Guémara
Et selon l'avis de Beit Hillel, ils transgressent même l'interdit de l'intérêt usuraire (ribbit). Selon Beit Hillel, il est interdit de prêter ou de rendre des objets sans en fixer la valeur monétaire, de peur que l'objet n'augmente de valeur et que l'emprunteur ne finisse par rendre un objet plus coûteux que celui qu'il avait emprunté.
וּכְדִבְרֵי בֵּית הִלֵּל אַף מִשּׁוּם רִבִּית.
La Guemara demande : s'il en est ainsi, et que l'on transgresse tant d'interdits en tirant au sort, il devrait être également interdit de le faire avec ses enfants et les membres de sa maisonnée. La Guemara répond : à l'égard de ses enfants et des membres de sa maisonnée, voici la raison pour laquelle c'est permis : c'est conforme à l'enseignement que Rav Yehouda a dit au nom de Rav, car Rav Yehouda a dit au nom de Rav : il est permis de prêter à intérêt à ses enfants et aux membres de sa maisonnée, afin de leur faire goûter combien il est pénible de rembourser un prêt contracté à intérêt. De plus, dans le cas des membres de la maisonnée, tout l'argent — y compris celui qui sert à rembourser le prêt — appartient à la même personne. Il n'y a donc pas là d'interdit réel d'intérêt.
אִי הָכִי בָּנָיו וּבְנֵי בֵּיתוֹ נָמֵי! בָּנָיו וּבְנֵי בֵּיתוֹ הַיְינוּ טַעְמָא — כִּדְרַב יְהוּדָה אָמַר רַב. דְּאָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב: מוּתָּר לְהַלְווֹת בָּנָיו וּבְנֵי בֵיתוֹ בְּרִבִּית כְּדֵי לְהַטְעִימָן טַעַם רִבִּית.
La Guemara demande : s'il en est ainsi — si tout, dans ce cas, appartient en réalité au père, et qu'il recourt à un système de tirage au sort afin d'éduquer sa famille — il devrait être également permis de tirer au sort une grande part contre une petite part.
אִי הָכִי, מָנָה גְּדוֹלָה כְּנֶגֶד מָנָה קְטַנָּה נָמֵי!
La Guemara répond : oui, il en est effectivement ainsi, et la Michna est incomplète ; voici ce qu'elle enseigne réellement : un homme peut tirer au sort avec ses enfants et les membres de sa maisonnée à table, et il peut même le faire pour une grande part contre une petite part. Quelle en est la raison ? C'est conforme à l'enseignement que Rav Yehouda a dit au nom de Rav. Avec ses enfants et les membres de sa maisonnée, certes, c'est permis ; mais avec d'autres, ce ne l'est pas. Quelle en est la raison ? C'est conforme à l'enseignement que Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : tirer au sort une grande part contre une petite part est interdit lorsqu'il s'agit d'autres personnes, même en semaine. Quelle en est la raison ? À cause de l'interdit du jeu de dés (koubya), prohibé par les Sages comme une forme de vol.
אִין הָכִי נָמֵי, וְחַסּוֹרֵי מִיחַסְּרָא וְהָכִי קָתָנֵי: מֵפִיס אָדָם עִם בָּנָיו וְעִם בְּנֵי בֵיתוֹ עַל הַשֻּׁלְחָן אֲפִילּוּ מָנָה גְּדוֹלָה כְּנֶגֶד מָנָה קְטַנָּה. מַאי טַעְמָא? — כִּדְרַב יְהוּדָה אָמַר רַב. עִם בָּנָיו וְעִם בְּנֵי בֵּיתוֹ — אִין, עִם אֲחֵרִים — לָא. מַאי טַעְמָא? כִּדְרַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל. מָנָה גְּדוֹלָה כְּנֶגֶד מָנָה קְטַנָּה — אַף בַּחוֹל לַאֲחֵרִים אָסוּר. מַאי טַעְמָא? — מִשּׁוּם קוּבְיָא.
La Michna a enseigné que l'on peut tirer au sort pour les offrandes (qodachim) mais non pour les parts. Cette formulation n'est pas tout à fait claire, et la Guemara demande : que signifie l'expression « mais non pour les parts » ? Rabbi Yaakov, fils de la fille de Yaakov, a dit que cela signifie : mais on ne peut pas tirer au sort, un jour de fête (Yom Tov), pour les parts de jour ordinaire (de 'hol). La Guemara objecte : cela est évident ! La Guemara répond : de peur que tu ne dises que, puisque les Cohanim sont par nature querelleurs — ce que les Sages déduisent de ce qui est écrit : « Que nul ne conteste, que nul ne réprimande, car ton peuple est comme ceux qui contestent le Cohen » (Hochéa 4, 4) — et que, pour maintenir la paix entre eux, même les tirages au sort pour les parts de jour ordinaire seraient permis, c'est pourquoi la Michna nous enseigne qu'il n'en est rien.
מְטִילִין חֲלָשִׁין עַל וְכוּ׳. מַאי ״אֲבָל לֹא עַל הַמָּנוֹת״? אָמַר רַבִּי יַעֲקֹב בְּרֵיהּ דְּבַת יַעֲקֹב: אֲבָל לֹא עַל הַמָּנוֹת שֶׁל חוֹל בְּיוֹם טוֹב. פְּשִׁיטָא! מַהוּ דְתֵימָא: הוֹאִיל וּכְתִיב ״וְעַמְּךָ כִּמְרִיבֵי כֹּהֵן״, אֲפִילּוּ מָנוֹת דְּחוֹל נָמֵי. קָא מַשְׁמַע לַן.
Ayant cité Rabbi Yaakov, fils de la fille de Yaakov, la Guemara rapporte un autre enseignement de cet Amora. Et Rabbi Yaakov, fils de la fille de Yaakov, a dit : quiconque cause qu'un autre soit châtié par sa faute, on ne le fait pas entrer dans l'enceinte (me'hitsa) du Saint béni soit-Il, même s'il est dans son bon droit. La Guemara demande : d'où savons-nous cela ? Si tu dis que c'est à cause de ce qui est écrit dans la prophétie de Mikha, cette preuve peut être réfutée. Il est écrit : « Et l'Éternel dit : qui séduira A'hav pour qu'il monte et qu'il tombe à Ramot Guilad ? Et l'un dit de telle manière, et l'autre dit de telle autre. Et l'esprit sortit, se tint devant l'Éternel et dit : moi, je le séduirai. Et l'Éternel lui dit : par quoi ? Et il dit : je sortirai et je serai un esprit de mensonge dans la bouche de tous ses prophètes. Et Il dit : tu le séduiras et tu prévaudras ; sors et fais ainsi » (I Rois 22, 20-22).
וְאָמַר רַבִּי יַעֲקֹב בְּרֵיהּ דְּבַת יַעֲקֹב: כָּל שֶׁחֲבֵירוֹ נֶעֱנָשׁ עַל יָדוֹ — אֵין מַכְנִיסִין אוֹתוֹ בִּמְחִיצָתוֹ שֶׁל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא. מְנָלַן? אִילֵּימָא מִשּׁוּם דִּכְתִיב: ״וַיֹּאמֶר ה׳ מִי יְפַתֶּה אֶת אַחְאָב וְיַעַל וְיִפּוֹל בְּרָמוֹת גִּלְעָד וַיֹּאמֶר זֶה בְּכֹה וְזֶה אֹמֵר בְּכֹה. וַיֵּצֵא הָרוּחַ וַיַּעֲמוֹד לִפְנֵי ה׳ וַיֹּאמֶר אֲנִי אֲפַתֶּנּוּ וְגוֹ׳ וַיֹּאמֶר אֵצֵא וְהָיִיתִי רוּחַ שֶׁקֶר בְּפִי כׇּל נְבִיאָיו וַיֹּאמֶר תְּפַתֶּה וְגַם תּוּכָל צֵא וַעֲשֵׂה כֵן״,
Et nous avons dit : qu'est-ce que cet esprit (roua'h) ? Rabbi Yo'hanan a dit : c'est l'esprit de Navot le Yizréélite, qui demanda à venger sa mort survenue par la main d'A'hav. Et que signifie le mot « sors » (tsé), que Dieu lui ordonna ? Rav a dit : cela signifie qu'on lui accorda la permission de séduire A'hav, mais que Dieu dit : sors du dedans de mon enceinte (me'hitsa). Il semble donc que l'esprit de Navot fut enjoint de quitter le domaine de Dieu parce qu'il causa qu'A'hav fût châtié. La Guemara réfute cette preuve : mais peut-être que là, la raison est, comme il est écrit : « Celui qui profère des mensonges ne subsistera pas devant mes yeux » (Tehilim 101, 7), et que c'est là l'unique raison pour laquelle l'esprit de Navot fut écarté du dedans de l'enceinte de Dieu.
וְאָמְרִינַן: מַאי ״רוּחַ״, אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: זֶה רוּחוֹ שֶׁל נָבוֹת. וּמַאי ״צֵא״ אָמַר רַב: צֵא מִמְּחִיצָתִי. וְדִילְמָא הָתָם הַיְינוּ טַעְמָא, דִּכְתִיב ״דּוֹבֵר שְׁקָרִים לֹא יִכּוֹן״?!
Plutôt, on le déduit d'ici : « Tu t'es rassasié de honte plutôt que de gloire ; bois, toi aussi, et découvre ton prépuce (vehéarel)… » ('Habaqouq 2, 16). Le verset est expliqué ainsi : « Tu t'es rassasié de honte plutôt que de gloire » — ceci se rapporte à Nevoukhadnetsar. « Bois, toi aussi, et découvre ton prépuce » — ceci se rapporte à Tsidqiyahou, qui fut lui aussi châtié pour avoir été la cause du châtiment de Nevoukhadnetsar, comme cela sera expliqué. La Guemara réfute cette preuve : une première objection est que tout le verset est écrit au sujet de Nevoukhadnetsar. Et de plus, à l'égard de Tsidqiyahou, le juste, qu'aurait-il bien pu lui faire ? Car Rav Yehouda a dit au nom de Rav à ce sujet : à l'heure où ce racha (impie) voulut faire cela à ce tsaddiq (juste), son prépuce s'étira, comme cela sera expliqué.
אֶלָּא מֵהָכָא: ״שָׂבַעְתָּ קָלוֹן מִכָּבוֹד שְׁתֵה גַם אַתָּה וְהֵעָרֵל וְגוֹ׳״. ״שָׂבַעְתָּ קָלוֹן מִכָּבוֹד״ — זֶה נְבוּכַדְנֶצַּר. ״שְׁתֵה גַם אַתָּה וְהֵעָרֵל״ — זֶה צִדְקִיָּה. חֲדָא, דְּכוּלֵּיהּ קְרָא בִּנְבוּכַדְנֶצַּר כְּתִיב. וְעוֹד: צִדְקִיָּה צַדִּיקָא מַאי הֲוָה לֵיהּ לְמִיעְבַּד לֵיהּ, דְּאָמַר רַבִּי יְהוּדָה אָמַר רַב: בְּשָׁעָה שֶׁבִּקֵּשׁ אוֹתוֹ רָשָׁע לַעֲשׂוֹת לְאוֹתוֹ צַדִּיק כָּךְ וְכוּ׳.
Plutôt, le fondement de cette idée se trouve ici : « Punir le juste n'est pas non plus bon (gam anoch latsaddiq lo tov) » (Michlé 17, 26), c'est-à-dire qu'il n'est pas bon pour un juste d'infliger un châtiment. Or « pas bon » (lo tov) ne signifie rien d'autre que « mauvais » (ra). Et il est dit : « Car tu n'es pas un Dieu qui désire la méchanceté ; le mal ne séjournera pas auprès de toi » (Tehilim 5, 5), c'est-à-dire que toi, Dieu, tu es juste, et que le mal ne séjournera pas avec toi en ta demeure. Même un juste qui inflige un châtiment à autrui est appelé « mauvais » et ne peut séjourner dans l'enceinte de Dieu.
אֶלָּא מֵהָכָא: ״גַּם עֲנוֹשׁ לַצַּדִּיק לֹא טוֹב״, אֵין ״לֹא טוֹב״ אֶלָּא רָע, וּכְתִיב: ״כִּי לֹא אֵל חָפֵץ רֶשַׁע אָתָּה לֹא יְגוּרְךָ רָע״ — צַדִּיק אַתָּה ה׳ וְלֹא יָגוּר בִּמְגוּרְךָ רָע.
La Guemara demande : d'où peut-on déduire que ce terme employé dans la Michna, 'halachim, est un mot pour désigner les sorts (pour) ? Comme il est écrit : « Comment es-tu tombé du ciel, astre brillant (Hélel), fils de l'aurore ! Comment as-tu été abattu à terre, toi qui tirais au sort ('holech) sur les nations… » (Yechaya 14, 12) ; et Rabba bar Rav Houna a dit : ce verset nous enseigne que lui, Nevoukhadnetsar, tirait au sort ('holech) parmi les chefs des nations qu'il avait capturées, afin de savoir de qui ce serait le tour, ce jour-là, de le servir par des relations entre hommes. Et il est écrit : « Tous les rois des nations, eux tous, reposent dans la gloire, chacun en sa demeure » (Yechaya 14, 18). Et Rabbi Yo'hanan a dit : le sens de ce verset est qu'ils se reposèrent des relations entre hommes.
מַאי מַשְׁמַע דְּהַאי ״חֲלָשִׁים״ לִישָּׁנָא דְפוּרָא הוּא? — דִּכְתִיב: ״אֵיךְ נָפַלְתָּ מִשָּׁמַיִם הֵילֵל בֶּן שָׁחַר נִגְדַּעְתָּ לָאָרֶץ חוֹלֵשׁ עַל גּוֹיִם וְגוֹ׳״, אָמַר רַבָּה בַּר רַב הוּנָא: מְלַמֵּד שֶׁהָיָה מֵטִיל פּוּר עַל גְּדוֹלֵי מַלְכוּת לֵידַע אֵיזֶה בֶּן יוֹמוֹ שֶׁל מִשְׁכַּב זָכוּר. וּכְתִיב: ״כׇּל מַלְכֵי גוֹיִם כּוּלָּם וְגוֹ׳״, אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: שֶׁנָּחוּ מִמִּשְׁכַּב זָכוּר.
Et Rabbi Yo'hanan a dit : durant tous les jours de la vie de ce racha (impie), le rire ne se trouva dans la bouche d'aucune créature, comme il est dit : « Toute la terre est en repos et tranquille ; on éclate en chants de joie » (Yechaya 14, 7). On en déduit, par implication, que jusqu'alors il n'y avait aucun chant de joie.
וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: כׇּל יָמָיו שֶׁל אוֹתוֹ רָשָׁע לֹא נִמְצָא שְׂחוֹק בְּפִי כׇּל בְּרִיָּה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״נָחָה שָׁקְטָה כׇּל הָאָרֶץ פָּצְחוּ רִנָּה״, מִכְּלָל דְּעַד הַשְׁתָּא לָא הֲוָה רִנָּה.
Et Rabbi Yits'haq a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : il est interdit, même de nos jours, de se tenir dans les ruines de la maison de ce racha (impie), Nevoukhadnetsar, en Babylonie, car il est dit à propos de ce lieu : « Et des démons (séïrim) y danseront » (Yechaya 13, 21). Il y a lieu de craindre d'être blessé par les forces nuisibles qui s'y trouvent (Maharcha).
וְאָמַר רַבִּי יִצְחָק אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: אָסוּר לַעֲמוֹד בְּבֵיתוֹ שֶׁל אוֹתוֹ רָשָׁע, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וּשְׂעִירִים יְרַקְּדוּ שָׁם״.