occasion], que [les moyens] te sont disponibles, et que [cela] est encore en ton pouvoir. Et Salomon (Chelomo) lui aussi a dit dans sa sagesse : « et souviens-toi de ton Créateur aux jours de ta jeunesse, avant que ne viennent les jours mauvais » (Qohélet — l'Ecclésiaste — 12, 1) — ce sont les jours de la vieillesse ; « et qu'arrivent les années dont tu diras : je n'y prends nul plaisir » — ce sont les jours du Machia'h, où il n'y a ni mérite ni dette [donc plus d'occasion d'accomplir des mitsvot pour acquérir un mérite].
תַּנְיָא, רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר אוֹמֵר: עֲשֵׂה עַד שֶׁאַתָּה מוֹצֵא, וּמָצוּי לְךָ, וְעוֹדְךָ בְּיָדֶךָ. וְאַף שְׁלֹמֹה אָמַר בְּחׇכְמָתוֹ: ״וּזְכוֹר אֶת בּוֹרְאֶיךָ בִּימֵי בְּחוּרוֹתֶיךָ עַד [אֲשֶׁר] (שֶׁ)לֹא יָבֹאוּ יְמֵי הָרָעָה״ — אֵלּוּ יְמֵי הַזִּקְנָה, ״וְהִגִּיעוּ שָׁנִים אֲשֶׁר תֹּאמַר אֵין לִי בָהֶם חֵפֶץ״ — אֵלּוּ יְמֵי הַמָּשִׁיחַ, שֶׁאֵין בָּהֶם לֹא זְכוּת וְלֹא חוֹבָה.
Et cela diverge de [l'avis de] Chmouel, car Chmouel a dit : il n'y a entre ce monde-ci et les jours du Machia'h que l'asservissement aux royaumes [étrangers] seulement [dont nous serons délivrés à l'ère messianique], comme il est dit : « car le pauvre ne cessera pas du milieu du pays [c'est pourquoi je t'ordonne, disant : tu ouvriras largement ta main à ton frère, à ton pauvre et à ton indigent dans ton pays] » (Devarim 15, 11) — [ce qui indique que les réalités de ce monde, dont l'existence de riches et de pauvres, perdureront].
וּפְלִיגָא דִּשְׁמוּאֵל, דְּאָמַר שְׁמוּאֵל: אֵין בֵּין הָעוֹלָם הַזֶּה לִימוֹת הַמָּשִׁיחַ אֶלָּא שִׁיעְבּוּד מַלְכִיּוֹת בִּלְבַד, שֶׁנֶּאֱמַר: כִּי ״לֹא יֶחְדַּל אֶבְיוֹן מִקֶּרֶב הָאָרֶץ״.