« Mesure et apporte » beaucoup d'argent — [cette parole] a cessé. Et certains disent que le sens de l'énoncé est que cette nation [Babylone] disait : « Apporte énormément, énormément, sans mesure. »
מְדוֹד וְהָבֵא. וְאִיכָּא דְאָמְרִי, שֶׁאָמְרָה ״מְאֹד מְאֹד הָבֵיא בְּלֹא מִדָּה״.
La Guemara cite un autre verset relatif à Nabuchodonosor : « Et une grandeur extraordinaire me fut ajoutée » (Daniel 4, 33), à propos duquel Rav Yehouda dit que Rabbi Yirmeya bar Abba dit : cela enseigne que Nabuchodonosor chevauchait sur un lion mâle et avait noué un serpent (tanin) sur la tête [du lion, en guise de bride], accomplissant ce qui fut dit de lui : « Et même les bêtes des champs, je les lui ai données pour le servir » (Jérémie 27, 6).
״וּרְבוּ יַתִּירָה הוּסְפַת לִי״, אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב יִרְמְיָה בַּר אַבָּא: מְלַמֵּד שֶׁרָכַב עַל אֲרִי זָכָר, וְקָשַׁר תַּנִּין בְּרֹאשׁוֹ, לְקַיֵּים מַה שֶּׁנֶּאֱמַר: ״וְגַם אֶת חַיַּת הַשָּׂדֶה נָתַתִּי לוֹ לְעׇבְדוֹ״.
Mishna 1
MICHNA. Un homme ne doit pas embaucher des ouvriers le Chabbat [pour qu'ils travaillent pour lui après le Chabbat], car même parler de sujets profanes est interdit le Chabbat. De même, un homme ne doit pas dire à son prochain, le Chabbat, d'embaucher des ouvriers pour lui. On ne doit pas non plus attendre la tombée de la nuit à la limite du te'houm [la limite du Chabbat] afin de sortir de cette limite [aussitôt après le Chabbat] pour embaucher des ouvriers pour soi-même ou pour rapporter des fruits de son champ. Mais on peut attendre la tombée de la nuit à la limite du te'houm afin de garder ses fruits [qui se trouvent hors de la limite du Chabbat], et il peut alors rapporter des fruits dans sa main [au retour], puisqu'il n'avait pas, au départ, l'intention d'attendre à la limite à cette fin. Abba Chaoul énonça un principe général : tout ce qu'il m'est permis de mentionner [d'évoquer en parole] le Chabbat, il m'est permis d'attendre la tombée de la nuit [à la limite du te'houm] pour cela.
מַתְנִי׳ לֹא יִשְׂכּוֹר אָדָם פּוֹעֲלִים בְּשַׁבָּת. וְלֹא יֹאמַר אָדָם לַחֲבֵירוֹ לִשְׂכּוֹר לוֹ פּוֹעֲלִים. אֵין מַחְשִׁיכִין עַל הַתְּחוּם לִשְׂכּוֹר לוֹ פּוֹעֲלִים וּלְהָבִיא פֵּירוֹת, אֲבָל מַחְשִׁיךְ הוּא לִשְׁמוֹר, וּמֵבִיא פֵּירוֹת בְּיָדוֹ. כְּלָל אָמַר אַבָּא שָׁאוּל: כׇּל שֶׁאֲנִי זַכַּאי בַּאֲמִירָתוֹ — רַשַּׁאי אֲנִי לְהַחְשִׁיךְ עָלָיו.(משנה)
Guémara
GUEMARA. [Le début de la Michna a enseigné qu'un homme ne doit pas embaucher des ouvriers le Chabbat, ni dire à son prochain d'en embaucher pour lui.] La Guemara s'en étonne : c'est évident ! Quelle différence y a-t-il entre lui [l'intéressé] et son prochain ? [De même qu'il lui est interdit d'embaucher des ouvriers le Chabbat, il est également interdit à autrui de le faire pour lui.] Rav Papa dit : « son prochain » se réfère [ici] à un non-Juif. Rav Achi objecte vigoureusement à cela : [mais] dire à un non-Juif [de faire une chose interdite à un Juif le Chabbat] est [déjà] une chevout [un interdit rabbinique] !
גְּמָ׳ פְּשִׁיטָא מַאי שְׁנָא הוּא וּמַאי שְׁנָא חֲבֵירוֹ? אָמַר רַב פָּפָּא: חָבֵר גּוֹי. מַתְקֵיף לַהּ רַב אָשֵׁי: אֲמִירָה לְגוֹי שְׁבוּת!
Plutôt, Rav Achi dit : même si tu dis que [« son prochain »] se réfère à un autre Juif, [on peut répondre que] voici ce que [la Michna] vient nous enseigner : un homme ne doit pas dire à son prochain explicitement [le Chabbat] : « Embauche pour moi des ouvriers » ; mais un homme peut dire à son prochain : « Penses-tu pouvoir te tenir avec moi ce soir ? » [c'est permis bien que tous deux comprennent que celui qui interroge entend l'embaucher pour travailler pour lui]. Et selon quel avis [est établie] la Michna ? Selon l'avis de Rabbi Yehochoua ben Kor'ha ; car il a été enseigné [dans une baraïta] : un homme ne doit pas dire à son prochain [le Chabbat] : « Penses-tu pouvoir te tenir avec moi ce soir ? » Rabbi Yehochoua ben Kor'ha dit : un homme peut dire à son prochain [le Chabbat] : « Penses-tu pouvoir te tenir avec moi ce soir ? »
אֶלָּא אָמַר רַב אָשֵׁי: אֲפִילּוּ תֵּימָא חֲבֵירוֹ יִשְׂרָאֵל, הָא קָא מַשְׁמַע לַן: לֹא יֹאמַר אָדָם לַחֲבֵירוֹ ״שְׂכוֹר לִי פּוֹעֲלִים״, אֲבָל אוֹמֵר אָדָם לַחֲבֵירוֹ ״הֲנִרְאֶה שֶׁתַּעֲמוֹד עִמִּי לָעֶרֶב?״ וּמַתְנִיתִין מַנִּי — כְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן קׇרְחָה. דְּתַנְיָא: לֹא יֹאמַר אָדָם לַחֲבֵירוֹ ״הֲנִרְאֶה שֶׁתַּעֲמוֹד עִמִּי לָעֶרֶב״. רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן קׇרְחָה אוֹמֵר: אוֹמֵר אָדָם לַחֲבֵירוֹ ״הֲנִרְאֶה שֶׁתַּעֲמוֹד עִמִּי לָעֶרֶב״.
Rabba bar bar 'Hana dit que Rabbi Yo'hanan dit : la halakha est conforme à l'avis de Rabbi Yehochoua ben Kor'ha. Et Rabba bar bar 'Hana dit que Rabbi Yo'hanan dit : quelle est la raison [du ruling] de Rabbi Yehochoua ben Kor'ha ? Comme il est écrit [dans le verset dont on déduit l'interdiction de parler le Chabbat d'activités interdites ce jour-là] : « …en t'abstenant de suivre tes voies, de t'occuper de tes affaires et d'en parler » (Isaïe 58, 13). [Nous en déduisons que] la parole (dibour) est interdite, mais que la simple pensée (hirhour) est permise.
אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: הֲלָכָה כְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן קׇרְחָה. וְאָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מַאי טַעְמָא דְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן קׇרְחָה — דִּכְתִיב: ״מִמְּצוֹא חֶפְצְךָ וְדַבֵּר דָּבָר״. דִּיבּוּר — אָסוּר, הִרְהוּר — מוּתָּר.
Rav A'ha bar Rav Houna souleva une contradiction devant Rava : Rabbi Yo'hanan a-t-il vraiment énoncé que la parole est interdite mais que la pensée est permise ? Il en ressort que la pensée n'est pas assimilable à la parole (hirhour lav ke-dibour dami). Mais [pourtant] Rabba bar bar 'Hana a dit que Rabbi Yo'hanan dit : il est permis de penser [à des paroles de Torah] en tout lieu, sauf au bain (beit ha-mer'hats) et aux latrines (beit ha-kissé) ! [Cet énoncé indique que la pensée est assimilable à la parole, puisque même la pensée y est interdite.] La Guemara répond : là, c'est différent, car [pour la Torah] nous avons besoin [d'accomplir le verset] : « …que ton camp soit saint » (Devarim 23, 15) ; et cela [cette sainteté] fait défaut [au bain et aux latrines].
רָמֵי לֵיהּ רַב אַחָא בַּר רַב הוּנָא לְרָבָא: מִי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן דִּיבּוּר אָסוּר הִרְהוּר מוּתָּר — אַלְמָא הִרְהוּר לָאו כְּדִיבּוּר דָּמֵי? וְהָאָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: בְּכׇל מָקוֹם מוּתָּר לְהַרְהֵר, חוּץ מִבֵּית הַמֶּרְחָץ וּמִבֵּית הַכִּסֵּא! שָׁאנֵי הָתָם, דְּבָעֵינַן ״וְהָיָה מַחֲנֶיךָ קָדוֹשׁ״, וְלֵיכָּא.
[La Guemara soulève une difficulté :] mais ici aussi [à propos du bain et des latrines], il est écrit : « …qu'Il ne voie chez toi rien d'indécent (ervat davar) » (Devarim 23, 15) [d'où l'on pourrait inférer que seule la parole (dibour) y est interdite, et non la pensée] ? La Guemara répond : ce verset[-là n'enseigne pas cela ; il] est nécessaire pour le ruling de Rav Yehouda, car Rav Yehouda dit : face à un non-Juif nu, il est interdit de réciter le Chema [car cela est inclus dans l'interdit des « choses indécentes » mentionné plus haut].
הָכָא נָמֵי, כְּתִיב: ״וְלֹא יִרְאֶה בְךָ עֶרְוַת דָּבָר״? הַהוּא, מִיבְּעֵי לֵיהּ לְכִדְרַב יְהוּדָה. דְּאָמַר רַב יְהוּדָה גּוֹי עָרוֹם — אָסוּר לִקְרוֹת קְרִיַּת שְׁמַע כְּנֶגְדּוֹ.
La Guemara demande : pourquoi Rav Yehouda a-t-il enseigné cet interdit spécifiquement à propos d'un non-Juif ? Même en présence d'un Juif nu, réciter le Chema est également interdit ! La Guemara répond : ce ruling est énoncé selon le style du « il n'est pas besoin de dire » (lo mibaaya). [La Guemara explique :] il n'est pas besoin d'énoncer cette halakha à propos d'un Juif, car il est certainement interdit de réciter le Chema en présence d'un Juif nu ; mais à propos d'un non-Juif, puisqu'il est écrit de lui : « …dont la chair est comme la chair des ânes » (Ézéchiel 23, 20), on aurait pu dire que sa chair n'est pas considérée comme une nudité (erva) et qu'il semblerait permis [de réciter le Chema face à lui]. C'est pourquoi Rav Yehouda nous enseigne [qu'il est interdit de réciter le Chema même face à un non-Juif nu].
מַאי אִירְיָא גּוֹי, אֲפִילּוּ יִשְׂרָאֵל נָמֵי?! ״לָא מִיבַּעְיָא״ קָאָמַר: לָא מִיבַּעְיָא יִשְׂרָאֵל דְאָסוּר, אֲבָל גּוֹי, כֵּיוָן דִּכְתִיב בֵּיהּ: ״אֲשֶׁר בְּשַׂר חֲמוֹרִים בְּשָׂרָם״, אֵימָא שַׁפִּיר דָּמֵי, קָא מַשְׁמַע לַן.
La Guemara demande : pourquoi ne pas dire qu'il en est effectivement ainsi [que la chair d'un non-Juif n'est pas considérée comme une nudité] ? La Guemara rejette cette idée : le verset a [déjà] dit, à propos des fils de Noa'h : « …et ils ne virent pas la nudité de leur père » (Béréchit 9, 23) [l'Écriture emploie le terme de nudité (erva) à propos de Noa'h, qui était un non-Juif].
אֵימָא הָכִי נָמֵי?! אָמַר קְרָא: ״וְעֶרְוַת אֲבִיהֶם לֹא רָאוּ״.
[La Guemara aborde le fondement de la halakha mentionnée plus haut :] et la parole [d'affaires] est-elle [vraiment] interdite [le Chabbat de par la Torah] ? Mais [pourtant] Rav 'Hisda et Rav Hamnouna ont dit tous deux : il est permis de faire des calculs relatifs à une mitsva le Chabbat ; et Rabbi Elazar dit [que cela signifie] qu'on peut fixer [la répartition de] la tsedaka pour les pauvres le Chabbat. Et Rabbi Yaakov bar Idi dit que Rabbi Yo'hanan dit : on peut s'occuper de [ce qui est nécessaire au] sauvetage d'une vie (pikoua'h nefech) et aux besoins de la collectivité (pikoua'h rabim) le Chabbat, et on peut aller aux synagogues pour s'occuper des affaires de la collectivité le Chabbat.
וְדִיבּוּר מִי אֲסִיר? וְהָא רַב חִסְדָּא וְרַב הַמְנוּנָא דְאָמְרִי תַּרְוַיְיהוּ: חֶשְׁבּוֹנוֹת שֶׁל מִצְוָה — מוּתָּר לְחַשְּׁבָן בְּשַׁבָּת. וְאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: פּוֹסְקִים צְדָקָה לַעֲנִיִּים בְּשַׁבָּת. וְאָמַר רַבִּי יַעֲקֹב בַּר אִידֵּי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מְפַקְּחִין פִּיקּוּחַ נֶפֶשׁ וּפִיקּוּחַ רַבִּים בְּשַׁבָּת, וְהוֹלְכִין לְבָתֵּי כְנֵסִיּוֹת לְפַקֵּחַ עַל עִסְקֵי רַבִּים בְּשַׁבָּת.
Et Rabbi Chmouel bar Na'hmani dit que Rabbi Yo'hanan dit : on peut aller aux théâtres (teratyaot), aux cirques (kirkesaot) et aux basiliques [tribunaux] (basilkaot) pour s'occuper des affaires de la collectivité le Chabbat. Et l'un [des Sages] de l'école de Menaché enseigna : on peut faire les démarches nécessaires pour [marier] les enfants afin qu'ils se fiancent le Chabbat, et de même on peut faire des démarches pour un enfant en lui trouvant quelqu'un pour lui apprendre à lire les livres [saints] et pour lui apprendre un métier. [Si parler d'affaires d'argent est interdit le Chabbat, comment toutes ces activités sont-elles possibles ?] [La Guemara répond :] le verset a dit : « …de t'occuper de tes affaires (et d'en parler) » (Isaïe 58, 13) — [c'est-à-dire que] tes affaires (à toi) sont interdites [à évoquer], mais les affaires du Ciel [les choses ayant une portée religieuse] sont permises [à évoquer].
וְאָמַר רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: הוֹלְכִין לְטֵרַטְיָאוֹת וּלְקִרְקְסָאוֹת וּלְבָסִילְקָאוֹת לְפַקֵּחַ עַל עִסְקֵי רַבִּים בְּשַׁבָּת. וְתָנָא דְבֵי מְנַשֶּׁה: מְשַׁדְּכִין עַל הַתִּינוֹקוֹת לֵיאָרֵס בְּשַׁבָּת, וְעַל הַתִּינוֹק לְלַמְּדוֹ סֵפֶר וּלְלַמְּדוֹ אוּמָּנוּת?! אָמַר קְרָא: ״מִמְּצוֹא חֶפְצְךָ וְדַבֵּר דָּבָר״ — חֲפָצֶיךָ אֲסוּרִים, חֶפְצֵי שָׁמַיִם מוּתָּרִין.